Daalang, astroport ouest.
Alan avait reconnu immédiatement le Balosar, mais pas celle qui l'accompagnait. En vérité ce n'était que la seconde fois qu'il rencontrait Jay, la première s'étant passée sur Dvar, dans le bungalow de « Biem Hoa » où il avait du mettre en joue Spade pour lui faire lâcher sa proie. Et elle était alors à terre, évanouie sous les coups de son agresseur.
Il ne se posa pas de questions. Ça ne pouvait être qu'elle. Il se leva et descendit encore une fois de la terrasse, la dernière espéra-t-il. Il déposa sa limacette au comptoir sous l'œil professionnel du loufiat.
-Vous en voulez encore ? Demanda celui-ci d'une voix un peu mécanique, comme s'il s'était momentanément métamorphosé en droïde biologique.
-Non merci, j'ai ma dose. Vous n'auriez pas vu passer un Hutt par hasard ?
Il avait prononcé ces mots sans réfléchir, juste pour ne pas retenir l'attention avant de partir. Il s'attendait à un haussement d'épaules et une remarque ironique ou désabusée, mais la réponse le surprit :
-Oui, son excellence Blosion IV était dans le hall il y a environ une demi-heure. Avec toute sa garde rapprochée.
Il remercia distraitement et sortit. « Il a du passer pendant mon expédition chez les NBS, ou peut-être quand je suis allé sur le tarmac vérifier le vaisseau…»
Alan se dirigea vers la section technique en faisait attention à bien se tenir sur le bord de l'allée. Il repensa à ce que lui avait dit le tavernier.
«Il vaudrait mieux que je ne me retrouve pas nez à nez avec son excellence… ça pourrait rapidement devenir compliqué»
Il continua à avancer et aperçut Jay et le Balosar en discussion avec le droïde de la compagnie des carburants. Il fit semblant de s'intéresser à la devanture d'un magasin d'aménagement de cabines tout en surveillant le couple dans le reflet de la vitre. La discussion s'éternisait.
« Il faut que je bouge, sinon je vais me faire repérer »
Alan pensa rentrer dans la boutique, mais il risquait de les perdre de vue lorsqu'ils sortiraient. Il repartit donc en sens opposé, et se posta devant l'un des terminaux bancaires en évitant soigneusement de toucher la surface sensible, ce qui aurait immédiatement entraîné l'apparition d'un hologramme d'assistance.
A peine s'était-il mis en faction que le couple arrivait droit sur lui. Là, enfin, il put observer de près celle après qui il courait depuis maintenant deux jours. Elle approchait un peu pesamment ce qui surprit Alan.
Il regarda ses pieds et comprit immédiatement : elle portait encore des bottes de vol sans talon. Il vit ensuite le masque, d'une propreté douteuse, le regard froid et énergique, mais pas ses cheveux, cachés par la large capuche. A ce qu'il put en juger sous l'ample manteau, elle ne semblait pas porter de blaster.
Jay et son compagnon s'arrêtèrent en face de l'autre terminal bancaire, au grand soulagement d'Alan. Il continua à faire semblant de procéder à une transaction tout en tendant l'oreille. Il entendit ainsi les recommandations de Jay au Balosar qui partit juste après. Ensuite il la vit ranger le reste des billets dans une poche intérieure de son manteau et repartir vers les pistes. Il la laissa s'éloigner.
Jay franchit encore une fois le portillon, sans doute la dernière, du moins c'est ce qu'elle se dit, et se dirigea vers son vaisseau. Elle vit avec satisfaction que les ravitailleurs étaient déjà arrivés et que les trappes de sol étaient ouvertes. Les flexibles gisaient à terre, lovés en boucles comme des serpents assoupis. Un des ravitailleurs, un Dresselien un peu à l'étroit dans sa combinaison ignifugée, la vit arriver et lui adressa la parole :
-On est prêt, si vous voulez bien ouvrir votre trappe de réservoir…
Jay se glissa sous le vaisseau et déverrouilla le panneau. Le clapet se dévoila et elle prit l'outil de contrôle qui était accroché à l'intérieur de la trappe.
-Branchez et remplissez les flexibles. Je veux vérifier la qualité avant le remplissage.
-C'est parti…
Les deux tuyaux, un de gavage et l'autre de trop-plein furent connectés et Jay brancha l'appareil sur la prise de test. Elle lut la densité.
-Juste en bas de la tolérance… lut-elle sans plaisir.
