Chapitre 23

Restaurant, Village Olympique, Montréal :

L'atmosphère était joyeuse dans l'immense restaurant du village olympique, ce matin-là. Les conversations allaient et venaient, fendant l'air dans un brouhaha enthousiaste. Tous les serveurs s'affairaient, ça et là, pour distribuer aux athlètes les menus petits déjeuner qu'ils avaient commandé, laissant la grande pièce s'envelopper de milles odeurs et saveurs en provenance de tous les pays du monde. Les croissants et les petits pains caractéristiques de la culture française croisaient les haricots rouges anglais tandis que d'autres optaient plutôt pour des œufs ou de la charcuterie.

Au milieu de cette convergence culturelle se trouvait une grande table, plus bruyante que les autres et dont les membres ne semblaient pas encore souffrir du stress qui accablait le reste des sportifs présents. Parmi eux, Lena finissait la dernière gorgée de son café, Barry taquinait sa femme et Kara parlait avec les mains, expliquant avec un grand sérieux les mésaventures qui avaient accompagnés leur voyage au cœur de l'océan atlantique et accaparant les attentions de leurs cinq autres amis : Sam, Alex, Kate, Andrea et James.

- Et donc, c'est comme ça que je me suis ridiculisée devant Joe en foirant mon atterrissage de notre fente Ina Bauer dès le premier jour, conclut-elle en retenant une grimace.

Barry, les lèvres retroussées dans une mimique moqueuse, hochait vigoureusement la tête en signe d'approbation.

- C'était épique, je vous jure, confirma-t-il. Je crois que je n'ai jamais vu Joe avec autant de désespoir sur le visage que ce jour-là.

- Peut-être, rétorqua-t-elle en tirant la langue à son ami, mais au moins on est en tête du classement aujourd'hui.

Un rire général s'emparait de la tablée face à la moue boudeuse qui étirait désormais les traits de la jolie blonde. Personne n'avait rien à répondre à cela mais les airs à la fois amusés et attendris qui se posaient sur Kara suffisait à lui faire savoir qu'elle avait réussi à obtenir ce qu'elle voulait : continuer à détendre l'atmosphère avant que la dure réalité de la compétition ne les frappent à nouveau de plein fouet et, avec elle, l'anxiété légitime qui en découlait.

- J'aurai jamais cru me retrouver un jour attablée dans un café de Montréal, en plein village Olympique avec une équipe de patineurs, avoua Kate qui n'avait absolument pas compris de quoi parlait sa meilleure-amie. Je suis sûre que c'était hilarant... mais c'est quoi une fente Ina Bauer ?

De nouveaux rires s'élevèrent autour de leur table, ce qui leur valait quelques œillades de la part des autres nations dans la pièce. Mais aucun d'eux ne s'en accommodait réellement. Ils étaient bien trop occupés à observer le doux visage de Kara se fendre d'une moue plus boudeuse encore.

- Comment t'expliquer ça facilement ? Demanda Sam en faisant mine de réfléchir.

- Je crois que le plus simple c'est de lui montrer, annonça Andrea avec évidence.

Alex hochait la tête.

- Ouais, approuva-t-elle avec un sourire pour la jeune Kane, je te montrerai ce que c'est durant le passage d'Andy si tu veux, il me semble qu'il y en a une dans son programme.

Andrea acquiesça d'un signe de tête, sans avoir le temps d'approuver quoi que ce soit avec paroles. Iris s'était déjà penchée en avant pour étendre son buste un peu plus au dessus de la table et échanger quelques mots avec la première d'entre eux à s'élancer sur la glace, ce matin-là. Son regard s'ancrait alors dans celui de la Rojas et, avec un sérieux dont elle seule avait le secret, - et qui faisait toujours un peu froid dans le dos, d'ailleurs. -, elle lui demandait :

- En parlant de ça, ça va ? Tu n'es pas trop stressée ? Ce n'est jamais facile de partir en tant que favori de la compétition le deuxième jour.

Un soupir s'échappait aussitôt de la gorge d'Andrea tandis qu'un éclair de panique traversait ses profondes iris brunes. Ni une, ni deux, ses épaules s'étaient crispées sous l'incroyable pression qui venait de s'emparer de son être tout entier, lui rappelant violemment ce pourquoi elle était là et ce à quoi elle prétendait désormais. Fût un temps où la jeune patineuse artistique aurait sûrement menti en assurant que tout allait bien, que ce genre de choses ne l'atteignait pas et qu'Iris aurait mieux fait de se mêler de ce qui la regardait mais Andrea parvint à retenir la venimosité qui traversait son esprit. Alors, tout en arborant un faible sourire, elle décidait de travailler un peu plus son honnêteté et de s'ouvrir à cette afro-américaine qu'elle connaissait à peine.

- J'ai l'impression que mon corps va se rompre tellement je suis rendue et je ne sais même pas pourquoi je n'ai pas encore pris mes jambes à mon cou. Mais à part ça, ouais, ça va.

Dans un geste incroyablement naturel, une main aux longs doigts caleux venait se poser sur l'épaule de l'athlète. C'était Kate, assise à sa gauche, qui avait osé faire preuve d'un peu d'audace et qui lui souriait avec compassion.

Le cœur d'Andrea s'emballait dans sa poitrine lorsque son regard captait celui, empli d'une lueur à la fois admiratrice et pleine de soutien, de la Kane.

- Je connais un bon moyen pour décompresser si tu veux, annonça-t-elle en provoquant un haussement de sourcil dubitatif de la part de la patineuse.

- Vraiment ?

