MOÏRA MACBOON

Harry s'appuya sur son coude, un peu ankylosé, et se redressa. Sous lui, la salle était vide et la porte était restée béante. Il s'assit sur le sol et s'épousseta. Lui et Ron débriefèrent un peu la situation avant de se décider à redescendre pour retrouver les autres. Harry sortit la cape d'invisibilité au cas où. Ils n'avaient pas descendu trois marches qu'une cloche puissante retentissait dans le château. Ils se regardèrent, sur le qui-vive, et redescendirent prudemment. La cloche ne s'arrêtait pas de sonner, comme un signal d'alarme et ils durent se cacher en voyant deux gardes arriver devant eux, épée au clair.

— Pourquoi on est affectés ici, il ne se passe jamais rien.

— Attend qu'il nous tombe sur la tête et tu rigoleras moins.

— mais à tous les coups c'est une fausse alerte, ça fait bien cinq ans que l'alarme n'a pas retenti.

— Ah oui je me souviens c'est quand la foudre avait endommagé l'enceinte au nord-ouest.

Harry et Ron se serrèrent comme ils le purent et passèrent à côté des gardes dans l'étroit couloir, Harry sentait la peur s'insinuer en lui, la cloche inlassable avait une tonalité lugubre, il avait un mauvais pressentiment. Ils avancèrent dans le dédale de couloirs, décidés à retrouver les trois autres mais durent se perdre à un endroit car ils ne retrouvèrent pas le débouché de l'escalier de la plage mais une intersection de trois couloirs faiblement éclairés. De l'agitation s'entendait, provenant du couloir le plus éloigné.

— Je ne comprends pas comment on a pu se perdre, fit Ron en fronçant les sourcils. Harry tendit l'oreille, le brouhaha montait depuis que la cloche avait sonnée.

— On a du rater un embranchement.

Un bruit de pas secs et précipités se fit entendre dans le couloir et ils se glissèrent prestement sous la cape. Ron, plus grand, tendit le cou, et blêmit.

— Ha… Ha… Harry !

Harry tourna la tête, et une seconde avant que Ron ne l'entraine dans sa fuite il eut le temps d'apercevoir ce qui avait causé la frayeur.

Un monstre. Une hideuse créature, un singe des enfers aux pattes finies par un pied tordu, une gueule énorme baveuse, remplie de crocs effilés comme des poignards. Le reste, il n'eut pas le temps de le voir, le bras quasiment démis par la secousse de Ron.

— MAIS COURS HARRY ! PLUS VITE !

Harry faisait de son mieux, mais il avait de plus petites jambes que Ronald et il entendait les piétinements se rapprocher de plus en plus et un grognement sourd parvenir à ses oreilles. Il attrapa sa baguette et jeta des Stupefix par-dessus son épaule qui semblèrent ne pas avoir d'effet puisque les bruits se rapprochaient toujours plus. Il allait décider de s'arrêter pour défendre chèrement sa vie à l'aide de la dague et éventuellement d'un Avada Kedavra quand Ron, avisant une porte entrouverte se précipita à l'intérieur, Harry à sa suite.

Ils essayèrent de refermer la porte mais un des monstrueux pieds bots avait réussi à s'y glisser. Ils forcèrent de tous leur poids sur la porte, jetant des sorts par dizaines pour essayer de neutraliser le monstre mais aucun ne semblait marcher.

Harry eut à peine le temps de regarder derrière lui pour chercher une échappatoire qu'un éclat argenté brilla à côté de sa tête, un homme le bouscula trancha le pied, et profitant du recul de l'animal bourrina la porte. Ron fit glisser une grosse barre de fer pour la bloquer et ils purent s'écrouler sur le sol, haletants d'effort et de terreur. Leur répit fut toutefois de courte durée car l'homme qui venait de les sauver l'empoigna violemment et le releva devant son visage sévère. À cette occasion Harry put se rendre compte des cinq autres guerriers présents dans la pièce occupée de centaines d'épées, de haches, d'arcs et autres instruments moyen – âgeux.

