BELIEVER-Imagine Dragons
Thor arpentait les couloirs du vaisseau que son frère adoptif avait dérobé au Grand Maitre afin de permettre au peuple de s'échapper. Ne connaissant pas l'appareil, il découvrait en même temps les lieux, mais pour le moment, il ne faisait pas trop attention à ce qui l'entourait. Une seule pensée occupait son esprit.
Asgard n'était plus. Surtur avait détruit la planète, et Hela avait été vaincue.
Il savait que ça avait été le seul moyen de sauver les asgardiens, mais il aurait nettement préféré que cela se passe autrement. On avait beau le voir comme un héros, ce n'était pas ainsi qu'il se sentait. Cette victoire, il n'en profitait qu'à moitié, et il refusait d'accepter ce mérite qu'on lui attribuait car au fond, il savait pertinemment que seul, il ne s'en serait pas sorti. Pour commencer, il se sentait redevable envers Heimdall, son ami de longue date. Il admirait tout le travail et les efforts que ce dernier avait fournis au cours des dernières heures, sans jamais montrer le moindre signe apparent de fatigue.
La Valkyrie avait été une alliée précieuse, elle aussi. Au-delà de son désir de vengeance, elle leur était admirablement venue en aide, et l'avait épaulé lorsqu'il avait dû retenir Hela, le temps que Loki atteigne la chambre des trésors d'Odin. Il avait par ailleurs également pu compter sur son frère, et il en avait été le premier étonné. Il avait vu le dieu de la malice à l'œuvre, il l'avait aperçu lorsqu'il se battait avec vaillance afin de permettre à son peuple de s'échapper. Durant un instant, il s'était senti comme si tous leurs différends n'avaient tout simplement jamais existé, qu'ils avaient toujours été dans le même camp. Il lui en voulait pour un nombre conséquent de choses, mais quelque part, il persistait à croire que la rédemption était quelque chose de possible pour lui. Il avait remarqué que Madison avait eu l'air de lui faire confiance sans la moindre hésitation, et c'était en grande partie pour cela qu'il l'avait laissé agir un peu comme il le souhaitait, sur Asgard, sans se voir obligé de lui imposer quelques limites.
La midgardienne, justement, avait été un élément essentiel dans le combat qui les avait opposés à Hela, de même que Bruce. Il était responsable d'eux, puisqu'il avait mis en danger la jeune femme et avait pris sur lui la responsabilité de les ramener, elle et leur ami commun, entiers sur Terre et pourtant, il avait le sentiment que c'étaient eux qui l'avaient défendu et non l'inverse comme c'était initialement prévu. Il n'avait pas compris ce qui les avait motivés de la sorte à prendre part à l'affrontement, puisque ça ne les concernait pas. Il s'était déjà battu sur Terre, certes, mais la première fois, c'était parce que Loki y avait semé le trouble. Les deux terriens auraient très bien pu rester à part et pourtant, aucun n'avait reculé face au danger.
Pour le moment, c'était une toute autre personne qu'il recherchait. Quelqu'un qui l'avait surpris, en bien. Il passa devant une petite salle dont la porte était ouverte et s'arrêta. La lumière était douce, mais un peu plus prononcée que dans le couloir. Skurge était assis sur un banc collé au mur, et avait été débarrassé du haut de son armure. A sa droite, une femme à la longue chevelure blonde était en train d'examiner sa blessure et de le recoudre comme elle le pouvait, puisque la plaie était restée ouverte en surface. L'asgardien les observa un instant avant de toquer poliment contre le cadre de la porte afin de signaler sa présence. Les deux individus redressèrent la tête en l'entendant.
–Je ne vous dérange pas ? leur demanda-t-il calmement, ne voulant pour rien au monde s'imposer.
–Pas du tout, votre Altesse, lui assura la femme en souriant, avant de reporter son attention sur le blessé dont elle s'occupait. Vous avez besoin de quelque chose ? lui demanda-t-elle ensuite.
–Je souhaitais simplement m'assurer que tout se passait bien, leur apprit-il en faisant un pas en avant, puis il posa les yeux sur Skurge. Ça va aller ? l'interrogea-t-il, et cette preuve d'attention sembla étonner le concerné.