Une bonne seconde s'écoulait ainsi, en silence, avant que le sourire de Kate ne se teinte de malice et que ses yeux se plissent avec espièglerie. Cet instant, suspendu entre deux possibilités, fit naître une importante chaleur dans le bas-ventre de l'athlète. Une chaleur qu'elle n'avait pas ressenti depuis des années et qui, bien malgré elle, la perturbait plus qu'elle ne voudrait jamais l'admettre. Bien sûr, elle avait su, dès le premier regard, que Kate serait sûrement importante dans sa vie mais pour autant, Andrea n'était pas moins surprise de l'effet que cette dernière semblait avoir sur elle grâce à de simples paroles, un simple sourire.

Près d'elles, personne ne jugeait bon de briser ce moment. Bien au contraire. Ils se contentaient tous d'attendre patiemment, les prunelles rivées sur l'échange de regard qui se produisait entre les deux femmes, les visages parfois tirés par la surprise ou par l'amusement. Et probablement le moment ne se serait-il jamais terminé si la maladresse de Kara ne s'en était pas mêlée. Mais la main de Kara avait malencontreusement tapé dans sa tasse plutôt que de la saisir, faisant glisser celle-ci de quelques millimètres jusqu'à ce qu'elle ne cogne contre celle de Lena.

Les deux jeunes femmes sursautèrent alors et les joues d'Andrea prirent une teinte rosée, en parfaite concordance avec la chaleur qui régnait dans son bas-ventre. Dans la précipitation du moment, l'athlète s'empressait de se lever, un peu trop violemment toutefois. Son genou cognait contre la table, faisant naître un nouveau remue ménage qui forçait chacun à se précipiter pour attraper sa tasse avant qu'elle ne se renverse. Andrea retenait une grimace de douleur.

- Je crois que je ferais mieux d'aller me chercher un café, bégaya-t-elle avant de reprendre avec plus d'assurance. Est-ce que quelqu'un veux quelque chose ?

- Je vais reprendre un café, accepta aussitôt Alex dans un hochement de tête approbateur.

- Pareil, déclara Lena. J'ai bien besoin de ça si je veux pouvoir tenir debout toute la journée.

Un sourire malicieux apparaissait sur les lèvres de Sam. La châtain tournait la tête vers sa meilleure-amie et haussait un sourcil.

- Nuit mouvementée ?

Les joues du jeune couple se teintèrent à leur tour de rouge, menaçant de faire concurrence aux couleurs vives qui trônaient sur celles d'Andrea. Heureusement pour elles, cette dernière, déjà bien trop sollicitée pour se sentir un peu plus gênée par leur réponse, se dépêchait de faire volte-face.

- Ok, je vais aller chercher ces cafés, maintenant.

Une vague de rires accueillait cette réplique et sans attendre plus longtemps, Andrea s'éloignait en quelques enjambées vers le bar du restaurant.

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Gradins, Patinoire Centrale, Village Olympique, Montréal :

Debout, immobile au centre de la grande patinoire des Jeux Olympiques, le stress se lisait sur le visage d'Andrea. Le regard fixe sur la glace, le menton légèrement abaissé et les bras ballants le long de sa taille, la patineuse attendait, patiemment, que les cris qui accueillait sa venue se calme et que sa musique se lance.

Tout se jouait maintenant. Elle le savait. Plus que jamais, elle avait conscience que ce n'était pas le moment qu'elle flanche et, comme à chaque fois, Andrea commençait à sentir son souffle devenir court. Trop court. Haletant. Alors, l'espace d'une microseconde, la châtain avait fermé les yeux en s'imaginant toucher la médaille d'or, quelques heures plus tard, tandis qu'on lui passerait autour du cou. Etrangement, elle qui avait cru que cette pensée signerait la fin de ses moyens, ça l'avait apaisé. Elle n'avait aucune raison que ce titre, tant convoité et dont elle avait tant rêvé, lui file entre les doigts. Pourtant, si sa détermination avait pris le pas sur son stress, son estomac, lui, restait résolument noué.

Ouvrant de nouveaux les paupières, le regard de la jeune femme était naturellement tombé sur son poignet. Celui où trônait, fièrement, la gourmette que Sam lui avait offert la veille, et son visage se fendit d'un sourire. Sam. Celle qui l'avait aimée, détestée, puis pardonnée. Celle qui aurait toujours une immense place dans son cœur, peu importe ce que lui réservait l'avenir. Son mentor. Son roc.

La boule d'anxiété qui lui tiraillait le ventre s'estompait à cette pensée et, vivement, la patineuse avait relevé la tête pour le reporter sur la foule présente dans les gradins. Son regard brun se plongeait aussitôt dans celui de la jeune Arias, qui trouvait la force de lui sourire même si Andrea savait, au fond, que son entraîneuse n'en menait pas plus large qu'elle. Puis, comme happé par une force invisible, les yeux bruns de la châtain quittèrent le doux visage de la vice-championne olympique pour se poser sur celui, beaucoup plus anguleux, de Kate.

Instantanément, tout le courage qui l'avait quitté revenait comme s'il n'était jamais parti, changeant les battements frénétiques de son cœur en impulsions vives et agréablement douloureuse. Dès le premier regard, dès le premier jour, Andrea avait su. Et à cet instant, alors qu'elle aurait dû être résolument concentrée sur ce qu'il se passait autour d'elle, sur sa musique qui allait commencé, elle était incapable de réprimer le sourire niais qui apparaissait sur son visage. Le stress restait présent, bien sûr, elle le sentait dans ses muscles raides, mais il n'était pas comparable à la détermination qui la saisissait soudain. Il fallait qu'elle gagne. Il le fallait car elle le méritait. Car elle voulait impressionner cette fille qui lui faisait redécouvrir ce qu'était l'amour après ce qu'elle avait vécu avec Lena. Et surtout, car elle voulait prouver au monde, à Kate, à ses amis, à Sam, qu'elle était digne des plus grands athlètes avant elle.

