Bonjour à tous, habitués comme nouveaux ! Et oui, je suis de retour pour de vrai !
Pour les plus impatients, je vous laisse lire, sinon j'ai quelques trucs à vous dire :
Rythme de publication : cette fic est entièrement achevée, elle fait treize chapitres, et trois parties. La publication est prévue à compter d'aujourd'hui et jusqu'au 26 mai, avec un chapitre hebdomadaire le mercredi, et deux semaines de pauses entre chaque partie. Je sais que j'avais annoncé cette future publication à la fin de mon Calendrier 2020 pour début février, j'ai un peu de retard pour des raisons personnelles IRL (idem pour vos RaR sur ce même Calendrier, qui doivent arriver dans la semaine), j'espère que vous ne m'en voudrez pas !
Infos sur l'histoire : Le thème est franchement inhabituel pour moi, et je connais très mal cette époque de l'Histoire, alors pardonnez mes écarts et mes imprécisions, pardonnez mes maladresses et mes contresens historiques, ce n'est qu'une histoire ! Initialement, elle a été écrite pour Allteas (d'où le choix du thème), pour un anniversaire (mais alors y'a looooongtemps), elle en a autorisé la publication. Sinon, n'oubliez jamais que ça a été écrit par moi et... que je crois que sincèrement, c'est ce que j'ai fait de pire *sourire sadique*
Bêta : Mon Elie, ma Merveille, mon âme-sœur, mon amour. Je ne sais exister sans toi.
Disclaimer : On remercie Sir ACD qui possède le personnage original de Sherlock Holmes, et les sieurs Moffat et Gatiss pour l'adaptation récente pour la BBC. Merci à eux de me laisser leurs jouets pour que je m'amuse à tout casser ! Je ne possède rien, sinon les quelques personnages originaux qui pourraient faire leur apparition. Je ne perçois rien, sinon le plaisir de vous faire sourire, du moins je l'espère. Petite précision spéciale : certains personnages mentionnés n'en sont pas. Ce sont des vrais gens qui ont existé pour de vrai, et donc qui s'appartiennent à eux-mêmes, même s'ils sont morts depuis des lustres xD
Rating : M, comme d'hab. Vous savez pourquoi.
Bravo à ceux qui ont tout lu et gagne un cookie. J'espère que cette histoire vous plaira ! Il ne me reste plus qu'à vous souhaiter une bonne lecture ! :)
PARTIE 1
Chapitre 1
C'était de ces jours où le chagrin se disputait à la liesse, dans les rues de Thèbes. Après deux jours de joie et de célébration, le deuil venait de remplacer le bonheur dans le cœur du peuple égyptien. Pourtant, il subsistait une pointe de joie en eux, parce que la bonne nouvelle était toujours là, présente, gravée dans leurs cœurs. Pourtant, c'était le deuil qui venait d'être proclamé, et qui prédominait dans la ville.
Les régions plus reculées apprendraient les deux nouvelles conjointement, et le chagrin se taillerait une place à part égale avec le plaisir. Thèbes avait eu la chance, ou la malchance, d'exulter de bonheur, avant que la chape de malheur ne s'abatte sur eux.
Hatchepsout, reine-Pharaon des deux Égypte, cinquième souveraine de la XVIIIe dynastie, venait de s'éteindre dans son lit, après deux jours de souffrance, d'espoir douché et de douleur lancinante. Thèbes perdait sa reine, et la pleurait avec ardeur.
Pourtant, deux jours plus tôt, les oracles avaient vu leur prophétie se réaliser : l'enfant bénie des Dieux, la Princesse Royale, l'enfant chérie et attendue de la Reine Hatchepsout, venait de naître. Et elle n'était pas venue seule : un petit Prince l'avait accompagnée dans sa venue au monde. Deux enfants pour le prix d'un, deux héritiers de la couronne d'Égypte. Les oracles avaient prédit la venue de la Princesse, et qu'elle épouserait son frère, et ce depuis des années. Quand Hatchepsout, Reine-Pharaon, été alors tombée enceinte par la volonté des Dieux, plus aucun égyptien n'avait douté que viendrait leur Princesse Royale, et qu'une fois en âge, elle épouserait le premier fils du couple royal, alors âgé de douze ans.
