le juste vivra par sa loyauté


Ouii, ce chapitre est arrivé plus tôt que prévu. Une inspiration soudaine (pour le travail ci-dessous) et une procrastination féroce (pour le vrai boulot) sont à remercier pour ça, haha. Merci à jane9699, Belette et Moow pour vos reviews ! Vous gérez, cette suite est pour vous ;)


Chapitre 34 : Célébrons l'amitié, la bravoure et l'espoir (III)


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Coleen O'Connor, Serdaigle de 3e année, tourna sa tête de deux centimètres et demi pour essayer de mieux entendre la voix douce de Rashti Banerjee à une chaise d'elle.

Son aînée d'un an était tout à fait intéressante lorsqu'elle prenait la parole mais si seulement elle pouvait apprendre à parler plus fort, surtout dans un endroit aussi bruyant que les Trois Balais ! Toutefois, Coleen n'exprimerait pas son mécontentement à haute voix. Elle n'était pas suicidaire. Depuis que Rashti Banerjee avait donné quelques conseils à Mandy pour leur examen de fin de trimestre de Métamorphose c'était comme si leur camarade de Serdaigle était Morgane réincarnée. À en juger par les yeux brillants de Mandy et ses acquiescements constants et énergiques, c'était comme si chaque parole qui sortait de la bouche de Rashti Banerjee valait de l'or.

Au début, Coleen avait cru que le soudain intérêt de Mandy envers Rashti était lié au très beau meilleur ami de celle-ci : Calvin McKinnon. En effet, ça aurait été la conclusion la plus logique. À côté des parfaits cheveux longs, sombres, lisses, brillants et sans une seule fourche de Rashti Banerjee se trouvaient constamment les boucles d'un blond platine rivalisant l'éclat du soleil de Calvin McKinnon.

Si Coleen ne souffrait pas d'une timidité maladive qui la faisait frotter frénétiquement l'ongle de son pouce sous la table à cause de l'anxiété que lui procurait le fait de partager la table avec des 4e année de Serdaigle avec qui Mandy l'avait forcé à s'asseoir, peut-être Coleen aurait fait remarquer à Mandy que le commentaire de Rashti Banerjee sur la prochaine date de concert de la chorale de Flitwick ne valait pas la peine de sourire avec autant d'enthousiasme. Mais Coleen avait l'impression que sa langue était collée à son palais et que des fourmilles parcouraient son corps en ébullition alors elle fixa simplement le bois de la table alors qu'en face d'elle, Mandy annonçait attendre avec impatience d'entendre Rashti Banerjee chanter et est-ce qu'elle avait réussi à arracher un solo à Carina Winnifred ?

À cette question, ce ne fut pas la parfaite Rashti Banerjee qui prit la parole. Non, ce fut le garçon assis entre elle et Coleen qui s'immisça dans la conversation. Un garçon qui était une autre des raisons pour laquelle Coleen n'arrivait pas à décrisper ses poings posés sur ses cuisses.

« Tu t'avances peut-être un peu trop Amanda, dit avec amusement Calvin McKinnon de sa voix qui semblait devenir plus grave plus les mois passaient et que son corps s'allongeait. Winnifred terrasse d'un revers de la main toute concurrence. Comme c'est sa dernière année, elle veut protéger sa place à tout prix. Une vraie prédatrice cette fille. Elle est aussi protectrice qu'un dragon avec ses petits. Sauf que dans ce cas-là on ne parle que d'une chorale, » ajouta-t-il, déclenchant le rire du reste de la table.

Coleen n'arriva pas à décrocher un sourire –


Pourquoi est-ce que je suis aussi nulle ? Ils doivent me prendre pour une débile mentale qui ne comprend pas l'anglais !


– malgré le timbre de voix si agréable de Calvin McKinnon –


Il est assis à côté de toi ! Fais quelque chose, óinseach !


qu'elle n'osait observer que du coin de l'œil, juste assez pour voir le reflet doré des flambeaux dans ses boucles platines. Mais Coleen ne fut pas la seule à ne pas réagir à la blague du Serdaigle et ce dernier prit moins d'une seconde à le remarquer.

