Frégate d'assaut républicaine «Hoth's Revenge II»

Youlia rêvait. Après être monté sur la banquette supérieure, elle s'était étendue sur le dos et après une dizaine de minutes à contempler le plafond elle avait fini par couler doucement dans un demi-sommeil. L'éclairage de la cabine avait été mis en veilleuse et un silence total régnait, soit que les trois soldats qui partageaient la cabine soient partis, soit qu'ils se soient couchés en même temps qu'elle.

Les conditions de repos étaient donc idéales, mais Youlia rêvait.

Et ses rêves, quoiqu'intermittents, dansaient autour d'elle, jouaient avec elle, se moquaient d'elle.

Elle revivait en boucle l'investissement du poste, le choc de la dague dans sa chair pour ensuite remonter le temps et se retrouver à donner ses ordres à Jed après qu'il eu brisé ses arrêts.

Une phase revenait alors, toujours la même : « Facile pour un scorpion comme vous ». Ces mots, elle les avait prononcés en l'envoyant au combat, comme elle en avait l'habitude, comme elle l'avait toujours fait. Tout de suite après, elle se retrouvait dans le couloir, à moitié assommée, et là, c'était sa voix qui résonnait:

« Barrez-vous ! Les nacelles ! Les nacelles !».

Et elle avait fui, le laissant sous le feu des Death Troopers. Certes, elle était blessée et désarmée, mais c'était bien la première fois qu'elle tournait le dos à l'ennemi.

L'expression de Klaus lorsqu'il avait demandé des nouvelles de son officier lui revint ensuite. « Il faut lui ramener son corps » se dit-elle dans son rêve comme pour se racheter. Aussitôt, l'inanité de sa pensée lui sauta au visage : « Pauvre idiote », claqua la voix, « tu sais bien qu'on ne les conserve jamais ! ». Et c'était vrai.

Les pertes au combat étaient systématiquement dispersées dans l'espace, car qu'aurait-on bien pu en faire ? Ce luxe était réservé aux officiers supérieurs, pour faire de belles cérémonies une fois revenu à la base. Mais même elle n'y aurait pas eu droit.

Puis tout changea. Les mirages se diluèrent, la voix disparut et elle sentit une pression sur son épaule valide. On la secouait.

Elle ouvrit brusquement les yeux et tourna la tête pour se retrouver nez à nez avec Klaus qui avait grimpé sur le premier échelon pour l'atteindre.

-Colonel, une estafette vient d'arriver de la passerelle. Il y a du nouveau et vous êtes convoquée.

Elle eut d'abord un petit retard, puis sans un mot elle descendit de la couchette. Le messager, un sous-lieutenant qu'elle ne reconnut pas, se tenait au seuil de la cabine dans un salut impeccable. Elle lui ordonna le repos. Klaus était en retrait, et regardait la scène en silence. Avant de sortir Youlia se tourna vers lui et lui dit :

-On se reverra. Pour l'assaut.

Et elle sortit.


Le sous-lieutenant fendait l'espace devant lui comme un Anooba en pleine charge. Elle arriva néanmoins à la suivre, juste concentrée à bien rester dans son sillage. En effet, les couloirs étaient bondés, et les bottes, armes, paquetages ou réchaud avaient parfois une fâcheuse tendance à s'égarer en plein milieu du passage. Ils arrivèrent tout de même sans encombre en bas de la passerelle d'ou son guide s'éclipsa pour la laisser passer.

Elle grimpa l'escalier quatre à quatre.

Le capitaine et son officier navigation était là, avec son homologue pour la frégate, l'officier de sécurité intérieure. Elle ne vit pas l'amiral.

-Colonel, lui dit le capitaine, nous avons intercepté il y a cinq minutes un message de votre vaisseau.
-Que contient-il ? Demanda-elle instantanément.
-Sa dernière clé d'identification et ses coordonnées spatiales.

La clé d'identification était le sceau qui attestait de l'authenticité des messages. Ce code changeait automatiquement tous les jours.

-Ou sont-ils ?

Kern, qui était resté penché sur les cartes prit la parole :

-Ici. En pleine zone blanche.

Youlia se pencha à son tour.

