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VI.

JAKE, SA FORCE, SON SECRET ET SON SANG

†††††

Je profitais bien du voyage, j'avais enfin le droit de sortir de nouveau mais je n'arrêtais pas de me demander qu'est-ce que l'on allait faire pour s'amuser selon leur façon. D'ailleurs - vu que je connaissais leur façon de s'amuser - je m'inquiètais tout de même un petit peu. Je n'arrêtais pas non plus de me dire que par mon comportement je trahissais un peu - beaucoup même - la confiance de mes parents. Étonnement, c'était l'intérêt de la soirée qui me motivait plus que les éventuelles remontrances familiales. Je me rendis compte que l'on arrivait à l'arrière du bâtiment où nous faisions si souvent la fête et Jake se gara. J'étais à peine descendue de la moto que j'entendis le bruit de course de la seule autre fille de la bande qui me sauta littéralement dessus.

- Enfin te revoilà ! fit Tina.

- Les problèmes sont réglés, dis-je alors.

- Jake a dit que tu risquais de repartir...

- Mouais mais c'est plus trop à l'ordre du jour.

Elle me tira alors, sans ménagement - heureusement que je n'étais pas humaine d'ailleurs - pour me faire entrer dans le garage. Je remarquai immédiatement la panique d'Ernesto et David qui refermèrent prestement une caisse métallique en me regardant choqués.

- Salut les gars, dis-je pour la forme. Pour info vous avez tous perdu. Je suis vivante et j'ai pas eu de mauvaise note.

- Et merde... Bon au moins si personne n'a gagné, fit Ernesto.

Ils s'approchèrent de moi pour m'enlacer comme souvent. Je répondais toujours en plaçant mes mains sur leur bras mais Ernesto réagit bizarrement

- Ouch! fit il en retirant son bras.

- Genre tu te la joues mauviette, le narguai-je.

- Petit accident, fit il en se massant l'avant bras.

Je le regardai assez dubitative, il s'était empressé de s'éloigner de moi et je le regardai tenir son bras en le frottant. Je pensais qu'il avait peut-être eu un accident de moto mais j'avais une drôle d'impression. Je vis une bouteille de Vodka devant moi - tendue par Tina - et je la pris pour boire un coup. Je me rendis compte alors qu'ils portaient tous des vestes de motos noires épaisses à capuches. D'habitude ils se moquaient des protections étant donné qu'ils roulaient sans casques et cela me surprenait un peu.

- Jake veut t'emmener avec nous ce soir, fit Tina.

- Vos petites maraudes ? dis-je intriguée.

- C'est une mauvaise idée, fit Ernesto.

J'entendis Jake arriver derrière moi et je me suis retournée avant de l'entendre s'adresser à Ernesto.

- Faut bien quelqu'un de plus, t'as réussi à te blesser comme un débile, fit-il à Ernesto.

- Moi je crois qu'elle peut assurer, fit Dave.

- Je m'inquiète aussi, fit Tina. On est habitué...

- On a tous eu une première fois après tout.

- Et on était plus jeune qu'elle surtout, fit David.

À les entendre parler comme cela, je commençais à croire que leur milice prenait plus de risques que nécessaire et que cela risquait de compromettre ma particularité. J'étais également inquiète car ceux-ci pourraient devenir des victimes de la bataille rangée qui se profilait dans l'ombre de la Nouvelle Orléans. Il serait si simple qu'ils deviennent de simples en-cas dans cette ville sachant qu'ils prenaient pas mal de risques.

- De toute façon je veillerai sur elle, fit alors Jake.

- T'as intérêt, fit Tina.

- On va bientôt y aller les jeunes, fit Jake amusé avant de me tendre une veste.

- Pour moi?

- Oui, pour des protections, coudes, dos, cou... C'est utile tu verras.

- Ou pas, je préfèrerai rentrer bredouille, fit Tina.

- Euh tu vas lui filer une arme aussi? demanda David.