— Qui êtes vous ? , demanda l'homme d'une bonne trentaine d'années au visage dur.

— je suis l'héritier d'Ingrid MacBoon, dit Harry qui n'avait pas eu le temps de réfléchir à autre chose.

L'homme lâcha un grognement en fronçant les sourcils et se retourna vers ses compagnons qui haussèrent les épaules l'air tout aussi renfrognés.

— Et comment vous êtes rentrés ici ?

À ce moment Moïra, la jeune femme rousse qu'ils avaient déjà aperçu entra, essoufflée, par une porte au fond de la pièce. Elle était accompagnée de Draco et de l'autre fille qu'ils avaient déjà pu voir.

— Ils sont rentrés par l'escalier d'embarquement sud. Ils l'ont explosé ! C'est par là que les Quintapèdes ont du monter. C'est lui l'héritier ? demanda t'elle en jetant un bref coup d'œil à Ron avant d'enfiler une côte de maille et d'attraper une lame dentelée qu'elle accrocha à son côté.

— Non apparemment c'est l'autre.

Elle eut un mouvement de sourcils dédaigneux et Harry faillit se vexer mais il se souvint qu'il devait plutôt faire profil bas. Draco le rejoignit rapidement pendant que Moïra et les autres faisaient le point sur la situation.

Il lui donna une brève accolade, le blond semblait en bon état.

— Tu te souviens quand tu me disais que la moitié d'une aventure consistait à gérer des conneries auto-produites ?

— Ouai

— Beh typiquement s'en est une là.

— Où est Hermione ? , s'enquit Ron, inquiet.

— Je ne sais pas je les ai perdus elle et Blaise quand on fuyait.

Le visage de Ron se changea en quelques secondes, il s'approcha de l'étalage des épées, en choisit une qui ne lui semblait ni trop lourde ni trop fine et se dirigea vers la porte.

— Eh qu'est-ce qu'il fait ?

— Je vais chercher Hermione, fit Ron en sortant par là d'où était arrivée Moïra

— Attendez mais vous êtes venus à combien ?

— Cinq.

Moïra leva les yeux au ciel.

— Pas possible, bon le roux tu viens avec moi on va chercher tes potes. Donn, tu t'occupes des autres essayez de rejoindre l'escalier sud.

— Depuis quand tu donnes les ordres toi !

— Depuis que tu as la capacité décisive d'un mollusque !

— Oh non on dirait Blaise et Ron, murmura Draco.

Harry esquissa un sourire. Donn avait l'air de vouloir décocher une claque à Moira ce qui vu sa stature n'aurait pas du la faire rire mais il se retourna vers eux et aboya

— Bon vous prenez des armes ou quoi vous deux ! C'est pas votre baguette qui va vous sauver !

Ils s'exécutèrent rapidement, trouvèrent chacun une lame qui semblait leur convenir et échangèrent un regard plein de peur, de non-dits et de sentiments.

— Vous restez derrière nous, on va ouvrir la porte ça va mal se passer c'est sûr. Ne nous gênez pas si jamais il arrive sur vous, frappez. Restez mobile.

Les autres se rassemblèrent en demi cercle, Harry essaya de se souvenir de ses leçons avec Mephisto.

L'un des soldats donna un coup de pied, sur la barre de fer. La porte sauta et le monstre était là, quadrupède suite à sa blessure, mais toujours aussi effrayant. Un sang noir et épais suintait du moignon tranché. Harry raffermit sa prise sur le pommeau de l'épée et fléchit les genoux. La bête resta un instant immobile dans l'encadrure de la porte puis, alors que Donn s'approchait pour lui mettre un coup d'estoc, elle se ramassa, se propulsa vers le haut bondissant avec la rapidité de l'éclair à plus de deux mètre du sol passant au dessus des soldats surpris et retomba derrière eux, en attrapant un à la jambe entre ses terribles dents. L'Homme se mit à hurler et n'écoutant que son courage Harry sauta sur le dos de la créature. Il sentit la peau épaisse la fourrure orange vive sous ses doigts et lâchant l'épée trop longue attrapa la dague à sa ceinture pour la planter dans le crâne. Donn cria, la lame ripa sur le cuir, manquant sa cible, ne faisant que couper la bête qui furieuse, bondit et se laissa retomber sur le dos. Harry qui aurait été écrasé par le choc eut le réflexe de se décaler et s'en tira avec un craquement de mauvais augure dans sa jambe. Les hommes en profitèrent pour larder l'animal sur le dos de coups.

