Chapitre 20
Patinoire, Patinoire de National City, National City :
L'ambiance était légère en ce début d'après-midi au sein de la patinoire de National City. Plus aucune rivalité ne régnait entre chacun des athlètes de l'équipe américaine et, pour la première fois depuis bien longtemps, Kara avait l'impression de pouvoir enfin souffler. Hissée sur sa paire de patins, la main dans celle de sa petite-amie, la blonde était arrêtée près de la rambarde de sécurité avec l'ensemble de ses amis, anciens et nouveaux.
A quelques mètres d'elles, Alex plaisantait avec Sam comme elle le faisait souvent tandis que, prenant part à leur conversation après avoir pris une gorgée de sa bouteille d'eau, Andrea semblait avoir retrouvé toute sa paix intérieure et son enthousiasme. A leur image, James discutait joyeusement avec Rachel, la favorite pour le titre de championne Olympique dans la catégorie de la châtain et Kara se délectait du spectacle que tout le petit monde lui offrait avec un grand sourire. Elle n'aurait jamais cru être capable de se sentir si bien, si assurée et si à sa place dans un autre endroit que son petit studio de danse du centre-ville, qu'elle avait délaissé. Mais le fait était que, maintenant qu'elle était là, les doigts scellés à ceux de Lena, le regard rivé tour à tour sur chacun de ses camarades, elle était forcée de constater qu'elle n'aurait pas voulu être ailleurs. Aussi aurait-elle mentit si elle n'avait pas admis que la perspective que toute cette aventure prenne fin dans quelques mois, avec le don que sa petite-amie s'apprêtait à faire pour la sauver, lui brisait le cœur.
- Alors c'est comme ça que vous vous entraînez ? Lança une voix masculine dans leurs dos.
Instantanément, toutes les conversations cessèrent et tous se figèrent. Les muscles bandés, prêts à exploser, les sept jeunes athlètes se tournèrent lentement sur leurs patins pour faire face à l'homme qui les avaient surpris, vêtu d'un long trench coat en velours camel qui contrastait avec sa coupe de cheveux négligée.
L'espace d'un instant, Kara fut profondément intimidée par le charisme nonchalant qui s'échappait de sa posture droite et rêche, accentuait par son air sévère. Néanmoins, ce sentiment se calmait dès lors que son regard rencontrait celui de l'homme d'une cinquantaine d'années, pétillant et teinté d'une lueur d'amusement.
Aussitôt, il lui tendait une main ferme et assurée, esquissant un sourire curieux et Kara ne se fit pas prier pour la lui serrer. Elle ne connaissait pas son nom, pourtant, elle savait parfaitement qui il était car elle l'avait déjà entre-aperçu, quelques semaines plus tôt, lors de leur première compétition en interne. Et cela n'aidait pas son anxiété à ne pas croître anormalement dans sa poitrine alors que, comparé à l'homme, sa poigne était moite et plus qu'hésitante.
- Tu dois être Kara, la salua-t-il avec entrain. Je suis ravi de te rencontrer. Je suis Rip. Rip Hunter, le sélectionneur de l'équipe américaine.
- Enchantée de vous rencontrer, monsieur Hunter.
- Je t'en prie, appelle-moi Rip, répondit-il sur le ton de l'amusement.
Kara le gratifiait d'un nouveau sourire avant de lâcher la main tendu du représentant américain. Ni une, ni deux, l'attention de ce dernier la quittait pour se poser sur la seconde Danvers qui s'était rapprochée de sa soeur avec sa compagne. Le schéma n'eût toutefois pas le temps de se répéter que Sam, les lèvres tirées dans un sourire vainqueur, s'empressait d'attirer l'homme anglais dans une étreinte qu'il lui rendait aussitôt.
- J'ai cru que tu ne viendrais jamais, avoua la châtain en quittant l'étreinte pour le regarder avec un air de reproches. Tu n'as pas honte de nous avoir fait poireauter aussi longtemps ? J'espères que tu es là pour nous annoncer une bonne nouvelle, Rip.
