le juste vivra par sa loyauté


Hey, long time no see! Bon, j'avoue, pas très productif mon mois de pause. Je crois que je ne suis plus trop dans le bon état d'esprit pour l'écriture ce qui est très embêtant. J'ai quand même des chapitres en réserve pour votre plus grand bonheur, haha. Je n'ai pas eu beaucoup de réactions sur le dernier chapitre donc j'espère que vous n'avez pas été déçu de la tournure de l'histoire ? Enfin bref, voici la suite !

Merci à KorriganTanNoz pour sa fidélité légendaire, jane9699 d'avoir tout relu et tout commenté ce qui est toujours super agréable à suivre et à lili qui m'a rappelé qu'il fallait que je me bouge le cul, haha.

Bonne lecture !


Chapitre 32 : Un joyeux délice (I)


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Les portes de l'infirmerie rebondirent contre le mur, réveillant en sursaut Eva qui s'était endormie après que Pomfrey lui ait administré une nouvelle dose de potion pour ses cordes vocales. Le liquide lui avait brûlé la gorge mais Pomfrey lui avait assuré que c'était bon signe, lui tapant le dos alors qu'Eva était cambrée en deux à cause de la force de sa toux.

Des bruits de pas traversèrent rapidement l'infirmerie jusqu'à ce que les rideaux qui entouraient le lit d'Eva soient tirés.

C'était Amos.

Essoufflé, il fixa Eva jusqu'à ce qu'Akash le pousse d'un coup d'épaule et glisse son long corps le long du lit d'Eva.

Eva n'eut le temps que d'apercevoir le visage dur de Howard apparaître derrière l'épaule d'Amos qu'Akash se penchait déjà vers elle.

Eva ne vit plus que les yeux marrons clairs d'Akash et sa barbe foncée qui grimpait maintenant jusqu'à la moitié de ses joues halées.

« Qu'est-ce que tu fous là ? » s'exclama hargneusement Akash à vingt centimètres de son visage.

L'esprit toujours brumeux après avoir été réveillée si soudainement, Eva ferma les yeux. Puis, elle se força à se redresser contre ses oreillers pour face à la colère si rare d'Akash.

Akash continua sa tirade, rapprochant encore plus son visage de celui d'Eva pour s'assurer qu'elle l'écoute :

« On t'a cherché pendant toute la journée ! On laisse une seule fois Howard gérer ton baby-sitting et tu en profites pour prendre la poudre d'escampette ?! » pestiféra Akash et il enfonça son index dans l'épaule d'Eva.

Trop endormie pour supporter le volume d'Akash, Eva fit la grimace. Agacé, Akash enfonça de nouveau son index dans l'épaule d'Eva :

« Est-ce que ce sont des manières ça ?! renchérit-il.

Akash, s'agaça en retour Eva d'une voix toujours grave de sommeil en forçant son ami à reculer. Tu me fais mal, espèce d'idiot, grommela-t-elle.

– Ça t'apprendra à dormir toute la journée dans l'infirmerie au lieu d'informer tes amis de si tu es encore en vie ou pas, » s'entêta Akash et, cette fois-ci, la grimace d'Eva fut une de culpabilité.

Elle n'avait même pas pensé à demander à Pomfrey ou McGonagall de dire à ses amis qu'elle était dans l'infirmerie lorsque celles-ci étaient venues à son chevet pendant la journée.

Comme Dumbledore la veille, le professeur de Métamorphose avait fait apparaître un fauteuil bien trop confortable pour l'infirmerie et avait fait même fait léviter une boîte de biscuits et un service à thé alors que Pomfrey se chargeait de soigner les derniers Serpentards qui avaient fait les frais de la vengeance de James et de Sirius.

Alors qu'Eva était restée à fixer le contenu de son thé noir où son reflet fatigué la saluait, McGonagall l'avait forcé à prendre un biscuit avant de reprendre de nouveau après un long instant de silence où on n'entendait que la cuillère de McGonagall cogner contre sa tasse de thé. Eva s'était attendue à ce que McGonagall commence immédiatement à l'interroger mais, à la place, sa professeure l'avait informé que Chourave n'était pas là ce vendredi après que McGonagall l'ait forcé à prendre un jour de repos suite à un accident avec une plante vénéneuse estonienne la veille. « J'ai préféré ne pas l'agiter en l'informant de votre… convalescence, »avait ajouté McGonagall et son regard perçant avait fait déglutir Eva. Puis, McGonagall lui avait révélé avoir parlé avec Charlotte ce matin-même et rien que l'entente du prénom de sa meilleure amie avait noué le ventre d'Eva.

Eva n'avait pas levé les yeux de sa tasse qu'elle tenait entre ses mains crispées lorsque McGonagall avait dévoilé que Charlotte disait ne rien se souvenir depuis sa sortie de table au dîner, soit un laps de temps très large avant qu'Eva ne tombe face à son corps inerte dans les cachots. Eva eut un goût amer dans la bouche lorsqu'elle avoua qu'elle ne pouvait rien apporter de plus puisque c'était à la pause de midi qu'elle avait vu sa meilleure amie pour la dernière fois.

C'était de sa faute. Elle n'aurait pas dû laisser l'acerbité de Charlotte l'atteindre. Si Eva n'était pas aussi susceptible, elle aurait suivi Charlotte à la trace malgré l'énervement de cette dernière qui lui avait sèchement dit de la laisser tranquille après qu'Eva se soit assise à côté d'elle le midi.

Eva pouvait lire sur la frustration de son professeur sur son visage mais McGonagall ne lui avait pas posé plus de questions.

Eva s'était senti si petite qu'elle n'avait pas osé demander à sa professeure de métamorphose si Dumbledore lui avait dit quoi que ce soit sur leur échange de la veille. Finalement, McGonagall l'avait informé que le nombre d'heures de rondes nocturnes des professeurs allait être allonger et Eva avait été intimidée par la lueur de colère dans les yeux de sa professeure normalement si stoïque.

Eva avait eu envie de s'excuser mais les mots étaient restés coincés dans sa gorge. Et lorsque McGonagall était finalement partie, ses dernières paroles avaient résonnées dans l'esprit d'Eva jusqu'à ce qu'elle ne tombe dans un sommeil agité.

« Ne laissez pas les déchets de la société vous arrachez vos plus belles amitiés, Miss Brown. »

Son visage toujours à cinq centimètres de celui d'Eva, Akash continua sur sa lancée :

« McGonagall était trop occupée pour prendre le temps de nous répondre. Elle a cru que c'était plus important de s'occuper des connards de Serpentard que de nous dire où tu étais, pesta hargneusement Akash.

– Désolée, chuchota Eva.

– Pourquoi est-ce que tu es à l'infirmerie ? Qu'est-ce qu'il s'est passé ? continua Akash. Jeff nous a dit qu'il t'a vu hier vers les Cuisines. Et Tronsky n'en avait rien à faire que tu sois absente. Cette garce a eu le culot de me dire de me concentrer sur le cours, cracha Akash.

Akash, » intervint Amos.

Debout face au pied du lit de convalescence d'Eva, Amos jeta un regard réprobateur à Akash. Derrière lui, toujours en retrait, Howard se craquait les jointures de ses mains d'un air agité. Eva dût prendre sur elle pour ne pas sursauter à l'entente de ce bruit si singulier qui lui rappelait Evan Rosier.

« Ne parle pas de Charlotte comme ça, » continua Amos en intimidant Akash du regard mais, bien loin d'être assagi, Akash se redressa et un rictus rageur lui déforma le visage.

C'était si rare de les voir se disputer qu'Eva en était mal à l'aise. Mais il y avait un seul sujet qui ne manquait pas d'hérisser le poil de ses deux amis depuis la rentrée de septembre : Charlotte.

« Ne la défends pas, cracha Akash et Eva comprit mieux pourquoi certains 1ère année avaient peur d'Akash lorsqu'elle se tordit le cou et aperçut l'expression intimidante sur le visage de son ami. Cette connasse s'est ramenée comme une fleur en cours et paraissait plus intéressée à prendre des notes que de nous dire si elle savait où était Eva. Tu sais, sa supposée meilleure amie ? railla Akash et lorsqu'il lui jeta un regard du coin de l'œil, Eva ne put que lui rendre son regard, une lourdeur lui nouant la gorge.

La voix d'Amos fut tout à fait menaçante en réponse :

« Je sais. Mais ne parle d'elle comme ça, » dit Amos en lançant un regard d'avertissement particulièrement inquiétant à son meilleur ami.

Akash émit une expression moqueuse :

« Pff, dès qu'il s'agit de Tronsky on dirait que t'as pas de couilles. Après les sales coups qu'elle t'a fait, tu devrais arrêter de la défendre.

Akash, » grinça Amos entre ses dents et, cette fois-ci, Eva craignit réellement qu'ils en viennent aux mains.

Mais finalement, après quelques secondes lourdes de silence, Akash leva les yeux au ciel et la tension disparut. Il se tourna de nouveau vers Eva qui fronçait les sourcils de confusion. De quels « sales coups » parlaient-ils ? Akash et Charlotte avaient toujours eu une relation assez conflictuelle mais qu'avait bien pu faire Charlotte pour qu'Akash lui en veuille autant et pour qu'Amos se crispe autant ?

« Pourquoi est-ce que t'as les yeux aussi explosés que Howard après une fumette ? lui demanda Akash avant qu'Eva ne puisse réfléchir davantage. Ne me dis pas que tu as encore chialé ?