Je m'attendais à quelque chose comme un couteau, une barre de fer ou une batte de baseball - je devais avoir vu trop de film - mais Jake préféra ne rien me donner.

- Non, je serai là, ça ira...

Je le vis par contre se diriger vers un placard et - tout en me tournant le dos - je le vis mettre des choses dans ses poches, sans doute des couteaux. Je remarquai également qu'il enleva une manche de sa veste avant de la remettre mais je ne vis pas exactement quoi.

- On lui en file? demanda Ernesto.

- Je pense pas... fit Tina en regardant Jake.

- Seulement si elle veut continuer ensuite... Elle risque déjà d'être choquée.

- Vous ne voulez pas me filer quoi? dis-je alors.

- Une petite aide bien pratique, fit Tina.

Je les vis tous se diriger vers la table où se trouvait Ernesto et ce dernier me fixait du regard.

- Ton père va pas apprécier, fit-il soudainement à Jake.

- Il va faire quoi? Me crucifier ? dit-il en riant.

- Tu sais bien que pour toi c'est normal, déjà pour nous c'était bizarre mais on a vu les problèmes. Et si elle reste sous le choc?

- J'ai jamais vu personne aussi limite que nous sans être dans ce genre de bande, elle est apte.

- Ho et puis merde, c'est toi qui vois, c'est toi qui gère...

J'étais plutôt surprise de leur comportement mais je voulais connaître la suite alors je me suis murée dans le silence en observant. Ernesto - toujours un peu réfractaire - ouvrit la boîte métallique et je vis un peu de fumée, signe d'air froid, en sortir. C'était donc une boite réfrigérée. Je le vis s'affairer et j'entendis un cliquetis.

- Qui d'abord ? fit-il alors.

- Moi, fit Tina.

- Alors... Toi c'est ce volume là...

J'entendis un nouveau cliquetis et je le vis tendre un pistolet gris métallique à Tina. Je reculai immédiatement d'un pas - prise de panique à vrai dire - avant de la voir rire.

- T'inquiètes, c'est pas un flingue, fit-elle en le prenant.

Je la vis pointer le canon contre sa nuque et le presser avant d'appuyer sur la gâchette. Grâce à mon ouïe développée, j'entendis un sifflement et le bruit d'une injection. Je réalisais que c'était un pistolet injecteur médical.

- Tu t'es injectée quoi? demandai-je inquiète.

- Ho un petit stimulant, fit elle avant de faire craquer sa nuque.

Je la regardais stupéfaite, ils se droguaient pour se battre. J'entendais clairement son cœur accélérer, pompant plus vite.

- Haaa ça fait un bien fou...

Je la vis alors tendre le pistolet et Ernesto le prendre avant de changer l'aiguille et la capsule d'injection avant de le tendre à David qui s'injectait dans le cou. Après les mêmes effets - même si celui-ci se tordit un peu.

- Pousse toi un peu, me fit alors Jake.

Je me déplaçai alors et le vit attraper un sac accroché sous la table. Il le posa sur le billard et en sortit trois objet cylindrique et je remarquai à quel point cela ressemblait aux grenades de dispersions des forces de l'ordre - ou encore un fumigène - quand il s'adressa aux autres.

- Oubliez pas, pas de trace, surtout après la dernière fois.

Je vis alors Ernesto lui tendre le pistolet et la capsule d'injection était d'une taille avoisinant le double des autres.

- Tu prends tout ça ? dis-je choquée.

- Et ouais je suis un peu trop habitué, j'ai besoin d'une double dose du cocktail, mais je ne risque rien, à l'inverse d'eux, c'est...

- C'est quoi? dis-je interloquée.

- Comme une vieille tradition, fit Tina. Tu sais les sportifs s'injectent plein de truc.

J'avais un peu l'impression qu'ils me prenaient pour une conne mais je le vis se tordre de douleur après l'injection. Je pouvait voir ses veines qui se firent bien plus marquée que précédemment et cela m'inquiétait un peu.

