Daalang, astroport secteur ouest.
Les sentiments d'Alan étaient partagés. Il avait le sentiment diffus d'avoir commis une erreur avec cette invitation. Il regarda son holomontre. Encore une heure.
«Ça a quand même raccourci l'attente»
Il sortit de l'allée et arriva dans le hall. Il était quasiment désert. Il scruta les alentours et vit alors une espèce de cafétéria sur deux étages dont la terrasse offrait une vue panoramique.
« Excellent… les affaires reprennent »
Il sourit et se dirigea résolument vers le rideau de lanières d'Amira qui barrait l'entrée. Il écarta les souples algues brunes et se retrouva dans la salle principale. Au centre de la pièce trônait une holosphère qui projetait des matchs de Huttball. Les tables se répartissaient en cercle concentriques autour de l'écran, et à ces tables, les consommateurs-spectateurs donnaient l'impression de se battre dans l'arène à côté des joueurs.
Alan se dirigea vers le côté gauche, ou il avait aperçu un comptoir ou un Jilruan à l'air blasé préparait les consommations. Le vacarme était tel qu'il dut se pencher et quasiment crier à l'oreille du tavernier pour se faire comprendre.
-Une Fozbeer ! Lègère !
-Un pochtron ?
-C'est quoi un pochtron ? demanda Alan.
Le barman se retourna et lui désigna les chopes alignées derrière le bar. Elles ressemblaient à des Hutt de cristal et faisaient bien quatre litres.
-Ouch ! Vous n'avez pas des demi-pochtron ?
Le bougnat prit un air dégouté et sortit de dessous le bar un modèle réduit des chopes exposées. Elle faisait quand même un bon litre et demi.
-Ça sera donc une limacette, annonça-il d'un ton sans réplique.
-Va pour la limacette, concéda le sous-lieutenant, bon prince.
La chopine fût remplie et poussée vers Alan. Celui-ci régla la consommation, saisit la poignée et demanda :
-Je peux monter à l'étage ? Je ne suis pas fan de Huttball…
Le Jilruan hocha la tête d'un air accablé :
-Comme il vous plaira…
Alan saisit sa chope et se dirigea vers l'escalier. Le bruit devint plus assourdi. Il déboucha enfin sur la terrasse qui était quasi déserte et s'installa à une table juste au bord. De là, il avait une vue plongeante sur le hall et, à travers la grande baie, sur le tarmac de l'astroport.
Il avala une gorgée de bière, juste pour gouter.
« Il ne faudrait pas abuser. J'ai déjà bien consommé tout à l'heure »
Encore un coup d'œil à l'holomontre. Plus que trois quart d'heure.
Daalang, espace Hutt, navette impériale.
Jay et les trois méduses virent la planète se dessiner par la baie du poste de pilotage. La radio grésilla.
-Vaisseau en approche orbitale, identifiez-vous.
Jay donna ses codes et expliqua qu'elle voulait faire escale pour ravitaillement.
-Quel carburant utilisez-vous ?
-Du Cox grade C et au-delà.
-Hum… Je vous attribue l'emplacement Z-09, secteur ouest. C'est là que vous aurez le plus de chance d'en trouver.
-Compris.
-Vous avez douze heures de transit…
Et il déroula à nouveau la litanie des taxes et prélèvements divers que Jay encaissa sans sourciller.
La communication fut coupée et elle orienta le vaisseau pour franchir la barrière de contrôle. Ceci fait, elle quitta le poste pour retrouver son compagnon de rencontre.
Celui-ci avait déniché une ration de sucropâte et la mâchait consciencieusement.
-On atterrit dans vingt minutes. T'es prêt ?
-Ouais, ouais, pas de soucis…
-J'aime pas ce genre de réponse.
Le balosar arrêta de manger. L'avertisseur de proximité retentit dans le poste de pilotage.
-On a douze heures pour ravitailler. Au-delà tu te débrouilleras avec les limaces.
Le Balosar grimaça. Les Hutt n'aimaient pas tellement récupérer la pègre spatiale et avaient la fâcheuse habitude de revendre les prisonniers à des sociétés d'exploitation spatiale. Finir au fond d'un puis de mine ou irradié dans une raffinerie ne le tentait guère.