– Hé, » grommela Howard, prenant pour la première fois la parole, mais le batteur de Poufsouffle ne paraissait pas être en grande forme car il n'ajouta rien et continua de se craquer les mains, donnant l'impression qu'il voulait juste partir.

Eva soupira et s'essuya les yeux pour tenter de se réveiller. Son corps était lourd et elle n'avait qu'une envie : se brosser les cheveux qu'elle sentait être plein de nœuds après son excursion sur le terrain de Quidditch.

« Je vais bien, Akash. J'ai juste très mal dormi la nuit dernière, dit Eva et elle se concentra sur Amos qui lui lançait le même regard dubitatif qu'Akash : Où est Charlotte ? »

– Mais qu'est-ce qu'on en a à foutre de Charlotte ? s'exclama Akash, incrédule.

– À la bibliothèque, dit au même instant Amos. Elle a dit qu'elle avait une dissertation à terminer, » ajouta-t-il en se frottant avec agitation l'arrière de son crâne.

Les cheveux d'Amos avaient poussé. À la rentrée de septembre, il était apparu avec la boule à zéro, le visage soudainement sévère sans ses cheveux blonds. Ses cheveux étaient toujours trop courts pour faire des ondulations blondes que Charlotte avait ordonné à Amos de brosser presque tous les matins pendant deux ans. Il avait toujours fait mine de ne rien entendre au grand agacement de Charlotte. Eva avait toujours soupçonné Amos de jouer la comédie pour que Charlotte le force à se baisser et se charge elle-même de lui brosser les cheveux, ronchonnant avec exaspération tout du long alors qu'Amos souriait avec amusement.

Eva baissa ses yeux sur ses mains qui tenaient lâchement la couverture. Elle était si fatiguée qu'elle ne songea pas à prendre la parole pour rompre le silence tendu que sa réaction avait causé.

« Elle est très stressée en ce moment, » finit par dire lointainement Eva.

Charlotte avait-elle menti à McGonagall en disant n'avoir aucun souvenir de la veille ? Et si elle se souvenait réellement de ce que lui avait fait subir Rosier et Royce, cela voulait-il dire la fin de leur amitié ? D'un côté, Eva voulait hurler face à cette injustice car elle n'avait jamais demandé à devenir l'obsession des Serpentards et elle n'avait jamais voulu que Charlotte souffre à cause d'elle. D'un autre côté, elle savait qu'elle méritait la colère de Charlotte puisque c'était Eva qui avait trahi la confiance de Charlotte en attirant l'attention des Serpentards sur elle.

Si elle ne leur avait pas répondu, si elle n'était pas aussi lâche, si elle n'était pas aussi stupide –

Mais si Charlotte avait vraiment perdu la mémoire…Eva avait peur de ce que cela impliquait. Déjà dans la bibliothèque, Royce n'avait pas eu peur de jeter un « Oubliettes » au groupe de filles de 5e année. Si Royce agissait sans inhibition dorénavant, comment Eva pourrait se rassurer en se disant que ses amis étaient en sécurité ? Comment allait-elle faire pour ne pas suffoquer sous le poids de la culpabilité alors que, hormis certains Serpentards, elle semblait être la seule à savoir à quel point la folie de Royce empirait ?

Hier, elle avait donné le nom de Marlène McKinnon à Dumbledore mais qui lui disait que la Serdaigle savait réellement ce que cachait les Serpentards ?

Finalement, ce fut une exclamation moqueuse qui l'arracha à ses pensées. Eva leva les yeux vers Howard qui lui adressait un regard écœuré.

« Qu'est-ce que tu peux être conne. »

Les yeux d'Eva s'écarquillèrent et le dégoût sur le visage de Howard ne fit qu'augmenter.

« Hé Howard –

Howard coupa l'exclamation d'Amos :

« Ta gueule, Amos. Eva n'est pas une mioche, claqua-t-il hargneusement et Eva eut le plus grand mal à ne pas baisser les yeux lorsque les yeux sombres de Howard la jaugèrent avec tant de fureur. Prends tes couilles en main, Eva. Si quelque chose ne te plaît pas, réagis. Mais va pas chouiner si tu fais aucun effort pour changer les choses.

– Euh, mec ? T'as besoin que je te rappelle qu'elle est à l'infirmerie ? » intervint Akash.

Le regard noir de Howard quitta Eva et la jeune fille baissa honteusement les yeux alors qu'Akash haussait ses sourcils face à la hargne du batteur de Poufsouffle.

« J'en ai rien à foutre d'où est-ce qu'elle soit, s'énerva Howard. Je dis les choses telles qu'elles sont. J'en ai marre des histoires de meufs. Si elles n'étaient pas connes, elles se diraient les choses franchement et basta, histoire réglée. Pas besoin de prendre un air si pitoyable à cause d'une dispute de gamines.

– T'étais censé venir pour t'excuser, mec, » dit Akash, l'air presque exaspéré.

La voix de Howard monta d'une octave et Eva osa lever les yeux de ses mains nouées.

« Ta gueule, Akash ! s'écria Howard en un sursaut de voix qui fit comprendre aux trois Poufsouffles que Howard voulait divertir leur attention pour qu'ils ne remarquent pas la soudaine rougeur de ses joues. Je vais pas m'excuser, merde ! J'ai pas demandé à jouer au baby-sitter avec Eva !

– Howard, soupira Amos en se pinçant l'arête du nez, un geste qu'il faisait souvent lors des entraînements avant de calmer ses coéquipiers. Arrête de crier.

– Je crie pas ! » s'énerva Howard.

Amos jeta un regard assez explicite à Howard et celui-ci parut comprendre qu'il ne dupait personne car il ferma sa bouche et détourna la tête, ses mains crispées le long de son corps.

« Mec, avoue juste que tu t'es senti con quand t'as pas retrouvé Eva après être parti peloter Meredith, » plaisanta Akash et Eva ne fut pas surprise d'entendre Akash pousser un gémissement étouffé la seconde suivante lorsque Howard lui colla la langue à son palais d'un mouvement de baguette.

Les joues toujours colorées, Howard brandit ensuite sa baguette vers Eva qui lui adressa un regard interloqué alors qu'à côté d'elle Akash poussait des exclamations emmitouflées en se tenant la gorge.

« La prochaine fois, ne joue pas à cache-cache quand c'est mon tour de jouer à la nounou avec toi ! » la prévint Howard en plissant ses yeux d'un air menaçant et, intimidée, Eva acquiesça faiblement.

Pestant une dernière fois, Howard tourna les pieds mais, à peine eut-il fait trois pas, que Howard se tourna de nouveau vers elle, froissant entre ses doigts le rideau cachant Eva du reste de l'infirmerie.

« Et dis à Pomfrey de faire le ménage dans son infirmerie. Il y a une infestation de rats ici, c'est répugnant. »

Sur ces mots, Howard disparut derrière les rideaux.

« Ça n'veut pas dire que j'te pardonne, » Eva entendit Howard gronder d'une voix particulièrement menaçante qui avait déjà fait pleurer de nombreuses adolescentes.

Eva adressa un regard interrogateur à Amos qui soupira en retour et lui adressa une drôle de grimace, s'ébouriffant ses cheveux courts.

« Il y a quelqu'un d'autre qui voulait te voir, lui dit-il en paraissant presque gêné, chose très rare chez Amos.

– Qu'est-ce que – »

Mais Eva oublia même qu'elle avait pris la parole lorsque la lumière des flambeaux de l'infirmerie qui la faisait plisser les yeux disparut. Une figure féminine s'était arrêtée devant ses rideaux ouverts. Coupe au carré, petite taille, yeux verts, une grimace de malaise et se dandinant sur ses pieds avec gêne, Eva aurait pu la reconnaître n'importe où.

C'était Emmeline.

« Emmeline ? dit Eva, abasourdie de la voir.

– Coucou, » dit Emmeline en lui adressant ce petit sourire qu'elle réservait habituellement pour ceux avec qui elle n'était pas à l'aise.

De nombreuses fois Eva s'était moquée de ce sourire. En particulier lorsqu'il était causé par Jeff qui semblait tout à fait inconscient de l'effet qu'il avait sur Emmeline.

« Qu'est-ce que tu – »

La voix d'Eva était étranglée et ce n'était pas à cause de ses mésaventures de la veille. Non, ses interrogations sur Charlotte et la colère d'Howard l'avaient fait crouler sous la culpabilité mais, face à Emmeline, elle ressentit simplement du choc.

« Je voulais m'assurer que tu allais bien, continua Emmeline en triturant ses mains et elle adressa un sourire incertain à Amos lorsque celui-ci recula et lui fit signe de s'avancer. Je t'ai aperçu ce midi mais – »

Je t'ai aperçu ce midi mais j'étais avec Ronan et mes amis Serpentards, je ne pouvais pas leur montrer que je m'inquiétais pour une Sang-de-Bourbe.

Et aussi facilement que ça, Eva reprit ses esprits. C'était rare pour elle mais elle sentit la colère monter. Eva était en colère qu'il eut fallu une visite à l'infirmerie pour qu'Emmeline revienne vers elle, pour que ces longues semaines de silence disparaissent aussi facilement que ça

« – je ne voulais pas déranger l'ordre spartiate de Pomfrey. Tu sais comment elle est, si tout ne se fait pas comme elle le veut, elle devient une vraie harpie. J'ai pensé que ça serait mieux d'attendre que l'infirmerie se soit vidée. Et puis, si tu es à l'infirmerie c'est que tu avais besoin de te reposer. L'hiver dernier quand tu avais attrapé la grippe, tu étais bien restée trois jours à dormir. Nous avions cru que tu étais tombée dans le coma avec Charlotte, » blablata Emmeline.