Il y succomba rapidement et son hurlement s'éteint en un répugnant gargouillis.

— C'était courageux mais bête, dit Donn en lui tendant une main charitable. Harry grimaça en se relevant, Draco murmurait une litanie au dessus de la jambe de l'homme qui avait été mordu. La plaie s'arrêta de saigner mais l'homme resta inconscient.

— Vous êtes magiciens ? , demanda Donn

Ils hochèrent la tête.

— Venez avec moi on va essayer de refermer le tunnel.

Ils suivirent l'homme dans les couloirs. Des bruits de combat continuaient d'arriver de toutes les intersections qu'ils croisaient, enfin ils retrouvèrent là d'où ils étaient arrivés. Hermione et Blaise étaient à genoux, Hermione saignait beaucoup.

— Qu'est ce qu'il s'est passés ?

— On a été attaqués, on éssaie de refermer le passage avec une barrière magique mais Hermione n'a plus assez d'énergie.

— Soigne- là dit Harry à Blaise. Draco était déjà en train de tisser des filons d'énergie en les liant aux pierres. Il s'accroupit à ses côtés.

— On peut essayer d'enchanter du métal. Draco hocha la tête, ils crièrent aux hommes derrière eux de leur faire passer du métal et ils les enchantèrent les tordant les allongeant, les liant profondément aux rochers. Un bruit leur arriva résonnant du fond du tunnel obscur. Des pas précipités, un piétinement mou, frénétique. Un bruit que Harry n'aurait plus jamais de mal à reconnaître. Un autre Quintaped grimpait. Il se sentit devenir fébrile, sa magie chancela

— Concentre-toi, murmura Draco entre ses dents.

Harry se reprit et mit toute son énergie dans le déploiement du métal, l'acier chantait, s'enroulait s'entremêlait s'enroulait, leur énergie baissait passablement. Les piétinements se rapprochaient, et soudain les yeux jaunes reflétant la lumière des torches apparurent dans le noir, la bête courrait à une vitesse effroyable, Un instant elle apparaissait au loin, un instant elle était contre la grille, ses crocs hideux exhalant une odeur fétide.

— BAISSEZ VOUS ! Harry, attrapa Draco et le tira au sol. Deux flèches jaillirent derrière eux, chacune trouva un œil de la bête qui s'effondra sur le coup. Ils se redressèrent pour terminer le travail d'enchantement rajoutant du métal jusqu'à ce que la grille recouvre l'intégralité de l'ouverture. Un autre Quintaped arrivait.

— Ne tirez pas ! ordonna Donn, il s'approcha d'Harry

— ça va tenir ?

— ça devrait, répondit le Survivant, tendu.

Le Quintaped se propulsa de toute l'énergie de ses cinq membres, de toute sa quasi tonne contre le métal qui ne bougea pas d'un pouce.

— Bon on peut tirer maintenant ?

— Allez-y

La fille qui accompagnait Moira décocha deux autres traits et la première carcasse s'effondra sur la deuxième.

— Bien, ça devrait leur servir d'avertissement.

Harry s'assit et s'épongea le front. Derrière eux, les autres firent pareil, et pendant quelques secondes on n'entendit que les souffles haletants des combattants. Draco jeta un œil à Hermione, Blaise et Ron étaient auprès d'elle mais elle semblait aller mieux.

— Bon, alors comme ça c'est toi l'héritier ? Et tu t'appelles comment ?

Harry releva le regard, Moïra, les coudes posés sur les genoux, le regard franc venait de l'apostropher.

