Cargo de contrebandiers, amas planétaire de Dvar.
Jedi et ex-prisonniers étaient assis par terre le long du couloir, dos aux cloisons. De par son étroitesse, ils devaient s'assoir en quinconce pour pouvoir étendre leurs jambes. Thérèsia avait récupéré et était assise à droite de Julius. Entre eux, de l'autre coté du couloir, Blom somnolait jambes repliées sous le menton à cause de sa taille.
L'ex-sergent tourna légèrement la tête vers la jedi et prit la parole à demi-voix :
-J'ignorais qu'il y avait autant de tirage entre jedi…
-C'est un porc…
-Il doit avoir la Force pourtant…
-C'est un bon combattant, expert au double sabre. Mais il se prend pour un séducteur.
-Et vous n'êtes pas sensible à son charme...
-Non. Ni lui, ni personne.
Un silence passa, puis Julius reprit :
-Qu'est-ce qu'ils lui veulent les Sith, à cette femme ?
-On ne sait pas. Pas encore. Mais ça doit être important.
-Vous pouvez communiquer avec vos supérieurs ?
-Non. Pas maintenant. Trop de risques de détection.
Encore une pause, rompue cette fois par Thérèsia :
-Vous êtes embringués dans une drôle d'affaire…
L'ex-sergent haussa les épaules avec philosophie.
-Ça ou les tranchées de Dvar…
-Vous les regretterez peut-être. C'est une guerre dans la guerre.
La voix du contrebandier retentit du poste de pilotage :
-Accrochez-vous ! On retourne vers Dvar faire le transfert !
Julius se leva et alla voir Shi qui était assis un peu plus loin.
-Vas dans le poste et surveille ce qu'il fait.
Le pilote approuva, se leva à son tour et entra dans le poste. Julius entendit la voix peu amène du contrebandier :
-Qu'est-ce que vous fichez là ? Retournez au couloir !
-Désolé, mais je suis pilote et j'aime bien savoir ou je vais.
-Mais…
-Mais quoi ? Si vous êtes réglo qu'est-ce que ça peut bien vous faire ?
Shi jeta un coup d'œil professionnel au tableau de bord. C'était un curieux mélange de panneau de provenance et de technologies diverses. Il reconnut un stabilisateur de TIE, une console de navigation Naboo et d'autres encore qu'il ne connaissait pas.
-Comment vous arrivez à faire fonctionner tout ça ensemble ?
Le Ryn sourit.
-On a des sacrés technomécanos. Je pense qu'ils pourraient même rendre un trou noir pilotable…
-Ça peut passer en hyperdrive ?
-Non. Pas assez de poussée et pas de navigateur. Mais c'est parfait pour caboter.
-Discrètement…
-Ouais. Tout est en matière organique, sauf les propulseurs bien sûr…
-Si c'est indétectable, pourquoi avoir demandé le transmetteur ?
Le Ryn sourit une seconde fois.
-Vous êtes sacrément curieux, vous, les impériaux…
-Pas curieux, logique. De toute façon c'est votre affaire…
-Heureux de vous l'entendre dire.
Le vaisseau se déplaçait en rasant les astéroïdes. Shi se rendit compte qu'il repartait bien vers Dvar.
-Vous faites comment pour ne pas être repéré par la frégate de blocus ?
-Bof, facile. Il y a un champ d'astéroïde entre les deux soleils et la planète. Les réps n'y vont jamais.
-Ils ont trop peur de cabosser leurs vaisseaux…
-Ouais, ça doit être ça. Encore que vous, les impériaux, vous vous y entendez pour froisser des coques…
Shi ne répliqua pas tout de suite mais finit par demander :
-Le vaisseau que nous devons prendre c'est quoi ?
-Un cargo, un space tramp, beaucoup plus gros que le mien.
-Il est furtif lui aussi ?
-Non. Mais c'est sans importance, il bat pavillon indépendant.
-Quel pavillon ?
-Poytta je crois.
-Hum… Et il doit passer quand ?
-Dans environ deux heures. Il est prévenu.
-OK. Je retourne au couloir.
Shi quitta alors le poste de pilotage et alla rejoindre ses compagnons.
Julius le vit arriver et lui fit signe d'approcher.
-Alors, ça dit quoi ?
-Il se dirige bien vers Dvar, Le transfert se fera dans le champ d'astéroïdes.
-Tholatin, c'est loin de Dathomir ? demanda Thérèsia.