Intérieurement, Eva s'était résignée au fait que son amitié avec Emmeline s'était terminée. C'était pour ça qu'Eva n'était pas allée voir si Emmeline allait bien lorsqu'elle l'avait vu plus tôt dans l'infirmerie, recouverte d'une substance verte qui semblait être douloureuse lorsqu'on tentait de l'enlever.

La voix d'Eva fut rauque lorsqu'elle prit la parole et elle dût tousser avant de reprendre :

« Et – et toi ça va mieux ? Tu étais verte la dernière fois que je t'ai vu. »

À l'entente de la voix d'Eva, le corps d'Emmeline qui s'était crispée plus elle comblait le silence avec sa voix se détendit à vue d'œil. Eva pouvait lire son soulagement à son sourire.

« Oui, oui, la partie la plus douloureuse était quand Pomfrey a sorti sa pince à épiler. Sinon, le plus compliqué c'était de faire partir le liquide de mes cheveux. J'ai dû sécher le début du cours de Défense pour me laver les cheveux, » dit Emmeline avec toujours ce petit sourire.

Akash émit un rire sarcastique, rappelant soudainement aux deux filles qu'elles n'étaient pas seules :

« Certains n'ont pas été aussi soigneux que toi. Pendant le repas de ce soir Rogue de 6e année avait toujours les cheveux verts. S'il continue, je vais vraiment me dire qu'il a une phobie de l'eau, » plaisanta Akash.

Mais contrairement à Emmeline, l'intervention d'Akash ne fit pas sourire Eva. Non, elle avait besoin de dire quelque chose à Emmeline.

« Akash. Amos. Vous pourriez nous laisser deux minutes ? »

Bien sûr, Akash protesta vivement mais Amos qui paraissait mûrir plus le temps passait parût comprendre l'intention d'Eva. Avec l'expérience d'un homme qui l'avait fait un millier de fois, il attrapa le bras d'Akash et le tira derrière lui, disant à Emmeline qu'ils attendraient dans le couloir pour la raccompagner jusqu'à la salle commune. « Parce que j'imagine vu ta tête de déterrée que tu restes ici une nuit de plus, » ajouta Amos en direction d'Eva et elle lui offrit un sourire crispé en retour.

« Je ne veux pas te déranger plus longtemps, Eva, dit Emmeline en jetant un regard en direction des garçons qui traversaient bruyamment l'infirmerie. Si tu as vraiment besoin de te reposer –

– Emmeline. »

La bouche d'Emmeline se referma et Emmeline lui adressa un sourire contrit, triturant toujours ses doigts. Son agitation ne fit que croître lorsqu'Eva se contenta de l'observer en silence.

Les traits du visage d'Emmeline étaient raffinés, sans la moindre imperfection. Son teint était resplendissant, ses lèvres peintes d'un rouge à lèvres saisissant et la lumière des torches ne faisait que rendre encore plus beaux ses yeux verts.

Eva aurait voulu rester en colère contre Emmeline. Elle aurait voulu se venger de la douleur que lui avait causé Emmeline et des larmes que son comportement lui avait arrachées mais… Emmeline était celle qui lui avait joyeusement expliqué les produits à utiliser lorsqu'Eva avait commencé à s'intéresser au maquillage à la rentrée, elle était celle qui lui avait acheté le Noël précédent les boucles d'oreilles argentées qu'Eva avait discrètement admiré pendant leurs sorties à Pré-au-Lard.

C'était également Emmeline qui, l'année dernière, avait entrepris de confisquer tous les Poud'news qu'elle voyait une fois qu'elle avait remarqué le désarroi d'Eva face aux photos d'elle avec Royce Mulciber. Pour une fois dans sa vie, elle n'avait pas posé de questions, elle l'avait juste fait pour Eva qui avait eu de plus en plus de mal à prendre la parole.

« Ne laissez pas les déchets de la société vous arrachez vos plus belles amitiés, Miss Brown. »

« Prends tes couilles en main, Eva. Si quelque chose ne te plaît pas, réagis. Mais va pas chouiner si tu fais aucun effort pour changer les choses. »

Il y avait toujours des points de discordance entre elles. Ça ne servait à rien de le nier. Mais Emmeline était venue jusqu'ici. Ça devait compter pour quelque chose. Et puis, Eva avait décidé qu'elle emmerdait les Serpentards. Si elle les emmerdait alors elle refusait de les laisser détruire une de ses plus précieuses amitiés.

« Je suis toujours en colère contre toi, avoua finalement Eva et, comme elle s'y attendait, le visage d'Emmeline s'effondra bien qu'elle tente de le cacher en hochant vigoureusement la tête.

– Je sais, j'ai eu un comportement inacceptable –

– Emmeline. Tais-toi une seconde, soupira Eva et c'était si prévisible qu'Emmeline soit incapable de la laisser placer deux mots pour s'enfoncer dans son complexe de culpabilité.

– Désolée, grimaça Emmeline et si elle n'était pas une Sang-Pur Eva aurait cru qu'Emmeline priait vu la force avec laquelle elle joignait ses mains.

– Je suis toujours en colère contre toi mais je suis fatiguée de l'être. Est-ce qu'on peut –, commença Eva avant de faire une grimace, terriblement mal à l'aise. Est-ce qu'on peut juste mettre ça derrière nous ? »

Emmeline acquiesça faiblement, pinçant furieusement les lèvres et ses yeux verts brillant de manière suspicieuse.

« Je suis contente que tu sois venue, » ajouta avec hésitation Eva lorsqu'un silence gênant se fit alors qu'Emmeline paraissait batailler pour ne pas pleurer telle la grande enfant qu'elle était.

Emmeline acquiesça de nouveau.

« Je – »

Je suis désolée si je t'ai blessé, allait dire Eva mais non, c'était trop tôt. Elle n'était pas désolée pour ce qu'elle avait dit. Elle était juste désolée d'en être arrivé à ce point.

« On se voit au prochain cours de Botanique ? dit Eva à la place. Enfin, si tu ne vas pas travailler avec Ronan. »

C'était comme si la mention de son amoureux avait réveillé Emmeline. D'une petite voix, elle prit la parole, n'osant pas lever les yeux du pied du lit d'Eva derrière lequel elle se tenait toujours :

« Eva, je veux toujours être ton amie. Je veux être ton amie mais Ronan – »

Emmeline se pinça les lèvres et Eva ouvrit la bouche pour la couper, ne souhaitant pas entendre la suite.

« Je veux Ronan aussi, » avoua Emmeline en un souffle, semblant apeurée de connaître le jugement d'Eva.

Eva ne s'était jamais voilée la face. Elle n'était pas la parfaite Poufsouffle. Elle était rancunière, elle avait énormément de mal à pardonner mais il lui était surtout impossible d'oublier. Mais c'était Emmeline et Eva voulait juste que les choses redeviennent comme avant.

« D'accord, souffla Eva tout aussi doucement et ce fut presque douloureux d'offrir un sourire qui se voulait réconfortant à Emmeline qui lui adressa un regard incertain. D'accord, Emmeline. Je te crois. »

Tout n'était pas pardonné mais Eva avait décidé qu'elle en avait assez de subir. Comme l'avait dit Howard, il était temps de réagir.

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Samedi 5 décembre


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« Charlotte ? »

Pas de réponse.

« Charlotte ? » retenta Eva mais aucune réponse ne lui vint à travers le rideau que Charlotte avait tiré autour de son lit.

Finalement, Eva n'en put plus d'attendre. Elle échangea un regard incertain avec Emmeline qui l'observait depuis son lit puis elle tira sur le rideau du lit de Charlotte, illuminant le dos de Charlotte caché sous sa couverture de la lumière matinale.

Encore une fois, Eva se demanda si c'était normal que Charlotte traîne si longtemps au lit cette année. Dès 20 heures, Charlotte partait se terrer dans son lit et, le week-end, elle ne réapparaissait qu'à l'heure de midi. Les années précédentes ça avait été presque impossible de la faire taire après l'extinction des petites lumières. C'était comme si la nuit donnait encore plus d'énergie à Charlotte. Et malgré cela, Charlotte était toujours la première levée le matin, prête à attaquer la journée avec le sourire. Mais cette année, tout était différent. Était-ce simplement dû à sa rupture avec Amos ou y avait-il une raison plus sombre ?

« Charlotte ? chuchota Eva mais toujours aucune réponse. Charlotte ? Est-ce qu'on peut parler ? »

Eva posa sa main sur l'épaule de Charlotte et elle eut le droit à une première réaction. Charlotte dégagea son épaule.

Eva se mordit l'intérieur de la joue :

« S'il te plaît. Je crois qu'on a vraiment besoin de parler.

– Je ne veux pas te parler, lui répondit froidement Charlotte, lui tournant toujours le dos.

– Je sais mais on ne peut pas rester comme ça, tenta Eva d'un ton suppliant. Je pense qu'on a besoin d'en par –

– J'ai dit que je ne voulais pas te parler ! dit Charlotte en haussant la voix.

Charlotte. S'il te plaît.

– JE NE VEUX PAS TE PARLER ! » rugit Charlotte et Eva se recula avec précipitation lorsque Charlotte se redressa abruptement.