–Je survivrai, répondit-il en grimaçant lorsque celle qui le soignait toucha un point sensible, et celle-ci s'excusa rapidement avant d'achever de le recoudre, après quoi elle plaqua doucement un morceau de tissu humide sur la blessure, se leva, leur adressa un sourire poli à chacun et s'en alla, se doutant que l'asgardien comptait lui parler.
–Vous avez eu beaucoup de chance, commenta Thor, repensant à tout ce qu'il s'était passé.
–Je ne crois pas en la chance, déclara Skurge, mais en ce qui est concret. J'ai été sauvé in-extremis par une personne qui n'avait visiblement aucune idée de ce que j'avais fait subir au peuple d'Asgard, et qui se serait certainement occupée d'autre chose si elle avait été au courant.
–Et moi, enchaina le blond en venant s'asseoir à ses côtés, je crois qu'elle savait parfaitement ce qu'elle faisait. Elle n'aurait pas pris le risque de sauver n'importe qui, alors si on peut se parler en ce moment, c'est qu'elle était certaine de ce qu'elle comptait faire. Et puis, vous lui avez sauvé la vie en premier, lui rappela-t-il. Pourquoi, au fait ? lui demanda-t-il en tournant la tête vers lui, les sourcils légèrement froncés, et il dût attendre quelques secondes avant que son interlocuteur lui réponde.
–Parce que quelqu'un comme ça mérite de survivre, souffla l'ancien traitre en baissant la tête afin de jeter un coup d'œil à sa blessure. J'avais entendu parler d'elle avant qu'Hela ne la mentionne, avoua-t-il, et Thor en fut intrigué. Depuis qu'elle a représenté Midgard il y a deux ans, elle n'est plus tellement inconnue, vous savez ? Je me suis dit qu'une personne qui arrive à faire remonter tout un Royaume dans l'estime d'autant de gens, c'est forcément quelqu'un d'important.
–Vous auriez pu y rester, affirma Thor.
–Ça n'aurait pas changé grand-chose, déclara-t-il. Et puis, entre nous, si vous aviez eu à choisir, je pense savoir lequel aurait survécu, fit-il remarquer en croisant le regard de l'asgardien, qui soupira et regarda temporairement ailleurs.
–J'ignore comment vous remercier, souffla-t-il, reconnaissant. Vous l'avez protégée sans hésiter et grâce à vous, elle s'en est sortie.
–Je pourrais dire la même chose en inversant les rôles…. Vous avez l'air de tenir à elle.
–Qu'est-ce qui vous faire dire ça ?
–Je vous ai entendu crier son nom lorsque vous avez vu l'arme de Hela foncer sur elle. Vous paraissiez réellement terrifié à l'idée de la perdre, dit-il en guettant une réaction chez lui, et il remarqua que l'autre homme semblait un peu ailleurs, puis il reprit ; Vous êtes ensemble ?
Thor s'était attendu à ce qu'on lui pose cette question. Ça allait finir par devenir une habitude. Il se mit alors à penser à tout ce qui s'était produit entre lui et la terrienne depuis qu'il était parti, et combina sa conclusion avec ce que lui avait demandé Skurge. Il eut le sentiment d'y avoir réfléchi pendant de longues minutes alors qu'au final, cela ne lui avait pris qu'une poignée de secondes. Cela faisait un moment déjà qu'il ne savait plus où ils en étaient, tous les deux. Il avait tenté de se raccrocher aux branches, mais à chaque fois, il avait fini par retomber. Il releva les yeux, fixant dans le vide et soupira.
–… Non. On n'est pas ensemble.
–Ah bon, répondit l'autre. Pourtant, j'en avais l'impression.
L'asgardien le regarda, songeur, puis il se redressa lentement. Il se tourna ensuite vers l'autre homme et tendit la main droite vers lui. Skurge parut d'abord hésitant, puis il lui serra la main. Il avait encore du mal à se faire à l'idée qu'on puisse l'accepter parmi les autres, qu'on l'ait, en quelques sortes, pardonné.