— Harry Potter et toi ? Le tutoiement était venu naturellement, réciproquement, il avait planté ses yeux dans les siens et elle mit un instant à le jauger du regard avant de répondre.

— Moïra MacBoon. Il tendit la main et elle se pencha en avant pour la serrer, en signe de bonne intelligence.

Draco faillit pester entre ses dents. Comment Harry faisait il ça relevait vraiment de la magie !

— On peut dire que vous nous avez foutu un beau bordel, encore heureux que personne n'ait été trop grièvement blessé !

— On est désolés, fit Harry en baissant légèrement la tête.

— Un chef MacBoon qui s'excuse, tu ne vas pas durer longtemps ici, fit Donn en se relevant.

— Je ne suis pas venu pour occuper le trône.

Tout le monde s'arrêta et le fixa. Moïra avait un léger sourire au coin des lèvres.

— Qu'est-ce que vous faites là alors ? demanda la jeune femme à l'arbalette.

Et comme Harry ne savait trop que répondre, sinon qu'il s'était lancé à corps perdu dans une quête pour oublier un amant qui était juste à côté de lui aujourd'hui, Ron se racla la gorge.

— C'est ce qu'on se demande chaque jour que dieu fait.

O

OO

OOO

— Tu penses qu'ils ont compris que nous sommes ensemble ? , demanda Harry en se laissant tomber sur le lit. Draco finit de plier ses affaires et se retourna, lui jetant un coup d'œil inquisiteur. Harry s'empourpra, il avait parlé trop vite.

— Je veux dire…

— Est-ce que ce sont des gros homophobes, aussi arriérés dans leurs conceptions de l'amour que dans leurs manières de vivre ? J'avais compris.

— Ils nous ont filé une seule chambre…

— Avec deux lits séparés.

Harry dut se rendre à l'évidence, il glissa ses mains sous sa tête et observa le plafond de bois tandis que Draco se glissait avec un grognement de dépit dans le baquet d'eau gracieusement mis à leur disposition. Après leur petite discussion dans le couloir, Cinaed était arrivé, avait pressé Donn et Moira de faire préparer des chambres pour les invités et avait incité tout le monde à aller se reposer. Le lendemain serait plus propice aux discussions stratégiques.

Draco s'immergea lentement, l'eau était chaude, la tension nerveuse retombait doucement, il attrapa une éponge rugueuse un pain de savon et commença à se frotter la peau. Quelque chose le turlupinait avec Harry. Peut être la manière dont il avait sauté inconsciemment sur le dos Quintaped sans réfléchir trente secondes aux conséquences de ses actes. Il avait eu peur, peut être que c'était ça la vie avec Harry, avoir constamment peur, de le perdre qu'il fasse une connerie de trop une imprudence trop folle.

Le brun passa la tête sur le côté du paravent et lui sourit, il s'approcha de la baignoire, le contourna, s'agenouilla derrière son dos, commença à lui embrasser la nuque. Draco frémit, sentit déjà ses réticences s'évanouir, son sexe s'éveiller, les lèvres glissèrent sous son oreille, à la naissance des cheveux.

— Tu veux que je m'occupe de toi ?

Draco se reprit dans un sursaut de volonté, il s'écarta éclaboussant dans son geste

— Non merci.

Harry se releva, surpris

— Qu'est-ce qu'il y a ?

— Rien, mais Draco avait répondu trop vite, sans le regarder dans les yeux

— Malefoy je te connais qu'est-ce qui se passe ? Commence pas à faire ta mauvaise tête bizarre à ruminer dans ton coin c'est vraiment immature comment est ce que tu veux que j'arrive à te suivre, j'ai …

— Pourquoi tu as sauté sur le dos du Quintaped ? , l'interrompit Draco prévenant une diatribe qui l'aurait surement convaincu.

Harry le regarda étonné de la question

— Eh bien pour essayer de sauver la jambe de ce brave homme.

— Mais c'était inconscient.

— Comment ça ?

— Eh bien, il y avait cinq hommes armés expérimentés autour de toi, et aucun n'a pensé que c'était une bonne idée.