-Donc c'est bon, répondit le Dresselien.
-Au prix que je l'ai payé, c'aurait du être du Heavy Premium ! Répliqua-t-elle.
Elle soupira et finit par dire :
-Je pars contrôler les jauges. Je vous dirai quand activer les pompes.
-Entendu, répondit le ravitailleur.
Elle déverrouilla le sas principal, atteignit le poste de pilotage et alluma le tableau de bord. Elle nota ensuite les niveaux et repartit donner ses consignes aux ravitailleurs.
-Bon allez-y. Deux mille Standard.
-OK, ça on le sait déjà.
Les pompes furent mises en route et les flexibles commencèrent alors à vivre. Ils palpitaient au rythme du remplissage dans le chuintement des soupapes de décharge. Elle tiqua en voyant le carburant goutter au niveau des différents raccords.
-Comment ça se fait ?
-Plus de pièces… À cause de la guerre…
-Je sais. J'ai déjà entendu ça. Tiens-en compte pour le volume. J'en veux 5% de plus soit 2100. C'est noté ?
-Hum…
-C'est l'usage. Le ravitailleur est responsable des fuites.
-2050, mais pas au-delà.
Les flaques s'étendaient lentement.
«On va finir les pieds dans le Cox…»
-Quel débit avez-vous ? Finit-elle par demander.
-Environ 120 Standard par minutes. On ne peut pas aller plus vite, ça risquerait d'enflammer le carburant.
-Baissez-le au contraire. On ne peut pas continuer comme ça.
« Pas super affutés le personnel de piste…»
Le Dresselien repartit vers les pompes un bref instant puis revint vers elle.
-C'est fait. 70 Standard.
Elle vit avec satisfaction les fuites diminuer.
-Quel volume à été transféré ?
-Environ 700.
« Encore vingt minutes » pensa Jay. «Qu'on en finisse»
Dix minutes s'écoulèrent. Elle commença à sentir les yeux lui piquer.
«Le Cox… il commence à s'évaporer»
Elle remonta au poste de pilotage pour contrôler à nouveau les jauges.
Alan avait rappelé la navette.
-Vous en êtes où ?
-On est en route. Liam les a baratinés et ils ont donné leur accord pour le changement d'astroport.
« Tiens ? Elle l'appelle par son prénom maintenant ? » Nota brièvement le sous-officier.
-Je suis en visuel. Elle est en train de procéder au ravitaillement. Vous arrivez dans combien de temps ?
-Environ cinq minutes. On nous a attribué l'emplacement K-04.
-Bouse ! Je suis au Z-09 ! Vous allez atterrir quasiment à l'autre bout du parc !
Il se maudit intérieurement de ne pas avoir donné cette information à Cai. Il reprit :
-Bon, pas la peine de vous faire courir pour l'instant. Contactez-moi dès que vous êtes posés.
-Compris.
Il raccrocha et retourna à son poste d'observation, derrière une borne de signalisation, à environ cinquante mètres de la navette impériale. De là il pouvait observer le chemin d'accès à l'emplacement ainsi que le speeder de ravitaillement. Les pompes avait été mises en route depuis un quart d'heure et tout semblait parfaitement calme.
« Au fait, que deviens le Balosar ? » se rappela Alan.
Il se retourna et ne put s'empêcher de sursauter. A trente mètres de sa position, plusieurs silhouettes se rapprochaient discrètement en profitant de l'ombre des vaisseaux voisins. Il vit aussi qu'il avait été repéré, car une des ombres se détacha du groupe.
« Ça commence bien… »
Rester acculé contre la borne aurait été sans issue. Il sortit carrément et se porta au-devant de la silhouette qui allait à sa rencontre. Il se rendit compte que c'était un Yarkora et qu'il ne semblait pas hostile. Lorsqu'il arriva à portée de voix, celui-ci lui demanda :
-Êtes-vous armé ?
-Oui.
-Alors je vous demande de me remettre votre blaster.
-Pour quel motif ?
-Deux inhibiteurs sont actuellement pointés sur vous…
-Et ensuite ?
-Nous vous laisserons repartir vers le hall.
-C'est tout ?
-Oui c'est tout. Voyez-vous, nous ne souhaitons pas ajouter des problèmes aux problèmes.
-Qui est votre chef ?
-Je n'ai…
-C'est bon That, je vais lui parler !
Alan tourna la tête dans la direction de la voix et aperçut le Hutt.
-Ah, votre excellence !