Le malheur avait commencé à s'abattre sur leur peuple quand Toutmôsis II, son époux, avait connu un grave accident lors d'une visite d'une pyramide royale : le tombeau qu'il visitait était devenu son tombeau.
Hatchepsout était restée ce qu'elle avait toujours été : une grande Reine. Et elle avait surmonté avec détermination et grandeur la mort de son époux, portant en son sein l'avenir de l'Égypte, cette enfant que jamais son conjoint ne verrait naître.
Alors quand le terme, enfin, était venu, et que les médecins avaient annoncé au peuple égyptien que leur Princesse était née accompagnée d'un Prince, il n'avait fait plus aucun doute que les deux enfants, dès qu'ils seraient en âge, seraient mariés et règneraient, comme les oracles le prédisaient.
Le peuple avait exulté de joie, et les célébrations pour la naissance des enfants royaux avaient commencé, avant que la nouvelle tombe : l'accouchement avait affaibli la grande Hatchepsout, et elle gardait pour l'heure le lit, son état de santé inquiétant les médecins dépêchés sur place.
Les nouvelles inquiétantes sur l'état de santé de la Reine avaient, peu à peu, refroidi l'enthousiasme du peuple quant à la naissance de ses héritiers. Qui, en l'absence d'un Pharaon, pouvait gouverner ? Hatchepsout n'avait désigné aucun successeur, et tout, dans les signes divins, portait à croire que c'était la Princesse Royale et son frère jumeau qui devaient prendre le sceptre royal et la charge des deux Égyptes. Leur Reine ne pouvait mourir. C'était inconcevable.
Deux jours après, c'était la citadelle tout entière qui se figeait dans le chagrin : Hatchepsout, Reine-Pharaon, n'avait pu être sauvée par les médecins, et était décédée des suites d'une hémorragie post-partum, que nul n'avait pu comprendre et endiguer.
Dans la souffrance et la douleur, mais digne jusqu'au bout, la grande Reine était passée de vie à trépas, laissant un peuple endeuillé, et pourtant toujours réjoui de la naissance des petits héritiers. La Princesse Royale Eurus et le Prince Royal Sherlock étaient nés.
– Prince...
– Seigneur, répliqua l'enfant d'un ton qui n'admettait pas la réplique.
Le vizir s'inclina respectueusement face à l'enfant, qui n'en était plus vraiment un. L'homme avait servi fidèlement Hatchepsout, sa mère, depuis le début de son règne, et le Prince le savait de confiance. Il n'y avait que vers lui qu'il avait pu se tourner, et pourtant déjà lui aussi doutait.
– Seigneur, reprit le vizir, êtes-vous certain de vous ?
– Avons-nous un autre choix ?
– Il nous faut réfléchir, Seigneur, peut-être envisager de...
– De vous donner la place qui me revient de droit ? répliqua l'enfant dans une réplique cruelle, le visage si froid qu'il ne paraissait pas avoir les douze ans qui était pourtant son âge.
– Cette place revient à la Princesse Eurus et au Prince Sherlock, répondit le vizir, lèvres pincées.
Le Prince, assis dans ses appartements, renvoya un regard cruel au vizir, à qui il avait demandé de venir séance tenante. Les messagers venaient d'annoncer la mort de sa mère. Des cavaliers partiraient bientôt colporter la nouvelle dans tout le royaume. Le temps jouait contre eux.
– Exactement. Ma mère n'avait pas d'héritier, n'en a pas désigné. Mon frère et ma sœur sont prédestinés à occuper le trône d'Égypte, lorsqu'ils seront en âge. Je ne laisserai personne leur prendre cette place qui leur revient de droit. Et surtout pas vous.
Le regard de glace du vizir, homme mature, était rivé dans celui du jeune homme, à peine au sortir de l'enfance, et pourtant déjà capable d'affronter la haine de cet homme droit dans les yeux.
