Hey !
Et voilà un OS de plus, écrit pendant les 24h du Fof ! Le thème était Pourquoi pleures-tu ?, et ce texte va avec le précédent. Il n'y a pas besoin de l'avoir lu pour comprendre celui-ci mais juste, c'est la même histoire. Wala.
Merci à Mijoqui, Jess Swann et Almayen pour leur review sous le texte précédent !
Bonne lecture !
Résumé : Encore une fois, Trouble oublie. Et Catra chiale.
Rating : K plus.
Genre : Hurt/Comfort
Univers : UA Moderne
Personnages : Catra, Doublia, Scorpia.
Pairing : Catra/Doublia.
Un oubli
.
– Eh, Catra ? Ça va ?
Non. Elle aurait pas quitté l'appartement sur un coup de tête, sinon. Est-ce que Scorpia pourrait, pour une fois dans sa vie, réfléchir avant d'ouvrir sa bouche ? C'est trop lui demander ?
Merde.
Elle ravale le feulement amère qui lui brûle la gorge. La butch lui a rien fait, pas la peine de s'énerver contre elle. Elle a même annulé son rencard avec Entrapta pour lui dédier sa soirée, alors...
– Pourquoi tu pleures ?
– Je pleure pas.
Je pisse par les yeux, elle pourrait ajouter. Mais Scorpia serait foutue de la prendre au sérieux parce que vraiment, parfois, le peu de cerveau dont elle a écopé fonctionne aussi bien qu'un grille-pain plongé dans une baignoire.
Même cette comparaison, elle la comprendrait pas. Parce qu'elle est con comme ses pieds, bête à bouffer du foin - et l'aiguille planquée dans la botte en passant. Elle comprend jamais même quand on lui explique longtemps, vraiment, c'est...
C'est horrible. Parce que Catra pense tout le mal possible de la personne la plus gentille du monde. Si Scorpia ne sait pas faire fonctionner ses neurones, c'est parce que son intelligence est émotionnelle.
– On dirait.
– Oui, je pleure ! Banane !
Banane. Elle est tombée si bas que, de toutes les insultes possibles, elle a choisi celle-là. Elle se fait honte.
– C'est à cause de Trouble ?
Bien sûr. C'est toujours à cause de Trouble. Au moins un truc qu'elle a compris toute seule.
– Qu'est-ce qu'elle-
– Iel.
– Oh, pardon. Qu'est-ce qu'iel a fait ?
Rien. Iel a rien fait. Un an de relation à fêter, un an depuis le patin magistral que Trouble lui a roulé après deux pintes déquillées dans un bar lesbien, et...
Et iel a oublié ?
Et le plus horrible, dans tout ça, c'est qu'elle ne peut même pas dire qu'elle est déçue. Parce qu'elle s'y attendait.
Catra ne demandait pas grand chose, pourtant. Un bouquet de fleurs - elle déteste ça, mais l'attention l'aurait touchée, et ça lui aurait fait une occasion de se plaindre. Un dîner au restaurant - est-ce qu'iel se serait souvenu-e de ses allergies ? Ou même... N'importe quoi ? Un ciné, des fringues, une photo dans un joli cadre. Une bouteille de vin. Une paire de chaussettes rigolotes. Une fleur cueillie dans la rue. Un rouleau de scotch.
Un geste.
Mais Trouble est rentré-e, iel l'a saluée, puis iel lui a raconté les interminables détails de sa journée. Et Catra a attendu, le cœur serré, à refouler de toutes ses forces la frustration immense qui gonflait. Elle a inspiré, expiré, comme quand on se moquait qu'elle au collège et qu'il lui fallait attendre d'être enfin seule aux toilettes pour chialer un bon coup. C'était dur, mais elle a tenu bon. Et dès que l'autre a passé la porte de la salle de bain, elle a envoyé un texte à Scorpia avant de se barrer.
Et maintenant elle y est, chez Scorpia, et elle chiale. Et c'est souvient qu'elle vient se défouler parce que Trouble oublie quelque chose - de rentrer, par exemple - et qu'il y a cette blessure en elle qui ne cesse de grandir. Cette blessure qu'iel n'a pas taillée, mais qu'iel creuse toujours un peu plus, sans le savoir. Et ça fait si mal. Une douleur d'adolescente perdue, de première fois.
– Ça fait un an qu'on est...
– Ensemble ?
– Ouais. Ça fait un an pile aujourd'hui, et...
Scorpia plisse les yeux. Et puis, elle s'illumine. Et perd aussitôt son sourire.
– Iel a oublié.
