Hey !

Cet OS a été écrit pendant la Nuit du Fof, sur le thème Chat - qui m'a bien évidemment fait penser à Catra. J'avais cette idée de ship en tête depuis un moment, alors j'ai tenté le coup. Je suis pas trop sûr du résultat. Mais je crois que j'aime bien ? En tout cas, c'est la première fois que j'écris avec Double Trouble ! (Qui est ici appelé Trouble, parce que j'avais besoin d'un nom plus court et que j'ai du mal avec Doublia)

Merci à Almayen pour sa review sous l'OS précédent !

Bonne lecture !


Résumé : Six heures du matin, Catra surveille la porte. Iel lui avait promis de rentrer tôt.
Rating : K plus.
Genre : Angst/Romance
Univers : UA Moderne

Personnages : Catra, Doublia.
Pairing : Catra/Doublia.


Six heures du mat'

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Six heures du matin, les yeux grands ouverts. A trop fixer la porte, Catra va finir par s'assécher la rétine. Mais c'est plus fort qu'elle.

Plantée dans le canapé du salon, ce grand salon, superbement décoré - pas par elle - elle attend.

Six heures. Putain de six heures.

C'est tard. Ou tôt. Pas une heure pour être éveillée, que ce soit parce qu'elle se lève trop tôt ou qu'elle se couche trop tard - ici, la seconde option. Pas une heure pour rentrer non plus. On rentre pas à six heures. Pas quand on a promis.

Promis ? Iel a bien promis, hein ? Catra ne sait plus. Iel a dit quoi en partant ? Un truc comme, t'en fais pas chat, je serai de retour pour le repas. Mais peut-être que non. Peut-être qu'iel a dit m'attends pas pour manger et qu'elle a attendu pour rien. Et merde. Elle croit que c'est la première option. Iel a bien dit qu'iel rentrerait, hein ?

Pour quel repas, au final ?

Les nœuds de fatigue tirent dans son cerveau.

Mais six heures. Six heures, c'est pas une heure pour rentrer, et Catra est en colère. Ou elle a peur ? Aucune idée. Elle ne fait pas la différence. N'a jamais su la faire.

Derrière, le soleil. Par la baie vitrée. Le soleil qui se joint à la ville. Même pas besoin d'allumer la lumière, elle arrive toute seule. Lumière sur les étagères, la télé, la table basse et le bar au fond de la pièce, devant la cuisine. Lumière sur la solitude. C'est beau, sûrement, un lever de soleil.

Adora aurait trouvé ça romantique.

Trouble viendrait rire dans son oreille, si elle le lui disait.

Lumière sur elle, dans l'ombre du canapé. Elle pourrait fermer les rideaux et s'enfemer dans le noir et quand Trouble entrerait, iel verrait deux yeux clairs dans la pénombre. Deux iris injectés de colère. Cadra gronderait, elle gronderait comme un chat feule et elle gueulerait qu'est-ce tu fous là à cette heure ? T'étais où ? Pourquoi t'es pas rentrée comme t'as dit ? T'as dit que tu serais là pour le repas ce soir ! Poings serrés, debout dans le salon elle cracherait ce qui lui colle au fond de la gorge comme un molard T'étais avec qui ? comme dans les séries à la télé, ces couples qui s'engueulent et hurlent et se rabibochent au pieu. J'ai attendu toute la nuit, putain ! Tu pouvais pas prévenir ? T'étais trop occupé-e, peut-être ? Occupé-e à quoi ? T'es pas foutu-e de tenir tes promesses de toute façon. Et Trouble serait désolé-e, iel lèverait la main en signe d'apaisement pour la poser sur sa joue comme si de rien était alors elle s'énerverait encore plus et Me touche p-

Du bruit dans la porte. Dans la serrure. Un grattement. Une clé qui tinte.

Catra se relève. Croise les bras, décroise, grogne, fusille la porte du regard, ouvre la bouche et ça s'ouvre en même temps. Et le battant s'écarte.

Et des cheveux blonds si longs paraissent dans son champ de vision.

Une peau claire.

Des jambes qui s'étirent, découvertes sous sa jupe. Des talons qu'elle dégage d'un coup de pied comme on éclate un moustique.

– Salut chaton.

Sa voix grave.

Catra ne sait pas si ça sent l'alcool. Trouble sent toujours l'alcool même quand iel ne boit pas. C'est dans ses gènes, dans son sang. Dans cette manière qu'iel a de balancer la main alors qu'iel s'approche. Lève les yeux et, enfin, les pose sur elle.

Pour la première fois depuis son départ, Catra existe.

T'étais où ? elle doit hurler. Mais elle avale sa salive et la colère avec. Elle rétrécit.

– T'as vu l'heure ? elle ne hurle pas.

Trouble défait sa veste. La tend vers le porte manteau qu'iel n'a pas, réalise. La jette nonchalamment sur le fauteuil.

– Mm, ouais ? Il est quelque chose comme…

Iel sort son portable.