-Non, pas vraiment, répondit Shi. C'est une plaque tournante pour tous les trafics du secteur, nous trouverons sans problème un caboteur pour la dernière étape.
-On peut espérer y arriver quand ?
-Deux jours standards, trois au pire.
La jedi se cala contre la cloison et ferma les yeux un long moment. Elle finit par les rouvrir et dit :
-Pourvu qu'on arrive à temps…
-De toutes façons elle laissera des traces, répondit Loth.
-Il y a quoi au fond du couloir ?
Elle se leva, se faufila entre les jambes et s'engagea dans le corridor qui longeait la paroi du vaisseau. Elle dépassa le sas, et continua à avancer. L'éclairage avait disparu, remplacé par des veilleuses autonomes qui dispensaient une chiche lumière verdâtre. Le couloir aussi se rétrécissait en un boyau de plus en plus étroit. Enfin, elle arriva au bout.
Une porte étanche lui barrait la route. Elle ne devait pas servir souvent, et un fort cadenas en verrouillait le volant de manœuvre.
Elle haussa les épaules. « Tu as vu. Tu es bien avancée maintenant »
Elle fit demi-tour et allait repartir en sens inverse pour rejoindre ses camarades lorsqu'elle sentit sa main buter contre un obstacle. Surprise, elle alluma la lampe intégrée à la poignée de son sabre laser et reconnut alors la poignée d'une porte. Elle ne l'avait pas vue à l'aller car la structure du vaisseau l'avait cachée dans la pénombre. Elle observa la porte qui n'était pas étanche.
« On dirait un débarras… »
Elle tourna la clenche. Elle n'était pas verrouillée. Elle poussa la porte. Elle ne lui résista pas.
Ce fut l'odeur qui la saisit. Une odeur acide, organique, de fermentation et de pourriture. Elle braqua sa torche à l'intérieur et en resta muette d'étonnement.
La pièce était remplie de pièces d'uniformes et d'armures de Stormtrooper. Tous ces équipements étaient usés, certaines pièces étaient déchirée et largement tachées, et elle vit même qu'un impact de laser avait troué un casque de part en part.
« Ou a-t'il bien pu récupérer tout ça ? Et pourquoi faire ? »
Elle sortit de la pièce et éteignit sa torche. La porte fut refermée comme elle l'avait trouvée.
Pensive, elle rejoint ses camarades. Elle s'assit à côté de Julius et lui raconta sa découverte. Quand elle eut terminé, Blom qui se tenait en face d'eux et qui n'avait rien perdu de son récit prit la parole :
-Il doit avoir une combine avec les fossoyeurs de Dvar. Chaque fois que j'étais de corvée aux fosses, les macchabées étaient toujours dénudés.
L'ex-sergent hocha la tête.
-C'est bien possible. Ces pièces peuvent servir aux Réps ou aux gangs…
-Comme quoi, même mort, le Trooper est encore utile ! Conclut Blom.
Thérèsia ne put s'empêcher de sourire. Un peu jaune.
On avait du entrer dans le champ d'astéroïdes, car de temps à autre un impact résonnait sur la coque. Tous somnolaient en silence, sauf Thérèsia qui écrivait sur un petit carnet de flimsiplast.
-Vous rédigez votre rapport ? demanda Julius.
-Non, j'écris à mon amie.
-Elle s'appelle comment ?
-Judith.
-Elle est jedi comme vous ?
-Oui. Nous nous sommes rencontrées dans la clandestinité, alors que je n'étais alors qu'une sensitive.
-Vous avez du en voir de toutes les couleurs avec l'ordre 66…
-C'est vrai. Beaucoup sont morts.
Thérèsia se tut alors un bon moment, puis finit par dire d'une voix changée :
-Mais nous sommes restées vivantes. Elle et moi.
A ce moment le Ryn apparut au bout du couloir. Il s'approcha des voyageurs et annonça :
-Il y a un contretemps. Le vaisseau qui doit vous prendre est en retard.
-Pourquoi ? Demanda Loth.
-Les Reps quadrillent la zone. Ils doivent chercher quelque chose.
-De combien, le retard ?
-Je ne sais pas. Au moins quatre heures.
Daalang, astroport secteur nord.
Alan était sorti par la trappe d'évacuation arrière qui passait par le puis d'un des quatre atterrisseurs. Tête en bas, il jeta un coup d'œil périphérique et ne vit personne. Il descendit alors rapidement et se faufila entre les vaisseaux stationnés.