Charlotte avait les yeux rouges et des larmes striaient ses joues blêmes, piégeant ses boucles blondes. La force de son cri secouait sa poitrine et Eva resta bouche-bée.

Inconsciemment, Eva avait levé ses mains en l'air.

« Okay…Okay, répéta prudemment Eva en se reculant lentement. On n'a pas besoin d'en parler tout de suite.

– Laisse-moi tranquille, » hoqueta Charlotte, la mâchoire visiblement crispée dans le but de retenir ses larmes.

D'un coup de baguette, Charlotte ferma de nouveau son rideau. L'écho du cri de Charlotte résonnant toujours dans ses oreilles, Eva se tourna vers Emmeline qui lui rendit son regard d'un air abasourdi. Elle non plus ne comprenait pas ce nouveau pic de colère de Charlotte.

« C'était quoi ça ? » demanda prudemment Emmeline.

Eva ne serait pas capable de lui expliquer.

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« Tu ne peux pas me lâcher aujourd'hui, lui ordonna Akash en la retirant de force du canapé de leur coin réservé de la Salle Commune où Eva avait décidé qu'elle ferait une sieste après avoir terminé difficilement sa dissertation de DFCM. On a rendez-vous avec Astrid aujourd'hui. Hors de question que tu restes au château. Si t'es pas là, Amos va se faire une joie de m'humilier devant Astrid et sans doute qu'il réussira à se la mettre à dos du même coup.

– Je suis fatiguée, Akash » se plaignit Eva.

Mais Akash n'en eut rien à faire qu'Eva se sente complétement léthargique après avoir pourtant passée une nuit entière à dormir dans l'infirmerie. Eva soupçonnait que son corps ressentait toujours le contrecoup de la perte soudaine de sa magie grâce au sortilège de Royce. De manière tout à fait pathétique, rien qu'un sortilège de camouflage suffisait à la faire grimacer de douleur. Eva l'avait réalisé lorsqu'elle avait de nouveau usé de ce sortilège avant de quitter l'infirmerie ce matin, voulant s'assurer que ses amis ne remarqueraient aucune marque sur son cou bien que les soins de Pomfrey aient été très performants.

Pomfrey avait été réticente à l'idée de la laisser sortir mais Eva refusait de se terrer dans l'infirmerie un deuxième jour. Son absence serait ignorée si elle ne durait qu'une journée mais, être absente le jour de la sortie à Pré-au-Lard ? Eva connaissait trop bien le moulin à ragots de Poudlard pour ne pas savoir que ce serait une erreur fatale.

Avec un accio, Akash fit léviter le manteau, les gants, les chaussures, le bonnet et l'écharpe d'Eva jusqu'à la salle commune. Eva eut beau ronchonner qu'elle n'était pas d'humeur à aller à Pré-au-Lard, Akash ignora ses protestations. Il enfonça le bonnet d'Eva sur sa tête jusqu'à lui couvrir les yeux puis il lui noua son écharpe autour du cou pour la faire taire avec un peu trop de vigueur.

Mais, malgré les soins de Pomfrey, le cou d'Eva restait toujours fragile. Au geste d'Akash, Eva fut prise d'une violente quinte de toux et Akash se recula avec des yeux écarquillés, les mains levées en l'air.

« Euh…Tu vas bien ? » demanda maladroitement Akash une fois qu'Eva eut terminé de cracher ses poumons.

Eva était trop exténuée pour s'énerver. Avec une grimace, elle desserra son écharpe nouée autour du col roulé de son pull jaune moutarde puis elle se pencha pour mettre ses bottines.

« Elle est malade, espèce d'idiot. Sois plus doux avec elle, » s'exaspéra Jeff en apparaissant à côté d'eux.

C'était la grande excuse pour son absence : jeudi soir, Eva avait mal digéré son repas du soir et, en allant voir Pomfrey, l'infirmerie l'avait diagnostiqué comme ayant attrapé la grippe qui sévissait dans le château en ce mois de décembre particulièrement glaciale. Du moins, c'est ce que les garçons avaient déduit et Eva n'avait pas eu le courage de contredire cette version.

Jeff était déjà vêtu de ses vêtements d'hiver et Eva eut une pensée pour l'ancienne Emmeline qui n'aurait pas manqué d'être déçue que les beaux cheveux de Jeff soient cachés sous son bonnet. Cette même Emmeline qui lui avait annoncé avec gêne ce matin avoir prévu de passer la journée avec Ronan dans le Londres sorcier après que Charlotte ait filé comme une flèche à travers la salle commune pour se réfugier dans la bibliothèque.

« Hé ! Je suis le mec le plus doux du monde ! s'offusqua de suite Akash qui avait toujours été de mauvaise foi.

– Si tu le dis, soupira avec amusement Jeff puis il adressa un sourire à Eva qui se redressait : Prête à devenir un glaçon dehors ?

– Tu me donnes tellement envie de sortir, Jeff. C'est fou, je crois même que je vais sauter d'excitation, ironisa Eva et Jeff éclata de rire.

– Savoir qu'Akash va enfin avoir un rendez-vous avec sa dulcinée devrait être suffisant pour te donner envie. Depuis le temps qu'il nous casse les oreilles à parler d'elle, il était grand temps qu'il se passe enfin quelque chose.

– Hé ! Vous parlez sur mon dos ou quoi là ? » s'indigna Akash qui avait disparu un instant pour voler à Emma Stark son écharpe aux couleurs de Poufsouffle que l'Attrapeuse n'utiliserait pas vu qu'elle paraissait prête à rester l'après-midi à étudier dans la salle commune.

Décidément, Howard et Emma ne se ressemblaient vraiment pas en dehors du physique.

« Non, non, on parlait juste du fait que tu avais l'air de t'être très bien rasé pour plaire à Astrid, » mentit Eva.

Akash la crut aussi facilement que ça, commençant à toucher sa barbe et à leur demander si ça se voyait qu'il avait fait des efforts. Eva échangea un regard amusé avec Jeff avant qu'ils ne s'affairent tous les deux à rassurer Akash qui semblait pour la première fois de sa vie être nerveux.

Cinq minutes plus tard, après qu'Akash ait envoyé balader les garçons de 6e année qui s'étaient moqués de lui en voyant Pénélope Schoonmaker et Isis Amatt lui donner leur avis sur ses habits, leur trio de Poufsouffles quitta la Salle Commune.

Howard avait déjà disparu avec Meredith depuis le petit-déjeuner, les deux batteurs semblant pressés de passer le week-end en tête-à-tête. Quant à Amos, il leur avait dit qu'il prendrait une calèche avec Kate Godfried dont la possessivité n'avait fait qu'augmenter depuis qu'elle avait vu Amos si proche de Charlotte après leur confrontation avec les Serpentards à table.

Ils croisèrent sur leur chemin le groupe diabolique de 2e année de Poufsouffle et Eva accepta avec un sourire exaspéré un câlin de la part de Wendy Woodward sous les yeux mécontents de Baley Finch-Fletchley.

Lorsqu'ils arrivèrent à Pré-au-Lard, ce fut Akash qui sortit le premier. Il était si pressé d'arriver aux Trois Balais qu'il n'attendit même pas qu'Eva et Jeff sortent de la calèche. Les deux Poufsouffles ne cherchèrent pas à le retenir. Akash était totalement immergé dans ses pensées. Déjà dans les calèches, Akash n'avait pas dit un mot malgré leurs tentatives de discussion, se contentant de taper du pied avec agitation.

Jeff offrit sa main à Eva pour l'aider à sortir de la calèche et Eva le remercia avec un sourire. Lorsqu'elle se fut remise sur ses pieds, elle se félicita d'avoir eu l'idée de se tresser les cheveux pendant leur voyage. Le vent était encore plus violent que la veille si possible.

« À propos de l'autre jour…, » commença Jeff lorsqu'ils commencèrent à descendre le chemin boueux menant au bourg de Pré-au-Lard.

Eva lui adressa un regard curieux, surprise par le ton hésitant de Jeff.

« Tu as vu avec qui j'étais ? » termina-t-il en lui adressant un regard du coin de l'œil.

Eva fronça les sourcils, rajustant son écharpe pour qu'elle puisse y enfoncer son menton. Elle prit quelques secondes à comprendre de quoi Jeff parlait avec une expression si inquiète.

« Non, dit-elle lentement, je n'ai rien vu.

– C'est vrai ? demanda Jeff, ses sourcils se fronçant.

– Ben oui, pourquoi est-ce que je te mentirais à ce sujet ? » dit Eva en lui jetant un regard perplexe.

Jeff s'échappa à son regard avec une grimace et un violent coup de vent fit voleter les mèches brunes qui s'échappaient de son bonnet noir :

« Je sais pas, répondit-il. Je n'ai juste pas envie d'avoir de prise de tête. L'année dernière avec Lucy c'est devenu si compliqué vers la fin. J'ai pas envie que tout Poudlard s'intéresse de nouveau à ma vie. Tu comprends, non ? dit-il en enfonçant son menton dans son col de manteau alors qu'une énième violente bourrasque les faisait tous les deux plisser les yeux.

– Je pense comprendre, oui, » admit Eva.

Eva avait beau être une célibataire éternelle, elle comprenait parfaitement l'envie de préserver son intimité. C'était dérangeant que des gens extérieurs connaissent les disputes avec vos amis, ça l'était encore plus lorsque vos problèmes tombaient dans le domaine des amours. Non, Eva n'avait jamais été en couple mais l'année dernière elle avait réalisé à quel point la curiosité perverse des élèves de Poudlard pouvait sévir après que des photos d'elle et de Royce soient parues. Si elle n'avait pas dû faire face à tous les yeux curieux de Poudlard, peut-être n'aurait-elle pas perdu le contrôle si rapidement.