– Qu'importe ce que le peuple pensera de cela. Qu'il me haïsse s'il le faut, cela m'est égal. Cette place est mienne, je la prends dès aujourd'hui. Si vous êtes avec moi, alors vous irez annoncer au peuple que sur son lit de mort, ma mère m'a nommé régent, jusqu'au jour où mon frère et ma sœur prendront le pouvoir, et votre place de vizir à mes côtés sera assurée. Si vous êtes contre moi, alors vous irez faire de même, parce que je vous l'ordonne, mais c'est la mort qui vous attendra au tournant. Ne doutez pas de moi.
Le vizir ne doutait pas. Il avait été là à la naissance de l'enfant, alors qu'il était simple scribe pour la famille royale, haut fonctionnaire à la carrière en pleine expansion. Il n'avait jamais été le précepteur de l'enfant, mais il avait suffisamment de relations parmi les hauts dignitaires pour savoir ce qui se disait du Prince Mycroft. L'intelligence acérée d'Hatchepsout avait été transmise à son premier fils, né par hasard et par erreur au tout début de son règne et de son mariage. Le Prince avait, depuis sa prime jeunesse, toujours eu un pouvoir débordant, une autorité naturelle, et une compréhension des problèmes politiques du royaume qui dépassaient nettement les capacités d'un enfant de douze ans.
Il savait, en outre, qui lui était fidèle et qui ne l'était pas, qui le soutiendrait ou non, sur quels leviers appuyer pour avoir le pouvoir. Il avait à peine plus de douze ans, et dans son regard brillait déjà l'intelligence féroce d'un adulte. Le vizir savait reconnaître plus fort que lui quand il le voyait.
Le Prince ne l'était pas forcément. Pour cette manche, il gagnait. Le peuple avait besoin d'espoir, et malgré le peu de popularité du Prince Mycroft, placer l'enfant éprouvé par le chagrin sur le Trône à titre de régent en attendant la majorité de ses cadets fonctionnerait très bien.
Le vizir savait patienter. Il attendrait.
– Je suis avec vous, Seigneur Mycroft. Comme je l'ai toujours été avec notre regrettée Reine, comme je le serai toujours.
– Alors allez annoncer la nouvelle, vizir Moriarty. Moi, Mycroft Ier, à compter de ce jour, endosse la régence de la Haute et la Basse Égypte.
La nouvelle n'était pas parvenue au village. Anteaopolis n'était pas située si loin de la capitale de Thèbes, où le drame et le bonheur royaux venaient de se jouer, mais les messagers n'étaient pas encore parvenus jusque-là. Dans les rues, chacun vaquait à ses occupations, ignorant que leur Reine n'était plus, que le trône était vacant durant un bref instant. En cet instant précis, chacun avait d'autres chats à fouetter.
Et John, parmi tous ces gens, était probablement celui qui était le plus préoccupé par autre chose que la disparition de la Reine et la naissance des Jumeaux Royaux. Le lui aurait-on annoncé en cet instant précis qu'il aurait balayé l'information, pourtant vitale, de la main, comme on chasserait une sauterelle.
Sa seule préoccupation, c'était la main de son père sur son épaule, la présence de sa mère à ses côtés, et l'érudit de l'autre côté de la pièce.
John avait vécu toute sa jeune vie dans cette petite maison de torchis au cœur de la citadelle d'Anteaopolis, sur la rive droite du Nil, en Haute-Egypte. Si ses ancêtres avaient toujours été paysans, ses parents, à force de travail et d'acharnement, avaient réussi à s'élever un peu plus haut dans l'échelle sociale qui régissait leur pays, et étaient devenus commerçants, en poterie. Le métier était ardu, manuel, artistique. Son père fabriquait les poteries et les vendaient en compagnie de sa mère. Leur commerce, peu important, leur apportait la subsistance dont ils avaient besoin.
John avait cinq ans. Une petite sœur qui en avait à peine un. Depuis peu, il était considéré comme en âge d'apprendre, et il aidait son père à l'atelier.