– Oh, six heures. Je pensais pas que le trajet serait aussi long.

– Quel trajet ?

– Pour rentrer. On a fait une fête avec des potes et y avait pas encore de métro quand j'ai voulu rentrer.

– Des potes ?

– Des collègues du boulot. Faut bien décompresser en sortant du taf.

Des collègues plus importants que moi ?

– Il est six heures.

– Je sais, je viens de le dire.

Un rire qui gigote dans sa gorge. Pourquoi est-ce qu'iel s'avance vers elle comme si rien n'avait d'importance ?

– T'as l'air crevée, chat. Rassure moi, t'as pas attendu que je rentre pour te coucher, hein ? J'ai failli rester dormir là-bas, t'en aurais eu pour un moment.

Ses yeux pèsent des siècles. Elle voudrait dormir. Ou pleurer. Elle s'en sent incapable.

– T'as dit que tu rentrais pour manger.

– Oh, j'ai dit ça ?

Haussement d'épaule, regard levé vers le ciel. Des lentilles jaunes sur ses prunelles. Trouble adore les lentilles.

– Possible. J'ai dû oublier.

Elle avait fait des lasagnes. Des lasagnes qui attendent encore, au four. Elles sont ratées, pas assez salées, trop cuites. Mangeables, mais ratées quand même.

Elles auraient eu meilleur goût si Catra les avait mangées avec iel.

– J'ai cuisiné.

– Oh, cool ! T'as préparé quoi ? Mm, laisse-moi deviner, du gratin dauphinois ? Attends non, t'as horreur des pommes de terre. Du taboulé ? Il en reste ?

C'est pas les patates qu'elle déteste. Ce sont les carottes.

– Non.

– C'est du chaud ou du froid ?

Du froid, maintenant. Puisque ça fait six heures qu'elle s'est résignée à manger toute seule.

Trouble s'approche, iel est tout près. Ses yeux frappés par la lumière. La moitié de sa tête rasée repoussent en brins anarchiques. Catra veut y passer la main. C'est doux, elle sait, si doux. Comme un pelage. C'est sauvage, comme elle.

– C'est dans le four.

– Du chaud alors. Ça tombe bien j'ai la dalle. J'ai pas mangé depuis… Ouais, en sortant du taf ? J'ai vraiment pas fait gaffe à l'heure, je suis à plat.

Iel la contourne, s'arrête, se tourne. Sa langue, longue langue, claque. Pas de piercing au milieu. Iel a dû l'enlever.

– Eh, chat, qu'est-ce que tu me fais ? C'est quoi cette gueule de déprimée ?

– T'avais dit que tu rentrerais ce soir.

– Bah il est six heures. J'suis carrément en avance.

Iel rit. Pas Catra. Catra laisse ses bras tomber le long de son petit corps. Son corps de grande gamine. Elle pourrait faire semblant, passer sa main dans sa tignasse courte - qu'elle a coupée la semaine dernière, ce que Trouble a mis deux jours à remarquer.

L'autre la regarde. Pour de vrai, cette fois.

– Déso, j'ai pas fait gaffe. C'était une fête cool.

Elle sent comme un tas de vers qui lui rongent le ventre. Parce que c'est pas cool d'être avec moi ?

– On rattrapera ça un autre jour, ok ? Je bosse pas jeudi. On se fera un truc ensemble, genre un ciné. Y a pas un film que tu voulais voir, là ? Spider-truc ?

Si. Il n'est plus en salle depuis un mois. Mais parce qu'iel s'en souvient, Catra n'ose pas le lui dire.

Elle détourne les yeux. Iel pose sa main sur sa joue. Sa main froide du dehors, cette peau translucide pleine de veine. Qui sent le tabac. Un peu la sueur. Iel a transpiré. Sûrement qu'iel a dansé, encore et encore. Pendant des heures. Des heures qu'iel a passées loin d'elle.

Un ventre grogne, et ce n'est pas le sien.

– D'acc.

– Allez. J'vais bouffer et on en reparle, ok ?

– Mm.

C'est froid sur sa bouche, brusquement. Ça goûte la menthe des chewing-gums que Trouble mâche à longueur de journée. Elle n'a pas le temps de profiter du baiser que l'autre s'éloigne déjà.

– Eh. J't'aime.

Les mots la traversent.

Si elle se laisse tomber, là, est-ce qu'iel la soutiendra ? Si elle lui hurle la colère qu'elle a perdue, est-ce qu'iel lui en voudra ? Non. Sûrement qu'iel chassera tout ça d'un geste de la main comme on se débarrasse d'un problème qu'on ne veut pas régler.

T'avais promis.

– Moi aussi.

Mais Trouble ne l'entend pas. Iel est déjà dans la cuisine, en train d'allumer le four.

– Des lasagnes ? Wow, t'as fait fort ! J'te sors aussi une assiette ?


Et voilà ! De base je voulais exploiter l'ascendant que Double Trouble a sur Catra dans la série, mais c'est plus parti sur un truc désinvolte. Ça me plait quand même.

A plus !