-Je croyais que vous étiez pressé…
Blosion IV sortit à son tour de l'ombre encadré de ses deux gardes du corps.
-C'est pour elle que vous êtes là ? Demanda le sous-lieutenant.
-Pourquoi cette question ? Vous le savez très bien.
-Que lui voulez-vous ?
-Rien. Je ne sais rien d'elle et ça ne m'intéresse pas.
-Vous devez la remettre aux Siths n'est-ce pas ?
Alan avait joué son va-tout. Il retint un peu sa respiration en attendant la réponse. Le Hutt le dévisagea derrière ses lourdes paupières et finit enfin par dire :
-Vous êtes plutôt bien renseigné pour un militaire…
-Ça ne vous inquiète pas de traiter avec eux ?
Le Hutt haussa les épaules, ou plutôt ce qui lui en tenait lieu.
-Ce sont les affaires… et cela paye bien.
-Et si elle vous échappe ?
Blosion IV se figea un instant puis répondit d'une voix sèche :
-Ça n'arrivera pas.
Il se tourna vers son garde du corps le plus proche.
-Désarmez-le. Et prenez-lui son comlink s'il en possède un.
Il s'adressa ensuite à Alan :
-Et maintenant partez. Rejoignez votre vaisseau et partez. Tout de suite.
C'est à ce moment-là que les pompes s'arrêtèrent.
Jay quitta à nouveau du poste de pilotage. 1700 standards avaient déjà été transférés. Encore 350, cinq minutes. Elle descendit l'échelle et se dirigea vers le speeder des pompes pour donner ses dernières instructions lorsqu'une silhouette surgit de l'ombre arme au poing.
-On se fixe ! Plus de voyage !
C'était un Gamorréen de grande taille, qui braquait sur elle non un Blaster comme elle l'avait cru tout d'abord, mais un paralyseur à fléchette.
« Arme non létale » pensa-t-elle immédiatement. « On me veut vivante »
-Je ne partirai peut-être pas, mais il faut d'abord arrêter le remplissage.
-Pourquoi ?
-Si ça déborde, on finira tout les deux rongé par le Cox…
L'homme de main hésita. Elle se demanda s'il allait gober ça. Il n'y avait en vérité aucun risque, le flexible de trop-plein était là pour ça.
-Qu'est-ce qu'on fait Dlir ? C'était pas prévu ça…
-Tu pouvais pas la fermer ? Répondit une voix derrière elle. J'étais censé te couvrir !
« Prise en cisaille maintenant ! »
La voix derrière elle finit par dire :
-Ok, va prévenir les ravitailleurs. Mais pas de blague !
Le Gamorréen fit un pas de côté pour lui laisser le passage. Jay avança vers le speeder, non sans une certaine appréhension. Il n'y avait plus personne.
« Ils ont du fuir… »
Elle consulta le panneau de contrôle sur le côté du véhicule et vit qu'il affichait 2100 Standard, ce qui la fit sourire sous le masque. Elle arrêta les pompes.
« Je les ai quand même eu, mes 2100 !»
Le Gamorréen, qui l'avait suivi à trois mètres lui ordonna alors :
-Ça suffit maintenant ! Retourne-toi les mains en l'air !
Pendant qu'elle stoppait les pompes de sa main droite, la gauche s'égarait dans les plis de son manteau pour prendre un des sabres laser pris sur Dvar. Le froid du manche lui déclencha une brusque poussée d'adrénaline. Mais il fallait se rapprocher. Le complice du Gamorréen, un Weequays plutôt âgé qui se tenait encore plus loin, était lui par contre armé d'un véritable blaster.
Elle chercha une idée en parcourant le panneau de commande. Et elle trouva.
Comme tous les engins de ravitaillement, le speeder était doté d'une sécurité pour protéger les opérateurs en cas de fuite massive de carburant. Des buses d'arrosage avaient été installées sur le toit tout autour du véhicule pour laver immédiatement les projections. Elle avait déjà vu ce dispositif se déclencher lorsqu'elle avait été en opération sur des astroports de campagne.
L'interrupteur était un peu à l'écart des autres commandes du panneau, protégé par une petite plaquette de chaque côté pour éviter toute activation involontaire.
Elle écrasa résolument le bouton.
Immédiatement, un brouillard d'eau et de retardant jaillit tout autour du speeder. Elle fit tout de suite un pas de côté et se retourna d'un bloc en allumant son sabre laser. Le Gamorréen, surpris et aveuglé par le produit avait déjà tiré, mais la fléchette se ficha au-dessus du panneau.