- Ho putain... fit il en s'éloignant.

Je le vis s'approcher d'un bloc de béton et le dégager d'un coup de pied comme si c'était un carton. J'étais sous le choc, cette drogue devait être vachement puissante.

- Bon ben moi je passe mon tour vu que je reste ici, fit Ernesto.

- Tu devrais prendre une dose légère, fit alors Jake. Ça aidera à guérir.

- C'est vrai que c'est pratique, fit David. Se remettre aussi vite, il aurait fallu un mois normalement voir plus.

Je tournai immédiatement ma tête vers lui choquée, depuis quand un anabolisant guérissait ? J'ignorais des choses certes mais c'était bizarre.

- Bon je te fais confiance...

Je vis Ernesto relever sa manche sur un avant bras très bleu avant d'injecter une dose par-dessus. Tandis que j'observais son bras, j'avais l'impression de voir une marque étrange, comme des doigts.

- Tu t'es fait avoir lors de la dernière maraude? demandai-je alors.

- Ouais...

- Une belle boulette, fit Jake.

- Hey je pouvais pas deviner qu'il y en avait un autre.

- Heureusement qu'on s'est tiré assez vite, le deuxième semblait nous observer trop attentivement.

- Vous vous faites des films, je vous assure, il a juste dû être surpris de voir son pote dans cet état.

- On a quand même failli se le faire, fit Tina.

- C'est clair que ton pseudo cri l'a attiré, fit David en riant.

Et là, j'ai additionné mes informations et j'ai écarquillé les yeux de stupéfaction. Des traces de doigts, une drogue qui les boostait, des armes, et cette histoire de cri - en plus des deux personnes - et j'ai alors réalisé. Ou c'était un drôle de concours de circonstances ou alors ils étaient ceux qui avaient attaqué Jasper et mon père et si c'était ça, j'étais dans un putain de pétrin.

†††††

Nous nous étions séparés en deux groupes de deux et je m'étais retrouvée avec Jake - complètement inquiète - et nous marchions dans les rues malfamées. Il essayait de me rassurer et nous discutions de tout et de rien. Je craignais le pire dans ma pauvre petite tête d'hybride. Et cela devait se voir.

- Tu as peur ? demanda-t-il alors

- Oui, je ne sais pas ce qu'il va se passer.

- Je te comprends, ça choque toujours un peu la première fois.

- La première fois de quoi ? demandai-je.

- Tu verras, mais ne t'inquiètes pas je suis là.

Je le regardai étonnée mais nous avancions toujours dans les rues, tournant sans cesse en rond. Je me demandai surtout ce qu'il cherchait car nous passions à côté de dealers et il ne faisait rien de violent.

- Tu sais, si je t'ai amenée c'est parce que t'es un peu différente.

- Différente ? dis-je surprise et plutôt inquiète.

- Ouais, tu te donnes un style en public mais en réalité tu cherches l'adrénaline, le danger...

- Oui sans doute, dis-je alors.

- Et là, le danger est d'un niveau différent.

- Ha bon?

Je croisais presque les doigts,. espérant bêtement qu'il parlait de gens violents ou armés. Je commençai à croire qu'ils étaient les fameux purificateurs dont on nous avait parlés.

- Tu crois au paranormal ? demanda-t-il alors.

- Hein?

- Oui, les légendes tout ça...

- Ça dépend lesquelles, dis-je alors.

- Peut-être que tu vas me prendre pour un dingo mais si je te dis que tout n'est pas faux.

Et merde... C'était bien ce que j'avais pensé à cet instant là, j'avais vu juste.

- Les fantômes existent? Mais bien-sûr, dis-je en essayant de vérifier.

- Euh les fantômes je ne crois pas mais y a des bestioles bizarres.

- Des bestioles ? dis-je alors.

- Ouais... Tu savais qu'il existe une créature présente dans tous les folklores du monde?

- Une créature ?

J'angoissais de plus en plus, cela semblait réellement être ça, c'était eux...