–Merci, lui dit Thor avant de le relâcher, puis il se dirigea vers la porte afin de le laisser. Vous savez, vous avez contribué à sauver beaucoup de personnes, aujourd'hui. Et parmi elles, vous avez protégé les deux plus importantes à mes yeux, ajouta-t-il avant de quitter la pièce.
. . . . . . . .
Madison était en train de soigner son épaule blessée en regardant dans une glace. Elle n'eut pas besoin de tourner la tête lorsqu'elle entendit la porte s'ouvrir, elle se contenta de jeter un bref coup d'œil dans le miroir, et elle aperçut le reflet de Thor. Elle reporta rapidement son attention sur sa blessure, qu'elle achevait de nettoyer à l'aide d'un linge humide. L'homme croisa les bras en soupirant et baissa un instant la tête.
–Tout le monde va bien ? demanda-t-elle soudainement, toujours occupée à se soigner.
–Quelques blessés, l'informa-t-il, mais rien de grave, précisa-t-il en se décidant à faire quelques pas dans la pièce. Et toi ?
–Moi ça va, répondit-elle simplement sans se laisser déconcentrer.
L'asgardien se dirigea vers une commode située non loin de l'endroit où se tenait la terrienne et où quelques bouteilles étaient entreposées. Il ouvrit hasardeusement les placards du meuble, chercha à l'intérieur et en sortit un verre, après quoi il s'empara de l'une des bouteilles, la déboucha et sentit brièvement l'odeur que son contenu dégageait. Il en versa ensuite un fond dans le verre qu'il venait de trouver puis reposa le récipient rempli d'un alcool qui lui était inconnu sans le refermer. Il goûta le breuvage sans s'attarder sur sa saveur, étant bien trop concentré sur les moindres gestes de la jeune femme. De plus, un grand nombre de questions se bousculaient dans sa tête, concernant notamment les dernières heures.
–Tu as besoin d'aide ? l'interrogea-t-il en voyant sa main trembler légèrement dès qu'elle ne faisait qu'effleurer la plaie.
Elle ne lui répondit pas mais il comprit tout de même ce que cela signifiait. Il acheva son verre d'une traite, le reposa puis se plaça face à la mutante. D'un geste très délicat, il attrapa le morceau de tissu qu'elle tenait et le trempa à nouveau dans l'écuelle d'eau posée devant le grand miroir, le tout sans lâcher Madison des yeux. Elle, en revanche, regardait ailleurs, mais elle le laissa tout de même faire.
–Que s'est-il passé, sur le Bifröst ?
Elle s'était préparée à cette éventuelle question, et pourtant, elle n'avait pas envie de dire quoi que ce soit, même si elle savait qu'il comprendrait parfaitement de quoi elle voudrait parler. Tandis qu'il appliquait désormais une compresse propre sur la blessure, elle soupira à son tour.
–Une autre vision ? proposa-t-il et une fois encore, seul le silence lui répondit. Tu sais que toutes ces choses ne sont pas réelles ? ajouta-t-il en achevant de s'occuper d'elle, après quoi elle replaça convenablement sa manche sur son épaule et s'éloigna lentement de lui pour aller se poster juste devant la large baie vitrée qui donnait directement sur l'espace.
–Et si elles l'étaient ? dit-elle finalement, lui tournant le dos.
–Dans ce cas, je pense que nous aurions du souci à nous faire, concéda-t-il, n'étant qu'à moitié sérieux. Mais je pense qu'après tout ce qui nous est tombé dessus, rien de pire ne pourrait nous arriver, enchaina-t-il en s'approchant.
–Alors pourquoi ai-je l'impression que c'est le cas ?
Il se plaça à sa droite et son regard se perdit dans l'immensité de l'Univers qui s'étendait autour d'eux.
–Je t'ai montré ce que j'ai aperçu, l'an passé, reprit-elle. Tu voulais savoir ce qui m'effrayait tant, tu te rappelles ? Alors je te l'ai montré. Je sais que je n'allais pas bien, que j'étais sous l'influence d'un sortilège, mais tous les jours, je vis avec cette crainte de voir ces « choses », comme tu les nommes, se réaliser, déclara-t-elle, puis elle arrêta de parler un instant afin de remettre un peu d'ordre dans ses pensées. … J'ai vu la fin du monde. De notre monde. J'ai vu des proches mourir. J'ai cru perdre mon frère… Tasha… Et plein d'autres avaient péri, souffla-t-elle, la gorge nouée, se rappelant de ces hallucinations qu'elle avait eues. Toi, je t'ai vu mourir deux fois. Une fois à cause de moi.