Et cette année, elle remerciait Dieu de sa clémence car aucune photo d'elle avec Sirius n'était parue si on omettait celle plutôt innocente qui montrait Sirius en train de dormir sur ses genoux. Elle ne savait pas pourquoi – leur chute au bal d'Halloween avait été bien publique et leur baiser sur le fauteuil des Gryffondors s'était fait dans un coin de la Tour très fréquentée ce soir-là – mais elle en était soulagée.

Les Serpentards étaient une chose. Les lectrices de Poud'news étaient une autre. Eva ne voulait pas savoir ce qu'il se passerait si celles-ci apprenaient ce que Sirius lui avait révélé sous le gradin de Poufsouffle.


« Tu me plais, Eva. »


« Ça doit être pareil pour Black et toi – »

Eva s'arrêta.

« Comment ça Black et moi ? »

Jeff s'arrêta également. Fronçant les sourcils, il ouvrit la bouche :

« Eh bien tu – »

Mais un cri strident se mélangea aux mugissements du vent et Eva et Jeff se tournèrent en tandem pour localiser la source du cri. Eva dégaina de suite sa baguette qui était dans l'étui autour de son poignet, son cœur bondissant dans sa poitrine.

Cette fois-ci elle ne les laisserait pas faire.

La « coupable » était plus bas sur le chemin. Un groupe de jeunes garçons se trouvait entre elle et Eva et Jeff.

Eva comprit une seconde plus tard pourquoi les garçons pré pubères pouffaient de rire tandis que la jeune fille qui avait hurlé poussait maintenant de violents jurons en plaquant ses mains sur ses fesses.

Pourquoi s'être obstinée à porter une jupe si courte avec un temps pareil Eva ne comprenait pas. La jeune fille avait également choisi de mettre un manteau qui s'arrêtait au-dessus de son fessier. C'était presque prévisible qu'ils voient tous que la jeune fille avait choisi de porter un string sous son collant.

Sauf que la jeune fille en question ne parut pas voir la situation sous le même angle car Eva la vit sortir sa baguette pour menacer les garçons qui étaient trop immatures pour comprendre qu'on n'hurlait pas de rire quand quelqu'un vivait un moment de honte.

Les réflexes de préfet de Jeff s'éveillèrent :

« Hé ! Pas de magie en dehors du château ! » s'écria-t-il, la force de sa voix réussissant l'exploit de se faire entendre par-dessus les éléments.

Jeff commença à descendre rapidement la pente et Eva le suivit. Sauf que, quand ils se furent assez rapprochés, les deux Poufsouffles eurent la mauvaise surprise de voir que la jeune fille dont la chevelure ébène était cachée sous un bonnet rouge gryffondor n'était nulle autre que l'ex de Jeff : Lucy Emerson.

Et Lucy parut tout aussi heureuse que Jeff de le voir, c'est-à-dire pas du tout. Avec un rictus empli de mépris, la Gryffondor rangea sa baguette et continua son chemin, levant hautainement le nez. Mary McDonald qui l'accompagnait leur adressa une grimace désolée avant de courir à la poursuite de son amie qui marchait très rapidement malgré ses jambes courtes et ses talons.

« J'imagine que c'est surtout de la réaction Lucy dont tu as peur, ironisa Eva une fois que Jeff eut terminé de sermonner leurs cadets qui avaient été des Gryffondors de 3e année.

– Ce n'est pas la fille la plus raisonnable au monde, concéda Jeff avec une grimace, jamais un pour critiquer les gens derrière leur dos.

– Sans blague, » rigola Eva en repensant aux regards jaloux que lui lançait Lucy depuis la soirée chez les Gryffondors.

.


.

« Akash est déjà à l'intérieur, tu penses ? s'enquit Eva lorsqu'ils arrivèrent devant la porte des Trois Balais qui restait ouverte à cause de la nuée d'élèves de Poudlard qui s'engouffraient dans le bar pour se réchauffer.

– J'en sais rien, lui répondit Jeff en sautillant sur place pour ne pas attraper une pneumonie. En tout cas, je m'en fous. On a qu'à rentrer. Hors de question de l'attendre dehors. »

À cet instant précis, une violente bourrasque les frigorifia de plus belle et les deux Poufsouffles ne tardèrent pas à pousser les Serdaigles devant eux pour rentrer dans les Trois Balais. Eva poussa un soupir de soulagement lorsqu'elle sentit l'air chaud du bar redonner vie à son corps. La température était si agréable qu'elle pourrait même venir à en supporter le brouhaha volumineux du bar.

C'était comme si tout Poudlard s'était donné rendez-vous au même endroit. Eva doutait qu'ils puissent trouver une table vide. Sauf qu'elle n'eut pas le temps de le faire remarquer à Jeff qui avait retiré son bonnet avec un soupir de soulagement et qui s'ébouriffait ses cheveux ébènes – attirant sans le vouloir des regards intéressés – car Eva entendit son prénom être crié.

Elle leva les yeux et vit Akash adossé à la rambarde de l'étage. Il leur faisait signe de monter.

Eva attrapa Jeff par le coude et le tira derrière elle pour se faufiler dans la foule. Elle ignora Rita Skeeter qui l'observa attentivement passer devant elle avant de se pencher pour griffonner furieusement sur son carnet.

Eva monta les vieux escaliers en bois qui grincèrent sous ses bottes avec des talonnettes, Jeff à sa suite. Il n'y avait de l'espace que pour quatre tables à l'étage et c'était souvent les élèves plus âgés qui les réservaient.

Eva remarqua rapidement que la table plus proche des escaliers avait été prise par un groupe de Serdaigles parmi lequel elle ne connaissait que le nom de Benjy Fenwick, le fameux champion de duel. La table à droite, côté mur, était occupée par les Gryffondors de 7e année qui riaient à grands éclats en jouant à une bataille explosive qui aurait brûlé le bonnet de Steve McAvoy si Carina Winnifred ne l'avait pas tiré en arrière.

La table du fond côté mur, elle, était occupée par des Serpentards.

Eva sentit son cœur bondir dans sa poitrine.

Ni Royce ni Evan Rosier n'étaient là.

Eva détendit ses poings serrés.

Non, ceux qui étaient présents étaient un mélange de garçon de 6e et 5e année : Severus Rogue, Antonin Dolohov, Corban Yaxley, Charlus Rockwood, Robert Parkinson, Sébastian Vance, Regulus Black, ils étaient tous penchés en avant et semblaient au milieu d'une discussion très sérieuse.

Quant à Akash, il avait réussi à réserver la table du fond côté rambarde. Elle était très pratique pour épier ou lancer discrètement des sortilèges à ceux serrés comme des sardines au rez-de-chaussée. Eva le disait en connaissance de cause : elle avait elle-même malencontreusement jeté un sortilège de lévitation à la Bierreaubeurre de Liam Olsen pour qu'il soit aspergé par son contenu durant sortie de septembre.

Akash les accueillit avec encore plus d'entrain qu'en temps normal. Il leur demanda bruyamment où est-ce qu'ils étaient passés puis, n'attendant pas une réponse, il tira sur le bras d'Eva pour la forcer à s'asseoir à côté de lui.

Eva se retrouva donc assise face à Astrid Matthews, Kate Godfried ainsi qu'Amos qui lui adressa un sourire amusé, son bras posé autour des épaules de sa petite amie qui était collée à lui. Kate offrit un sourire crispé à Eva, toujours un peu froide à cause des rumeurs qui couraient sur Eva.

À en juger par les chopes vides sur la table, c'était Amos et Kate qui avaient dû se charger de réserver la table pour eux.

Astrid, elle, la salua à sa manière alors que Jeff se glissait sur la chaise à la droite d'Eva.

Eva eut une pensée jalouse. Elle aussi aurait voulu s'asseoir sur la banquette avec des coussins moelleux collée au mur. Sauf qu'elle et Jeff étaient arrivés trop tard et ils n'avaient donc pas d'autre choix que de s'asseoir sur les chaises en bois qui les mettaient dos aux escaliers et aux Serdaigles derrière eux.

« Où est-ce que tu étais hier ? lui demanda Astrid Matthews à peine Eva se fut-elle assise. Professeur Brûlopot voulait nous mettre ensemble pour s'occuper d'un Occamy.

– Euh…, » dit Eva, ne pouvant s'empêcher de jeter un regard à Akash.

Akash continua d'observer Astrid qui était assise en face de lui. La Serdaigle avait réussi l'exploit de tresser ses cheveux épais mais leur volume restait toujours impressionnant. Toutefois, Akash fut bien conscient du regard d'Eva car il cogna son genou contre le sien en-dessous de la table.

Ne fais pas de la merde, comprit Eva à son geste.

« J'avais passé une mauvaise nuit, dit Eva en adressant un sourire contrit à Astrid Matthews qui l'observait d'un air contemplatif. J'ai attrapé la grippe hivernale, » ajouta-t-elle en déposant son manteau sur le dos de sa chaise.

Eva ne retira pas son écharpe. Bien qu'elle porte un col roulé, elle ne voulait pas que quiconque pose les yeux sur son cou.

« Pourtant tu m'as l'air d'aller bien si on omet tes énormes cernes, » fit remarquer Astrid en observant éhontément Eva de bas en haut.