- Oui, que ce soit les amerindiens, les européens ou les asiatiques, toutes ces cultures en parlent d'une manière ou d'une autre.

- Mais de quoi tu parles?

- Tu ne t'es jamais demandé pourquoi il y a autant de disparitions inexpliquées dans les grandes villes?

- Euh la délinquance ?

- Malheureusement non... Viens...

Il me tira alors dans une ruelle et s'arrêta pour me parler.

- Tu vas me dire que je suis fou mais le monde est rempli de ces êtres, et la Nouvelle Orléans aussi.

- De quoi? dis-je d'un air que j'espérais moqueur.

- Ness... T'as le droit de me traiter de malade mental mais je peux te jurer que le monde est rempli de...

- De?

- De vampires.

J'avais eu raison, j'étais dans une merde noire, j'étais en train de faire la folle avec les purificateurs. J'étais tellement estomaquée que je n'avais pas pensé à réagir.

- T'as pas l'air surprise, dit-il étonné.

- Parce que t'étais sérieux ? dis-je réagissant enfin.

- Oui... Je sais c'est con mais c'est vrai.

- N'importe quoi, dis-je alors. Tu m'amène pour te foutre de ma gueule, ajoutai-je en m'éloignant.

Je devais m'en aller le plus vite possible en trouvant une bonne excuse.

- Ness, attends, fit-il en tirant mon bras. Je ne te ments pas.

- Mais bien sûr... Désolé mais Buffy est bien plus sexy que toi.

- C'est pas comme ça qu'ils sont...

- Hein?

Il toucha ma joue me surprenant un peu.

- Si j'étais une de ces saloperies, tu sentirais le froid... Tu sais que t'es brûlante ? Ça va ?

- Oui, je suis toujours chaude, dis-je sachant que ma température personnelle avoisinait les quarante degrés celsius.

- Intéressant à savoir...

- T'es vraiment con.

- Excuse moi, mais ce n'est pas tout... Ils peuvent vivre le jour.

- Quoi? dis-je étonnée.

- Oui, ils finissent pas en barbecue ces fils de putes. Ils brillent au soleil, crois moi. Et ils ne ressemblent pas à ce que tu vois dans les films.

- Un vampire qui brille au soleil... Mais bien sûr, dis juste que tu cherchais une excuse pour m'amener dans un coin sordide.

Je cherchais n'importe quoi pour avoir l'air normale mais j'ignorais comment réagirait une humaine. Ma mère avait accepté l'idée comme si c'était juste normal, mais qui de normalement constitué réagirait comme ça.

- Écoute, franchement l'idée ne me déplairait pas mais je t'ai amenée ici pour te montrer la réalité.

Là par contre, ma surprise était réelle. C'était un aveu de sa part, il voulait des choses de ma part. Et bizarrement cela me choquait bien plus.

- Mais... mais...

- Je t'assure, tu vas en voir... Ces saloperies attaquent les humains et moi et les autres on les chasse.

- Et ils sont si facile à tuer ?

- Non, ils sont forts, rapides... Un peu comme dans la série True Blood. Ils sont sadiques et mortels, et si ils te mordent, ils t'injectent une saloperie comme un venin. Ça signifie que toute victime n'en devient pas un, en général tu en meure.

- Et si ils sont si fort, comment vous faites ? demandai-je.

Quitte à me retrouver dans une situation merdique, je voulais l'exploiter à fond. Autant récupérer des informations vu qu'eux semblaient tout savoir sur nous.

- Je... C'est compliqué...

- Ton mensonge n'est pas parfait, je savais que c'était bidon.

- Attends... Bon, c'est encore plus bizarre à croire, mais ma famille les chasse depuis très longtemps... Les croisades.

- Bien sûr... Tellement vérifiable.

- Si... Mes ancêtres ont participé à la fondation de la ville et il y avait certaines de ces merdes à cette époque...

Je réalisais surtout qu'il faisait partie de la fameuse famille qui avait négocié.