« Qu'est-ce qu'il y a, Rashti ? Tu as peur que la commandante-en-chef de la chorale t'entende rire ? plaisanta Calvin McKinnon en poussant d'un air taquin le coude de Rashti posé à côté du sien sur la table. Ne t'inquiète pas, elle est en haut et en pleine guerre de bataille explosive. Vu son esprit de compétition, elle ne risque pas de t'entendre.

– Ne sois pas méchant, Calvin, dit Rashti en retirant son coude de la table. Carina mérite sa place, elle a une voix bénie des dieux. »

À cet instant, alors que les 4e année à table riaient de nouveau, (« Bénie des dieux ? N'exagère pas, Rashti. Toi et Flitwick êtes seulement beaucoup trop fleur bleue ! Je l'ai entendu chanter la Winnifred et elle ne m'a pas spécialement ému. », « Ça c'est parce que tu n'as pas de cœur, Williams ! »), Coleen entraperçut enfin une raison pour aduler Rashti Banerjee.

En effet, même si les autres se moquaient ouvertement d'elle, Rashti Banerjee continuait de secouer la tête, l'air profondément blasée par ce qu'elle entendait. Si ça avait été Coleen, elle aurait fondu en larmes et elle se serait fustigée mentalement d'avoir pris la parole. Comment Rashti faisait-elle pour ne pas admettre avoir changé d'avis alors que les Serdaigles riaient de ses paroles ?

La curiosité la rongea et c'est la force de celle-ci qui aida Coleen à tourner de cinq centimètres et demi sa tête vers la gauche, dans la direction effrayante de Calvin McKinnon et de Rashti Banerjee. Et c'est grâce à cet élan de courage qu'Coleen vit ce que personne autour de la table n'avait remarqué – encore moins Mandy qui riait avec les autres.

Sous la table, Calvin McKinnon avait posé le dos de sa main sur sa cuisse et, lentement, la main hâlée aux doigts de pianiste de Rashti Banerjee vint se poser sur cette offrande. Les doigts des deux Serdaigles s'entremêlèrent et, incrédule, Coleen osa enfin lever les yeux jusqu'à la bouche de Calvin McKinnon. À son grand ébahissement, Coleen y vit un sourire discret creuser une fossette dans sa joue. Les plus crédules auraient pu croire que cela était dû à l'échange d'insultes entre les aigles de 4e année et non pas une discrète marque d'affection.

Mais Coleen n'eut pas le temps de donner un coup de pied à Mandy pour qu'elle voit de ses yeux ce que Coleen venait de découvrir car quelqu'un bouscula sa chaise et, la seconde suivante, un bruyant éclat de verres résonna dans ses oreilles. Agacée mais la langue toujours collée à son palais, Coleen se retourna pour adresser un regard mécontent au fauteur de trouble. Elle n'était qu'une pauvre 3ème année mais pas besoin de la bousculer pour bien lui faire comprendre que sa chaise collée au bas des escaliers était la pire des places possibles ! Elle était déjà au coura –

Fuil. Du sang. Il y avait du sang. Il y avait deux filles par terre et de l'une d'elle s'échappait un véritable fleuve de sang qui lui donna immédiatement le tournis.

L'agacement intérieur de Coleen s'évapora.

« BOMBARDA ! » hurla la brune qui tenait la blonde ensanglantée contre elle, les traits de son visage se déformant à cause de la force de son cri.

Les yeux écarquillés, Coleen sentit son torse partir en arrière face à la force de la tornade quittant la baguette de est-ce que ça ne serait pas Eva Brown ? pour frapper de plein fouet un homme qui descendait en courant les escaliers.

Avec un craquement sinistre, le crâne de l'homme percuta le mur avant que tout son corps ne s'écroule sur les marches. Coleen eut l'impression que sa cage thoracique se rétrécissait alors qu'elle fixait avec une curiosité morbide le sang que laissa derrière lui le crâne de l'inconnu lorsqu'il glissa une marche plus bas.

À la gauche de Coleen, quelqu'un cria : « C'est quoi cette merde ?! ».

À ses pieds, elle entendait les sanglots de la blonde qui saignait, saignait, saignait.

Quelque part, quelqu'un dit le mot « vampire ». Une autre personne dit « loup-garou ».

À sa droite, un garçon se pencha vers les deux filles toujours à terre : « Hannah, continue d'appuyer sur la plaie ! Eva, aide-moi à la rele – aïe ! Eva, qu'est-ce que t'as ?! ».