De son côté, assise au premier rang, dans l'espace VIP réservé aux autres compétiteurs de la disciplines, Kate ne parvenait pas à la quitter des yeux. Et même son cœur s'était serré d'anxiété lorsqu'elle avait vu la jeune femme poser son premier pied sur l'étendue gelée. À ses côtés, Kara discutait joyeusement avec Lena et Alex tandis que Sam, elle, faisait tressauter sa jambe de haut en bas, incapable de contenir sa propre anxiété. Mais dès lors que les premières notes de la musique choisie par Andrea s'était élevée dans l'enceinte de la patinoire Olympique, chacune des attentions s'étaient recentrée sur la performance de leur amie de longue date. Même Barry et Iris, qui ne la connaissait que depuis une journée à peine, s'étaient vus obligés de l'observer, davantage par passion que parce qu'ils portaient de l'intérêt à la jeune femme. Andrea était la dernière à s'élancer dans cette compétition et, bien qu'elle puisse parfois douter d'elle-même, tout le monde se serait accordé pour dire que le niveau était bel et bien là.

Durant les premières minutes de son programme, tout ce que la châtain avait présenté s'était révélé être d'une perfection incroyable. Elle était souple, gracieuse, harmonieuse. Loin de la tension qui l'habitait pourtant dans les derniers moments qui avait accompagné sa patience.

- Tout va bien, pas vrai ? Avait osé demander Kate à voix basse, à l'attention de ses amis. Ce qu'elle fait, c'est bien ?

Près d'elle, les têtes se hochèrent, sans pour autant se tourner vers la novice en patinage.

- C'est parfait, confirma Lena dans un murmure presque inaudible.

- Tu vois la façon dont elle patine avec les pieds écartés, là ? S'enquit Kara en posant une main sur l'épaule de son amie, après s'être penchée en avant depuis la rangée de gradins supérieure. C'est ça, une fente Ina Bauer.

Kate pinça les lèvres tout en opinant du chef.

- Ça a l'air super difficile, releva-t-elle.

- Ça l'est, confirma Alex. C'est pour ça que c'est Lena qui porte Kara dans leur couple et pas l'inverse. Kara ne sait pas les faire.

Le visage de la Kane se teintait de surprise à cette révélation mais elle n'eût pas le temps de s'en insurger que la blonde donnait déjà un violent coup de coude dans les côtes de son aînée, en prenant un air faussement vexé.

- C'est facile pour toi de dire ça, tu patines depuis des années, rappela-t-elle avec une moue boudeuse. Moi je ne le fais que depuis six mois.

- Taisez-vous, les réprimanda Sam en leur jetant un regard furtif et lourd de reproches. Elle a presque fini.

La dernière minute du programme d'Andrea fût beaucoup plus longue que ce qu'elle aurait dû être. Lorsque la patineuse s'arrêtait enfin au centre de la glace, en s'accroupissant gracieusement sur l'étendue gelée tandis que sa musique se finissait, toutes les respirations s'étaient retenues. Contrairement à la veille, aucun spectateur n'avait applaudit cette performance grandiose et Kate avait la désagréable sensation qu'ils attendaient tous quelque chose de plus. Seulement, elle ne savait pas quoi. Alors, avec agitation, elle s'était mise à se balancer d'un pied sur l'autre en regardant tour à tour l'ensemble de ses amis statiques à ses côtés.

- Qu'est-ce qui se passe ? Osa-t-elle demander à nouveau, la voix pleine d'inquiétude.

- Attends, la rabroua gentiment Kara d'un signe de main destinée à lui faire comprendre qu'elle devait se taire.

Kate fronçait les sourcils à ce geste. Mais en détaillant son amie d'un peu plus près, c'est là qu'elle avait compris. Le menton relevé, comme tous les autres, Kara regardait fixement le haut de la patinoire pour une raison inconnue. Dans un soupir, la jeune Kane avait alors suivi les iris de son amie pour se poser sur le seul panneau d'affichage du bâtiment. En attente, les résultats d'Andrea mirent davantage de temps à sortir que ceux des autres concurrents de cette compétition et, au lieu de sortir de l'enceinte de la patinoire comme elle l'aurait dû, la patineuse n'avait pas trouver la force de bouger du centre où elle s'était relevée pour regarder le panneau à son tour.

Soudainement, après d'interminables minutes, les notes étaient apparues. Kate ne savait pas dire si elles étaient bonnes ou mauvaises mais, à vrai dire, elle n'eût pas besoin d'avoir des connaissances en la matière pour comprendre ce qui se passait ensuite. Tous ses amis, encore assis, venaient de sauter sur leurs pieds en criant. Sam, la plus euphorique de leur groupe, n'avait pas attendu une seule seconde pour dévaler en courant les escaliers qui menaient à l'abord de la glace, bien vite suivie par Kate et le reste de leur groupe.

- Elle l'a fait ! S'était exclamée Lena. Elle est championne olympique !

Comme assommée par la nouvelle, incapable de se rendre compte que tout était réellement en train de se produire, Andrea était restée immobile, sous les cris et les applaudissements de la patinoire au complet. Il lui avait bien fallu plusieurs minutes avant que la grandiosité de l'événement ne fasse son chemin dans son esprit et, lorsque ce fût enfin le cas, un immense bonheur prit possession de son corps. Son cœur se serrait dans sa poitrine tandis qu'elle se sentait submergée par les larmes. Était-elle en train de rêver ? Comment avait-elle pu en être là, après tous les échecs qu'elle avait essuyé cette année ?

Andrea n'eût jamais de réponse à ces questions. A la fois ébahie et fière, la Rojas avait trouvé le courage de quitter le panneau d'affichage des yeux pour les poser sur ses amis, qui l'applaudissait en bord de glace.