- Et on a une façon de les combattre particulière.

- Tu bouffes de l'ail? dis-je faussement moqueuse.

- Je t'ai parlé de ce venin non? En fait depuis quelques années grâce à la médecine, on a réussi à l'assainir si tu veux... Et c'est ce qu'on s'injecte.

- Quoi ? dis-je réellement choquée.

- Oui, ce venin les fait vivre, cela remplace leur sang, et en fait la partie la plus dangereuse passe par leurs dents. Ce fluide est presque inerte si tu le prends dans le cœur. Un peu de traité chimique et cela devient la plus puissante des drogues. On est plus forts, plus rapides et on surprend ces saloperies et on peut les tuer.

J'étais estomaquée, la médecine... Tout simplement la médecine, un peu de manipulation scientifique et ils faisaient de notre sang leur arme. Ils sont la source de notre nourriture - en général - et nous étions leur arme.

- Mais c'est plus compliqué que ça, c'est pas comme dans les films, pas de pieu... On leur injecte leur propre venin, légèrement amélioré et ça les paralyse... Ensuite il faut couper leurs têtes et brûler les corps...

- Évidemment...

- Ness... Je te le jure... Ils existent.

- Pff, je me casse, je te laisse à ton délire, dis-je en m'éloignant.

J'avais une bonne excuse - qui croirait cela après tout - pour m'éloigner, rentrer chez moi et faire les valises pour Forks.

- Ness... C'est pas un délire... Nous avions une sorte de pacte mais ils ne l'ont pas respecté.

- Évidemment, très bon scénario. Ça ferait un bon film ou une bonne fiction.

- Ils ont tué ma mère.

Je me suis alors arrêtée et j'avais réalisé immédiatement que c'était l'élément déclencheur de la fin de la négociation. Je me suis alors retournée et je l'ai regardé.

- Je plaisante pas... Je suis tellement sérieux que j'ai laissé tomber ton surnom justement.

- Tiens... C'est vrai...

- Ils ont rompu le pacte de paix, c'est trop compliqué à t'expliquer là... Mais c'est la vérité... Ma mère, en tant que membre de notre famille, elle devait être en sécurité et ces fils de putes l'ont tuée ! Ils l'ont vidée de son sang! Je me fous pas de ta gueule!

- Calme toi d'accord ? dis-je pour l'apaiser. J'ai du mal à y croire mais je ne pense pas que tu te servirais de la mort de ta mère pour ton délire.

- Cela n'est pas un délire...

- D'accord... Donc on chasse des vampires...

- Et forcément je ne peux pas te le prouver.

Je n'avais plus envie de m'en aller, je voulais découvrir son point de vue sur nous, et peut-être le convaincre que nous n'étions pas tous des monstres. Nous avons alors recommencé à marcher dans les rues,. discutant discrètement de ce sujet et j'allais placer mon propre point de vue.

- Et ils sont tous comme ça ? demandai-je.

- Évidemment, tous des monstres.

- Et tu crois que ça se peut qu'il existe des vampires non violents.

- Ça m'étonnerait, j'en ai jamais croisé.

- Et peut-être qu'il y en a qui n'aiment pas leurs statuts.

- Tu t'es cru dans Buffy? Honnêtement ils adorent tuer et il ne s'adonne pas à séduire les humaines pour les faire rêver.

- Et ben tu vois, ma mère était humaine quand elle a épousé mon père, lui c'est un vampire. Ils s'aiment réellement et ils m'ont eu et nous sommes pas des meurtriers, mourrai-je d'envie de lui dire.

- Je ne pense pas qu'ils le soient tous, certains doivent avoir honte et lutter contre l'envie de tuer, dis-je en réalité.

- Si tu veux croire ça, dit-il alors.

- Et si...

Je remarquais rapidement qu'il avait relevé la tête. Et j'avais remarqué également un bruit, un cri, clairement un problème. Pile à ce moment là, il me tira par la main pour me guider dans les ruelles.