Mais la curiosité de Coleen l'avait quitté. Elle ne réussit pas à tourner la tête pour voir pourquoi le garçon avait poussé ce cri de douleur.

L'anxiété, la peur, le sang dans son esprit, la rendait incapable de détacher ses yeux du corps étendu sur les marches, des chaînes métalliques qui avaient surgis du sol pour enserrer ses membres, de ces doigts aux bouts ensanglantés qui frémirent, de ces yeux blanchâtres qui se rouvrirent d'un coup et qui fixèrent le plafond, de ce torse qui se releva prestement et détruit les chaînes l'entourant comme si elles étaient faites de papier.

L'homme – vampire – loup-garou ? –

Le monstre se releva parmi les cris paniqués.

L'arracht uafar bondit.

Coleen vit sa main se tendre dans les airs à vingt-trois centimètres de distance d'elle mais ce n'était pas elle qu'il visait. Non, emporté par son élan, le monstre allait planter ses doigts dans la blonde pleurant d'effroi –


Comment peut-on avoir autant de sang dans le corps humain ?


qui avait été remis maladroitement debout par Eva Brown –


C'est celle qui a embrassé Sirius Black à la fête d'Halloween


– et du brun derrière elle qui n'était nulle autre que Jeff Windsor, celui que Coleen avait discrètement admiré lorsqu'il avait traversé les Trois Balais plus tôt.

Cette fois-ci, Coleen vit pourquoi Jeff Windsor avait poussé un cri de douleur. Une fraction de seconde avant qu'un immense mur ne surgisse du sol et s'enfonce dans le plafond qui grinça de manière menaçante, Coleen vit des éclairs d'électricité parcourir le bras droit comme un i d'Eva Brown.

Coleen ne vit pas la suite. On la força à se lever et elle se perdit dans la foule paniquée tentant de s'éloigner au plus vite du danger.

Heureusement que Calvin McKinnon l'entraîna à sa suite car, si Coleen avait posé les yeux sur la main amputée du monstre gisant aux pieds d'Hannah Abbott, sans doute serait-elle enfin tombée dans les pommes. Ce qu'elle fit deux minutes plus tard, une fois que Calvin McKinnon l'ait poussé de force dans une cabine des toilettes qu'il barricada d'un coup de baguette une fois que sept autres élèves les eurent rejoints dans cet espace exigu, désespérés de trouver un refuge après avoir réalisé que les portes de sortie des Trois Balais avaient été mystérieusement condamnées.

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Musiques : Paint it, Black de Ciara / Gloria Regali de Tommee Profitt et Fleurie


Suite à son deuxième sortilège désespéré, Eva s'effondra dans les bras de Jeff.

Avec un hoquet de surprise, Jeff se rattrapa maladroitement à la table derrière lui, le poids combiné d'Eva et d'Hannah l'ayant déséquilibré.

Eva serra les dents.

Son bras gauche entourait fermement le ventre d'Hannah pour la ramener contre elle. Son bras droit était toujours tendu mais était parcouru de tremblements à cause des décharges électriques que sa baguette lui assénait, lui faisant comprendre que l'utilisation d'une magie presque inexistante pour un sortilège si puissant était malvenue.

Mais elle n'avait pas eu le choix.

Ça avait été ça ou la mort.

Car, quand l'homme s'était relevé, Eva avait lu dans ses yeux étranges sa mort.

C'était la troisième fois de sa vie que ce sentiment paralysant de mort imminente l'avait prise d'assaut. La première fois avait été dans cette salle abandonnée des cachots alors que Royce lui décomposait son corps de l'intérieur. La deuxième fois avait été il y a deux jours à peine.

L'homme s'était délié de ses chaînes comme si elles n'étaient pas assez épaisses pour retenir un centaure, Hannah avait sangloté (« non, non, s'il vous plaît, non »), il avait parcouru les marches les séparant si rapidement qu'Eva avait cru qu'il volait et sa main –

Sa main allait s'enfoncer dans la poitrine d'Hannah qu'Eva s'efforçait de garder debout. Sa main venait pour achever Hannah.

Les doigts d'Eva s'étaient crispés autour de sa baguette brûlante et ça avait été instinctif.

Une seconde, elle sentait les doigts de l'homme l'effleurer. La suivante, de la terre surgissait du parquet, si rapidement qu'elle trancha le poignet de l'homme.