–Mais ça n'est pas arrivé.
–Parce que je me suis tuée avant, précisa-t-elle, et l'indifférence avec laquelle elle prononça ces quelques mots provoqua un frisson désagréable à l'asgardien. Tu vois, ça, c'était exactement ce que Sithbrir voulait que je voie, mais… L'autre fois…
–Je survivrai, l'interrompit-il. Tu n'as pas à t'en faire pour moi, affirma-t-il platement, sans détourner son attention de ce qu'il y avait de l'autre côté de la vitre. J'ai vaincu ma sœur, qui était la Déesse de la Mort. Je doute qu'une arme aussi banale que celle qu'il y avait dans ta vision puisse venir à bout de moi, fit-il remarquer, se souvenant lui aussi de ce qu'elle avait partagé avec lui un an plus tôt, et qu'il s'était vu étendu sur le sol, une imposante hache enfoncée dans le thorax, mais soudain, il crut comprendre quelque chose qui le fit à nouveau la regarder. Tu es inquiète pour moi ?
–… Il faut bien que quelqu'un le soit, se justifia-t-elle, puisque tu n'as pas l'air de te préoccuper de ce qui pourrait t'arriver.
–Ce n'est plus le cas depuis quelques années, confirma-t-il. Et aujourd'hui, j'ai craint que la Mort vienne frapper à nos portes, mais ce n'était pas mon sort qui me préoccupait, ajouta-t-il en l'observant sans ciller, et il vit qu'elle avait compris lorsqu'elle soupira encore une fois. Ecoute, reprit-il en attrapant une de ses mains afin qu'elle le regarde enfin, ce qu'elle fit, et sans le relâcher cette fois-ci. Je sais que tu es furieuse contre moi. Et encore, je doute que ce mot soit suffisamment fort pour décrire ton ressenti, dit-il en guettant sa réaction, mais la jeune femme ne laissa rien paraitre, alors il poursuivit ; Je sais que m'en aller était… Probablement la pire erreur qui soit. On m'a qualifié de beaucoup de choses, au cours de mon existence, et parmi elles, je peux compter : arrogant, méprisant, imbu de moi-même, immature, insupportable… énuméra-t-il. Mais quand je suis parti, j'ai… J'ai juste été lâche.
Elle ne fut pas surprise qu'il le reconnaisse sans que quelqu'un ait besoin de le lui faire remarquer. Elle le connaissait, elle savait qu'il était capable de se rendre compte seul qu'il avait dépassé les bornes, quelle qu'en soit la manière. Elle le regarda placer son autre main au-dessus de la sienne, puis elle releva les yeux vers lui.
–… Alors pourquoi ?
–Lorsque ton frère m'a appelé en me demandant de revenir aussi rapidement que possible, j'ai imaginé un tas de scénarios. J'ai pensé que quelqu'un avait à nouveau tenté de s'en prendre à toi, mais je me suis rassuré en me disant que plus rien ne pouvait t'atteindre, parce que tes pouvoirs ne font que croitre avec le temps. Et lorsque j'ai appris… Quand tu m'as dit que… dit-il, hésitant à chaque fois à poursuivre. Qu'on allait… Avoir un enfant, j'ai…
Il arrêta de parler durant quelques secondes et prit une profonde inspiration.
–… J'ai paniqué.
–Tu as « paniqué » ? répéta-t-elle calmement, n'étant pas certaine de comprendre.
–J'ai eu peur de ne pas être à la hauteur, lâcha-t-il. J'ai… Déçu tant de personnes par le passé, mais j'avais le sentiment qu'avec les années, j'avais presque réussi à racheter ma conduite. Et puis, tout ce temps qu'on a passé ensemble, j'avais réellement l'impression d'y être enfin parvenu. Seulement, quand j'ai appris… Je me suis souvenu de l'irresponsabilité dont j'avais fait preuve par le passé, et j'ai commencé à me dire que je n'étais pas prêt, alors… Je me suis dit qu'en prenant un petit peu de temps pour me focaliser uniquement sur ça, y réfléchir posément et tenter de faire le point, ça irait bien mieux, mais le fait est qu'au final, je t'ai déçue, toi aussi, affirma-t-il en lâcha sa main, et il regarda dehors.