- Reste près de moi, fit-il alors.

Nous arrivâmes dans une ruelle sombre, occupée uniquement par deux personnes : un homme d'âge mûr, grand et barbu, ainsi qu'une adolescente d'à peu près quatorze ans. J'étais sous le choc, l'exemple même de ce qu'il avançait. Un parfait exemple du vampire meurtrier et psychopathe, s'en prenant à une simple gamine. Je vis alors Jake foncer vers le vampire qui était à deux doigts - ou deux crocs - de prendre son repas du jour. Il le percuta en le poussant vers le mur et en le frappant du poing. Moi, je fonçai vers la gamine pour la sortir du guêpier dans lequel elle était fourrée.

- Rentre chez toi et oublie tout ça, fonce! dis-je alors.

J'entendis des bruits de bagarre et je me retournai, le combat faisait rage et je me rendis bien compte qu'effectivement, il pouvait se débrouiller. Soudain le vampire saisit son bras et enfonça ses doigts dedans faisant saigner Jake abondamment. Je saisis une barre de fer dans la ruelle et me ruai à son secours quand je le vis enfoncer le même objet que ce qui avait paralysé oncle Jasper dans le cœur du vampire. À ce même moment, j'abattis la barre de fer sur son dos - sachant que ce serait peu efficace cependant - pour me crédibiliser. Le vampire qui avait été dérangé dans son repas se leva alors et me regarda. Je me rendis compte que j'étais mal barrée, je pouvais m'en sortir mais mon image allait exploser en plein vol.

- Attention ! fit Jake.

Je le sentis alors me saisir au moment où le vampire allait me frapper. J'écarquillai les yeux de stupeur car Jake venait de faire obstacle de son corps pour me protéger. Sous la violence du coup, nous fûmes tout deux propulsés vers le mur que nous percutâmes lourdement avant de chuter au sol. À peine avions nous touché le sol que déjà Jake se relevait.

- Ne bouge pas, je le finis et j'arrive.

Il allait le finir ? C'était comme ça qu'il voyait les choses. Je restai bêtement étalée par terre quand je le vis s'avancer vers le vampire qui était tombé à genoux, la substance paralysante faisant effet. Jake avançait calmement et je vis jaillir de la manche gauche de sa veste une lame - sans doute ce qu'il avait attaché - et il leva le bras. D'un coup net, il l'abattit sur le vampire et trancha aisément la tête du tueur. Quand je vis cela, je fus enivrée comme si cela me plaisait. Je ne me comprenais pas moi même, ce n'était pas normal. Je compris alors - assez horrifiée d'ailleurs - que j'avais du sang de Jake sur moi et c'était ça qui m'enivrait. Je n'arrivais pas à comprendre, je mourrais littéralement d'envie d'y goûter et je me suis mise à trembler. Lui s'était affairé à sa besogne consistant à découper les membres du vampire un par un. Il était assez impressionnant à voir, efficace dans la découpe - même si pour lui les vampires n'étaient que des monstres - et consciencieux. Je le vis ensuite - toujours tremblante - jeter les morceaux dans un baril à l'abandon avant d'y jeter ce que j'avais pensé être une grenade incapacitante mais au final, vu le feu violet qui se déclencha dans la benne tandis que le vampire partait en fumée, je compris que c'était une grenade incendiaire. Il se retourna alors et je découvris l'image d'un jeune homme qui était devenu en quelques secondes le prédateur naturel des vampires. Il était né dans une famille qui vouait sa vie à nous exterminer et lui, il maîtrisait clairement la méthode qui avait dû être mûrement réfléchie au fil du temps. Je le vis s'approcher de moi et inconsciemment - et toujours au sol - je me suis mise à reculer pour rejoindre le mur derrière moi. Je craignais clairement de devenir sa prochaine cible. Je le vis alors ranger la lame qui dépassait de sa veste à l'intérieur et il s'agenouilla.

- Ness, ça va? fit-il inquiet.