A peine ses yeux s'étaient-ils posés sur eux que toute la surprise de ce moment s'en allait, ne laissant plus que l'euphorie dans son être. Et c'est alors qu'elle l'avait fait. Sans qu'elle ne sache pourquoi, ni même qu'elle s'en aperçoive réellement, Andrea avait patiné jusqu'à l'entrée de l'étendue gelée, les joues mouillées par ses larmes de joie et, comme muée par un instinct primaire, la patineuse s'était simplement jetée au cou de Kate et avait posé ses lèvres contre les siennes dans un baiser que personne n'oublierai jamais.

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Abords de la glace, Patinoire Centrale, Village Olympique, Montréal :

Comme Andrea, Sam et Alex avant elles, Kara et Lena attendaient près de l'entrée qui les mèneraient sur la glace quelques instants plus tard, fin prêtes à se jeter dans la gueule du loup. Depuis plusieurs heures déjà, les couples de la compétition de danse sur glace se succédaient les uns après les autres et, à leur avantage cette fois, en tant que favorites et premières au classement provisoire, les deux femmes s'élançaient en dernière. Une chance puisque, grâce à cela, elles connaissaient déjà les scores de leurs concurrents et savaient ainsi que la simple présentation de leur programme, correctement réalisé et sans erreur majeure, leur permettrait de monter au minimum sur la deuxième place du podium au définitif. Et plus elle y pensait, plus cette éventualité s'offrait à Lena comme une issue favorable.

Le regard rivé sur Sam et Alex, qui n'en était encore qu'à la moitié de leur programme mais qui, jusque là, s'avérait être une performance de maître, confortait la milliardaire dans cette idée. Après tout, gagner était-il vraiment si indispensable que cela, au point où elles en étaient ? Après tout ce qu'elle avait vécu ? Aucun doute, si on lui avait posé cette même question quelques mois plus tôt, elle savait qu'elle aurait répondu par l'affirmative. Mais là, alors que Kara se tenait souriante à ses côtés, des étoiles dans les yeux en admirant la perfection qui émanait de sa sœur d'adoption, et que sa meilleure-amie touchait de près le rêve qui lui avait été volé par les Canadiens, quatre ans auparavant, le cœur de Lena n'était plus réellement à la compétition. Non.

Lena avait enfin l'impression d'avoir réussi dans sa carrière d'athlète. Elle avait enfin l'impression d'être là où elle devait être. Et plus encore, elle était simplement enfin en accord avec elle-même. Elle n'avait rien a envier de plus.

Alors c'est avec un mince sourire sur les lèvres, et une boule d'anxiété dans l'estomac, qu'elle s'était tourné vers sa compagne et partenaire avec un air sérieux.

- Kara ? L'interpella-t-elle après une courte seconde d'hésitation.

- Humhum ? Répondit celle-ci sans quitter leurs amies du regard.

- À quel point veux tu gagner cette compétition ?

Cette question, inattendue et presque trop solennelle, surprenait la blonde. Les sourcils froncés, elle reportait vivement son attention vers la brune, le visage peint par son incompréhension.

- Quoi ?

- Les Jeux, précisa Lena en mordant sa lèvre inférieure dans une nouvelle hésitation. Est-ce que tu veux vraiment les gagner ?

Il y avait quelque chose dans cette demande, un petit chevrotement dans la voix de la milliardaire, qui indiquait à Kara que la patineuse ne lui demandait pas cela par hasard. Avec énormément de considération, et une fois sa surprise retombée, la jeune Danvers prenait le temps de réfléchir à sa réponse en laissant le silence s'installer entre elles. Voulait-elle réellement gagner les Jeux Olympiques ? N'était-ce pas le rêve de tout athlète, d'ailleurs ? La consécration de nombreuses heures de travail, de toute une vie de dur labeur pour atteindre un niveau auquel seulement peu de sportifs pouvaient prétendre ?

C'était une question compliquée. Bien trop compliquée pour que son esprit ne parvienne à trouver une réponse adéquate en l'espace de brèves minutes. Pourtant son cœur, lui, savait. Son cœur n'était pas à la compétition car il ne l'avait jamais réellement été. Il était régit par la passion. Et comme à chaque fois qu'elle était amenée à prendre une décision difficile, Kara décidait d'écouter son cœur.

- J'ai déjà tout ce que je veux, Lee, avec ou sans victoire, avoua-t-elle honnêtement avec un sourire sincère. Je t'ai toi. Gagner n'est qu'un plus. Si je suis là, c'est avant tout pour toi, pour profiter de l'instant présent et pour le plaisir. Je ne patine pas pour gagner. Je patine parce que j'aime ça.

Un nouveau silence s'abattait entre les deux femmes, seulement brisé par la musique du programme de leurs amies et le bruissement de leurs patins sur la glace. L'air si sérieux de Lena persistait tandis qu'elle se plongeait dans un état de réflexion. Quelques secondes passèrent ainsi, durant lesquels Kara ne la quittait pas du regard, respectant simplement le besoin de silence dont sa petite-amie semblait avoir besoin. Toutefois, aucune réponse ne lui fût jamais accordée, à croire que ce qui préoccupait la brune était digne d'un tabou qu'elle ne pouvait prononcé sans y être aidée.

- Pourquoi tu me demandes ça, Lee ? S'enquit-elle avec douceur pour ne pas la brusquer. À quoi tu penses ?

Un soupir s'échappait des lèvres de Lena, profond, presque guttural. Puis, dans un geste long, elle reportait son attention sur la blonde en lui adressant un sourire penaud. Que s'apprêtait-elle à faire, au juste ? L'estomac retourné de la milliardaire, en parfaite adéquation avec son esprit, n'avait de cesse de lui rappeler qu'elle regretterait sûrement sa décision dans un futur plus ou moins proche. Mais au fond, qui était-elle pour agir autrement ? Lena était encore moins sûre de pouvoir se regarder dans une glace après cette compétition si elle volait le titre des mains de sa meilleure-amie, de sa sœur.