Eva venait d'amputer la main d'une personne.

Elle n'eut pas le temps d'y réfléchir alors qu'Hannah enfonçait son visage dans sa poitrine pour y pleurer, faisant trembler leurs deux corps par la force de ses sanglots.

« PAR TERRE ! hurla quelqu'un avant qu'Hannah ne pousse un cri terrifié et Eva arracha précipitamment son regard du mur qu'elle avait érigé au pied des escaliers.

– ENLEVEZ-LA ! ENLEVEZ-LA ! » hurla hystériquement Hannah et Eva faillit perdre sa prise sur sa cadette.

Jeff poussa un grognement étouffé derrière elle à cette nouvelle secousse et Eva vit enfin ce qui agitait Hannah. La main amputée enserrait sa cheville, ses ongles s'enfonçant vicieusement dans le collant d'Hannah.

« Jeff ! cria Eva par-dessus les hurlements terrifiés d'Hannah qui secouait désespérément sa jambe en sanglotant toujours.

Expulso ! »

La main se détacha de la cheville d'Hannah et percuta violemment le mur devant eux. Sauf qu'au lieu de rester immobile après un tel choc, la main tomba à terre et commença immédiatement à courir sur le parquet telle une araignée.

« Accio, accio cette merde Jeff ! » cria Eva en tirant maladroitement Hannah en arrière avec elle alors que celle-ci sanglotait toujours plus fort.

Un éclair de lumière frappa de plein fouet la main courant à leur poursuite. Elle s'immobilisa mais –

« Qu'est-ce que –, » grinça Jeff entre ses dents.

Eva vit du coin de l'œil le bras tendu de Jeff trembler. La seconde suivante, sous ses yeux horrifiés, la main commença lentement à s'avancer.

« Jeff ?!

– J'essaye ! »

Eva ne s'était jamais sentie si impuissante. À sec de magie, Hannah sanglotant dans ses bras, un filet de sang dessinant leur retraite précipitée sur le parquet et Jeff à côté d'elle qui paraissait incrédule que son accio ne marche pas malgré son contrôle pointu de sa magie.

Comme si la situation n'était pas déjà très sinistre, ils sentirent tous le parquet sous leurs pieds trembler alors que ce qui ressemblait à des coups de canon faisaient trembler le mur de terre bouchant l'accès aux escaliers. Si une main solitaire était déjà difficile à contrôler, nul doute que le reste du corps du propriétaire de la main était d'autant plus impossible à arrêter. Sauf que s'il continuait, plus rien ne le séparerait d'Hannah.

Derrière le mur, Eva pouvait entendre des sortilèges être criés.

« Brûle-la ! Colle-la au sol ! Crucifie-la ! »

Dans l'esprit d'Eva, ce n'était plus à un être humain qu'elle faisait face. Elle voulait simplement que tout s'arrête alors elle enchaîna les propositions cruelles à Jeff qui s'était positionné devant elle, une grimace de concentration extrême sur le visage.

« Ou écrase-la avec ton pied !

– Je ne peux pas faire deux choses en même temps ! » cria Jeff avec frustration devant elle.

Mais Eva ne pouvait pas lâcher Hannah pour l'aider. Pas alors que celle-ci continuait de se vider de son sang et tremblait si fortement contre elle que si Eva la lâchait, nul doute qu'elle s'effondrerait et ne se relèverait plus. Haletant contre la vieille tapisserie, Eva serra les dents.

Il n'y avait plus d'espace pour fuir à part si elle voulait diriger le danger vers le reste des élèves regroupés de l'autre côté du bar.

Si elle le devait, elle le ferait.

« Cru –

Protego maxima ! » s'écria une voix féminine et Eva ne savait pas si elle devait être soulagée ou terrifiée que Lily Evans leur vienne en aide.

Mais Eva n'eut pas le temps de réfléchir davantage au tourbillon d'émotions lui donnant la nausée. Les yeux émeraudes de Lily Evans parurent s'illuminer et, la seconde suivante, un carré de lumière doré emprisonna la main amputée qui avançait centimètre par centimètre malgré les efforts de Jeff qui tenait de ses deux mains sa baguette, comme si ça l'aiderait à concentrer plus de magie dans sa baguette.