Mais John n'avait jamais aimé la glaise et l'argile. Il aimait les hiéroglyphes du temple d'Antée et les papyrus des scribes de la ville. Il faisait de son mieux pour s'intéresser au métier de son père, qui un jour serait le sien, mais rien ne l'attirait plus que la lecture et l'écriture, l'éducation et le savoir. Le médecin, venu soigner sa petite sœur victime d'une infection quelques mois plus tôt, avait été bombardé de questions de la part du très jeune garçon, fasciné par les actes de précision réalisés par le professionnel.
Ses questionnements constants, son intelligence vive, sa rapide compréhension des quelques signes d'écriture qui lui avaient été enseignés, ainsi que la capacité de ses parents de s'élever à un autre rang que le leur et être capable de commercer avaient fini par attiser la curiosité des hauts dignitaires en résidence au temple.
Un jour d'ennui, John avait été approché par le grand prêtre du temple d'Antée, responsable de l'éducation de tous les jeunes nobles de la ville. John avait trouvé cela follement amusant de répondre aux questions de l'homme. Ce dernier, en retour, avait été impressionné par l'intelligence et la rhétorique du jeune bambin.
Alors c'était pourquoi, quelques jours plus tard, il se tenait là, dans la petite maison qui était tout ce que John avait toujours connu.
– Votre fils pourrait faire beaucoup, beaucoup mieux que ce que vous aspirez pour lui, avait-il commencé son discours.
Il avait gagné ainsi l'attention des parents de John. Et ne l'avait plus jamais perdue, leur parlant de l'opportunité fantastique que cela représenterait pour lui. Peu d'enfants de basse extraction avait le droit à une éducation. Elle ne leur était pas, à proprement parler, interdite. Mais il était rare qu'ils aient le temps pour ce genre de loisir. Apprendre leur futur auprès de leurs parents, voilà ce qui était leur quotidien.
John rêvait de tellement plus que cela. Et cet homme pouvait le lui offrir.
– Il lui faudra travailler dur, très dur. Plus que tout ce que tu n'as jamais fait. En as-tu envie ? interrogea l'homme à l'attention du jeune garçon.
– OUI ! répliqua aussitôt celui-ci, sans la moindre hésitation.
– Mais... demanda sa mère. S'il échoue, il n'aura pas...
La phrase resta en suspens. Si John échouait, il aurait perdu son temps, ne serait pas formé à devenir commerçant ou artisan, aurait à peine le droit d'aller cultiver une terre quelconque. L'échec n'était pas une option, et personne ne se donna la peine de répondre à la jeune femme.
– Que voudrais-tu devenir, si tu en avais l'occasion, John ? demanda le prêtre.
La réponse fusa, sans souffrir d'aucune hésitation.
– Médecin !
C'était son rêve, son vœu le plus cher. John le désirait ardemment depuis la maladie de sa petite sœur. Il ne savait pas exactement pourquoi, mais c'était là, en lui, encore si jeune et pourtant persuadé que son destin serait de sauver des gens, il le voulait, il le voulait tant.
– Alors tu pourras le devenir... Si j'ai votre accord, bien sûr ? Il ne tiendra plus qu'à toi, John, de travailler pour réaliser ton rêve.
John pénétra dans le bâtiment à la suite de l'homme qu'on lui avait ordonné de suivre, très intimidé. Il ne pouvait s'empêcher de lisser sa tunique blanche toutes les deux minutes, et de remuer ses orteils dans ses sandales, comme si vérifier qu'il en avait toujours dix était d'une importance vitale. D'une certaine manière, jouer avec ses orteils, vérifier qu'il en avait bien toujours le bon nombre était un moyen de s'assurer qu'il ne rêvait pas. C'était un des premiers signes pour savoir si on rêvait : vérifier que tout était normal. Un onzième orteil ou six doigts à chaque main était symptomatique d'un rêve. John ne savait que cela sur le sujet. L'interprétation des songes, il laissait cet art aux prêtres. Ce n'était pas son rôle.