Un rire s'échappait de la gorge du sélectionneur.
- C'est pour toutes les fois où tu m'as fait attendre avant de me présenter tes élèves, la rabroua-t-il amicalement.
Sans attendre, Sam feignait une expression outrée qui amusait le reste des personnes présentes dans la patinoire. Puis, soudainement, comme si elle se souvenait de la présence d'Alex à ses côtés, le visage de la châtain se détendait pour se faire plus enthousiaste. Dans un geste à la fois tendre et protecteur, la vice-championne olympique en titre glissait sa main au creux de reins de sa belle pour la pousser un peu plus en avant.
- Alex, je te présente Rip Hunter.
- Le sélectionneur de l'équipe américaine, ajouta-t-elle dans un signe de tête en tendant sa main au représentant de l'ISU. C'est un plaisir de vous rencontrer.
L'homme saisissait naturellement la main de la jeune femme avec un sourire ravi. Les sœurs Danvers lui avait déjà fait fortes impressions de part leur performance, mais les rencontrer en vrai lui confirmait ses impressions et, de ce fait, il ne regrettait déjà pas d'avoir fait le chemin jusque National City.
- Et moi donc, répliqua-t-il avec respect.
Il marquait une pause furtive, dégageant délicatement sa poigne de celle, plus ferme, de l'aînée des enfants Danvers, et son sourire ne fit que s'accroître tandis qu'il observait tour à tour les quatre jeunes femmes devant lui.
- Je dois encore aller saluer quelques personnes mais il faut qu'on discutes. Est-ce que vous pouvez me rejoindre dans le bureau de votre directeur ?
- Bien sûr, acquiesça Lena pour l'ensemble de ses amies.
Cela allait de soi, pensait la milliardaire. Rip hochait simplement la tête à cette réponse et, comme il était venu, il s'éloignait silencieusement dans le couloir principal, laissant les deux couples de danse sur glace pantelants, les cœurs battants.
Les quatre femmes échangèrent instinctivement un regard, à la fois pressées et inquiètes à l'idée de se retrouver seules avec le vieil ami de Sam pour une discussion qui semblait importante et qui, elles le devinaient sans mal, serait la clé de leur avenir de patineuses. Mais, avant que l'une d'elle ne pense à dire un mot, le bruit significatif d'une lame de patin glissant sur le sol les sortaient de leurs réflexions. Le bruit cessait aussi soudainement qu'il avait commencé et soudain, une main se posait au creux des reins de Lena et de Sam. S'immisçant entre elles deux, Andrea se stoppait à leur hauteur avec un sourire radieux et malicieux particulièrement communicatif.
- Mais qu'est-ce que vous attendez ? S'enquit-elle simplement. J'en connais quatre qui vont nous accompagner Rachel, James et moi aux Mondiaux.
- Oh s'il te plaît, rétorqua Sam en secouant la tête, faussement dépitée, tais-toi. Ne va pas nous porter malheur. Rien n'est encore fait.
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Bureau du directeur, Patinoire de National City, National City :
Assises sur le grand canapé du bureau du directeur, Alex sur l'accoudoir près de Sam, les quatre patineuses regardaient fixement le tableau accroché au mur, devant elles, en attendant l'arrivée de Rip. Celui-ci semblait s'éterniser et, peut-être le faisait-il exprès pensait Sam, alors que l'anxiété dans leurs corps était à son apogée.
La porte du bureau s'ouvrait alors en grinçant, mettant fin à leur intense moment de silence pesant et chacune des sportives de haut niveau présentes dans la pièce se redressait sur son siège, les muscles tendues et l'attention rivée sur le nouvel arrivant. Son éternel sourire sur le visage, Rip s'avançait vers elles après avoir refermer la porte avec précaution et s'installait sur le fauteuil face au canapé. Déchargeant ses bras des deux gros sacs qu'il tenait en les posant sur le sol, le recruteur se penchait en avant et joignait ses mains entre elles, accoudées sur ses propres genoux.