«Pas de surveillance…» se dit-il. «Il faut dire qu'avec le vent, c'est intenable»
Il se dirigea vers le grand hall de l'astrogare pour prendre la navette vers le secteur ouest.
Celle-ci était quasiment vide lorsqu'il grimpa dedans. Un Hutt à carapace occupait une extrémité, deux Bothans étaient assis et discutaient à voix basse et un Céréen se tenait debout, devant la porte centrale, toisant le décor et les autres passagers d'un air hautain.
Alan contourna le Céréen et alla s'assoir près de la porte. Il était soucieux.
«Il va falloir jouer serré. Il n'y a pas de tableau d'arrivée dans ces fichus astroports…»
Effectivement, la grande majorité des vols étant privés, il n'y avait aucune raison d'en informer les visiteurs. Le sous-lieutenant devait donc se trouver un poste d'observation et guetter l'atterrissage de la navette.
Il avait pu constater au secteur nord que le trafic était assez faible, seul deux vaisseaux s'étaient posés depuis leur arrivée. Mais rester au même endroit pendant des heures n'était pas possible. Il aurait été immédiatement repéré par les droïdes de surveillance qui patrouillaient dans tous les halls.
Alan regarda son holomontre.
«Quatre heures qu'on est la. Normalement, encore deux à attendre»
Il se dit qu'il était peut-être parti trop tôt. Mais d'un autre côté, rester passif à l'intérieur du vaisseau lui était insupportable.
«Environ un quart d'heure de trajet». «Ça sera toujours ça de consommé»
La navette glissait en silence sur ses rails de lumière. Le sous lieutenant somnolait un peu lorsque le Céréen lui adressa la parole.
-C'est la première fois que vous venez ici ?
Un peu engourdi, Alan répondit avec un léger temps de retard :
-Oui. Je ne suis pas vraiment fan de Huttball…
-Oh, ce n'est plus là que ça se passe ! Avec la guerre plus besoin d'arènes !
-Et vous, qu'est-ce qui vous amène ?
-Diplomatie, répondit l'humanoïde en souriant. La guerre aura bien une fin…
Au fond de lui-même, le sous-lieutenant n'en était pas si sûr. Il répondit néanmoins :
-Et vous voulez faire affaire avec les Hutt ?
-Oh, ce sera très modeste… mais entre neutres, il y a toujours moyen de s'entendre…
Une pause, puis le Céréen reprit :
-Mais au fait, que fait un officier républicain comme vous sur cette planète ?
Alan sursauta.
-Mais comment le savez-vous ?
-Vos bottes, répondit l'humanoïde avec un sourire.
Le sous-lieutenant regarda ses pieds. L'insigne des forces républicaines, bien que monochrome, s'y distinguait nettement.
-Effectivement, vous êtes observateur, répondit-il avec un sourire.
Il ajouta :
-Mon vaisseau est en escale technique. Je ne reste que quelques heures.
-Je dois rencontrer un chef de cartel, mais j'ai un peu d'avance. Me feriez-vous-le plaisir de boire un verre avec moi en l'attendant ?
Alan fit semblant de réfléchir, mais sa décision était prise. Le Céréen allait lui servir de couverture.
-Bien entendu ! Ça me changera des réunions d'état-major…
Un léger gong retentit. La navette se rapprochait du terminal et commença à ralentir en descendant vers l'astroport. Le sous-lieutenant se leva et se dirigea vers la sortie, accompagné du Céréen qui frôlait les deux mètres.
La porte s'ouvrit et ils se retrouvèrent sur le quai, suivant les autres passagers vers le translateur automatique qui les remontait directement dans le hall principal.
Ils s'engagèrent dans une allée latérale et entrèrent dans une taverne. Alan eu le temps d'observer que le grand hall était quadrillé par des droïdes de surveillance.
« Ça va être tangent pour surveiller… pourvu qu'elle ne soit pas en retard »
Il avait confiance dans les calculs de Cai, mais sait-on jamais ? Une panne, un arraisonnement…
Il chassa ces pensées en suivant son hôte parmi les tables. Enfin, ils écartèrent une tenture et entrèrent dans un petit salon privé. Le Céréen s'assit alors dans un énorme coussin et désigna à Alan le canapé qui y faisait face.