Jay ne vit pas sa réaction car elle était déjà retournée au poste de pilotage pour procéder à l'approche finale.
Daalang, astroport secteur ouest.
Alan commençait à s'impatienter. Cela faisait maintenant plus d'une heure qu'il était resté assis à sa terrasse et il n'avait encore rien vu de particulier. Pire encore, la Fozbeer et ce qu'il avait bu en compagnie du Céréen commençait à faire sentir son effet diurétique et il sentait venir le moment ou il ne pourrait plus qu'abandonner son poste.
Il jeta un coup d'œil circulaire sur le hall. Celui-ci était désert à part deux droïdes manutentionnaires qui portaient ensemble une énorme malle de voyage en cuir d'Happabore. Cela acheva de le décider.
« Tant pis, il faut que j'y aille maintenant ! »
Il se leva avec sa chope vide et redescendit rapidement l'escalier qui menait au comptoir. Le Jilruan le vit arriver et allait le servir à nouveau mais il fut le plus rapide :
-Ou sont les toilettes ?
-Il n'y en a pas ici, répliqua le barman, il faut traverser le hall.
Alan posa sa limacette, sortit, et se dirigea aussitôt dans la direction indiquée.
Cargo de contrebandiers, amas planétaire de Dvar.
Les conversations avaient fini par s'éteindre et tout le monde somnolait à l'exception de Bujac qui n'avait pas ouvert la bouche depuis l'entrée dans le couloir. Puis un raclement se fit entendre, réveillant d'abord Yil et Julius. Enfin, le contrebandier apparut, l'ai détendu.
-C'est bon. Ils nous ont en visuel. Vous pouvez vous équiper pour sortir.
-Il va falloir remettre ça, répondit Shi.
Yil demanda :
-Tu lui as dit de s'approcher au mieux ? Il ne faudrait pas recommencer les acrobaties de tout à l'heure.
-Pas de danger. Les gars du cargo sont prévenus et ils tireront un filin.
-Bien. Sauter au milieu des astéroïdes ne me disait rien, ajouta Julius.
Il avait prononcé cette phrase avec un regard en coin vers Thérèsia. Celle-ci comprit le message et dit :
-Merci. Effectivement, ça ne me tente pas non plus…
Le Ryn donna ensuite ses instructions :
-Un membre de l'équipage du cargo va sortir et attacher un câble. Il vous suffira de le saisir et de vous laisser guider.
-Compris. On passera le mousqueton ventral et on se servira du propulseur intégré de nos combinaisons, dit Julius.
-Il ne faudra pas traîner. La frégate les surveille au radar. Avec les astéroïdes ils peuvent se mettre en panne pour faire semblant de trouver un passage, mais si ça dure trop longtemps, ça deviendra suspect.
-On se mettra d'accord pour l'ordre de passage. Ça évitera d'embouteiller le sas.
-Vous pouvez commencer à fermer vos scaphandres, ça ne devrait plus tarder.
Le premier groupe constitué de Thérèsia, Shi, Yil et Julius prit place dans le réduit obscur. Le Ryn referma la porte intérieure. Ils attendirent quelques minutes, puis, soudain, des coups résonnèrent à la porte extérieure.
-C'est parti, annonça Shi en rabaissant sa visière.
Ils sentirent que l'air était aspiré par la légère dilatation de leurs combinaisons. Ils restèrent quelques instants dans le noir, puis le panneau extérieur bougea et le faisceau de lumière d'un scaphandre fouilla l'obscurité.
-Vous pouvez y aller. Dépêchez-vous !
La phrase avait été prononcée d'une voix caverneuse, dans un basic approximatif. Shi sortit le premier suivi de Thérèsia. Il prit le mousqueton du scaphandre de la jedi, l'assura sur la câble et lui expliqua la manœuvre :
-Placez-vous le long du câble pieds en avant. La propulsion se fait en appuyant sur le bouton bleu situé sur votre poignet droit. Appuyez et comptez jusqu'à trois, puis relâchez.
Il s'assura à son tour et continua :
-Je suis derrière vous, en cas de problème je pourrai vous récupérer. Allez-y maintenant, il ne peut rien vous arriver.