— Je ne sais pas j'ai pas réfléchi j'ai sauté, ça m'a semblé la bonne chose à faire. Qu'est-ce que tu me reproches ?

Draco joua avec les reflets de l'eau et les bulles qui se formaient à la surface, cherchant quoi faire, quoi dire.

— J'ai parfois l'impression que tu ne pense jamais avant de te lancer dans des actes inconsidérés tu te mets toujours en danger… Je t'ai déjà sauvé au moins trois fois Harry… finit Draco en adoucissant sa voix pour diminuer la rudesse de ses paroles.

Mais Harry ne sembla pas prendre la chose aussi bien qu'il l'aurait voulu,

— Je ne t'ai jamais demandé de faire tout ça !

— C'est toi qui est immature Potter là, ça n'a rien à voir.

— Tu sais je m'en suis très bien sorti jusqu'ici donc si ma manière de faire te va pas t'es pas obligé de t'en mêler.

— Oui bien sûr de toute façon Granger et Weasley seront là pour rattraper tes conneries pas de soucis.

— J'ai juste eu une attitude courageuse, désolé que ça t'emmerde mais pose toi les bonnes questions.

— Tu es vraiment en train d'insinuer que je suis lâche et jaloux de toi, si c'est vraiment le fond de ta pensée tu peux aller te coucher Harry.

Draco termina de se savonner rageusement, Potter était vraiment un imbécile, le traiter de la sorte après ce qu'il avait fait pour lui non mais quel toupet. Il se retint de lui courir après pour lui donner un pain mais se retint, autant ne pas envenimer les choses. La porte claqua et peu après la voix de Blaise retentit.

— Alors ? Trouble in paradise ?

— C'est vraiment un abruti.

— Il vient de me virer de ma chambre alors je dors ici, ça nous rappellera les dortoirs Serpentard. Draco se leva du bain s'essuya et vint se coucher, la proximité de Blaise, son ami de toujours avait quelque chose de rassurant. Il leur manquait juste le son des bulles et des remous des profondeurs du grand lac.

— Tu crois que Deidre est célibataire ?

— Qui ça ?

— La fille a l'arbalette

— Oh non Blaise, rigola Draco, mais déjà t'as une cible ? ne nous fais pas d'embrouilles diplomatiques s'il te plait.

O

OO

OOO

Harry s'éveilla au son de quelqu'un tambourinant sur sa porte, la lumière entrait déjà par les fenêtres de la pièce, preuve que la matinée était déjà bien avancée. Il bailla, s'étira et ouvrit la porte sur une Moïra toute vêtue de cuir brun, les bras croisés et plutôt souriante. Elle le parcourut de haut en bas, appréciative et il se dépêcha d'enfiler un t-shirt, se sentant jugé comme un jambonneau.

— T'es prêt ? On a des sujets à régler et je veux te faire visiter le château.

— Où sont les autres ? demanda Harry.

— Ils sont déjà partis avec Duncan, il les a amenés acheter des nouveaux habits et se promener

— Tous ?

— Oui. Harry haussa les épaules, il avait espéré que Draco vienne s'excuser dans la nuit mais apparemment pas. Il finit de s'habiller et sortit avec la jeune femme.

— Tu as fain ? Nous pouvons passer aux cuisines. Il acquiesça vigoureusement, ils n'avaient que peu mangé la veille et son ventre criait famine. Moïra était assez grande, très élancée mais musclée, son justaucorps sans manches laissait voir des épaules et des bras solides, sur lesquels des bijoux de bronze s'entrelaçaient. Elle marchait vite, souplement, son épée battant sa cuisse, et sa longue tresse ondulant dans son dos

— Qu'est ce que tu sais de nous ?

— Pas grand chose je dois dire.