- Bon, commença-t-il, je pense que la raison de ma venue aujourd'hui n'a de secret pour personne, mais j'ai quand même des choses à vous préciser avant d'annoncer quoi que ce soit.
Les quatre jeunes femmes hochèrent la tête d'un même mouvement. Totalement collée contre Lena, Kara s'empressait de saisir sa main pour lier leurs doigts entre eux, à l'image de sa soeur aînée et de Sam, ce qui fit naître un brin d'amusement sur les traits du sélectionneur. Il avait encore du mal à comprendre comment ces quatre-là avaient réussi à faire tomber des siècles de tradition auprès de l'ISU, mais il devait concevoir que c'était une bonne chose. L'amour que se portait les deux couples s'était fait ressentir dès son entrée dans la pièce et, sans surprise, ce tendre contact entre elles les avaient automatiquement aidées à se détendre.
- Vous le savez sûrement déjà mais, si les sélections pour la danse sur glace sont si tardives cette année, c'est parce que le seul couple que nous avions a pris sa retraite il y a peu à cause d'une blessure.
Nouvel hochement de tête de la part des deux couples d'athlètes, pendus aux lèvres de leur interlocuteur avec attention.
- Mais, il faut aussi que vous soyez consciente que la sélection actuelle, pour les Mondiaux, ne sera pas forcément celle des Jeux.
Tous les airs attentifs se teintèrent immédiatement de surprise. Lena fronçait les sourcils, un peu plus incrédule que ses homologues qui semblaient juste profondément déçues d'entendre ces mots. Alors quoi ? Pensait-elle avec une pointe d'amertume. Tout ce qu'elles avaient fait pour en arriver là était susceptible de voler en éclats après les Mondiaux ? N'y avait-il donc aucun respect pour tout le mal qu'elles s'étaient données pour en arriver là ? La milliardaire trouvait ça beaucoup trop injuste car elle était intimement convaincue qu'elles méritaient toutes les quatre leur place dans cette équipe, peut-être même plus que n'importe qui d'autre jusque-là.
- Quoi ? Se hâta-t-elle de demander en secouant la tête pour signifier son agacement. Comment ça, la sélection des Mondiaux ne sera pas forcément celle des Jeux ?
- Ça a toujours été comme ça, renchérit Sam avec conviction. Avoir sa place dans l'équipe pour les Mondiaux a toujours assuré une participation aux Jeux derrière.
- Je sais, acquiesça Rip en affichant un air sincèrement désolé, et je comprends votre colère. Mais aujourd'hui, le problème est que nous n'avons qu'un seul quota pour les Jeux, or, vous êtes deux couples très prometteurs. Je ne vais pas vous cacher que la décision qui a été prise n'a pas été facile.
Le sélectionneur marquait une pause et poussait un soupir de déception.
- Je suis désolé Lena et Kara mais nous avons préféré miser sur la sécurité, conclut-il avec fatalisme. Sam a déjà l'expérience des Jeux et Alex est la sœur qui patine depuis le plus longtemps. J'espères sincèrement que vous parveniez à vous hisser dans le classement durant les Mondiaux pour débloquer un nouveau quota pour les USA mais je n'aurais pas trop d'espoir à votre place.
Un long silence s'installait dans le bureau à la fin de cette explication. Le cœur de Kara se serrait dans sa poitrine alors que son regard traversait d'abord celui de Lena, puis celui de Sam, et enfin celui d'Alex. Elles auraient toutes dû être heureuses à l'idée qu'au moins un couple d'entre elles puisse accéder aux Jeux Olympiques, toutefois, dans leur bouche, il n'y avait qu'un goût profond d'amertume, et aucune d'elle n'ajouta rien durant un moment qui semblait s'éterniser.
Puis, finalement, sans attendre de réponse qui ne viendrait de toute manière pas, Rip se penchait, ouvrait les sacs à ses papiers, et en sortait deux magnifiques blousons aux couleurs des USA. Doucement, l'homme se levait et en tendait un à Sam, puis à Alex. Sans un mot, elles s'en saisissaient simplement, incapables de ressentir la fierté qu'elles avaient imaginé ressentir durant ses longs mois de dur labeur pour en arriver là.