- On est deuxièmes, constata-t-elle dans un murmure avant de prendre une grande inspiration destinée à se donner le courage nécessaire pour continuer. Je me disais que peut-être on pourrait simplement... assurer notre deuxième place et laisser Sam et Alex gagner.

Exactement comme ça avait déjà été le cas quelques secondes plus tôt, le visage de Kara se teintait d'une réelle surprise. Submergée par une vague d'incompréhension, la cadette des Danvers secouait vivement la tête en fronçant les sourcils, peu sûre d'avoir bien entendu les paroles de son interlocutrice. Néanmoins, en constatant que celle-ci se contentait de la fixer sans faillir, avec ce même sourire penaud sur le visage, Kara comprenait que Lena n'était pas en train de plaisanter dans le but de les aider à évacuer le stress montant.

- Tu veux laisser ma sœur et ta meilleure-amie gagner ? Répéta Kara, avec incrédulité. Mais pourquoi ? Je pensais qu'être championne olympique était ton rêve...

- C'était le cas, s'empressa d'affirmer la patineuse comme s'il s'agissait d'une évidence.

Marquant une petite pause, Lena reportait son regard sur les deux autres membres de leur famille proche et une lueur de fierté s'insinuait aussitôt au creux de ses prunelles verdâtres. Et sans même qu'elle ne s'en rende compte, son sourire coupable avait prit une allure plus assuré, plus admirative.

- Mais quand je les regardent, là, avait-elle reprit, pleine de sincérité, je sais qu'elles le veulent plus que nous. Elles méritent de gagner plus que nous.

Tant d'altruisme et d'honnêteté de la part de la milliardaire avait fait bondir le cœur de Kara au creux de sa poitrine. Son regard amoureux observait chaque grain de la peau du visage de Lena, chaque expression de bonheur qui s'en dégageait, entrecoupé par l'admiration qu'elle portait à leurs des amies, et Kara ne pût s'empêcher de penser au long chemin qu'elles avaient fait pour en arriver là. Elles étaient toutes les deux différentes, mais la blonde était convaincue que c'était pour le mieux.

- C'est vrai quoi, regardes-nous, déclara la Luthor avec une pointe d'humour dans la voix. Je suis une patineuse fraîchement remise d'une blessure et toi, tu ne savais pas patiner il y a six mois alors qu'elles, elles s'entraînent individuellement depuis des années pour ce moment.

- Si j'avais cru que tu me demanderai ça un jour... avoua Kara dans un gloussement amusé.

- Ce serait égoïste de leur voler la vedette, tu ne crois pas ?

Habillée d'un véritable sourire, la jeune Danvers hochait la tête dans un signe solennel d'approbation.

- L'argent, c'est une très jolie couleur, concéda-t-elle en faisant apparaître un air radieux sur le visage de sa belle.

Lena n'eût pas le temps de répondre quoi que ce soit à la blonde. Elles ne s'en étaient pas rendue compte mais, depuis une dizaine de secondes déjà, la musique du programme de Sam et Alex s'était arrêtée. Les applaudissements fusèrent dans l'air confiné de la patinoire, faisant sursauter les deux femmes près de l'entrée. Elles firent volte-face avec vivacité, juste à temps pour voir leurs amies poser leurs pieds hors de la glace avec des sourires qui leur montaient jusqu'aux oreilles.

La main d'Alex se posait alors sur l'épaule tendue de sa petite-sœur et leurs regards s'ancrèrent l'un dans l'autre, l'espace d'un court instant. Mais aussi bref fût-il, il était assez long pour que la blonde décèle, au fin fond des prunelles chocolat de son aînée, que celle-ci était comblée par le bonheur. Et du plus loin qu'elle s'en souvienne, jamais Kara n'avait eu le plaisir de voir tant d'éclats dans les iris d'Alex.

- À toi, minimoys, lui avait lancé la brune avec entrain.

- On va être difficile à battre, avait renchérit Sam avec son espièglerie habituelle, mais vous pouvez toujours essayer.

Un rire s'échappait de la gorge de la châtain à la fin de ses propres paroles. Pressées par l'urgence de découvrir leurs notes, les deux athlètes n'avaient pas traîner au bord de la glace et s'étaient ruées vers l'espace dédié à leur débriefing, quelques mètres plus loin, laissant Kara et Lena en plan.

Amusées par leurs amies, le jeune couple, fin prêt à s'élancer sur l'étendue gelée et à clore cette compétition par leur performance, échangeait un regard entendu et lourd de sens. Elles étaient indéniablement sur la même longueur d'ondes et l'issue de cette compétition s'imposait à elles comme la seule alternative possible. Alors, saisissant la main de Lena avec douceur, Kara déclarait :

- Allons chercher cette médaille d'argent.

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Patinoire Centrale, Village Olympique, Montréal :

- Encore un peu de patience, madame et messieurs, avant d'accueillir nos médaillés de danse sur glace !

Rassemblés au bord de la glace, dans le couloir froid et caché aux yeux du public qui menaient aux vestiaires, Kara, Lena, Sam, Alex, Barry et Iris attendaient. Kara et Barry rigolaient joyeusement aux bêtises de la plus jeune. Il faisait la paire, pensait l'aînée des sœurs Danvers en coulant un regard vers sa cadette. Toutefois, cette vision lui serrait le cœur, faisant naître une pointe de jalousie en elle. Alex était heureuse de voir que Kara s'était fait un ami durant son séjour en Irlande, mais elle ne pouvait pas s'empêcher de penser que le jeune homme, qu'elle appréciait également, risquait de prendre sa place lorsqu'elle serait de retour sur les terres irlandaises.