–… Qu'est-ce qui t'a poussé à revenir ? lui demanda-t-elle.
–Toi, déclara-t-il simplement en mettant ses mains dans son dos. Tout simplement parce que j'étais prêt à tout pour toi, et que j'ai compris que c'était quelque chose qu'on devait vivre ensemble, mais que ça me permettrait également de prouver que j'ai définitivement changé et qu'au fond, il n'y a jamais de vrai « bon moment » pour quelque chose de tel. Sauf que lorsque je suis revenu, tu étais en colère contre moi. A juste titre, s'empressa-t-il d'ajouter. J'aurais voulu t'expliquer tout ça beaucoup plus tôt, mais je craignais que tu me repousses davantage, ou que tu ne veuilles pas m'écouter, alors j'ai attendu encore un peu, et ça n'a fait qu'empirer, soupira-t-il, puis il se mit à fixer une étoile lointaine en croisant les bras. Les gens voient en moi un héros, mais je n'en suis pas un. J'aurais aimé avoir ton courage, et ta force d'esprit…
La mutante pouvait percevoir chacune des émotions qui le traversaient. Elle savait désormais avec certitude quelle était la raison qui l'avait poussé à s'éloigner un moment, même si elle le connaissait et qu'elle s'en était un petit peu douté. Elle esquissa un sourire, puis releva les yeux vers lui.
–Pourquoi tu ne m'as pas raconté tout ça dans les messages que tu m'as envoyés ? lui lança-t-elle en se dirigeant vers la commode où elle avait laissé le matériel médical, tandis qu'il tourna la tête dans sa direction, surpris.
–Tu les as écoutés… ? souffla-t-il.
–Tu sais, reprit-elle sans répondre de manière directe, au bout du dixième, j'ai commencé à me dire que tu avais peut-être des problèmes, alors… Disons que j'ai écouté le premier, et dans la foulée, tous les autres ont suivi, expliqua-t-elle en s'emparant d'une carafe en verre remplie d'eau, et elle s'en servit un verre. Parfois, je me disais qu'y répondre ne me ferait pas de mal. Après tout, tu me racontais ce que tu faisais, tu me parlais de ce que tu accomplissais dans l'Univers, en précisant toutes les deux phrases que tu étais désolé et que tu voulais qu'on se voie pour qu'on puisse discuter… Et presque tous les jours, j'attendais ton message, parce que même si j'étais énervée, je n'avais pas envie qu'il t'arrive quelque chose, avoua-t-elle en buvant quelques gorgées d'eau, et l'asgardien s'approcha lentement, bras toujours croisés. Même chose pour le moment où tu t'es retrouvé dans l'arène. Ce n'est pas parce que je t'en voulais que j'avais envie que tu sois blessé.
–Donc… Tu t'es vraiment inquiétée pour moi.
–Qu'est-ce que tu crois ? soupira-t-elle, puisque pour elle, il s'agissait d'une évidence. Bon, tu as fait une erreur, d'accord, mais ça ne veut pas dire que ça me permet de remettre en cause tout ce que tu as pu faire de bien et crois-moi, la liste est vraiment très longue… Mais laisse-moi te dire une chose ; moi non plus, je ne me sens pas prête, lui avoua-t-elle.
–Vraiment ? lui demanda-t-il, quelque peu étonné, après quoi il la vit soupirer.
–Jusqu'à il y a peu, je ne pensais pas que ma vie prendrait un tournant pareil. Un voyage à l'autre bout de la Galaxie, une guerre civile, la perte d'un proche et mon propre décès, tout ça en moins d'un an. Après ça, je me suis dit que… Tout irait forcément mieux, même si mes cauchemars persistaient. Et puis, tu étais là, ajouta-t-elle. J'étais au plus bas, et j'avais l'impression d'embarquer Tony dans ma détresse. Mais tu es revenu, et ça a tout changé. Un peu comme maintenant, en fait.