Mais, contre toute attente, tandis que l'aînée des Danvers se saisissait en dernier du manteau qui lui était tendu, un sourire naquît sur ses lèvres de sa cadette, plein de reconnaissance. Car contrairement aux autres, même si son instinct de compétition la poussait à être aussi déçue et irritée que ses amies, elle ne pouvait s'empêcher d'être heureuse d'avoir cette chance puisqu'elle n'aurait simplement jamais cru être capable d'arriver jusque-là si rapidement.
- On fera de notre mieux pour décrocher un deuxième quota aux Mondiaux, assura-t-elle en prenant l'initiative de parler pour chacune de ses camarades.
Un sourire s'affichait sur le visage de Rip face à ces mots et ses yeux se mirent à pétiller de bonheur.
- Alors vous serez les bienvenues dans l'équipe américaine, les filles.
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Cuisine, Appartement Danvers, Centre-Ville, National City :
- J'arrive pas à croire qu'ils ne vous aient pas prises, s'indigna Andrea.
- C'est clair, soupira James, après tout ce que vous avez fait pour en arriver là...
- Tu parles, c'était logique en réalité, répondit Lena sur un ton fataliste.
Accoudée à l'îlot central de la cuisine des Danvers, la tête reposant sur ses deux mains et assise sur l'un des grands tabourets qui entouraient le plan de travail, la milliardaire était abattue. Même Kara, assise à ses côtés, une main tendre posée sur la cuisse de sa petite-amie, ne parvenait pas à remonter le moral de cette dernière. La Luthor ne savait pas combien de fois cela s'était produit au cours de ses derniers mois mais, à nouveau, tous ses rêves venaient de voler en éclats. Mais le pire dans cette histoire, ce n'était même pas le fait qu'elles ne participeraient peut-être pas aux Jeux Olympiques, non. C'était que Lena avait vraiment eu de l'espoir. Et maintenant que cet espoir s'était en allé avec l'annonce du recruteur des Etats Unis d'Amérique, il ne restait plus qu'un immense vide douloureux dans sa poitrine, comme s'il avait remplacé son cœur. Le patin était sa raison de vivre, la chose qui la faisait respirer. Lena ne s'était pas préparée à la perdre si vite, si subitement, et elle avait l'impression de suffoquer de l'intérieur.
- Tout n'est pas encore perdu, assura Alex en déposant une tasse de café fumante devant sa belle-sœur. Il faut juste que vous cartonniez aux Mondiaux.
Lena secouait vivement la tête à ces paroles qu'elle ne voulait pas entendre. Il ne fallait pas qu'elle se remette à y croire, car elle ne voulait pas retomber à nouveau d'un piédestal. Elles étaient douées, certes, mais aux Championnats du Monde, tous leurs concurrents l'étaient aussi. Il y avait tout de même une nette différence entre affronter les meilleurs couples du pays, et affronter ceux du monde entier.
- Ne me redonnes pas espoir, déclara Lena sur un ton monotone. Tu n'as aucune idée de ce que ça fait d'être à notre place et, crois-moi, ça fait mal.
Un profond soupir s'échappait de la gorge d'Alex, mais l'aînée des sœurs Danvers n'essayait pas de protester. Au fond, elle comprenait. Parce qu'elle était sûre d'une chose : si Alex s'était retrouvée à devoir faire face à ça avec Sam, elle aurait sans aucun doute été celle qui se serrait tenue là, accoudée à cet îlot et à s'apitoyer sur son sort.
Un long silence s'installait dans la pièce après cette réflexion que personne n'osait contredire. James, qui avait baissé le regard sur sa propre tasse de café, s'était perdu dans ses pensées, à la recherche d'une potentielle possibilité de venir en aide à son amie. En vain. Alors, Alex et Sam s'étaient échangées un regard chargé de tristesse, mais surtout, de culpabilité. Aucune d'elle n'avait voulu que ça se produise ainsi, et elles craignaient que, bien malgré elles, une rivalité ne naisse entre leurs deux couples.