La main blafarde s'abattit contre le parquet. Ses doigts écartés laissaient entendre qu'un poids indescriptible la maintenait au sol, comme si la gravité était tombée d'un seul coup.

Le carré doré devint rouge et vibra avant que des lierres ne surgissent du parquet et ne l'entourent. La boite s'enfonça dans le sol, avec une telle force que le parquet craqua sous son poids.

La baguette de Jeff s'abaissa lentement mais –

« Garde ton sortilège activé ! aboya Lily. Cette saleté de main ne veut pas rester en place ! »

Jeff obéit instantanément à l'ordre de la Gryffondor.

Et si le sort ne s'acharnait pas sur eux, ils auraient enfin pu souffler grâce à l'ingéniosité de la préfète de Gryffondor qui semblait connaître des sortilèges bien au-dessus du niveau de 6ème année d'étude. Mais non, alors qu'Eva desserrait son bras autour du ventre d'Hannah de soulagement, une détonation leur fit tous perdre l'équilibre.

Maladroitement, Eva parvint à rester sur ses pieds en s'accrochant au mur derrière elle mais lorsqu'elle releva les yeux, elle sentit son cœur tomber dans son estomac en voyant le trou dans la barrière que les dernières traces de sa magie avaient érigé.

Et, avec une nouvelle détonation, le trou s'agrandit davantage. Assez pour qu'une personne puisse y glisser son corps.

Le visage ensanglanté de l'homme apparut. Eva n'eut pas le temps de s'attarder sur son œil fermé ni sur les bouts de plâtre incrustés dans sa tempe ni encore sur son nez tordu et son manteau trempé.

Avec une grimace de rage qui révéla des dents manquantes, l'homme enfonça son torse dans l'ouverture qu'il venait de créer. Il planta ses ongles dans la barrière pour forcer son passage et Eva réalisa que son bras amputé était tiré en arrière par une épaisse chaîne en métal, serrée si fortement autour de son bras que celui-ci donnait l'impression d'être sur le point d'exploser.

« Lily recule ! » cria Eva.

Mais les Gryffondors avaient toujours été stupidement braves.

Lily tourna le dos à Eva pour se mettre face à l'homme et Eva ne put voir que sa chevelure rousse.

Le bras de Lily s'arqua en tous sens, la lumière de ses sortilèges éclairant chacun de ses mouvements.

Comme s'il se prenait des gifles, la tête de l'homme alla de droite à gauche, de gauche à droite en un manège inlassable et la quantité de sang s'échappant de bouche empira. Pourtant, Lily ne broncha pas. De la glace apparut sur les doigts de l'homme qui étaient plantés dans la barrière de terre. La glace s'étira jusqu'aux phalanges puis le poignet et finalement l'épaule de l'homme.

Pendant tout ce temps, celui-ci ne poussait aucune exclamation de douleur. Ses yeux étranges qui semblaient blanchâtres avec la lumière restaient fixés sur Hannah.

Jeff se planta devant ses deux camarades de Poufsouffle et Eva put voir par-dessus l'épaule tendue de son ami les cordes qu'il avait fait apparaître autour du torse du monstre. Puis, quelqu'un – Eva avait cru que tout le monde avait déjà décampé de ce côté du bar – fit apparaître des oiseaux qui picorèrent violemment chaque centimètre du visage ensanglanté de l'homme. Des chauves-souris apparurent et plantèrent leurs dents dans la peau de son cou. Un jet d'eau puissant se heurta au profil de l'homme, faisant partir la tête de celui-ci sur le côté.

Eva entendit d'autres sortilèges être hurlés à côté d'elle, comme si après un instant interminable de panique les élèves de Poudlard s'étaient réveillés pour punir celui qui avait gâché leur sortie à Pré-au-Lard.

« POTTER ! GÈLE SES PIEDS DE TON CÔTÉ ! JE NE PEUX PAS D'ICI ! cria Lily parmi la cacophonie et Eva devina que James devait être en train d'essayer d'éradiquer l'homme depuis l'étage, Sirius sans aucun doute à ses côtés.

– C'EST CE QUE J'ESSAIE DE FAIRE EVANS ! MAIS CE CONNARD BRISE LA GLACE EN DEUX SECONDES ! »

Eva ne comprenait pas comment la voix de James pouvait porter autant. Comment pouvait-elle l'entendre se disputer avec Lily au-dessus de tous ces sortilèges ?