— Alors laisse moi te raconter

Les MacBoons et les MacAliverts étaient les deux seuls clans qui se partageaient la grande île de Drear depuis longtemps, d'ailleurs si la légende écrite par Dragonneau remontait à deux cent ans, il était plus probables que les clans se soient installés sur l'île il y a six cent ou sept cents ans. La bibliothèque du château possédait quelques documents très anciens ayant survécus aux divers incendies et de vieilles pierres tombales subsistant dans la lande attestaient de cette occupation ancestrale des lieux. Les deux clans, après de longues et sanglantes guerres, avaient finis par s'unir autour d'une idée, ne pas appartenir au gouvernement sorcier du Royaume Uni et continuer à exister selon leurs propres lois. Ils avaient donc mis en place les protections qui avaient failli couter la vie à Harry, et créer une dispute entre Blaise et Andrews. Depuis ils fonctionnaient en autarcie, sauf, parfois, pour envoyer quelques éléments à Poudlard, mais cela faisait de nombreuses années que ce n'était pas arrivé. Ingrid était l'une des dernières à y être allé. Harry un peu curieux mais désirant ne pas commettre d'impair demanda si tous les habitants de l'île étaient des sorciers, ce à quoi Moïra répondit que en théorie, oui, en pratique non, la magie – était-ce liée à une énergie du lieu- s'exprimait de manière assez variable sur l'île et la plupart des habitants, dont elle, ne pouvaient que réaliser de très petits sorts, comme allumer un feu, renforcer un peu les boucliers etc… Ils avaient quelques « mages » qui étaient des sorciers de plus grande envergure et qui leur servaient à la guérison par exemple. Cinaed qu'ils avaient vu la veille en était un. A part ça il apprit que l'île était grande, qu'elle recelait environ vingt mille habitants, à peu près à part égales sur la partie sud terre des MacBoons et la partie nord destinée aux MacAliverts

Ils arrivèrent aux cuisines, un jeune homme qui semblait habitué à voir Moïra ici leur donna des bols remplis de pain de fromage, de cuisses de poulet et de fruits.

— Viens, on va aller dans la salle du trône, dit Moïra sans prendre le temps de s'arrêter. Harry lui emboita le pas, le château semblait assez vaste, il regardait de toutes parts, essayant de se repérer. Enfin, Moïra passa la grande porte de bois et ils se retrouvèrent dans la salle qu'il avait pu repérer avec Ron. Moïra s'assit en bas du trône et se mit à becqueter.

— Tu ne t'y assois pas ? C'est le tien tu sais. Fit-elle la bouche pleine en voyant qu'Harry l'imitait.

— Je t'ai dit que je n'étais pas là pour ça.

Elle le regarda, apparemment elle avait encore du mal à se faire à la nouvelle, elle s'essuya les lèvres d'un revers de main et rota, elle mangeait vraiment comme un porc nota Harry

— Vas –y ben raconte là je comprends rien

Harry soupira et décida de faire simple, sentant qu'il n'y couperait pas

— J'ai reçu cette lettre et mon parrain qui s'occupe de moi m'a dit qu'il fallait que je tire cette affaire au clair, sinon ça pourrait me retomber dessus un jour. Et puis j'avais vécu une rupture difficile et je n'avais rien à faire donc je me suis dit que ça me changerait les idées

— Ah donc tu fais du tourisme en gros.

Harry la regarda sans savoir comment réagir, elle était un peu étrange, sans filtre. Il n'était pas sûr qu'elle soit son amie.

— Non, plutôt du notariat.

— Tu me rappelles qui tu es par rapport à Ingrid ?

— Arrière petit fils. Ma mère était la fille de Rose, c'est elle qui aurait du hériter du château mais elle est morte.

Le visage de la jeune femme eut un éclair d'étonnement

— Merde, qu'est ce qu'il s'est passé ?

— Voldemort l'a tuée et mon père aussi d'ailleurs.

— C'est qui ce type.

— T'es sérieuse ? Puis devant sa tête honnète et sincère il balaya l'affaire. Laisse tomber, c'était… Un méchant quoi. Ils étaient dans des clans opposés, expliqua t'il en tentant de trouver des métaphores qu'elle comprendrait.

Elle sembla satisfaite, puis fit un calcul et un pli se barra sur son front

— Tu n'as pas de frères ou de sœur

— Non

— Et ta mère ?