A contrario, Lena, elle, se sentait encore plus heureuse. Barry semblait être devenu un allié de taille pour la blonde et la milliardaire était rassurée de savoir que Kara appréciait le jeune homme autant qu'elle. Car au fond, elle avait longtemps craint que sa belle ne trouve pas d'attaches en Irlande et ne se mette à regretter son choix de déménager à l'autre bout de la planète.

Soudainement, alors que le soulagement envahissait un peu plus le corps de Lena, un violent coup de coude dans ses côtes la faisait sursauter. Vivement, elle jetait un œil en provenance du coup et découvrait, sans grande surprise en réalité, que son agresseuse n'était autre que Sam qui l'observait avec un sourire malicieux et une lueur espiègle dans le regard.

- Pas trop déçue de n'être que deuxième ? Lui demanda-t-elle sur le ton de la taquinerie.

- Je suis contente pour vous, Sam, avoua Lena avec honnêteté.

- Et puis deuxième ce n'est pas si mal ! Déclara Kara, pleine d'enthousiasme, en s'immisçant dans la conversation.

Sam eût un hochement de tête approbateur. Ce n'était certainement pas elle qui dirait le contraire puisqu'elle avait été à leur place, quatre ans plus tôt. Mais son amante ne semblait pas partager son avis puisqu'un profond soupir quittait ses lèvres.

- Ouais mais ça veut dire que vous allez partir... souleva Alex avec une déception non feinte.

Le visage de Kara s'assombrissait aux paroles de sa sœur, rendant son visage joyeux beaucoup plus triste, et le cœur de Lena se serrait davantage dans sa poitrine. Pourquoi fallait-il que ce départ soit triste, d'ailleurs ? Alex ne pouvait-elle pas simplement se réjouir pour les opportunités qui arrivaient à sa sœur ?

- Oh, je suis sûr que Joe peut vous trouver une place aussi, si vous voulez rejoindre notre équipe, déclara Barry en offrant un clin d'œil à sa nouvelle meilleure-amie. Après tout, ce podium est à deux tiers Irlandais, ça prouve qu'on assure.

- Mais l'or est à l'Amérique, rappela Sam en lui tirant la langue.

De légers rires s'élevèrent parmi le petit groupe d'amis.

C'est alors que des bruits de pas derrière eux attirèrent leurs attentions. Réfrénant leur hilarité, ils se tournaient d'un seul et même mouvement vers la personne qui les dérangeaient dans cet instant de camaraderie. Alors, leurs regards se posèrent sur le visage souriant de Joe et les sourires revinrent sur les lèvres de chacun.

- Vous êtes prêts ? S'enquit-il de sa voix bourrue. Ça va être à vous.

Toutes les têtes se hochèrent, faisant s'agrandir la satisfaction sur le visage de l'entraîneur afro-américain.

- Barry, Iris, vous rentrez en premier, indiqua-t-il sérieusement. Puis Lena, Kara, ce sera à vous.

- Et les meilleures pour la fin, déclara Sam en bombant exagérément le torse, provoquant une nouvelle vague de rire parmi les médaillés.

Réellement amusé par tant de spontanéité, Joe posait son regard sur la jeune femme aux cheveux châtains avec une pointe de fierté dans le regard. Comme cela avait été le cas avec Lena avant elle, la poitrine de Joe se gonflait de bonheur. Dans un geste presque paternel, l'entraîneur Irlandais attirait la championne olympique dans une étreinte qu'elle s'empressait de lui rendre avec affection.

- Ça fait plaisir de te revoir, Sam.

- Qui aurait cru que j'en serais là, hein ? Demanda-t-elle avec humour en quittant les bras rassurants de l'homme.

- Oh, j'ai toujours su que tu serais une championne. Mais j'avoue que ne pensais pas que ce serait en danse sur glace.

Joe marquait une pause hésitante, avant de reprendre avec plus d'incertitude.

- Est-ce que tu as réussi à ressauter depuis l'accident ?

Sam pinçait les lèvres avant de baisser honteusement la tête.

- Pas vraiment, avoua-t-elle dans un soupir. Je suis tétanisée dès que je dois sauter.

Délicatement, Sam sentait une main se poser sur son épaule, en guise de soutien. Tournant la tête vers la propriétaire de ce membre avec un petit sourire penaud, elle plongeait son regard dans celui, incroyablement tendre, de sa petite-amie, sous les prunelles attendries de Joe. Un petit silence s'emparait à nouveau du groupe d'amis et, finalement, après quelques secondes d'une nouvelle hésitation, la voix de l'entraîneur fendait l'air de nouveau.

- J'ai déjà été confronté à ce genre de cas, on pourrait travailler ça ensemble, si ça te dit. Tu sais que ma porte est toujours ouverte, tu peux venir passer des vacances en Irlande quand tu en as envie.

Une vague de surprise s'emparait de Sam à cette proposition qui la touchait. Pinçant les lèvres, elle tournait alors un regard hésitant vers Alex et il n'en fallait pas plus à Joe pour qu'il comprenne. Sans leur laisser le temps de refuser sa proposition, l'afro-américain posait une main sur chacune des épaules du jeune couple avec bienveillance.

- L'offre est aussi valable pour toi, Alex. Je ne veux pas vous débaucher, mais je suis sûr que je pourrais vous apprendre quelques trucs.

Les yeux brillants d'un espoir qui l'avait quitté depuis longtemps, Kara gratifiait sa sœur d'un regard pleins de suppliques. Pourvu qu'elles acceptent, pensait la blonde avec force.