-C'est vraiment nulle part…
-Autre chose, reprit le commandant. Le message était en clair.

Elle réfléchit un bref instant et finit par dire :

-C'est assez logique. S'ils n'ont pas repris la passerelle, ils ne peuvent pas accéder à la console de chiffrage. Ils ont du faire le point avec les moyens du bord.
-Pourtant, la puissance indique que ça a été émis par une des antennes principales…
-De toute façon il faut y aller !

L'officier de sécurité de la frégate intervint alors :

-C'est peut-être un piège…

Youlia répliqua sèchement :

-On a un destroyer à reprendre ! Il n'y a pas de temps à perdre !
-Je dois d'abord assurer la sécurité de l'amiral et du vaisseau !

Elle réussit à se dominer.

-L'amiral est prévenu au moins ?
-Il se repose. Il a donné pour consigne de ne pas le déranger.

Là, c'en était trop. Elle descendit l'escalier comme une furie.

En accord avec le protocole de la flotte, l'amiral avait réquisitionné la cabine des invités, juste en face de celle du capitaine. Étrangement, sans doute guidée par la colère, Youlia la trouva facilement. Elle frappa à la porte malgré l'interphone placé en plein milieu.

Au début, rien ne se passa. Elle allait frapper à nouveau lorsque la porte s'ouvrit brusquement. L'amiral apparut dans l'encadrement, manifestement irrité d'être dérangé de cette manière. Il avait changé d'uniforme, certainement une des tenues du commandant, et flottait un peu dans la veste à cause de la différence de corpulence. Youlia se mis dans un impeccable garde à vous et déclara :

-Amiral, Colonel Youlia Ashrod au rapport !

Il la regarda sans ordonner le repos comme si une bouse de Bantha venait d'être déposée à ses pieds. Un moment passa, qu'elle trouva fort long, puis elle finit par entendre :

-Qu'est-ce que c'est que cet accoutrement ?
-Mon uniforme a été souillé et a du être détruit.
-Hum… Et pourquoi me dérangez-vous ?
-Nous venons de capter un message de votre vaisseau, Amiral.

Elle avait un peu appuyé sur le « votre ». Très légèrement, mais elle vit la contrariété éclore sur son visage.

-Et alors ?
-Nous avons ses coordonnées. Nous pouvons les rejoindre immédiatement pour leur prêter main-forte.

Là, c'est sur le « immédiatement » qu'elle avait appuyé, mais cette fois-ci elle vit autre chose apparaitre : la peur. L'amiral réfléchit un moment puis finit par dire :

-Hum… Il faut envoyer un éclaireur. Tout de suite.
-Pardon ? Un éclaireur ? Pour perdre encore un peu plus de temps ?
-Colonel, je me passe de vos commentaires ! Allez porter mes ordres à la passerelle !

Et il claqua la porte. Youlia, qui était restée tout le temps au garde à vous, eu l'impression de se réveiller d'un cauchemar.

Il ne restait qu'une seule chose à faire. Retourner à la passerelle et envoyer sur place le plus de monde possible. Elle vola littéralement dans les coursives, et le poste de commandement eu l'impression qu'une tornade s'abattait sur les cartes et les transmissions.

-Quels effectifs pouvez-vous mobiliser pour cette opération ? Demanda-elle à son homologue de la frégate.
-Vingt hommes, pas plus. Je dois laisser de quoi protéger le vaisseau.

Le commandant eut un geste agacé.

-Ça ira, mettez le paquet. Avec tout ce qu'on a récupéré, on a largement de quoi se défendre.
-De toute façon j'en suis. C'est mon vaisseau après tout, ajouta Youlia.

Là, ce fut Kern, l'officier navigation qui ne put s'empêcher d'intervenir :

-Dans votre état colonel ?
-Oui, dans mon état. Le toubib m'a dit de repasser me faire retirer les agrafes et j'y vais tout de suite.
-Vingt-cinq hommes, finit par dire l'officier sécurité. Je pars les rassembler.
-Ajoutez-y Klaus, le sergent des LRSS. Il vient aussi.
-Ça fait vingt-sept sans les pilotes. La navette va être pleine comme un œuf…
-C'est pas pour un voyage de noce répliqua-elle en descendant l'escalier.