– Maître, le médecin John, annonça soudain son guide à une nouvelle personne.
Un hochement de tête, une vague salutation, et l'esclave qui avait mené John dans la première partie du palace s'évanouit dans les couloirs. Resté seul avec le nouvel individu, de toute évidence beaucoup plus riche et plus noble, John hésita sur la conduite à adopter. Il n'avait jamais été très fort en relations diplomatiques.
– Suivez-moi, ordonna l'autre.
John ne répondit rien et se contenta d'obéir. Ils passèrent des couloirs et des escaliers, s'enfonçant toujours plus profondément dans le dédale qu'était le palais. John continuait de lisser sa tunique et de remuer ses orteils pour les compter. Son cœur battait à tout rompre, atténuant tous les sons environnants pour ne laisser dans ses oreilles qu'un badam-badam sourd et irrégulier.
L'homme l'amena jusqu'à une pièce, lui ordonna de ne pas bouger, qu'on viendrait le chercher, et disparut à son tour.
Laissé seul, John n'osa pas bouger du centre de la pièce, pourtant luxueuse, et ne manquant pas de place pour s'assoir. Des fruits mûrs et exhalant un délicieux parfum étaient disposés dans une corbeille. John n'avait goûté que deux fois dans sa vie à des grenades, et celles rouges et brillantes qu'il voyait lui mettaient l'eau à la bouche.
Il refusa cependant de s'en approcher, et encore moins d'en manger. Les appartements où il se trouvait, de toute évidence, appartenaient à une haute sommité du palais, et John n'était pas grand-chose sur l'échelle sociale de leur grand pays.
Cela faisait vingt ans que leur grande Reine Pharaonne Hatchepsout était décédée, et que le seigneur Mycroft, qui n'était alors âgé que de douze ans, avait pris le pouvoir. John, qui n'avait que six ans de moins que leur seigneur et maître Pharaon, était impressionné par la maîtrise totale que, rapidement, le jeune garçon avait obtenu sur l'Égypte. Le seigneur Mycroft était sans pitié et intransigeant, mais nul ne le considérait comme un tyran assoiffé de pouvoir. Il ne cessait de répéter, d'après les rumeurs, qu'il refusait d'être appelé Pharaon, et qu'il n'était pas éclairé par la lumière divine. Que ce rôle échoyait à son frère et à sa sœur, hériter des deux Égyptes, et descendants divins.
En attendant, le seigneur Mycroft avait apaisé les dieux, évité les famines, mené des guerres et des batailles victorieuses. John l'estimait beaucoup, pour son jeune âge.
C'était d'ailleurs à cause de lui qu'aujourd'hui, il en était là, dans ce palais, à Thèbes, si loin de chez lui.
Depuis que les prêtres avaient convaincu ses parents qu'il pouvait s'élever à un autre niveau qu'être commerçant, comme eux, et pouvait suivre l'éducation réservé habituellement à une certaine classe sociale, John n'avait jamais cessé de travailler, assidûment. Il avait été le meilleur élève, et de très très loin, étudiant avec acharnement. Il en avait tiré une grande fierté, d'être le meilleur, mais ne s'était jamais reposé sur ses acquis pour autant.
Il n'avait que trop conscience de la fragilité de son statut, de la chance qui lui était offerte, qu'il ne devait surtout pas gâcher.
Le jour de sa circoncision, quand il avait cessé d'être un enfant pour entrer de plein pied dans l'âge adulte, à quatorze ans, il s'était juré de poursuivre dans la voie qu'il s'était tracé, et il avait réussi. Deux ans plus tard, il était apprenti médecin. Djéhouty, le médecin le plus réputé de la maison de vie dans laquelle il était entré, l'avait un jour pris sous son aile. John avait suivi la même formation que tous les apprentis médecins du temple, vivant avec eux et apprenant chaque jour en leur compagnie dans la maison de vie rattachée au temple de Anteaopolis. Mais lorsqu'était venu le temps des premières pratiques et des diagnostics, le temps de choisir un maître et de s'associer à lui pour parachever sa formation, c'était Djéhouty qui avait choisi John. L'homme était une sommité dans leur petit monde. Il était médecin généraliste, et exerçait à son cabinet, ce qui témoignait de sa grande expérience. Tous l'admiraient beaucoup, John le premier. À son contact, il avait beaucoup appris.