Eva l'avait oublié mais c'était ça qui était perturbant avec Astrid Matthews : elle vivait dans son propre monde, inconsciente des normes sociales. C'était son comportement si franc qui la rendait si difficile à approcher et qui avait failli la rendre un paria si Marlène McKinnon et Kate Godfried ne s'étaient pas interposées.

À l'instant même, Eva sentit le regard d'avertissement que lui lançait Kate Godfried, comme pour la prévenir qu'elle ne lui pardonnerait pas de répondre mal à sa meilleure amie.

« Pomfrey est un vrai génie, que veux-tu, » dit Eva en laissant échapper un faible rire.

Elle se sentait mal à l'aise qu'on ait mentionné ses cernes qu'elle n'avait pas pensé devoir cacher. En sortant de l'infirmerie, elle avait prévu de passer la journée dans la salle commune à avancer ses devoirs. Elle avait complétement oublié le rendez-vous d'Akash avec Astrid Matthews.

Eva se frotta le brin de peau sous son œil, continuant de sourire.

« Mais, qu'est-ce que c'est qu'un Occamy exactement ? Je ne crois pas qu'on en ait parlé en cours, ajouta Eva en adressant un regard interrogateur à Jeff à sa droite vu que Akash, son partenaire en cours de Soins, était envouté par Astrid Matthews.

– Professeur Brûlopot en a ramené par hasard hier, lui dit Jeff, ses doigts pianotant avec agitation sur la table en bois.

– Les Occamys viennent d'Inde, intervint Astrid. Akash me disait tout à l'heure que ses grands-parents en avaient. »

Akash se redressa et se mit à frotter sa barbe bien rasée, un sourire prétentieux aux lèvres. Pourtant, sous la table, son pied vibrait, manquait de peu de donner un coup à la jambe d'Eva.

« Ils en ont trois même, se vanta Akash. Ils mangent des rats, des oiseaux et même des singes, ajouta-t-il et c'était bien la première fois qu'Eva le voyait si fier de pouvoir dire quelque chose qui intéresserait seulement un féru de Magicologie.

– Eh bah la prochaine fois que tu iras voir tes grands-parents en Inde, tu amèneras Astrid avec toi, intervint Amos, un sourire amusé aux lèvres. Comme ça tu auras l'aval de ta famille dès le début. »

Eva retint un soupir exaspéré. Elle jeta un regard atterré à Amos qui décrocha ses yeux d'Akash qui lui faisait les gros yeux pour adresser un clin d'œil joueur à Eva lorsqu'il remarqua son expression.

Sauf qu'Astrid ne réagit pas avec gêne comme n'importe quelle autre fille l'aurait fait. Non, comme toujours, elle réagit de manière tout à fait singulière :

« Ça ne me dérangerait pas. J'ai toujours voulu aller en Inde. »

Et Akash sauta sur l'occasion, demandant à Astrid avec un sourire rayonnant qu'est-ce qui l'intéresserait de voir là-bas. Et c'est ainsi qu'Eva apprit que le père d'Astrid était indien mais avait été adopté par un charmant couple de gallois à ses trois ans après que sa mère ne décède de la tuberculose en Inde. Matthews était donc le nom d'adoption du père d'Astrid. Akash demanda ensuite à Astrid si elle avait également un deuxième prénom indien.

« Preeti ? répéta Akash avec un accent indéniablement indien qu'il camouflait d'habitude. Ça veut dire joie ou délice, révéla-t-il avec toujours ce sourire éclatant.

– Un met délicieux dans lequel il se ferait une joie de croquer, » chuchota Amos à l'oreille de Kate ce qui lui valut une claque au bras de la part de sa petite amie qui pouffa toutefois de rire.

Mais ni Astrid ni Akash ne parurent les entendre, engagés qu'ils étaient dans leur conversation qui s'attardait sur la signification des prénoms indiens et leurs origines. Eva écouta avec intérêt lorsqu'ils commencèrent à parler des différentes communautés indiennes. Elle n'ouvrit toutefois pas une seule fois la bouche. Elle était heureuse de simplement être témoin de la complicité entre Akash et Astrid Matthews.

Akash avait été si anxieux à l'idée de cette rencontre. Il était même venu chercher Eva pour qu'elle lui donne son avis sur la tenue qu'il avait choisie. C'était étrange de le voir comme ça. Eva l'avait déjà vu draguer des filles mais, cette fois-ci, Eva pouvait le voir à l'éclat de son visage qu'Akash était réellement intéressé par Astrid Matthews qui, bien qu'elle ne laissait jamais échapper un sourire, semblait également être intéressée (à sa façon) car elle ne cessait de poser de nouvelles questions à Akash.

Jeff, lui, ne semblait pas d'humeur à s'intéresser à la culture indienne car il poussa un lourd soupir tandis qu'Amos et Kate commençaient leur discussion dans leur bulle.

« Je vais nous chercher un verre ? » proposa-t-il à Eva en commençant déjà à se lever.

Eva acquiesça avec un sourire et lui glissa six Mornilles. Elle ne pourrait que se payer une seule Bierreaubeurre aujourd'hui. Il ne lui restait presque rien après avoir marchandé avec Howard pour la bouteille de Whisky destinée à Sirius et elle devait garder assez d'argent pour acheter un paquet de Chocogrenouilles.

« Je reviens tout de suite, lui glissa Jeff en rejetant en arrière ses mèches ébènes avec une main agitée.

– Ne te perds pas dans la foule, » le taquina Eva.

Jeff lui fit une grimace moqueuse puis longea l'étage pour atteindre les escaliers. Écoutant d'une oreille distraite Akash parler de ses grands-parents qui tenaient une animalerie à Calcutta, Eva se tourna légèrement pour suivre du regard Jeff qui resta figé devant les escaliers. Eva comprit pourquoi la seconde suivante : Lucy Emerson venait d'apparaître en haut des escaliers.

Les deux ex s'observèrent en silence et Eva pouvait sentir d'ici la tension électrique entre eux deux.

Finalement, ce fut Lucy Emerson qui prit la parole après avoir rejeté ses cheveux en arrière d'un geste de poignet hautain. Eva vit sa bouche se mouvoir mais, à cause de la table d'élèves de Serdaigle entre eux, elle ne parvint pas à entendre ce que la Gryffondor disait pour causer cette expression si fermée sur le visage de Jeff.

Eva hésita à se lever lorsqu'elle vit Jeff hausser les épaules et Lucy tiquer en réponse à sa nonchalance. Lucy Emerson rouvrit sa bouche pour envoyer certainement une nouvelle pique à son ex mais une chevelure rousse foncée apparut derrière elle et Lucy se tourna vers Lily Evans avec une expression incendiaire, les bras croisés sous sa poitrine.

Lily Evans salua Jeff d'un hochement de tête et s'avança en ignorant le regard noir que lui lançait Lucy derrière son dos. Puis, Saoirse Stewart apparut, un sourire amusé aux lèvres, et Lily Evans se retourna pour siffler un « Saoirse » menaçant que même Eva entendit malgré les rires des Serdaigles. Saoirse Stewart s'adressa ensuite à Jeff qui hocha la tête, la mâchoire crispée, et le voir si mal à l'aise fit hésiter Eva. Elle allait se lever pour l'aider face à cette tornade de Gryffondors au fort caractère mais Mary McDonald termina de monter les escaliers et Jeff n'attendit pas une seconde de plus pour descendre.

Eva vit Mary McDonald jeter un regard inquiet à l'arrière de la tête de Jeff qui descendait les escaliers à vive allure et Saoirse la prendre par le bras pour la tirer derrière elle, une blague sans doute sur les lèvres.

L'irlandaise ne perdit pas son sourire amusé même lorsque Lucy s'éloigna avec un reniflement hautain pour rejoindre la table de Gryffondors de 7e année qui poussaient actuellement des cris car une carte fulminante venait de tomber sur le parquet. Heureusement, Liam Olsen eut le réflexe de la rattraper avant qu'elle n'explose sur le sol et, pour la peine, la carte lui explosa à la figure, aspergeant son visage de suie. Les Gryffondors, bruyants comme toujours, ne tardèrent pas à exploser de rire et à se moquer du Capitaine de Quidditch à l'agacement des Serpentards qui leur adressèrent des regards méprisants à la table derrière.

Une nouvelle explosion retentit à la table des Gryffondors alors qu'Eva observait avec prudence Mary McDonald, Saoirse Stewart et Lily Evans se chamailler au milieu des tables. Eva sursauta violement et, perdue dans son adrénaline, elle ne vit pas Mary McDonald sursauter tout aussi violemment qu'elle.

Eva manqua de sursauter de nouveau lorsque Lily Evans poussa une bruyante exclamation :

« Je ne suis pas jalouse ! »

Son volume avait été tel qu'un silence se fit à leur étage.

« Qu'est-ce qu'elle a ? » s'enquit Amos en jetant un regard curieux à la préfète qui virait au rouge cramoisi.

Lily Evans retira le bras de Saoirse Stewart juché sur ses épaules et, le visage rouge, elle s'avança à grands pas vers la table de Gryffondors, ignorant derrière elle les gloussements de l'irlandaise.

Eva se rassit enfin correctement, ne souhaitant pas que la préfète la remarque.

La blessure était encore toute fraîche. Eva ne souhaitait pas adresser la parole aux deux Gryffondors qui étaient tombées sur un spectacle qu'elles n'auraient jamais dû voir. Eva ne voulait pas leur parler car elle savait qu'elle aurait droit à des regards emplis de pitié et à un interrogatoire interminable. De plus, elle avait honte. Honte qu'on l'ait surprise dans une position si pitoyable.