Pas la peine de confirmer. L'intelligence émotionnelle a fait son œuvre. Alors Scorpia fait ce dont Catra a le plus besoin. Ce qu'elle déteste, et qu'elle a toujours détesté, surtout quand elle allait mal. Mais qui, étrangement, passe toujours avec la jeune femme.
Elle passe ses deux énormes bras autour d'elle, et elle la serre juste ce qu'il faut.
Et Catra chiale, puisque c'est tout ce qu'il lui reste à faire.
Parce que ça fait mal.
– Tu devrais lui en parler.
– Pour quoi faire ? Iel aura oublié dans la minute. Iel oublie toujours tout.
Surtout quand c'est important.
– Ça aussi, tu devrais lui dire. Iel fait sans doute pas exprès. Et c'est nul, si ça te met mal comme ça. Vraiment nul.
– Mm.
Elle ne veut pas parler, pas s'expliquer, surtout pas accorder le bénéfice du doute à qui que ce soit. Non, ce soir, Catra veut être la personne la plus malheureuse du monde. Celle qu'on console en lui caressant doucement la tête, comme la large paluche de Scorpia fait.
Et, pour une fois, Scorpia comprend. On bien elle ne sait plus quoi dire, mais ça revient au même, parce qu'elle lui gratte la caboche en silence alors qu'elle imprègne son débardeur d'un mélange de larmes et de morves.
xoxoxox
Ok. Elle va lui dire. Elle va lui dire, et même qu'elle va s'énerver. Elle haussera le ton pour attirer son attention. Pour que, pour une fois dans leur putain de relation, Trouble l'écoute vraiment.
Allez.
Elle avance.
– Chat ! T'aurais pas vu mes bottines rouges par hasard ? Celles avec la petite chaîne sur le côté !
– Non.
– Zut.
Et elle va faire ça avant que Trouble se barre, puisqu'iel a apparemment prévu de finir sa soirée dehors. Alors elle rassemble tout le courage qu'elle n'a pas, et elle va se planter dans l'entrée.
– Trouble ?
Iel relève la tête, plante ses mirettes claires sur la jolie demoiselle qui entrave soudain son champ de vision.
Bien. Elle a son attention. Ne reste plus qu'à ouvrir la bouche. Elle peut le faire. Elle doit. Ça revient au même.
– Je-
– Tu comptes sortir comme ça ?
– Je voulais te par-quoi ?
– Enfin je critique pas, hein. Tu fais comme tu veux, chaton. Mais vraiment, le jogging pour un resto ?
– Un resto ?
Un resto. Sortir. Elle. Elle et iel. Non. Ce n'est pas ce qu'elle était censée dire. Elle aurait dû écrire un texte. Ça ne va pas du tout, là, mais alors pas du tout. Il y a un problème de scénario.
– Ouais. Le resto. Ça fait un an qu'on est ensemble, on va quand même pas rater une si belle occasion d'aller bouffer en ville ?
Catra reste là, plantée dans le passage. Comme une conne.
Le resto, ce soir. Pour leur un an. Et soudain, la loupiotte clignote dans sa caboche. Elle capte.
Trouble n'a pas oublié leur anniversaire. Iel s'est trompé de date.
Plantée.
Tout simplement.
– Et c'est moi qui régale ! J'ai eu ma paie aujourd'hui.
Et ça gonfle à l'intérieur d'elle, là, comme un ballon plein l'hélium. Ça presse son ventre et ses côtes, sa peau hâlée qui menace de se déchirer de l'intérieur.
Parce que Trouble n'a pas oublié. Trouble y a pensé. Trouble a prévu quelque chose.
Et qu'elle va chialer.
– Eh ? Catra ?
Merde.
Elle lea prend dans ses bras pour mieux se cacher. Mais elle sait qu'elle tremble, et qu'iel doit le sentir. Parce qu'il y a comme un vent de panique dans sa voix.
– Non mais prend pas ça trop à cœur, hein ? C'est pas grave pour le jogging, tu peux y aller comme ça. C'est bien aussi, le confort. La police de la mode t'empêchera pas de bouffer dehors pour si peu.
Elle s'en fout du jogging, et de toutes ces conneries qui sortent de la bouche de Trouble. Du resto, même.
Iel n'a pas oublié.
Et ce soir, c'est la nouvelle la plus importante de l'univers.
Même si elle ne crachera pas sur un repas gratuit, une fois qu'elle aura fini de se moucher.
Et voilà ! Je sais pas trop quoi en penser avec le recul. C'est… pas le texte que je préfère ? Mais je suis content de l'avoir fait.
A une prochaine fois !