- Tu... tu... bafouillai-je.

- Je vais bien mais toi ça va ? fit il en me regardant. Tu n'es pas blessée ?

- Non, je vais bien... Je crois.

J'étais clairement en danger de mort face à lui, il me tuerait sans hésitation. Mais pourtant, autre chose déclencha les tremblements de mon corps : l'odeur de son sang. C'était littéralement hypnotique.

- Ness... Tu n'es vraiment pas blessée ? fit-il complètement inquiet.

Je voyais son regard sur moi, celui d'une personne extrêmement inquiète de la santé d'autrui. Je le fixai alors du regard baissant mes yeux vers son sang et essayant de respirer calmement. Je remontai vers son visage et je vis que sa lèvre était légèrement fendue, et qu'une goutte de son sang perlait. Je déglutis immédiatement complètement déboussolée.

- Ness... Viens je vais te ramener mais tu humph...

J'avais agi sur une pulsion - une pulsion incontrôlable même - et je m'étais redressée avant de m'emparer violemment de ses lèvres. Ce n'était pas tant l'envie de l'embrasser qui m'avait poussé à cela mais l'envie irrépressible de goûter son sang. Il était doux, sirupeux et excellent me poussant à rester collée à ses lèvres. Lui était juste surpris de ma réaction et je sentis sa main sur ma nuque. J'étais certaine qu'il avait compris qui j'étais et qu'il allait me planter un de ses pieux. J'essayai vainement de me détacher de ses lèvres mais je n'y arrivais pas, elles avaient bien trop le goût de son sang. Je sentis soudainement sa langue sur mes lèvres et je fus étonnée - il désirait m'embrasser -puis j'ouvris la bouche pour lui offrir la mienne. Nos langues se caressaient dans ce baiser fiévreux et incroyable, je ne maîtrisais plus rien, je voulais lui planter mes crocs, le vider de son sang tout en profitant de lui. Je glissai immédiatement les mains sur son torse comme pour enlever sa veste quand il me retint en rompant le baiser.

- Pas ici... C'est une mauvaise idée...

Je le regardai surprise en le fixant droit dans les yeux.

- Tu es trop perturbée je pense...

- Je veux rentrer chez moi! dis-je rapidement espérant éviter les ennuis et réussissant enfin à me ressaisir

†††††

Il m'avait alors ramenée et après m'avoir déposée - et précisé qu'il m'appelerait - je l'avais juste salué avant de filer dans la maison. Dès que j'avais refermé la porte d'entrée, j'avais foncé à pleine vitesse dans ma chambre, verrouillant la porte en essayant de me calmer. Je voulais encore son sang, m'en abreuver, il était si bon, tout le long du trajet j'avais voulu me jeter sur lui pour le vider de son sang. Je perdais totalement le contrôle, chose qui ne m'était jamais arrivée même quand Grand-père Charlie s'était un jour coupé devant moi. Jamais je n'avais été comme ça, aussi perturbée, aussi assoiffée. J'enlevai rapidement ma veste avant de me rendre dans ma salle de bain. Je voulais me rafraîchir, je devais me calmer et j'ai fait couler l'eau froide. Je me mouillai le visage plus de dix fois en me regardant dans le miroir.

- Calme toi, reprends tes esprits, me dis-je à moi-même.

Je remarquai alors l'état de mon t-shirt couvert de sang et je compris mon état. J'étais littéralement entouré de son odeur. J'enlevai mon t-shirt en le jetant au fond de la pièce. J'allais devoir le laver rapidement. Je suffoquai presque en me regardant dans le miroir.

- Pourquoi je réagis comme ça... Et en plus on s'est embrassé putain... Merde merde merde! Calme toi Ness, c'est un purificateur, il veut te tuer, il tuerait tes parents... dis-je pour me convaincre.