— Si, une sœur

— Elle avait des pouvoirs ?

— Non aucuns

— Tu en es sûr Harry ? Parce que sinon moi je suis dans la merde parce que bon, on va se démerder pour te faire révoquer là, Cinaed est sur le coup mais si il y a une autre personne de sang magique ça va se transférer sur elle.

— Non je t'assure fit Harry, qui ne put s'empêcher de rigoler en imaginant son gros cousin Dudley à sa place. Mais alors quoi les moldus euh les non magiques ne sont pas pris en compte dans votre espèce d'hérédité magique donc Rose n'aurait pas pu hériter ?

— Non, c'est que le sang MacBoon qui doit prévaloir… toi et ta mère deviez l'avoir t'as les yeux des MacBoons d'ailleurs regarde, fit-elle en écarquillant les paupières. Effectivement ils avaient les mêmes prunelles d'émeraude.

— Rose l'avait inhibé certainement, enfin bon c'est de la magie primitive ces machins-là tu demanderas à Cinaed c'est une prophétie qui lie le sang MacBoon à l'île blablabla moi j'y comprends pas grand chose.

Ils finirent de manger et elle posa son bol sur le sol, le regardant intensément.

— Bon, tu vas la sortir cette épée qu'on voit si c'est bien toi ?

Harry haussa les épaules, s'essuya les mains et se releva, il se dirigea vers le gros rocher, monta de deux pas, se stabilisant sur la roche noire, et enroula sa main droite autour du pommeau. La lame semblait profondément fichée dans la roche c'était inconcevable, mais à son toucher, elle se nimba d'une lumière bleue très vive, le sol se mit à trembler légèrement et une douce chaleur se répandit dans son bras. Dans une parenthèse qui lui sembla hors du temps l'épée se mit à glisser hors du rocher aussi facilement qui si s'eut été du beurre. Il la leva en l'air, la fit tournoyer autour de lui. Il n'avait pas la science des armes mais celle-ci était un prolongement parfait de son bras. Légère, maniable puissante…

— Donc c'est bien toi…

Moïra le regardait, le reflet de l'épée dansait dans ses prunelles folles. Harry revint peu à peu sur terre, l'enchantement de l'épée passé. Il la planta sur le sol et s'appuya dessus.

— Bon du coup qu'est-ce qu'on fait ?

— Le plus simple serait que je te tue, annonça Moïra sans sourciller.

Harry réussit in extremis à contenir son étonnement. Effectivement, elle n'était donc pas son amie. Il ne savait pas s'il devait la croire ou si elle plaisantait, mais son instinct lui dictait d'être prudent. Il tourna les talons, fit nonchalament jouer la lumière de son épée dans le soleil qui s'immisçait dans la salle et déclara sans même se donner la peine de la regarder.

— Tu pourrais toujours éssayer… Il entendit le chuintement d'une lame sortir de son fourreau.

— Tu ne m'en crois pas capable ?

— Je t'en sais incapable, nuance… fit Harry avant de se retourner, il avait saisi sa baguette, Moïra s'élançait, à une vitesse fulgurante.

Expelliarmus.

Il n'avait même pas haussé le ton, l'épée s'envola des mains de la jeune femme et retomba avec un bruit assourdissant derrière le trône. Elle en saisit une deuxième et s'apprêta à lui sauter dessus. Mais elle voulait vraiment sa peau la bougresse.

Petrificus !

Moira ne bougea plus, sa trajectoire s'arrêta en plein vol, elle retomba sur le sol comme une pierre. Harry l'attrapa, la retourna, son visage était figé dans un rictus guerrier, ses yeux grands ouverts, il savait qu'elle pouvait l'entendre.

Ecoute-moi bien, je suis plus puissant que n'importe lequel de tes mages, d'un mot un seul je peux te tuer, sans même te toucher, je peux faire effondrer cette salle sur toi et tu mourras enterrée vivante, en comptant chaque seconde sans pouvoir bouger un cil. Je peux transformer ton épée en bouquet de fleur et ton armure en feuilles de papier.