- Dites oui, s'il vous plaît, les pria-t-elle tout de même avec un air de chien battu. On pourrait passer l'été là-bas après l'opération de Lena.

Sam et Alex toisèrent longuement leurs amis avant d'échanger un nouveau regard. Kara ne se souvenait même plus de la dernière fois qu'elle avait trouvé une atmosphère être aussi pesante qu'elle ne l'était désormais, en l'absence de réponse de sa sœur. Et ce n'est qu'après un long moment d'incertitude que, finalement, cette dernière daignait hocher la tête dans un signe d'approbation. Qui était-elle pour refuser ? Pouvait-elle réellement le faire alors que c'était sa chance de passer encore un peu de temps avec sa petite sœur ? Il était évident que non. A peine les paroles de Joe avaient-elles été prononcées qu'Alex avait sû qu'elle ne pourrait pas priver Sam, et se priver elle-même, d'une telle opportunité.

- Avec plaisir, Joe, accepta-t-elle.

Le visage de Joe s'illuminait à cette réponse. Et tandis qu'il ouvrait la bouche pour répondre, la voix du speaker résonnait dans l'enceinte de la patinoire, à travers les grands haut-parleurs dont elle était dotée.

- Mesdames et messieurs, pour l'Irlande, accueillons les médaillés de bronze. Barry et Iris West-Allen !

Main dans la main, des sourires radieux sur les visages, le jeune couple s'élançait sur la glace avec fierté, sous les applaudissements du public. Rapidement, Joe se tournait vers les deux couples qui restaient devant lui et les gratifiaient d'une œillade paternelle.

- Alors je vous attends en Irlande dans quelques semaines.

Lena hochait la tête, au même titre que Sam, alors que Kara, prise dans un élan de spontanéité, se jetait avec force au cou de son aînée pour l'étreindre.

- Merci, déclara Lena avec reconnaissance à l'égard de celui qu'elle considérait comme son propre père.

- Ne me remercies pas, répondit-il en secouant la tête, vas plutôt chercher cette médaille et profite de cet instant.

La milliardaire hochait simplement la tête, incapable de prononcer plus de mots, la gorge serrée par l'émotion.

- De nouveau pour l'Irlande, les médaillés d'argent, Lena Luthor et Kara Danvers !

La voix du speaker fit sursauter la brune, mais Kara ne lui laissait pas le temps de réfléchir davantage. Saisissant la main de sa belle, elle l'entraînait à sa suite sur la glace, laissant Alex et Sam seules avec leur entraîneur.

- Alors c'est ça qu'on ressent lorsqu'on est champion olympique ? Osa demander l'aînée des Danvers en regardant le second couple monter sur le podium au centre de la glace.

- Attends qu'ils te passent la médaille autour du cou et tu sauras, murmura Sam avec fierté.

oOoOoOo

Rue Principale, Village Olympique, Montréal :

L'incroyable aventure des Jeux Olympiques se terminait pour Kara, Lena, Sam, Alex, Barry, Iris, James et Kate. Plusieurs heures s'étaient écoulées depuis l'émotive remise des prix de danse sur glace et toute la tension qui avait habité les corps et les esprits durant ses deux jours intenses de compétition était retombée. L'obscurité de la nuit était tombée depuis deux bonnes heures déjà et attirait les jeunes gens vers la suite de leur vie, de leur carrière, alors qu'ils auraient tous préférer rester là en figeant le temps pour que cet instant ne se termine jamais. Ils étaient les rois du monde. Ils avaient enfin atteint le Saint Graal du sport, après de nombreuses années de travail acharné, de persévérance, de motivation, et même de déprime parsemée d'incertitude parfois.

Chacun encombré d'une glace italienne à moitié fondue, les membres du groupe d'athlètes parcouraient l'allée centrale et lumineuse d'une fête foraine installée en plein cœur du village Olympique, sur la place municipale. Les plaisanteries allaient bon train, majoritairement initiées par Kate car Kara, elle, était bien trop occupée à engloutir le corné en biscuit qui avait retenu sa boule de glace, une minute plus tôt.

- Tu avais raison, c'était une bonne idée de venir fêter cette victoire, déclara Sam à l'attention de Lena, en se mettant à la hauteur de cette dernière.

- Je sais, répondit-elle comme s'il relevait d'une évidence.

Un sourire étirait les lèvres de la milliardaire. Ce que Sam ne savait pas encore tout à fait, au même titre que leurs amis d'ailleurs, était que Lena n'avait pas choisi cet endroit par hasard. Elle avait passé la nuit à se tourner et à se retourner dans son lit à la recherche de la meilleure idée pour faire ce qu'elle souhaitait faire. Et elle avait trouvé, même si cela lui avait valu tout son temps de sommeil.

Rattrapant sa petite-amie qui la précédait de quelques pas seulement, Alex se glissait aux côtés de Sam et s'immisçait dans la conversation avec enthousiasme. Elle était championne Olympique, elle venait de finir de déguster sa glace au goût incroyablement délectable et elle passait du temps avec les personnes les plus importantes à ses yeux. Rien n'aurait pu entacher le bonheur qu'elle ressentait.

- Mais comment as-tu su qu'il y avait une fête foraine, ici ? S'enquit-elle avec curiosité.

- Les bienfaits d'Instagram ! S'exclama Andrea en agitant son téléphone sous le nez d'Alex. La ville a posté plein de photos, suffit juste de savoir où chercher.

Dans un geste spontané, l'aînée des sœurs Danvers passait un bras autour des épaules de la championne olympique de catégorie individuelle en lui offrant un sourire chargé de bienveillance. Fini les querelles, fini le stress, fini les menaces... tout était bien qui finissait bien, et cela gonflait le cœur d'Alex d'un enthousiasme et d'un bonheur qu'elle n'avait eu que rarement l'occasion de connaître par le passé.