Je sentais toujours l'odeur et je regardai alors le t-shirt. Ce vêtement embaumait la pièce du délicieux nectar et sans même le réaliser, je m'en suis approchée. Je l'ai alors pris dans les mains et je l'ai tenu devant moi. Je regardais la marque de son sang en me mordant la lèvre. Je me demandais si c'était parce que son sang avait été longuement amélioré par le venin que je devenais totalement folle. Il était bien plus intéressant que du sang humain basique et le pire, son goût me plaisait bien plus que celui de Jacob. C'était effrayant.

- Ce sang me rend complètement folle.

À un tel point en réalité que j'ai approché le t-shirt de mon visage et je me suis mise à le sentir en le serrant dans mes mains. Je voulais encore son sang, plus de sang et directement à la source. J'ai continué de le sentir en devenant incontrôlable, je tremblai littéralement de faim. Tout à coup - je ne sais comment d'ailleurs - je réussis à le jeter dans la douche et à faire couler l'eau qui amenuisait l'odeur.

- Ha enfin... dis-je soulagée.

Pourtant je sentais encore l'odeur enivrante et je me rendis compte que son sang était sur mes doigts qui avaient serré le t-shirt. Je me suis alors laissée tomber au sol d'épuisement en regardant ma main.

- C'est... trop dur...

J'ai alors lentement approché mes doigts de ma bouche et je me suis mise à les lécher, je voulais sentir son sang, plus, toujours plus. Plus je léchais mes doigts plus je voulais le faire. Mais plus je léchais mes doigts plus je sentais des choses en moi. Ce sang avait un drôle d'effet sur moi, un effet qui déclenchait des réactions physiologiques différentes de tout ce que j'avais pu ressentir avant. J'étais fiévreuse, tremblante, sentant la chaleur s'emparer de mon corps. Quand enfin mes doigts furent littéralement nettoyés, je me rendis enfin compte que je ressentais des choses dans le bas ventre et je fus horrifiée. Ce sang, il m'avait tout simplement excitée. Je n'avais pas envie que de son sang, je le voulais lui également, contre moi, sous moi, sur moi, en moi... Je perdais pieds tout simplement. Je tapai ma tête dans le mur derrière moi, me haïssant intérieurement de mon comportement. J'agissai en gourgandine - comme dirait Papa - ne pensant qu'à assouvir des désirs charnels. J'entendis alors des pas dans le couloir et je me figeai. Je n'étais pas seule dans la maison et pourtant ma mère n'était pas là quand j'étais rentrée. Les pas s'approchaient de ma porte et je reconnus alors la démarche. Cela ne pouvait être que cette personne - c'était une évidence - et j'étais fichue. C'était obligé que ce soit elle, elle avait dû comprendre ce qu'il se passait. J'étais dans une merde noire et elle ne partirait pas, c'était évident. D'ailleurs les coups à ma porte me confirmèrent que cette personne voulait me voir.

- Je veux rester seule dis-je.

- Laisse moi entrer.

- Non, vas t'en!

- Ouvre la porte, s'il-te-plaît. On doit parler.

- Non...

- Ouvre moi la porte. Je ne partirai pas.

Je me levai alors en avançant vers ma porte, inquiète et en panique. Je défis alors le verrou et l'ouvris tombant nez à nez avec elle. Je regardai ses yeux surpris et son visage fermé en osant à peine l'affronter du regard, elle ne m'accusait clairement pas de quoique ce soit mais elle voudrait parler, alors autant immédiatement prendre la parole.

- Je crois que j'ai merdé Alice...

- Vu ce que j'ai pu voir je m'en doute, fit Alice.

- Tu... as tout vu?

- La ruelle, et ta salle de bain...

- Qu'est-ce qu'on va faire ?

- Nous? Discuter, me fit Alice en entrant et en fermant la porte.

J'étais dans la merde jusqu'au cou, quelle merveilleuse idée j'avais eue de vouloir être normale... Bravo Renesmée, t'as fait fort.

†††††

Réponse Review

Nedwige Stark

Navré de ta déception, mdr.

Même si ici le cliffhanger était assez léger, on la voit juste partir.