« Ça va, tu t'ennuies pas trop ? demanda avec amusement Amos lorsqu'il vit Eva sortir une Noise et sa baguette.

– Ça va, » répondit évasivement Eva avec un haussement d'épaules en changeant la couleur de sa pièce.

D'un bronze foncé, la Noise devint jaune vif. Mais alors qu'Eva métamorphosait sa pièce pour qu'elle devienne bleue cette fois-ci, Amos prit de nouveau la parole :

« Tu as l'air de t'éclater. Tu veux qu'on aille jouer à la marelle après ? »

Eva lui décocha un sourire :

« La marelle ? Tu m'impressionnes, Amos. Tu as enfin commencé à lire ton manuel d'Études des Moldus ? »

Amos éclata de rire puis, lui adressant un clin d'œil, il ajouta :

« Oh tu sais, nouvelle année, nouveau moi. Mais c'est surtout parce que Jeff nous a parlé d'un livre qui s'appelle le Kama Sutra que je me suis dit que les moldus avaient peut-être des choses à m'apprendre. »

Pourquoi est-ce que ça ne l'étonnait pas que ce soit le cul qui réussisse à motiver Amos à travailler cette matière maintenant que Charlotte n'était plus là pour le cadrer et l'amener arpenter le monde moldu pendant les vacances ?

Eva leva les yeux au ciel, arrachant un éclat de rire à Amos. Kate Godfried qui était lové sous le bras d'Amos ne parut pas voir ce qu'il y avait de drôle car elle demanda avec une pointe d'agacement :

« De quoi vous parlez ? »

En voyant le sourire malicieux d'Amos qui se penchait vers sa petite amie pour lui chuchoter à l'oreille, Eva se dit qu'il valait mieux qu'elle se concentre de nouveau sur sa Noise bleue. Mais même en se concentrant sur sa Noise pour qu'elle devienne verte, Eva ne put s'empêcher d'entendre le hoquet choqué de Kate Godfried après qu'Amos ait terminé de lui chuchoter à l'oreille quelque chose de salace certainement.

« Dans la salle de bain des préfets ? Non mais ça ne va pas la tête – »

Eva se força à ignorer le reste de la phrase de Kate Godfried.

Si ça avait été Charlotte, elle aurait violemment rougi mais aurait aussi violemment pincé la cuisse d'Amos pour le punir d'être aussi vulgaire. Sauf que Charlotte n'était plus la petite amie d'Amos et qu'elle était actuellement terrée dans la bibliothèque.

Eva donna une couleur rouge vif à sa Noise, s'efforçant de contrôler la quantité de magie utilisée pour qu'elle ne ressente pas la même sensation de brûlure que ce matin lorsqu'elle avait été trop avare avec son sortilège de camouflage. Eva n'avait pas osé demander à Pomfrey combien de temps un sorcier prenait-il pour retrouver ses facultés à 100% après s'être fait aspiré contre son gré toute son essence magique.

Sachant que les 1ère année n'avaient pas le droit d'aller à Pré-au-Lard, Eva avait discrètement demandé à Gilbert du club de Baveboules de surveiller Charlotte. De toute façon, Gilbert passait sa vie dans la bibliothèque, ça ne lui changerait rien de se détacher une seconde de ses bouquins pour s'assurer que la blonde avec un cerf-tête rouge soit toujours là. Sauf que Gilbert était étonnement aussi dur en affaires que lors du décompte de points pour un match de Baveboules. Eva n'avait eu d'autres choix que de lui promettre de lui ramener un paquet de Chocogrenouilles en échange de ses services.

Son portefeuille presque vide ne le lui pardonnerait pas mais c'était ça ou se ronger les ongles pendant toute la journée de peur que les Serpentards s'en prennent de nouveau à Charlotte qui refusait de lui adresser la parole. Eva regrettait encore moins son geste en sachant que Royce et Evan Rosier étaient actuellement introuvables. De la part de Royce, cela n'étonnait pas Eva mais Evan Rosier avait pris l'habitude de commander une table entière des Trois Balais pour sa cour.

« Laisse Charlotte respirer un peu. Tu sais comment elle est. Elle ne fait que s'entêter quand on la force à parler, » lui avait suggéré ce matin Emmeline en accrochant ses boucles d'oreilles avec des pierres de rubis offertes par Ronan pour se préparer à sa sortie londonienne avec celui-ci.

Du temps. Ha. Eva n'était pas sûre d'avoir encore ce privilège.

Eva continua de changer la couleur de la Noise : mauve, gris, rose, orange, blanc, marron puis jaune de nouveau et elle recommença dès le début, tentant cette fois-ci de diviser en trois partie sa Noise pour que chaque tiers ait une couleur différente. Elle sentit un bref fourmillement désagréable lorsqu'elle força sa magie dans sa baguette et elle ne put retenir une grimace frustrée en voyant la Noise verte, blanche et orange.

« Salut. »

Cette voix grave si proche de son oreille fit sursauter Eva qui agrippa vivement sa baguette. Le cœur trébuchant dans sa poitrine, elle tourna des yeux écarquillés vers Sirius qui lui adressa un sourire moqueur. Il avait une main posée sur le dos de sa chaise et de l'autre il tenait par-dessus son épaule une veste en cuir.

Le détail le plus troublant était la proximité de son visage avec celui d'Eva.

Eva fit semblant de ne pas remarquer son cœur s'agiter pour une nouvelle raison à la vue de Sirius.

La dernière fois que la bouche de Sirius avait été si proche, il l'avait embrassée jusqu'à ce qu'elle en oublie son prénom. La dernière fois qu'elle l'avait vu, il l'avait empêché de fuir en grimpant sur elle, il lui avait déposé un baiser brûlant sur sa main et ses yeux

Il lui avait dit –

Eva se recula sur sa chaise.

Son action parut amuser Sirius car la commissure de sa lèvre se souleva. Ses yeux gris pétillèrent et Eva attendit avec la gorge étrangement nouée une taquinerie de sa part. Pourtant, alors qu'Eva était sûre et certaine qu'il allait se moquer d'elle, Sirius se redressa et devoir lever les yeux pour capter son regard fit quelque chose de bizarrement plaisant à Eva.

Inconsciemment, les yeux d'Eva glissèrent de ses longs cils à sa bouche souriante jusqu'à la lignée de grains de beauté sur l'arc de son cou qui commençait à être une véritable obsession si elle était honnête. Une écharpe rouge était lâchement nouée autour de son cou mais c'est sur sa clavicule que sa chemise négligemment boutonnée laissait à la vue de tous que le regard d'Eva s'attarda.

« Black, t'es venu nous piquer Eva ? » dit Amos et Eva arracha son regard de Sirius avec précipitation, réalisant où son regard s'était attardé.

Elle sentait des gouttes de sueur s'accumuler sous la double couche de son écharpe et de son col roulé. Elle eut envie de retirer son écharpe.

« Je n'ai pas pu m'empêcher en voyant à quel point elle avait l'air de s'ennuyer, » dit Sirius en adressant un regard amusé à Eva qui lui fit une grimace.

Sa langue était lourde, sa gorge sèche mais Eva n'était pas sûre que ce soit lié à sa blessure. Elle n'avait eu aucun mal à s'exprimer lorsqu'elle parlait avec Amos. C'était à cause de Sirius comme d'habitude. Mais elle ne voulait pas lui montrer son désarroi alors qu'il paraissait si amusé. C'est pourquoi elle se força à lui parler, levant son visage vers lui :

« Comment est-ce que tu as pu voir ça ? Je suis cachée derrière Akash et je tourne le dos aux escaliers. »

Sauf que Sirius semblait déterminé à la faire perdre ses moyens car il lui dit :

« Disons que je te remarque dès que je rentre dans la même pièce que toi. »

Amos siffla d'un air impressionné et, impuissante, Eva sentit un rougissement monter de sa poitrine jusqu'à ses oreilles. Son rougissement soudain ne fit qu'empirer sous le sourire arrogant de Sirius, vraisemblablement fier de son effet.

Il mentait. Elle savait qu'il mentait mais rien que d'imaginer qu'il l'avait trouvé et observé sans qu'elle ne le sache depuis le rez-de-chaussée nouait son ventre et l'embarrassait au plus haut point.

Amos retira son bras des épaules de Kate Godfried pour se pencher par-dessus la table, les bras croisés sur celle-ci.

« Quel beau parleur, dit Amos en semblant tout à fait amusé et Eva aurait pu le remercier de divertir l'attention de Sirius qui détaillait lentement du regard ses joues rouges comme pour savourer l'effet qu'avaient ses paroles sur une jeune idiote comme Eva. C'est avec des phrases comme ça que tu réussis à faire fondre toutes les filles du château ?

– Pas toutes. Pas celle qui compte le plus en tout cas. »

À ce sous-entendu que personne ne manquerait de relever à cause du regard amusé – presque provocateur – que lui lançait Sirius, Eva se réveilla.

Elle posa sa main sur la chemise de Sirius –


Pourquoi ce crétin ne pouvait-il pas boutonner correctement sa chemise alors qu'il faisait zéro degré dehors ? La chaleur insupportable des Trois Balais n'était pas une excuse qui vaille, bien qu'Eva soit actuellement en train de mourir de chaud sous son pull jaune moutarde !