Kara, à l'image de leur ami afro-américain, avait récupéré une gorgée de son chocolat chaud en ne sachant pas quoi dire, quoi faire, pour épauler celle qu'elle aimait et qui était indéniablement le plus touchée par cette non-sélection dans l'équipe nationale.
Puis il y avait Andrea, leur ancienne ennemie récemment devenue alliée, qui fixait un point en face d'elle avec insistance, de peur de croiser le regard anéanti de celle qui avait été son amante et de sentir son coeur s'emballer dans sa poitrine, comme Lena semblait encore en avoir le pouvoir.
Rien n'allait plus chez les Danvers. Et cette idée ne fit que s'accroître lorsque, soudainement, les profondes orbes noisettes de la Rojas s'assombrissaient devant les images que lui offraient le téléviseur en sourdine.
- Est-ce quelqu'un peut mettre du son ? S'enquit-elle en pointant du doigt le téléviseur avec un air grave. Je crois que vous devriez regarder.
Sans attendre, l'ensemble des regards, y compris celui vide de Lena, s'étaient tournés vers la télé, chargé par l'incompréhension. Mais tandis que leurs yeux s'accrochaient aux images des informations télévisées et qu'Alex enlevait le mode sourdine, les seules émotions qui s'emparèrent de chacun d'eux furent de la colère, de la gravité et même de la peur.
- Nous sommes devant le palais de justice de Washington où le politicien Lex Luthor viens d'entrer pour son procès, indiqua la journaliste à travers l'écran de la télévision. Selon nos sources, l'audience devrait commencer d'ici quelques minutes.
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Tribunal, Palais de justice, Washington D.C :
Le procès de Lex Luthor était sur le point de commencer. En pénétrant dans le tribunal, ce midi-là, le politicien n'avait jamais été aussi déterminé à sauver sa peau. Devant le bâtiment de justice, des flashs d'appareils photos suivis par une flopée de questions et de micros tendus vers lui rappelaient à Lex à quel point toute cette affaire était médiatisée. Une chance, pensait-il, incapable de ne pas se réjouir à l'idée de toujours être au centre de l'actualité. Après tout, rien ne pouvait faire taire un Luthor, pas même un petit séjour derrière les barreaux. Car il en était convaincu, cette condition qui l'enchaînait à une paire de menottes et à un uniforme orange de prisonnier ne pouvait être que temporaire. Il était le souverain de ce pays et, lorsque tout cela sera terminé, il se vengerait de toutes les personnes l'ayant mis dans cette position. Lena allait le payer. C'était une promesse.
Dans la salle de jugement, peu de personnes étaient présentes. Le procès, établi à huit clos, avait pour but de ne pas mettre la vie de Lex en danger, quand bien même une diffusion nationale de ce dernier était diffusé en direct sur les chaînes principales du pays. Hormis Lex, seuls les deux avocats, de la défense et de l'accusation, le juge, les magistrats, les jurés et les agents de sécurité se tenaient à distance respectable dans l'enceinte de la pièce.
Lorsque le politicien s'était assis sur la chaise qui lui était réservée, à la place des accusés, un immense sentiment d'injustice s'était emparé de son corps tout entier. Il n'avait rien à faire là, était-il persuadé. Pourquoi personne ne se rendait compte qu'il avait, en réalité, apporter une aide considérable à leur Nation en exterminant les Zor-El ? Tout ça le dépassait. Pire encore, il se sentait consterné par tant de dédain et de stupidité.
Quelques minutes s'écoulèrent, longues pour la plupart d'entre eux, mais pas pour Lex, qui trouvait cette opportunité de mettre ses pensées et sa stratégie en ordre très intéressante. Et ce, car aujourd'hui, tout le monde allait se rendre compte qu'il n'était pas le méchant de l'histoire, il en était convaincu. C'était bien la moindre des choses pour tout ce qu'il avait fait pour ce pays, après tout. Mais avant qu'il ne puisse pousser plus loin sa réflexion, un coup de maillet de la part du juge déclarait l'audience ouverte. L'heure était venue pour Lex de répondre, ou non, de ses crimes.