Le bout de la lame de lumière vint lui brûler la main et pulvériser son lance-fléchette. Il recula en hurlant de douleur, mais Jay était déjà sur lui et lui trancha la tête d'un revers.
Elle empoigna le corps avant qu'il ne s'effondre et s'en servit comme bouclier tandis que le Weequays faisait feu. Le cadavre tressauta sous les impacts. Elle attendit la fin de la rafale et lança son sabre toujours allumé.
Celui-ci fit trois rotations complètes et finit sa course en entaillant la poitrine et la moitié du visage de l'homme de main. Il tomba au sol tandis qu'elle se précipitait sur lui, second sabre déjà allumé à la main.
Elle récupéra le premier sabre, qui avait roulé à un mètre du corps, l'éteignit et revint vers le Weequays qui ne faisait plus un geste.
-Qui t'envoie ?
Un gémissement lui répondit. Elle approcha le bout de son sabre de ce qui restait du visage du blessé.
-Dépêche-toi. Tu as encore un œil à sauver.
-C'est le Hutt... Blosion IV… On travaille pour lui…
-Que deviez-vous faire ?
-Vous amener à lui. Il est là, pas loin…
-Et c'est tout ?
-Oui ! Ne me tuez pas ! Je ne sais rien de plus !
Jay compris qu'elle n'avait pas de temps à perdre. Elle courut au vaisseau et débrancha les tuyaux. La trappe fut refermée, elle éloigna rapidement les tuyaux des tuyères et montait à l'échelle pour mettre les propulseurs en route lorsqu'elle entendit une voix essoufflée.
-Hé, ne m'oubliez pas !
C'était Erg, un sac rebondi à l'épaule.
-T'arrive à temps toi ! Monte !
Le Balosar ne se fit pas prier.
Dès que le bruit des pompes cessa, Alan, le Hutt et ses trois gardes du corps regardèrent en direction du speeder. Ils ne virent rien de spécial au début, puis tout disparut dans un brouillard d'eau et les claquements d'un blaster retentirent.
Blosion IV cria à ses hommes :
-Allez-y ! Vite !
Mais immédiatement, un autre ordre fusa :
-Que personne ne bouge !
Pour appuyer cet ordre, un tir de blaster vint ébrécher le tarmac devant le garde le plus avancé.
-Reculez ! Tout de suite !
That et les deux gardes du corps se regroupèrent autour de leur chef.
-Les armes à terre !
Blaster et vibrolames furent posées au sol.
-Alan fouille-les !
Au premier ordre, le sous-lieutenant avait été surpris comme les autres, mais dès le second il avait reconnu la voix.
-Entendu Spade !
Il fouilla les gardes et deux baguettes d'alarme et un gant assommant virent compléter le tas.
-D'où tu sors ?
-J'ai pris un jetpack d'évacuation et Cai m'a larguée pas trop loin. Je crois que c'était une bonne idée…
-Oui, c'était vraiment une bonne idée.
Ils entendirent le sifflement des propulseurs.
«Ça n'a pas été sans peines» Pensa le sous-lieutenant. Il se tourna vers Blosion IV.
-Qui est votre contact chez les Siths ?
Pas de réponse.
Spade intervint :
-C'est difficile de tuer un Hutt… mais je peux te griller quelques centres nerveux…
Il lui enfonça le canon de son blaster dans un des replis de sa tête.
-Ça te vaudra quelques mois de cuve à Bacta… Que deviendra ton clan pendant ce temps ?
-Arrêtez ! Arrêtez ! C'est bon ! Je vais parler ! Elle s'appelle Samoc !
-Une femme ?
-Oui, une Sith. Elle m'a contacté il y a trois mois. Elle disait représenter l'Ordre. Je ne connais qu'elle.
-Et ?
-Il y a deux jours j'ai reçu un message. Je devais lui ramener une femme. Avec un masque.
-Elle t'a dit pourquoi ?
-Non. Je devais la ramener, c'est tout.
Le sifflement devint plus strident. Alan regarda pensivement la navette de Jay qui commençait à s'élever.
« Rudement bien renseignés les Siths… »
Il fut tiré de sa rêverie par Spade.
-Alan, faut se barrer maintenant. On n'a plus rien à faire ici.
-Oui, allons-nous-en.
Ils prirent les armes et se mirent à courir vers le K-04.