–Qu'est-ce qui a changé ?
–Beaucoup de choses. Je t'ai rencontré à un moment de ma vie où ça n'allait pas forcément bien tous les jours et même si tu n'en as pas conscience, tu as toujours su m'aider. L'an passé, quand… Quand j'ai compris que je finirai par y passer, j'ai failli l'accepter parce que j'en avais assez de continuellement me battre contre des phénomènes qui me dépassaient. Et pourtant, toi, tu es resté sur Terre avec nous, et tu n'as pas abandonné. Sur le chemin qui me conduisait vers une mort certaine, tu es celui qui m'a fait sentir plus vivante que jamais, lui confia-t-elle en détournant le regard pour ensuite fixer le reflet de l'homme dans le miroir.
Thor se figea, la bouche légèrement entrouverte. Il ne s'était pas attendu à entendre quelque chose de tel.
–… Et pourtant, j'ai trouvé le moyen de te décevoir, soupira-t-il en regardant son reflet à elle. Je regrette tellement, tu n'as pas idée.
–Si, si, je sais, affirma-t-elle calmement. Je ne suis pas aveugle, j'ai vu tous les efforts que tu as fait, et… Bon, d'accord, je ne me suis pas forcément montrée très « coopérative », mais j'avais juste envie de te charrier un peu avant de te dire que tous ces gestes, toutes tes actions, tout ce que tu as fait n'était pas vain. Loin de là.
–Alors… Ça veut dire que…
–Que tu m'énerves, lança-t-elle, mais ma vie serait bien moins amusante si tu n'étais pas là pour y semer un peu de trouble, lui dit-elle, un sourire au coin des lèvres, et cet air amusé qui se lisait sur son visage mit un peu plus en confiance l'asgardien.
–Madison, reprit-il en attrapant sa main gauche, je veux être présent pour toi. Pour vous deux, ajouta-t-il le plus sérieusement du monde, ce qui la fit sourire davantage. Et je ne veux plus partir. Plus jamais. Je suis parti parce que j'avais peur, parce que je ne pensais pas être à la hauteur et que je ne méritais pas d'être avec quelqu'un comme toi.
–Tu penses pas en faire un tout petit peu trop ? lui demanda-t-elle malicieusement avant de passer son bras droit autour de lui afin qu'ils se rapprochent l'un de l'autre et elle sentit que cette proximité rassura l'homme, puis leur front se touchèrent et elle soupira en fermant les yeux.
Ils restèrent ainsi sans bouger durant quelques secondes jusqu'à ce que l'homme lui murmure une nouvelle fois qu'il était désolé, tout en l'implorant de lui accorder son pardon. Ils gardèrent les yeux clos, profitant de cet instant de silence, dont ils avaient bien besoin. Ils avaient tous deux l'impression de ne pas avoir dormi pendant plusieurs jours, et maintenant que tout était enfin terminé, ils pouvaient se permettre de souffler un peu. Il fut surpris lorsqu'il sentit les lèvres de la midgardiennes entrer en contact avec les siennes, mais il ne recula pas. Il avait attendu ça suffisamment longtemps, et il demeurait soulagé que ses chances de se faire pardonner soient plus élevées que ce qu'il avait imaginé. Il plaça une main dans le dos de la brune et l'attira davantage contre lui puis posa délicatement son autre main sur sa joue. Lorsque le baiser prit fin, ils restèrent néanmoins très proches l'un de l'autre.
–Si jamais je dérange, vous me prévenez, retentit une voix masculine.
Les deux héros tournèrent la tête en direction de la porte et aperçurent Loki qui se trouvait dans l'encadrement de celle-ci, bras croisés. L'asgardien leva les yeux au ciel en soupirant tandis que la jeune femme tenta de dissimuler son sourire.
–Oui, affirma Thor en s'écartant d'un pas de la terrienne. Tu déranges, en effet… Mais tout le monde est maintenant habitué à ce que tu fasses irruption un peu partout sans qu'on te voie venir.