- Il est temps, avait annoncé le juge avec un masque de neutralité en se tournant vers l'un des avocats. L'accusation peut commencer.
D'un pas lent et solennel, le jeune homme destiné à représenter la ville et le parti civil s'était avancé au milieu du tribunal avec un air inquisiteur. Pendant une micro-seconde, il avait pris le temps de détailler le politicien qu'on accusait d'atrocités sans nom et, indépendamment de sa volonté, lorsque son regard était entré en contact avec celui du Luthor, un long frisson macabre s'était emparé de son échine. Il y avait chez Lex une certaine assurance, mais elle n'était rien comparée à l'aura machiavélique qui l'irradiait.
- Monsieur Luthor, avait commencé l'avocat, j'ai ici un enregistrement de vous confessant le meurtre de sept personnes. Que pouvez-vous nous dire là-dessus ?
- Je n'ai jamais tué personne, assura le politicien avec un sourire en coin.
- Pas directement, en effet, déclara le jeune homme. Mais Otis Graves était bien l'un de vos employés.
- Tout à fait, approuva Lex sans la moindre hésitation. Il s'agissait de mon garde du corps.
La tête de l'avocat se hochait, satisfait.
- J'ai également en ma possession un certificat attestant que l'arme ayant servi au crime vous appartenait, continua l'accusation. Comment expliquez-vous cela ?
Le sourire déjà présent sur les lèvres de Lex s'agrandissait à cette question, se faisant un peu plus carnassier. Il ne savait pas d'où sortait ce jeunot qui servait d'avocat pour les Etats Unis d'Amérique mais il était sûre d'une chose : rien ne lui avait jamais été aussi favorable. Alors certes, il y avait toujours cet enregistrement compromettant qu'avait soustrait sa mère de ses aveux, mais pouvait-il réellement être condamné pour quelque chose qu'il n'avait pas lui même exécuté tandis qu'il était candidat aux élections présidentielles ? Il en doutait. Toute l'Amérique l'aimait.
- Je vous l'ai dit, Otis était mon garde du corps, expliqua-t-il sur un ton désinvolte. J'imagine qu'il a pu se servir dans le tiroir de mon bureau pour récupérer mon arme.
- Dois-je en conclure que cette arme n'était pas rangée sous scellée ?
- Ce n'est pas ce que j'ai dit, se défendit Lex en levant les bras au ciel. Otis Graves avait accès à l'ensemble des pièces de mon manoir, ainsi qu'à toutes les clés verrouillant mes tiroirs. Il était plus que facile pour lui de m'en voler une.
L'avocat levait un sourcil circonspect avant de regagner sa place et de faire signe au juge.
- La défense peut prendre le relais. Je n'ai plus de question pour l'accusé, pour le moment.
Sans se faire prier, l'avocate de Lex se levait à son tour pour prendre place au centre de la pièce, comme l'avait fait son prédécesseur.
- Monsieur Luthor, l'interpella-t-elle, je n'aurai qu'une question. Comment pouvez-vous qualifier l'acte que Monsieur Graves a commis ? Qu'est-ce que cela représente, pour vous ?
- Le patriotisme. Otis Graves a libéré le pays d'un oppresseur.
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Salon, Appartement Danvers, Centre-Ville, National City :
Jamais, au grand jamais, la troupe d'amis n'avait vu un procès durer aussi longtemps que celui du frère de Lena. Toute l'après-midi, les sœurs Danvers, les deux patineuses de renoms, Andrea et James étaient restés assis dans le salon de Kara et Alex, à regarder le jugement du politicien sans en perdre une miette. L'atmosphère avait été chargée de différentes tensions, allant de l'anxiété à l'indignation, et parfois même, par la peur. Mais une seule phrase avait marqué leurs existences pour le reste de leur vie, et c'était celle de la sentence du politicien : la peine à perpétuité.