Il se redressa, Ah et tu sais quoi, tout ce que je viens de te dire… chacun de mes amis peut en faire autant, donc si d'aventure il m'arrivait quelque chose, il ne leur faudrait pas plus d'une heure pour raser ton pays de bouseux, faire écrouler vos murailles et vous livrer en pâture aux Quintapèdes. Maintenant, je suis venu en paix, pour régler cette histoire de succession, ce que visiblement vous étiez bien peine de faire par vous-même. Je repartirais bien aussi sec, j'ai une vie et des choses plus intéressantes à faire que de moisir sur ce caillou, mais vois-tu Moïra, si comme tu l'as dit il y a des prophéties derrière tout ça, ça peut me revenir dans le cul parce que les prophéties sont faites pour être exécutées sans quoi nous pourrions tous subir de gros revers de la destinée. Donc tu vas arrêter cette attitude puérile, et tu vas te débrouiller pour trouver une solution qui n'implique pas ma mort, compris ?

Il se recula de quelques pas, et leva le sort, espérant que se tirade ait fait son effet. Moïra était pâle, voir translucide, et son air bravache avait disparu, elle se traina jusqu'au trône, et s'adossa au grand fauteuil, puis vomit. Elle avait du essayer de se débattre comme une démente.

Harry prononça un Accio envers une coupe, et la remplit d'un Aguamenti. Il faisait un étalage de sorts très basiques de magie, mais qui, il l'espérait impressionnerait suffisamment Moïra pour qu'elle abandonne définitivement l'idée de le passer par le fil de l'épée. Il s'approcha de la jeune femme et lui tendit la coupe. Elle le regarda d'un œil suspicieux, craignant d'être empoisonnée alors il prit lui même une gorgée et posa la coupe à côté d'elle. Elle l'attrapa, visiblement assoiffée, et la descendit d'un trait, elle posa la coupe à côté d'elle et inspira longuement, chassant les derniers reflux de la nausée.

— Ce serait mieux avec de la bière.

Harry sourit, se sentant sur la bonne voix, il reprit la coupe « Biberamenti » Elle se remplit d'une belle couleur ambrée, George lui avait appris ce sort fort utile. Il s'inclina courtoisement en lui tendant la coupe.

— Comme je l'ai dit, je suis venu en paix.

Moïra descendit la bière aussi vite qu'elle avait descendu l'eau, lécha la mousse qui lui ourlait les lèvres et se décida à se lever.

— Je n'ai pas trop aimé que tu traites mon pays de bouseux, mais puisqu'il semble compliqué de te tuer, je suis d'accord pour essayer de trouver une autre solution.

Elle lui tendit la main, il la serra de bonne foi mais à peine ses doigts eurent-ils effleurés la paume de Moïra que ceux de la jeune femme s'enroulèrent autour de son poignet dans un clé improbable, elle lui tordit l'épaule et avant qu'il n'ait pu cligner des yeux un petit poignard effilé s'appuyait contre sa glotte. Il sentit une goutte de sang rouler le long de son cou.

— reste quand même sur tes gardes Harry Potter.

Harry déglutit. Il l'avait bien cherché, mais Moïra le repoussa rapidement, elle fit tournoyer son poignard entre ses doigts avec une habileté que seules des milliers d'heures de pratique pouvaient conférer et le rengaina. Il rajusta ses habits, essuya la plaie sur son cou et reprit une contenance.

— Bon, allons retrouver tes amis, si tu es associé au clan MacBoon, il est hors de question que tu restes dans ces oripeaux, et on va repasser par la cuisine. Par ta faute j'ai gâché un repas.

Passes d'armes et menaces de mort mises à part, Moïra se révéla être une personne pleine d'esprit, plutôt sympathique et doublée d'une remarquable guide touristique. La suite de la visite du château fut émaillée d'une multitude d'anecdotes et de renseignements plus ou moins croustillants ainsi que d'indications sur les manières de vivre des MacBoons.