- Je vous préviens, indiqua-t-elle alors, je veux faire une grande photo de groupe au pied de la grande roue avec toutes nos médailles.

Des rires s'élevèrent dans leur petite bande tandis que Kara, qui avait terminé d'engloutir sa glace depuis quelques secondes, se reconnectait enfin à la réalité. Des étoiles pleins les yeux, elle détaillait les alentours comme un enfant qui découvrait ses cadeaux de Noël, et Lena ne pût s'empêcher de trouver cette attitude enfantine plus qu'attendrissante. Le cœur de la milliardaire s'emballait aussitôt dans sa poitrine tandis qu'elle se souvenait de ce pourquoi elle avait amené tout le monde ici. Ses épaules se crispaient doucement, mais elle s'évertuait à essayer de ne rien laisser paraître de son angoisse.

- J'adore les fêtes foraines ! S'émerveilla la blonde.

Alex pinçait immédiatement les lèvres avec un soupçon de malice dans son regard chocolat.

- Tant mieux car on va faire de cette soirée quelque chose de magique et d'inoubliable avant que je puisse plus avoir l'occasion de passer du temps avec ma sœur.

L'émerveillement de Kara s'effondrait, laissant son immense sourire être remplacé par une grimace.

- Tu exagères, ce n'est pas comme si je m'en allais demain...

Un interminable échange de regard se produisait entre les deux sœurs, chargé de peine et de culpabilité. Elle disait que non mais Kara était persuadée qu'au fond, Alex lui en voulait d'avoir choisi Lena plutôt que leur famille.

Heureusement, la blonde n'eût pas le temps de s'attarder davantage sur la question. Sam venait de se glisser entre elle et sa grande sœur pour passer un bras autour de leurs épaules et les pousser en avant avec entrain. Personne ne tenait à ce que cet instant de bonheur se transforme en quelque chose de totalement mélodramatique.

- Bon, on va prendre cette photo ou on attends le déluge ? Demanda la châtain.

Une nouvelle nuée de rires fendait l'air et, sans attendre, tous les membres de leur groupe d'amis s'élançait en courant vers la grande roue, illuminée par un gigantesque logo olympique en son centre. Lorsque tout le monde fût positionné, Lena hélait le premier passant qu'elle voyait et le gentil homme les prenaient en photo avec un amusement non feint. Cela n'avait duré que quelques instants, mais ça avait suffit à balayer les tensions entre les deux Danvers.

- Kara, attends, l'arrêta Lena tandis que le reste de leurs amis s'étaient déjà éloignés de la roue, prêts à repartir se promener.

Les sourcils de la blonde se fronçaient d'incompréhension. Toutefois, elle restait figée devant l'attraction sans protester.

- Reste-là, reprit Lena, j'ai quelque chose à faire avant qu'on bouge.

A l'image de Kara, les expressions faciales de tout le monde se teintaient d'incompréhension, si ce n'était celui de Sam qui, contrairement aux autres, possédaient inconsciemment les réponses aux questions qui planait dans les esprits. Elles y étaient. Lena était sur le point de changer leurs vies à tout jamais.

Dans une profonde inspiration, la milliardaire passait une main anxieuse dans sa nuque pour se la masser, à la recherche des bons mots. Où était passé tout le long discours qu'elle avait répété dans sa tête toute la nuit durant ?

- Hier matin, commença-t-elle d'une voix hésitante, j'ai cru que ma vie allait s'arrêter dans cet avion. Et ça m'a fait repenser à beaucoup, beaucoup de choses. Toutes les certitudes que j'avais sur mon existence ont été remises en question en une fraction de seconde et, pourtant, il y en a une qui ne l'a pas été. Une seule.

La brune marquait une pause, retrouvant peu à peu l'assurance naturelle dont elle était dotée.

- Toi. Je veux passer le reste de ma vie avec toi. Et ça va sûrement paraître fou à tout le monde ici, mais je ne veux pas passer une seule minute de plus à me demander si j'ai raison de me jeter à l'eau maintenant, si je mérite de t'avoir à mes côtés ou si tu ne risques pas de faire marche arrière en te rendant finalement compte que je ne suis peut-être pas celle qu'il te faut.

- Lena, qu'est-ce que tu... ?

- Tais-toi, la rabroua gentiment Alex en adressant un regard plein de reproches à sa cadette.

Il était hors de question de la plus âgée des Danvers laisse sa sœur d'adoption mettre un terme à ce que sa petite-amie essayait de faire avec le plus grand des courages, et avec incroyablement d'élégance également.

Un petit sourire anxieux sur le visage, Lena lançait une œillade pleine de reconnaissance à Alex, avant de se tourner vers Sam. Elle récupérait rapidement le petit écrin qu'elle avait confié à sa meilleure-amie, la veille, et, dans un élan de courage, Lena posait un genou sur le sol, face à sa bien-aimée. D'un geste habile du pouce, elle ouvrait l'écrin pour en révéler une incroyable bague sertie de diamants et, aussitôt, un cri s'échappait de la bouche de Kara tandis qu'elle découvrait la magnificence de l'objet.

- Kara Danvers Zor-El, déclara la milliardaire sur un ton solennel, veux tu me faire l'immense honneur de devenir ma femme ?

La réponse de la danseuse ne se fit pas attendre. Le cœur battant à rompre sa poitrine, Kara s'était élancée vers Lena pour la serrer dans ses bras avec force et enfouir son visage au creux de son cou. Elle ne s'en était pas tout de suite rendu compte, mais des larmes de joie s'étaient mises à rouler le long de ses joues.

- Milles fois oui, répondit-elle d'une voix tremblante. Bien sûr que je veux t'épouser, Lena Luthor.