Lex avait été reconnu coupable et, pour la première fois depuis sa plus tendre enfance, Kara avait enfin l'impression que justice avait été rendue et que ses parents pouvaient désormais se reposer en paix. Des larmes de soulagement et de joie mêlée s'était écoulée sur son beau visage alors que la diffusion du procès s'arrêtait pour laisser place aux informations télévisées. Et pendant un instant, quelques secondes, voire peut-être quelques minutes, le petit groupe d'amis était resté statique, laissant à chacun le temps de digérer le dénouement de cette histoire tragique. Ils étaient sauvés. Kara était sauvée.
Le silence qui régnait dans le salon des sœurs Danvers s'était éternisé. Kara, assise à côté de sa bien-aimée s'était empressée de l'attirer dans une étreinte lorsqu'elle avait réalisé que tout était enfin terminé. Les bras enroulé autour du cou de la milliardaire, la blonde avait laissé s'échapper ses larmes de soulagement, inondant le t-shirt de cette dernière tandis que Lena l'avait serré contre elle avec force, en refermant ses bras sur son dos. Étrangement, tous les mois qui s'étaient écoulés depuis leur rencontre paraissaient être comme de vieux souvenirs alors que là, elles se rendaient compte que leur vie, leur vraie vie, ne faisait que démarrer. Il n'y avait plus aucune menace et ça, c'était nouveau pour chacune d'entre elles.
- Qu'est-ce que vous allez faire, maintenant ? Demanda doucement Sam en brisant le silence et en attirant l'attention de ses deux amies sur elle.
Un profond soupir s'échappait de leurs gorges alors que les deux amantes s'éloignaient l'une de l'autre et se mettaient à toiser les mines sérieuses des quatre personnes qui les entouraient. Qu'allaient-elles faire, désormais ? Elles n'en avait pas la réponse. À vrai dire, maintenant qu'elles y pensaient, rien ne semblait à la hauteur de ce qu'elles avaient envisager jusque là.
- Je ne sais pas, déclara Lena sur un ton morne, j'imagine que je vais profiter des dernières semaines qu'il me reste en tant que patineuse...
Tout le monde esquissait des sourires tristes à cette annonce. Certes, le sacrifice qu'avait fait, et faisait encore, Lena pour Kara était noble mais, au fond, ils avaient tous la désagréable impression qu'il était vain. Cette saison était la dernière pour la brune et, malgré ça, malgré tout ce qu'elle avait fait pour revenir au sommet de son niveau, ses perspectives d'un glorieux avenir sportif étaient réduis à néant.
Dans un geste tendre, Kara s'emparait de la main de sa belle et liait leurs doigts entre eux en lui offrant un tendre sourire. Si Lena semblait avoir abandonné toute chance d'un revirement de situation inespéré, la blonde, elle refusait de baisser les bras sans se battre. Une infime chance résidait toujours et la danseuse comptait bien faire tout ce qui était en son pouvoir pour la saisir, quoi qu'il en coûte. Après ce que la milliardaire avait fait, elle lui devait au moins cela.
- On va participer aux Championnats du Monde, assura-t-elle avec détermination, surprenant chacune des personnes présentes dans la salle. On va aller décrocher ce quota et on ira aux Jeux Olympiques.
- Kara, soupira sa compagne, tu ne te rends pas compte... c'est quasiment impossible. On est fichues.
Un silence retombait dans l'enceinte de l'appartement Danvers, durant lequel la cadette des deux sœurs observait sa petite-amie avec peine. C'était la première fois qu'elle voyait Lena ainsi. Brisée. Et son estomac se tordait, au même titre que son cœur se brisait, face à cette scène qu'elle n'aurait pas cru voir un jour. Bien sûr, la milliardaire était passée par des périodes difficiles depuis qu'elles se connaissaient mais là, pour la toute première fois, Kara avait vraiment l'impression que la femme dont elle était amoureuse avait jeté l'éponge.