Et grâce à lui, à l'âge de vingt-six ans, après avoir suivi l'homme à travers plusieurs villes de la Haute Egypte, John avait atterri à Thèbes, au palais royal.
– Médecin John ?
John sortit de ses pensées en voyant un homme pénétrer dans la pièce, en conquérant. Il s'agissait de ses appartements, à l'évidence, à sa manière de se comporter et de prendre possession de l'espace. Aussitôt, John courba l'échine, saluant respectueusement l'homme.
Sa tunique, au contraire de celle blanche et courte de John, qu'il portait tenue par une simple ceinture en corde de chanvre, respirait le luxe et l'opulence. D'un vert profond, drapée sur ses épaules et descendant jusqu'à ses pieds, l'étoffe semblait riche et légère à la fois. Un lourd pectoral d'or et de pierreries ornait son cou, et John ne doutait plus de qui il avait devant lui.
Et alors qu'il aurait dû uniquement respecter cet homme puissant et membre éminent des plus hautes puissances d'Égypte, John ne put retenir un frisson d'horreur le parcourir alors qu'il croisa brièvement le regard du vizir Moriarty.
Il y avait quelque chose, dans ses yeux clairs, de dérangeant, angoissant, terrifiant. Le vizir Moriarty n'était pas connu pour sa clémence et sa patience. Mais il avait toujours été là, y compris sous le règne d'Hatchepsout, et servait fidèlement le seigneur Mycroft, alors John savait qu'il n'avait pas à s'en faire.
Il était en outre là dans son bon droit, et invité au palais pour une bonne raison. Le vizir n'avait aucune raison de lui en vouloir.
Pourtant, en se redressant, le jeune médecin ne put s'empêcher de repenser à ce bref éclat dans le regard du bras droit du seigneur.
– Monseigneur vizir, salua maladroitement John.
C'était sa plus grande faiblesse. Djéhouty le lui avait toujours dit, le regard pétillant de malice et un rire aux coins des lèvres : John était nul en protocole. C'était un excellent médecin, doté du plus grand tact qui soit, et qui n'avait pas son pareil avec les enfants, mais il ne pouvait pas cacher son origine modeste. Au contraire de tous ses camarades, fils de scribes ou de hauts dignitaires, John n'avait jamais eu besoin de réfléchir à l'étiquette et aux convenances. Il traitait les esclaves comme des esclaves, les gens de sa caste comme des amis, et saluaient respectueusement les prêtres et tous les dignitaires. Il n'avait jamais eu besoin d'un guide pour ça, pour faire le distinguo entre les différentes catégories des nobles. En revanche, il n'avait jamais été capable de se faire à l'idée d'où il se situait par rapport à eux, en tant que médecin, désormais qu'il avait gravi quelques échelons de leur échelle sociale.
Quand il s'agissait des plus hautes sphères du pouvoir, dans la capitale, au sein même du palais royal, en présence du vizir, John était encore plus perdu et stressé.
– Ainsi c'est vous, le jeune prodige de Anteaopolis. Maître Djéhouty ne tarit pas d'éloges sur vous.
– Maître Djéhouty est trop bon, balbutia John.
– Insinueriez-vous que les compliments de votre maître ne seraient pas justifiés ? siffla le vizir.
John n'aimait pas sa manière de parler, de se déplacer autour de lui, de l'observer. Tout, dans cet homme, lui faisait penser à un serpent, et ce jusqu'à la couleur de sa robe, des pierres sur son pectoral, de ses yeux clairs. John n'avait jamais aimé les serpents. Apophis n'était pas le dieu préféré de John, qui en référait à Thot, dieu à la tête d'ibis, maître de toutes les connaissances et protecteur des médecins.