Le vaisseau objectif était bien à cinquante mètres, et les astéroïdes de diverses tailles dérivaient lentement dans le grand noir, comme des poissons ou plutôt des méduses minérales. Elle respira un grand coup et appuya sur la commande d'un doigt ferme. Ses propulseurs d'épaule entrèrent alors en action et elle commença à filer le long du filin.
Il y eu bien quelques petits impacts sur sa visière et ses épaules, mais le trajet fut sans encombres. Un amortisseur avait été placé au bout du câble, aussi arriva t'elle en douceur au seuil du sas du cargo. C'était presque agréable.
Shi arriva juste derrière elle.
-Félicitations ! On dirait que vous avez fait ça toute votre vie !
-On dirait que j'ai eu un bon professeur…
Le pilote la détacha et lui indiqua le sas.
-On attendra le reste du groupe à l'intérieur.
Yil venait d'arriver, Julius et le reste du groupe étaient déjà en route. Ils entrèrent dans le sas du cargo qui était suffisamment spacieux pour les contenir tous. Loth fermait la marche et s'installa à son tour. Le soutier arriva le dernier après avoir récupéré le câble.
La porte extérieure fut refermée et ils sentirent à nouveau l'air remplir le caisson. Le soutier leur fit signe de retirer leurs casques. Il retira le sien en dernier et tous virent qu'il s'agissait d'un Skrilling de bonne taille.
-Laissez vos combinaisons. Vous n'en aurez plus besoin.
Loth répliqua sèchement :
-Et pourquoi donc ? Nous les garderons dans les cabines…
Le Skrilling allait répondre mais le panneau intérieur coulissa juste à cet instant. Tous tournèrent la tête. Un Cha'a apparut sur le seuil et fit un signe rapide au soutier qui sortit sans un mot. Il prit ensuite la parole :
-Je suis le capitaine. Vous avez l'argent ?
Thérèsia répondit:
-Vous serez réglé par une lettre de change au porteur.
-De quelle banque ?
-La CFN.
Le Cha'a baissa d'un ton. La CFN, la «Caisse Fédérale de Neimoidia» était reconnue dans toute la galaxie, plus puissante que l'Empire et la Rébellion réunies aux dires de certains. Le capitaine sortit un petit holoterminal de sa vareuse.
-Donnez vos codes.
Thérèsia approcha une de ses bagues du petit écran. Il y eu un bref flash et des sigles commencèrent à apparaitre. Le Cha'a les regarda défiler en silence. Enfin il finit par dire :
-C'est tout ?
-La moitié de la somme vient de vous être payée, expliqua la jedi. Le reste au débarquement à Tholatin.
-Hum…
-Quel est le problème ? C'est l'usage en vigueur.
-Hum... ça ira... On n'a pas de temps à perdre.
Il dévisagea le groupe :
-Vos cabines ont été préparées. Vous serez consigné le temps que nous naviguerons auprès de Dvar.
-Vous avez déjà été arraisonnés ?
-Non. Nous sommes neutres. Mais comme il y a eu des combats récents, il se peut que les Reps soient plus nerveux.
Ils sortirent du sas. Le couloir était très étroit, comme celui du vaisseau qu'ils venaient de quitter et longeait la coque. Ils entendirent de temps à autres l'impact d'un météore. De toute évidence, on n'était pas encore sorti du champ. Ils marchèrent longtemps. Thérèsia eu l'impression qu'on les menait à l'arrière du vaisseau.
Enfin, le capitaine s'arrêta devant une porte non identifiée et l'ouvrit.
-C'est la première cabine. Pour quatre. L'autre est juste après.
Il ajouta.
-Je dois retourner à mon poste. Le repas vous sera apporté bientôt. D'ici-là restez dans vos cabines. En cas d'urgence un marin viendra vous donner les consignes.
Il tourna les talons et disparut rapidement dans la pénombre du couloir.
-Bon, dit Loth. Je prends la première avec Thérèsia, Bujac et le pilote.
Il poussa la porte et rentra sans un mot de plus.
Les trois restants allèrent ensuite dans la seconde cabine cinq mètres plus loin un même côté. Le battant se rabattit et Julius jeta un coup d'œil panoramique. Il fit la grimace.