Une table basse avait été préparée et des boissons et amuse-gueules y avaient été dressés. Le diplomate servit le militaire et tous deux sirotèrent leur cocktail en silence. Enfin le Céreén se décida :
-Alors, à part les escales techniques, comment va la guerre ?
Alan recula un peu dans le canapé et répondit :
-Plutôt bien. L'Empire recule partout, et nous auront bientôt libéré toute la galaxie…
Il laissa un instant sa phrase en suspend et termina :
-Utile.
Le diplomate reprit :
-Je vois… Il faut toujours laisser une porte de sortie à l'ennemi n'est-ce pas ?
-C'est vrai. Enfin, je ne suis qu'un sous-lieutenant. J'espère que c'est ce que pensent mes supérieurs.
-Et d'où venez-vous ?
-De Dvar.
-Dvar ? Ça tient encore ?
-Plus pour longtemps. Les impériaux sont acculés et nous serrons le garrot.
-Il y a pourtant eu une opération de dégagement récemment…
Le sous-lieutenant tiqua. Comment avait-il pu apprendre cela aussi vite ?
-Vous êtes bien renseigné à ce que je vois…
Le Céréen souria finement.
-C'est mon métier…
-Et que savez-vous d'autre encore ?
-Que le contact a été perdu avec la septième flotte républicaine. Depuis trois jours.
Interloqué, Alan répondit mécaniquement :
-Ça commence à faire un peu long…
-Oui. Ce n'est pas la première fois que ça arrive, mais une flotte complète…
-Comment ça, pas la première fois ?
Le diplomate reposa son verre.
-Il court des bruits étranges. Je sais qu'en guerre tous les bobards circulent mais…
-Mais ?
-Il y a eu des disparitions de vaisseaux et de personnes, dans toute la galaxie. Même sur Céréa, qui je vous rappelle est neutre.
-Je suppose que vous avez du enquêter…
-Oui. Nous avons pu arrêter quelques mercenaires, mais ils ne savaient rien. Tout ce qu'on a pu apprendre, c'est que les commanditaires venaient du secteur Sith.
Un peu étonné, Alan répondit :
-Des Sith ? On dit que le dernier était l'Empereur…
-On le dit… mais en vérité personne n'en sait rien.
Le Céréen poursuivit :
-Le secteur Sith est plus opaque qu'un dévoreur. Il peut s'y passer n'importe quoi.
Le sous-lieutenant hocha pensivement la tête:
-De toutes façons il y d'autres priorités…
-Malheureusement oui. Ils ont le champ libre… pour le moment.
La conversation dériva ensuite vers des sujets plus légers. Alan avait vécu avec ses parents à Bespin avant la guerre et ils évoquèrent les magnifiques paysages de cette planète proche de Céréa.
La conversation en était là lorsque le rideau s'écarta, tiré par le tenancier de la taverne.
-Messieurs, son excellence Blosion IV est arrivée !
Le Hutt se tenait derrière lui, un garde du corps de chaque côté. Alan, habitant dans une partie de la galaxie éloignée de leur secteur, n'avait avait jamais vu de Hutt de près. Celui-ci, d'une taille moyenne pour l'espèce, dévisagea d'abord en silence les deux occupants du salon qui s'étaient levés, puis s'adressa au Céréen dans un basic impeccable :
-Je croyais que vous seriez seul.
-Ce sera le cas, répondit le diplomate. J'avais un peu d'avance à notre rendez-vous et j'ai eu la chance de rencontrer en chemin monsieur…
-Kotec, intervint Alan sentant l'hésitation de son hôte. Alan Kotec.
Il poursuivit en se tournant vers le Céréen.
-Je vous remercie de votre conversation. Ce fut très agréable.
Il se dirigea vers la tenture pour sortir du salon et laisser passer le Hutt. Celui-ci le regardait les yeux presque clos. Il l'interpella quand il passa à sa hauteur :
-Et d'où venez-vous ?
-De Dvar.
-C'est loin d'ici… Que faites-vous là ?
-Mon vaisseau a eu un problème technique et j'ai du me dérouter.
-Transit hein ?
-Oui. Pour réparation.
-Alors je ne vous ferai pas perdre votre temps. Il est compté.
Le Hutt avait prononcé cette dernière phrase avec ce qui pouvait passer pour un sourire. Il fit un mouvement discret et le garde du corps s'écarta, laissant passer le sous-lieutenant.
Alan sortit sans demander son reste.