- Je pourrais peut-être appeler Ava, tenta Sam avec incertitude. On pourrait vous laisser notre place avec Alex, il y a sûrement moyen de s'arranger. Rien ne nous empêchera de participer aux Olympiques dans quatre ans.
- Non, déclara fermement Lena en secouant la tête. Il faut que vous y alliez, Rip a raison. Vous êtes notre meilleur atout.
Un nouveau soupir s'échappait de la gorge de Sam, cette fois, tandis qu'elle jetait un regard de détresse à Alex. Mais l'aînée des Danvers, aussi triste soit-elle, ne savait absolument pas quoi faire pour venir en aide à ses amies. Comment l'aurait-elle pu, de toute manière ? Elle n'avait aucun contact, aucune expérience. Elle avait juste été jetée dans le grand bain en sachant tout juste barboter, par la personne qui souffrait le plus en cet instant et, au fond, elle s'en voulait pour ça. Si elle n'avait pas remplacé Lena, quelques mois plus tôt, il était évident qu'elles ne serraient pas confronté à ce problème, aujourd'hui.
Le silence, pesant, reprenait possession des lieux pour la troisième fois depuis le début de leur conversation. Tout semblait perdu. Pourtant, soudainement, une vibration, bientôt suivie par une sonnerie, attirait leur attention sur la table basse du salon. Le téléphone portable de Lena, posé à plat depuis quelques heures maintenant, venait de s'illuminer, signalant un appel entrant.
Fronçant les sourcils, tous les regards s'étaient posés sur le nom qui apparaissait sur l'écran et, surprises, les deux meilleures-amies patineuses s'étaient échangé une œillade. Elles connaissaient très bien la personne qui cherchait à joindre la milliardaire et ça n'en était que plus surprenant. La main tremblante, Lena s'était alors saisie de son téléphone et avait décroché juste avant que l'appel ne se termine.
- Allô ? Avait-elle dit d'une voix rauque.
Une réponse avait dû lui parvenir rapidement car, en un éclair, le visage de la brune s'était transformé. La conversation n'avait pas durée longtemps, mais suffisamment pour que la tension monte dans le corps de chacun tandis qu'ils voyaient Sam se tendre un peu plus à chaque réponse de la brune. Cette connaissance commune n'avait aucune raison de chercher à les joindre. Plus maintenant, en tout cas.
Néanmoins, lorsqu'enfin Lena délogeait son téléphone de son oreille pour le reposer sur la tête avec un air incrédule, Sam ne put tenir plus longtemps. Il fallait, comme le reste de ses amis d'ailleurs, qu'elle sache de quoi il retournait. Et elle plus que les autres car, bien malgré son étonnement, elle avait une petite idée de la raison de cet appel.
- Qu'est-ce qu'il voulait ?
Lena mit un instant avant de répondre. Il fallait qu'elle prenne le temps de remettre en place ses idées et de totalement digéré ce que son interlocuteur venait de lui proposer... et qu'elle avait immédiatement accepté. Sans réfléchir.
Lentement, son regard quittait alors l'écran désormais noir de son cellulaire pour se reporter dans celui de Sam, puis d'Alex, et enfin, de Kara.
- C'était notre entraîneur de patin lorsque Sam et moi étions dans l'équipe Irlandaise, expliqua-t-elle pour les deux sœurs et leurs amis. Leur couple de danse sur glace favori s'est blessé à l'entraînement et ils nous veulent dans leur équipe pour les remplacer.
Incrédule, Kara secouait la tête. Avait-elle bien entendu ?
- Ils nous veulent dans l'équipe Irlandaise ? Répéta-t-elle en fronçant les sourcils. Pour...
- Les Jeux Olympiques, confirma Lena d'un hochement de tête.
Pendant quelques secondes, les deux amantes se toisèrent en silence. Puis, lentement, la milliardaire s'était retournée pour faire face au reste de leurs compatriotes, l'air sérieux.
- On doit partir tout de suite, annonça-t-elle. Il faut qu'on saute dans le premier avion.