– et elle le poussa en arrière avec agacement, agacement qui ne fit qu'augmenter lorsque Sirius éclata de rire et s'excusa d'un geste nonchalant du poignet à la Serdaigle dont il venait de bousculer la chaise à la table derrière.

Il l'énervait. Pourquoi son sourire étincelant était-il suffisant pour faire disparaître l'irritation de la Serdaigle et faire apparaître à la place une expression de choc puis une de timidité ? Pourquoi Eva était-elle la seule à réaliser que derrière son stupide visage attirant et son charisme envouteur se cachait seulement un garçon immature qui adorait jouer ?

« Désolé, Redford. Les Poufsouffles sont curieusement violentes malgré les apparences. »

Et Sirius ajouta bien sûr ce commentaire en adressant un regard amusé à Eva, ne remarquant pas que le cerveau de la Serdaigle – Redford – parut disjoncter lorsqu'il posa sa main sur son épaule pour se redresser.

« Oh. Hum, balbutia la Serdaigle qu'Eva savait être en 6e année tout comme Sirius. Ce n'est pas grave, j'ai juste été un peu surprise. Tu ne t'es pas fait mal ?

– Non, non, il faudrait bien plus qu'une blaireaute pour me faire mal, » plaisanta Sirius en narguant toujours Eva du regard.

Son commentaire lui valut un doigt d'honneur et un « La ferme, Black » qui auraient été bien plus convaincants si la rougeur du visage d'Eva ne concurrençait pas actuellement celui des Abbott par sa force.

« Après, je ne dis pas non à un peu de douleur causée par les griffes d'une blaireaute. Ça pimente toujours l'action. »

Et il lui sourit moqueusement.

Il voulait qu'elle le jette par-dessus la rambarde, se dit Eva alors qu'elle se sentait piquer un fard des enfers sous les yeux curieux des Serdaigles qui s'étaient retournés pour les écouter et celui doucement déçu de Redford la Serdaigle. Il n'y avait pas d'autres explication.

Elle allait étriper ce crétin arrogant et coller sa langue à son palais pour qu'il ravale ses sous-entendus.

Tandis que la main d'Eva se serrait autour de sa baguette et que ses yeux fusillaient du regard un Gryffondor au sourire goguenard, Amos se tournait vers sa petite amie :

« Kate, ça te ferait de l'effet si je te sortais des phrases toute faites comme ça ? »

Devant eux, Eva prévint entre des dents serrées à Sirius Black qu'elle allait le faire regretter. « Vas-y, je t'attends, » répondit le Gryffondor et Benjy Fenwick se moqua de Sirius Black en lui disant que c'était parce qu'il n'avait aucun instinct de survie qu'il n'était pas champion de duel.

« Si tu le penses réellement, oui, admit Kate en haussant les épaules en observant avec méfiance Sirius Black se rapprocher imprudemment de leur table jusqu'à ce que la baguette tendue d'Eva ne s'enfonce dans son torse.

Alors, tu vas le lancer ce sort ? dit Sirius Black et Kate se fit la réflexion qu'elle ne comprendrait jamais comment Marlène, la personne la plus intelligente qu'elle connaisse puisse éprouver autant d'affection pour un garçon qui était son total opposé.

– Vraiment ? s'étonna Amos en se redressant pour se frotter ses cheveux courts. Va falloir que je commence à prendre des notes. Je ne peux pas laisser Black me piquer ma place de coqueluche des filles. Déjà qu'il essaye de me voler Eva, il ne peut pas me prendre ça en plus, » plaisanta-t-il en écoutant avec amusement Sirius Black prévenir Eva que le bar était rempli de préfets et que, si elle ne voulait pas perdre de points, il vaudrait mieux qu'elle apprenne à contrôler ses pulsions.

Au mot « pulsions », Sirius Black se pencha pour le souffler à l'oreille d'Eva. Amusé et presque impressionné par le cran du Gryffondor qui se redressait légèrement pour adresser un sourire moqueur à Eva, Amos ne remarqua pas le regard jaloux que lui adressait Kate.

Amos n'adressa qu'un regard distrait à sa petite amie lorsqu'elle se redressa, écoutant d'une oreille Eva chuchoter à Black qu'elle allait lui jeter un maléfice pour qu'il ne fasse que se cogner le petit orteil de la journée – une menace peu impressionnante au premier abord comme semblait le penser Sirius Black qui éclata de rire mais qui était en réalité une vraie torture. Amos et Akash n'avaient plus jamais fait les malins devant Dorcas Meadowes après avoir passé trente minutes à se cogner les pieds contre tout le mobilier de Poudlard.

Or, lorsqu'il vit Kate terminer sa Bierreaubeurre avec presque énervement, Amos sentit que quelque chose ne tournait pas rond :

« Il y a un problème ? » demanda-t-il, un pli confus entre ses sourcils.

Mais Kate ne lui répondit pas. Elle reposa bruyamment sa chope sur la table en bois où des élèves avaient griffonné des croquis vulgaires ou des initiales et elle se releva. Les longues jambes d'Amos lui bloquèrent le passage alors la Serdaigle poussa en avant la table qui crissa sur le parquet.

Kate partit en attrapant son manteau.

« Kate ? Kate ! s'exclama Amos, son cri attirant l'attention de tous ceux à l'étage. Merde, qu'est-ce qu'elle a ? » s'étonna-t-il, se frottant ses cheveux rasés court avec agitation alors que les cheveux blonds de Kate disparaissaient dans les escaliers.

Par réflexe, Amos adressa un regard éberlué à Akash mais son meilleur ami avait été trop engagé dans sa conversation avec Astrid Matthews alors il ne put que hausser les épaules, incapable de lui donner une explication. Profondément perdu, Amos posa son regard sur Eva qui lui lançait un regard incertain, sa baguette toujours enfoncée dans le torse de Sirius Black qui, derrière son visage impassible, pourrait sembler agacé que l'attention d'Eva ne soit plus posée sur lui.

« Merde, » dit de nouveau Amos en sentant la colère monter alors qu'il sentait de multiples regards peser sur lui.

Face à lui, les Serdaigles qui s'étaient à l'origine tournés pour épier Sirius Black et Eva le fixaient maintenant. Amos leur montra les dents, réussissant à intimider la plupart de manière efficace.

« Tu es aussi débile que tu n'en as l'air ou quoi ? » intervint soudain Astrid.

Juste l'entente de sa voix méprisante fut suffisant.

« Qu'est-ce que t'as Astrid ? cracha Amos en se tournant vers l'autre occupante de la banquette dont le nez froncé lui laissait parfaitement comprendre à quel point elle l'estimait. T'en as pas marre de ne faire que des commentaires inutiles ?

Amos, siffla Akash mais ni Amos ni Astrid ne lui accordèrent un regard, occupés qu'ils étaient à se foudroyer du regard.

– Tu ne comprends pas qu'elle puisse être jalouse ? Déjà tu ne t'expliques pas alors que tu regardes tout le temps Charlotte Tronsky et maintenant tu veux garder Eva Brown pour toi ? Tu es si égoïste. Je comprends mieux pourquoi Charlotte Tronsky semble te détester, » dit Astrid en lui décochant un regard empli de mépris.

Amos serra son poing qui était sur la table. Si Astrid Matthews n'était pas une fille, il n'aurait pas hésité à lui foutre une droite pour se permettre de lui parler comme ça. Il n'en avait rien à foutre qu'Akash lui donne des coups de pied sous la table. Astrid Matthews était une garce, rien de plus rien de moins.

« Va te faire foutre, Matthews, gronda Amos en se levant.

Amos ! s'écria furieusement Akash alors que son meilleur ami prenait son manteau.

– Ta gueule Akash, » pesta en retour Amos en brandissant son majeur bien haut, le parquet tremblant sous son poids.

En trois secondes, Amos atteignit les escaliers. Alors qu'ils croyaient tous que les choses allaient se calmer, Astrid Matthews se leva abruptement elle aussi. Elle ne s'expliqua pas lorsqu'Akash lui demanda d'un air paniqué pourquoi est-ce qu'elle prenait ses affaires. Lorsque Astrid Matthews leur tourna également le dos, Akash poussa un juron et bondit à ses pieds, partant à la poursuite de la Serdaigle qui criait à Amos de « laisser Kate tranquille ! ».

Abandonnée par ses amis, Eva abaissa sa baguette et bondit jusqu'à la rambarde à laquelle elle s'accrocha alors qu'elle cherchait du regard ses amis. Elle vit d'abord Amos pousser sans vergogne Gilderoy Lockhart qui semblait retenir malgré eux Francis Lockhart, son cousin, et Luke Carstein puis il franchit la porte et disparut dehors. Deux secondes plus tard, Astrid Matthews en faisait de même et Akash ne tarda pas à la suivre, poussant Gilderoy Lockhart qui poussa un cri de protestation après s'être fait bousculer pour la deuxième fois.

« Eh ben, on a l'air de jamais s'ennuyer avec vous, » dit Sirius.

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titre du chapitre : Un joyeux délice (I)
nombre de mots : 12 500

Pré-au-Lard nous voilà ! Sirius la drague le voilà ! Eva l'extenuée de la vie la revoilà ! (Et une toute petite touche d'Eva la jalouse ?) Vous en avez pensez quoi de Howard, Emmeline et Jeff ? Vous vous rappelez encore qui ils sont ? Et la drague de Sirius ? (lol) La suite le dimanche 4 juillet si on a 3 reviews ? (Ou plus hein, faut pas se leurrer, haha). Tschüssie !