– Les compliments de maître Djéhouty sont reconnus pour être sages et rares, répliqua John. Ce qu'il dit de moi est un cadeau et une bénédiction, et je ne saurais remettre en cause les paroles de mon maître.
Il ne voulait ni se vanter, ni se dévaloriser, mais plus que tout refusait qu'on dise du mal de son maître. Se faire remarquer de médecin Djéhouty avait probablement été la plus grande chance de sa vie. Il l'estimait énormément.
– Bonne réponse, siffla le vizir Moriarty d'un ton amusé. Donc, vous êtes à la hauteur de remplacer votre maître dans la charge qui va vous être confiée ?
– Par la volonté divine de Thot, notre Seigneur et Maître, Maître Djéhouty m'en a estimé capable, et je ne faillirai pas à ma tâche, déclama John.
Ce n'était, cette fois, pas de la vantardise. John y croyait réellement.
Comme tous les médecins, il avait commencé par se spécialiser dans une seule pathologie. Avoir choisi le système digestif, ainsi que les reins et tous les problèmes liés aux glandes supplémentaires appelées foie et pancréas, l'avait rapproché de son maître, qui avait lui-même choisi cette même spécialité, des années durant.
Quelques temps plus tard, à peine un mois avant de devoir venir à Thèbes, John avait été reconnu médecin généraliste par ses pairs, ce qui constituaient la consécration d'un travail acharné. Personne ne le devenait aussi jeune, et il fallait des années de pratique, généralement, pour se prétendre expert de l'intégralité du corps. Grâce à l'enseignement de son maître, John avait pu le devenir.
Et quand le palais royal avait envoyé une missive pour donner une mission à Djéhouty, ce dernier avait simplement répondu non. Et avait envoyé John à sa place.
– Il sera parfait, avait argumenté maître Djéhouty. Je lui ai tout appris, et il est spécialiste du tube digestif avant tout. Il sera parfait.
Pour devenir médecin à la cour de Pharaon, il fallait être généraliste, et comme John l'était depuis un mois, il en avait la possibilité. La mission spéciale, quant à elle, précisait un suivi régulier et attentif du Seigneur Mycroft, qui souffrait justement de douleurs récurrentes à l'estomac et l'intestin. John aurait également, de manière plus lointaine, la charge médicale de toute la famille royale et des hauts dignitaires qui vivaient au palais.
C'était la plus importante mission de sa vie, la première fois qu'il mettait les pieds à la capitale, et il ne comptait pas échouer. Il trouverait ce qui perturbait tant leur Seigneur Régent que cela l'avait obligé à consulter.
– Dans ce cas, j'ai hâte que vous vous mettiez au travail, répondit le vizir Moriarty avec un sourire étrange, presque cruel. Un esclave va vous conduire à vos nouveaux appartements. N'hésitez pas à demander tout ce dont vous aurez besoin. Dès demain, vous serez présenté à Pharaon, et votre travail commencera.
Il marqua une pause, ses yeux brillant d'un éclat glacial, sa bouche se tordant en un rictus qui ressemblait à peine à un sourire.
– Nous ne pouvons que prier Thot que vous réussirez à soigner notre seigneur Mycroft. L'Égypte compte sur vous, sans quoi, elle perdra son Régent. Et personne ne veut voir l'Égypte perdre son Pharaon, n'est-ce pas ?
John ne répondit rien, tant la question lui paraissait saugrenue. Dans six mois tout au plus, il était prévu le mariage du Prince Sherlock et de la Princesse Eurus, les jumeaux. Ils pourraient alors être couronnés Pharaons, et le seigneur Mycroft n'aurait plus de pouvoir. Même s'il devait tragiquement, ce que John ne souhaitait pas, mourir demain, l'Égypte aurait un seigneur, un seigneur divin qui plus était. Il préféra se taire, attendant la suite.
Elle ne tarda pas, et un esclave vint chercher John, qui s'inclina devant le vizir, qui le congédia sans un mot de plus.
John suivit un nouvel inconnu dans les couloirs, le cœur battant. Sa nouvelle vie commençait.
Prochain chapitre - Me 24/02
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