Cargo mixte «Corellian's Shipper XXI», en route vers Tholatin.

L'éclairage des cabines était repassé en mode jour. Les reliefs du repas avaient été rangés et les combinaisons spatiales vérifiées une dernière fois.

-A quoi ça sert ? grommela Blom. On va devoir les laisser de toute façon.
-T'es bien un astroporté, non ? Répondit Yil avec un grand sourire. On disait de vous qu'il fallait toujours vous donner quelque chose à faire.
-Et c'est un combinard de l'intendance qui me sort ça… Soupira le géant.

Julius jeta un coup d'œil aux jauges.

-De toute façon, elles sont quasiment vides. En cas de coup dur on aurait à peine de quoi tenir dix minutes.

Il se passa la main sur le menton.

-Ça commence à pousser… Ça va faire trois jours depuis Dvar…
-C'est ballot, on est parti sans notre vanity, répliqua Blom avec un large sourire.
-Sans blague tu connais le mot ? S'esclaffa Yil.

Julius ramena un peu de sérieux.

-Je vais passer au poste d'équipage voir ce que je peux ramener.

Yil répondit :

-La jedi y est déjà allée. Elle a ronchonné en voyant l'état des sanitaires.
-Et elle, t'en pense quoi ? Demanda Blom.
-Elle a oublié d'être bête. Mais elle est dépassée. Et nous avec.
-Et son compagnon ?
-Un bourrin. Il est à la remorque depuis le début.

Un court silence puis Yil :

-Et quand on retrouvera le major, que se passera-t-il ?
-Rien de bon. Les siths ne sont pas des tendres et ils sont sacrément motivés.
-On pourrait peut-être se tailler discrètement une fois arrivé à Tholatin, hasarda Blom.

Le silence revint, un peu plus dense. Julius se gratta le menton et finit par dire :

-Ça doit déborder de réfugiés… Si on fait ça, on sera trois cloches de plus.
-Sans compter qu'on n'a pas un crédit en poche, ajouta Yil. On pourra vendre les armes, mais ça n'ira pas bien loin…
- Il vaut mieux suivre le mouvement jusqu'à Dathomir. Là, si ça tourne vraiment au vinaigre, on aura plus d'opportunités.
-Ouais, si on vit encore assez longtemps pour voir ça, dit Blom.
-Bujac et les deux jedi seront là. Et puis je suis curieux de savoir ce qu'ils lui veulent, au major…

A ce moment On toqua à la porte. Shi rentra et annonça :

-La jedi est revenue du poste de pilotage. On arrive dans deux heures.
-Ça se passera comment ? Répondit Julius.
-Ils nous enverront un marin pour les détails juste avant l'atterrissage.
-C'est tout ?
-Non. Elle a aussi ramené des vêtements civils pour Bujac et deux sacs de marin pour planquer les armes. Il paraît que le cartel est un peu nerveux en ce moment…
-Hum… Et pour repartir ?
-Ça elle ne m'en a pas parlé.

Là-dessus, il tourna les talons et sortit de la cabine.


Navette de liaison républicaine « Bespin's Pride IX »

Liam et Alan avaient couru jusqu'à l'emplacement sur lequel venait de se poser Cai. Un peu essoufflés ils gravirent la rampe et déverrouillèrent le sas d'entrée. L'odeur du sang saisit littéralement le sous-lieutenant.

-Ben dis donc, t'as pas fait dans la dentelle !

Les trois corps avaient été poussés sur le côté, le visage contre la cloison, ce qui fit qu'Alan ne reconnut aucune espèce. En plein milieu trônait le container, souillé lui aussi comme une table de sacrifice. Il leva les yeux au plafond et constata que Cai n'avait pas exagéré.

-Y'en a aussi un peu du mien, répondit sobrement le sergent-chef en retirant son blouson.

Alan vit alors les quatre impacts sur le gilet. L'un deux avait dévié et brûlé une bonne surface du biceps gauche, où un pansement sommaire avait été appliqué.

-Ça tire pas trop ? demanda le sous-lieutenant.
-Seulement quand je ris, répliqua Spade avec un sourire un peu forcé. Blague à part, heureusement que c'était du petit calibre…

Cai les interpella :

-La navette impériale va atteindre la ceinture de défense. Quels sont les ordres ?
-Si on décolle maintenant, elle peut nous repérer ? Répondit Alan.
-Oui. Mais je pense qu'on n'aura pas le choix.