Le dieu de la malice entra dans la pièce d'un pas lent en décroisant les bras, sous le regard attentif de son frère, qui soupira à nouveau et attrapa le bouchon de la bouteille d'alcool qui trainait toujours sur la commode près de laquelle il se trouvait. Il songea à tout ce que l'ancien ennemi d'Asgard avait fait aujourd'hui. A tous les risques qu'il avait pris en le rejoignant, alors qu'il aurait très bien pu s'enfuir loin, très loin à l'autre bout de l'Univers sans demander son reste. La liberté s'offrait à lui, et pourtant, il était revenu, et Thor savait que sans lui, son peuple aurait péri.
–Tu sais, si tu avais été vraiment là, je t'aurais bien pris dans mes bras, déclara-t-il en lançant l'objet vers lui, et il fut très étonné de constater que contrairement à la pierre qu'il lui avait jetée dans la cellule sur Sakaar, ça ne le traversa pas.
–Je suis là, se contenta de dire Loki après avoir attrapé le bouchon au vol, qu'il déposa ensuite sur la table.
La première personne qui réagit fut Madison. Elle échangea un bref coup d'œil avec Thor, après quoi elle s'approcha de l'autre homme et s'arrêta à environ un mètre de lui. Les fils d'Odin se contentèrent de la regarder sans prononcer le moindre mot. Tous deux parvenaient toujours à être surpris dès qu'il s'agissait d'elle, notamment l'asgardien. Pour le Jotün, c'était légèrement différent depuis qu'il avait découvert que très peu de choses les différenciaient, et qu'ils étaient des survivants. Qu'ils ne laisseraient plus jamais quiconque les briser de l'intérieur. Que vivre dans l'ombre et le secret ne les dérangeait pas plus que cela. Que quelque part, ils étaient faits pour s'entendre.
–Je vous avais bien dit que vous auriez droit à votre moment de gloire, lui dit-elle chaleureusement.
Il la regarda longuement, silencieux, le visage neutre, avant de faire un pas en avant et poser une main sur son épaule valide. Durant quelques secondes, aucun des deux ne bougea, puis l'homme l'attira contre lui afin de la serrer dans ses bras, ce qui estomaqua Thor, lui qui n'était pas habitué à voir son frère faire preuve de sympathie à l'égard des gens, et encore moins envers quelqu'un en provenance de la Terre. Loki sentit Madison lui rendre son étreinte et en fut en quelques sortes rassuré. Il avait eu besoin de ce geste, même s'il avait préféré ne rien dire.
–Merci pour tout, lui souffla-t-il en fermant les yeux un instant.
La mutante demeurait elle aussi quelque peu déconcertée par cet élan « d'affection », mais elle ne releva pas. Elle comprenait qu'après tout ce qu'il avait traversé, il avait grandement besoin de savoir qu'il pouvait compter sur quelqu'un, et qu'il n'était pas venus les voir eux par hasard. Pourtant, elle avait l'impression d'être la plus redevable des deux.
–Merci à vous, répondit-elle tout aussi doucement.
Il la relâcha après quelques instants et lui sourit tristement. Il lui devait beaucoup, bien plus qu'elle n'aurait pu l'imaginer. Elle ne savait pas à quel point elle l'avait aidé, combien tout ce qu'elle avait fait pour lui l'importait. Il restait beaucoup de choses qu'il souhaitait partager avec elle, mais il savait que ce n'était pas le moment. Madison sembla remarquer son air un peu distant et ne comprit pas trop pourquoi il était ainsi. Elle le trouvait très calme. Bien plus qu'il pouvait parfois l'être. Elle sentait qu'il était à la fois un peu tendu, mais serein, ce qui était une étrange combinaison. Elle préféra ne pas commencer à parler de cela, jugeant qu'il préférerait peut-être parler lui-même de ses tourments en temps voulu, puis elle se rappela de quelque chose.
–Je crois qu'il est grand temps que je vous rende ceci, lui dit-elle en détachant la dague de sa ceinture, et elle la lui tendit.
Il considéra l'arme blanche un instant, puis il posa sa main au-dessus de la sienne et l'abaissa lentement.
–Gardez-la pour le moment, lui signifia-t-il.