-C'est plutôt rustique…
En effet, la pièce tenait plus de la cellule pénitentiaire que de la suite de luxe. Trois matelas avaient été jetés au sol, et les parois étaient nues et poussiéreuses. Rien pour ranger les affaires, encore moins les scaphandres. Yil examina la porte.
-Un verrou extérieur télécommandé…
-Tu peux le bricoler ? demanda Blom.
-Je vais essayer.
Il sortit de fins outils de la trousse de sa combinaison.
-Au pire, on placera une cale dans la gâche…
Julius reprit :
-On garde les armes prêtes et on prendra des tours de veille. Ce Cha'a, je le sens pas.
-On prévient les autres ? répondit Blom tandis que Yil s'affairait sur la serrure.
-Oui. Ils doivent penser la même chose que nous. Enfin j'espère… mais d'abord, on se débarrasse des combinaisons.
Et il commença à retirer les pièces de son scaphandre pour les ranger en ordre dans un coin de la pièce. Ceci fait, il contourna Yil pour rejoindre le couloir. On était près des propulseurs, car les parois vibraient légèrement. Il arriva à la porte et toqua. La voix de Loth résonna et lui dit d'entrer.
Il baissa le levier, tira le vantail et se retrouva face au jedi qui s'était assis en tailleur au milieu de la pièce. Il vit aussi qu'elle était un peu plus grande et possédait un casier de vestiaire sur une des cloisons.
-Pas mal… nous n'avons que des matelas à côté.
-Ouais… répondit Thérèsia sans enthousiasme.
Shi rangeait les combinaisons tandis que Bujac avait déjà retiré ses bottes et s'était allongé sur son matelas. Le plus éloigné de la porte.
Loth lui dit :
-Vous avez prévu des tours de garde ?
-Oui. J'allais vous poser la même question.
-Il faudra aussi bloquer les aérations. Et la porte…
-Yil s'en occupe. Je lui dirais de passer pour la votre.
Un grand calme régnait. La fatigue faisait son œuvre. L'action, l'attente, puis encore l'action… mais en vérité c'était l'action qui avait toujours le dernier mot.
Thérèsia, qui était allongé sur son matelas, fixait en silence quelque chose du côté des casiers que Julius ne pouvait pas voir. Elle se releva enfin sur un coude et dit :
-Il y a des graffitis ici. Je n'arrive pas à les lire...
Loth haussa les épaules.
-Et après ? Le vaisseau doit en être farci…
-Ou ça ? Demanda Bujac comme s'il venait de se réveiller.
-Tout en bas, juste à coté des placards.
L'ex-jedi se leva et alla à l'endroit indiqué. Il s'accroupit et resta un long moment à observer sous le regard intrigué de Shi et Julius. Loth ne semblait y prêter aucune attention.
Enfin il se releva.
-C'est du Huttese. Phonétique.
-Qu'est-ce que ça dit ? demanda Thérèsia.
-Quelque chose comme « sous le seuil »
-C'est court...
Machinalement elle balaya la pièce du regard, comme Julius et Shi. Celui-ci finit par dire :
-L'encadrement de la porte…
Il contourna Loth et regarda plus attentivement.
-Juste en dessous. Il y a une petite trappe vissée.
-Ok, répondit Julius. Je vous envoie Yil regarder ça dès qu'il a fini chez nous.
Il contourna Loth à son tour et sortit dans le couloir.
Il arrivait presque devant la porte lorsque celle-ci s'ouvrit laissant passer Blom.
-Yil a fini. Je pars chercher les gogues.
« C'est vrai que je n'en ai pas vu sur le chemin » pensa Julius. « Cha'a et Skrilling ont peut-être plus d'autonomie que nous...»
-Suis le couloir. Je n'ai rien aperçu en venant.
-Ok, j'y vais.
Et il tourna les talons. L'ancien sergent rentra dans la cabine ou Yil se reposait sur un des matelas.
-T'as pu faire ce que tu voulais ?
-Oui. Le verrou est neutralisé, mais la détection est toujours active. Ils ne le verront pas du poste.
-Parfait. Il faut faire la même chose pour l'autre cabine.
-Pas de soucis. Je pionce cinq minutes et j'y vais.
Julius aurait préféré une autre réponse mais laissa faire. La fatigue était équitable.