Elle venait de basculer la radio sur l'intercom.

-Centre de contrôle spatial de Daalang à navette républicaine en K-04. Vous avez interdiction de décollage. Coupez vos propulseurs et sortez du vaisseau sans armes et les mains en l'air !

Alan se précipita au poste de pilotage et dit à Cai :

-Chauffe le canon et passe-moi la tour de contrôle.

La pilote s'exécuta et Alan passa en émission :

-Centre, vous me recevez ?
-Oui. Coupez vos propulseurs !
-Ecoutez-moi bien. Nous allons partir. Au moindre tir, nous incendions tout le secteur. C'est bien là que vous avez vos citernes de carburant n'est-ce pas ?
-C'est du terrorisme ! Nous sommes neutres et nous vous avons accueillis !
-Non, c'est la guerre, simplement la guerre.

Il se tourna vers Cai.

-Décolle maintenant.

Elle poussa les manettes et le vaisseau commença à monter. Alan s'installa au poste du mitrailleur, situé à la droite du pilote et légèrement avancé pour améliorer la visibilité. Il passa ses mains dans les moufles de commande et libéra le laser de son logement sans déverrouiller la mise à feu.

-Il est chaud ?
-Pas encore. Si tu dois tirer, évite les longues rafales.
-Active les autoprotections. S'ils bougent, ce sera par missiles et pendant la montée.
-C'est déjà fait.

L'altitude augmentait et ils entrèrent dans les nuages. Cai, concentrée, surveillait ses écrans. Spade entra dans le poste sans un mot et s'assit sur la banquette du navigateur.

Ils dépassèrent les nuées et la rotondité de la planète leur apparut dans le sombre ciel qui formait le seuil du grand noir. Comme un collier lancé par un géant, la ceinture de défense égrenaient ses satellites, faussement immobiles et inoffensifs.

Alan retira les sécurités du bitube.

-Il doit être prêt maintenant…

Cai hocha la tête en signe d'approbation. Une alarme retentit et fit sursauter les deux hommes, mais la pilote se contenta de jeter un coup d'œil à un de ses écrans.

-Emission radar… commenta-t-elle. Bande K. Pour l'instant ils se contentent de nous suivre.
-Combien de temps ? demanda le sous-lieutenant.
-Deux minutes pour passer la ceinture, ensuite cinq pour se mettre hors de portée…

L'alarme retentit à nouveau, mais cette fois-ci personne ne sursauta.

-Un second émetteur. Ils nous triangulent.

Les satellites grossissaient. Ils pouvaient en distinguer la surface, semis de trappes et d'antennes, certaines fixes, d'autres non. Bien que n'appartenant pas aux unités spatiales, Alan savait que derrière chaque panneau, il y avait un missile ou un laser prêt à passer à l'action. Mais pour l'instant, tout semblait figé.

-Pas d'autres vaisseaux ?
-Rien du tout. Ils ont du détourner le trafic.

Alan ne fit aucun commentaire.

Ils commençaient à s'engager entre deux satellites lorsqu'un nouveau signal retentit, différent des deux premiers. Cai se raidit.

-Bande U. Fréquence de pointage. Attachez-vous.

Les deux hommes verrouillèrent leurs harnais tandis que le signal résonnait en continu. Du coin de l'œil Alan vit Cai se tasser sur son siège comme un félin en fin d'affut. Il plaqua un peu plus fort son front sur l'appui du collimateur.

Ils allaient dépasser le chapelet scintillant lorsque le son s'arrêta net.

De surprise, Alan faillit ouvrir le feu. Il balaya l'espace de son canon mais il ne vit rien, ni missile, ni torpille, ni rayon. La navette continuait de s'éloigner et il finit par se retrouver pointant vers l'arrière les satellites inertes.

-Ben ça alors ? Ils arrêtent tout ?
-Plus d'émission, répondit Cai. Ils nous laissent passer...

De sa banquette Liam conclut sans joie :

-Si ça se trouve, ils nous attendent déjà…