Bien que surprise, elle ne répliqua pas et finit par ranger la dague dans son étui, ne cessant de se dire qu'il faudrait tout de même qu'elle lui parle, qu'elle cherche à savoir ce qui n'allait pas. Elle ne voulait plus s'immiscer dans ses pensées, elle préférait que cela vienne de lui de façon directe. Ce moment quelque peu morose s'acheva lorsque Thor reprit la parole.
–Je n'arrive toujours pas à comprendre comment vous êtes devenus amis, déclara-t-il, perplexe, et les deux magiciens échangèrent cette fois un sourire complice. Sinon, Loki, je suppose que tu avais quelque chose à nous communiquer, si tu nous as interrompus ? lança-t-il à son frère sans y mettre la moindre once de reproches.
Lui en voulait-il toujours pour ses erreurs passées ? Il n'en était plus si certain. A vrai dire, il lui avait toujours pardonné ses écarts, car comme toujours, il ne parvenait pas à chasser de sa tête le fait qu'il s'agissait de son frère. Il avait été terriblement en colère après que ce dernier s'en soit pris à Madison en Islande, mais il savait que la jeune femme avait raison et que ce différend ne regardait qu'eux. De plus, il avait pu constater à plusieurs reprises que cela semblait s'être arrangé sans problèmes, et après tout ce que le dieu de la malice avait fait aujourd'hui, il avait l'impression de retrouver celui avec qui il avait grandi sur Asgard. Comme si les dernières années de conflits et affronts n'avaient jamais existé.
–Le peuple d'Asgard attend son roi, l'informa-t-il avec un sourire discret.
Cette information mit une seconde à remonter jusqu'au cerveau du concerné. Il ne s'était vraiment fait au fait que désormais, il avait tout un peuple à diriger. Se sentait-il prêt ? Pas vraiment. Mais avec les personnes qui l'entouraient, il savait qu'il s'en sortirait. Il avait confiance. Il s'apprêta à répondre, mais l'autre homme enchaina ;
–Et je suppose qu'après ce à quoi j'ai assisté, dit-il en faisant référence au fait qu'il les avait vus assez proches en arrivant, les asgardiens ont sûrement hâte de voir leur… « Future reine » également, commenta-t-il innocemment en désignant Madison, mais toujours en regardant Thor.
Il y eu un blanc durant lequel ni Madison ni Thor ne surent quoi dire, ou comment réagir. L'asgardien dévisageait son frère avec un air qui voulait dire « Tu viens sérieusement de dire ça ? » et la midgardienne semblait un peu perdue.
–… C'est dans ce genre de moments qu'on peut voir que vous êtes de la même famille, lança la jeune femme en se dirigeant vers la porte, un sourire aux lèvres. Vous en faites parfois un tout petit peu trop… leur dit-elle, avant que son regard croise celui du blond. Vous venez, votre Majesté ? lui proposa-t-elle en lui faisant signe de la suivre puis elle s'en alla dans le couloir.
Ils l'entendirent s'éloigner, puis ils se regardèrent un instant.
–Ne la laisse pas tomber, cette fois-ci, suggéra l'homme aux cheveux sombre à l'autre avant de partir à son tour, jugeant qu'il était inutile d'ajouter quoi que ce soit.
Thor se retrouva seul et en profita pour réfléchir durant quelques secondes à tout ce qui leur était arrivé récemment. Il avait perdu son père, avait été contraint d'affronter sa sœur, avait mis ses amis en danger et plusieurs asgardiens avaient été exécutés sans qu'il ait le temps d'intervenir. Mais au-delà de cela, il s'était réconcilié avec Madison, il avait retrouvé son frère et avait désormais un peuple à guider. Beaucoup de personnes comptaient sur lui, et il ne voulait plus décevoir qui que ce soit. Il observa brièvement son reflet dans le miroir et soupira.
Il espérait qu'où qu'ils soient, ses parents étaient fiers de lui. De l'homme qu'il était elle était vraiment, à retrouver ses proches. Il se rappelait, dans les moindres détails, de celle qu'il avait vue. Il trouvait qu'en un sens, elle avait grandi. Il voyait s'éveiller en elle l'âme de la guerrière qu'elle avait toujours été destinée à devenir et il savait que cette fois-ci, elle serait prête à affronter tout ce qui l'attendrait. Même s'il lui faudrait du temps.