« STUPÉFIX-LE AVANT, ESPÈCE D'IDIOT ! »

Et comment Lily trouvait-elle le temps de se disputer tout en faisant grossir l'épaisseur de la glace enserrant le bras de l'homme ?

« Oh. C'EST PLUTÔT INTELLIGENT, EVANS !

– FAIS-LE POTTER ! »

Mais avec, un hurlement rageur, l'homme tira son corps en avant. Eva vit du sang se mêler à la glace qui venait d'exploser malgré le cri impuissant de Lily. L'homme traversa le mur qui le retenait, forçant Lily à reculer précipitamment.

Elle trébucha.

« EVANS ! »

Mais Jeff accourut devant Lily en hurlant un protego qui éblouit Eva par sa puissance. Le visage de l'homme frappa de plein fouet la barrière. Il trébucha en arrière, l'air étourdi, mais il se reprit rapidement et, montrant les dents tel un animal, il courut de nouveau droit vers la barrière. Cette fois-ci, elle disparut en un éclat de lumière . Le monstre bondit sur Jeff.

Jeff se défendit maladroitement à coup de bras mais, après un instant de cohue, le monstre planta ses dents dans son bras.

Un hurlement d'agonie s'échappa de la bouche de Jeff.

« JEFF ! » hurla Eva, terrifiée.

A califourchon, Lily tenta de tirer sur les jambes du monstre afin de l'éloigner alors qu'au-dessus d'elle Jeff hurlait de douleur, tentant vainement de dégager son bras que les dents et la main restante du monstre retenaient prisonnier.

« Merde, merde, merde, » jura Eva en papillonnant des yeux pour retenir ses larmes.

Pourquoi était-elle toujours si pathétiquement impuissante ?

D'un coup de pied, l'homme envoya Lily valdinguer. Le dos de la rousse percuta une chaise abandonnée avec un bruit sinistre.

Lily ne se releva pas.

Eva prit sa décision.

« Pardon Hannah, ça risque de faire mal, dit Eva à la blonde qui haletait dans sa poitrine, trop faible pour continuer à sangloter et à deux doigts de s'évanouir à cause de la perte de sang. DIFFINITO MAXIMA ! »

Eva ne saurait dire si elle avait crié de douleur en réponse à l'électricité qui lui brûla les veines.

Vidée de toute son énergie, Eva s'effondra par terre, le corps inconscient d'Hannah la suivant. Dans sa vision trouble, Eva vit le monstre lâcher Jeff, déséquilibré par la perte de son pied. Jeff se recula précipitamment en tenant son bras blessé contre lui et Eva perdit de vue le monstre, cachée derrière le dos de Jeff.

« Brûle – brûle, brûle-le, » haleta Eva, le corps secoué de décharges électriques.

Personne ne l'entendit alors que des ronces et des chaînes en métal surgissaient du sol.

Amputé d'une main et d'un pied, le monstre ne parvenait plus à se relever. Il gigotait par terre et, à travers l'espace entre les jambes de Jeff, Eva pouvait voir que sa main restante était tendue dans leur direction. Centimètre par centimètre, il semblait réussir à glisser sur le sol malgré les liens l'enserrant. Jusqu'à ce que –

Un énorme rocher apparut dans les airs.

Il tomba sur le monstre. Le parquet grogna sous son poids. Le rocher s'éleva de nouveau dans les airs, Eva entendit des cris de dégoût alors que le décor était peigné de sang. Pourtant, le monstre continua de ramper, plus un amas de sang qu'un être humain.

Le rocher tomba de nouveau. Des bouts de plancher volèrent en l'air. Du sang gicla. Des personnes hurlèrent, d'autres sanglotèrent.

Le cul par terre, les jambes d'Hannah entremêlées avec les siennes et son visage caché dans sa poitrine, Eva observa avec détachement le rocher léviter, laissant à la vue de tous le sang qui recouvrait la partie inférieure du rocher.

Et pourtant, quand Eva baissa les yeux, elle vit le monstre continuer de gigoter faiblement. Ce qui ressemblait à un bras sous tout ce sang réussit à se libérer des chaînes. Aveuglement, il tendit son bras dans la direction d'Hannah.

Le rocher s'abattit de nouveau sur le monstre.

La main tendue eut un soubresaut puis elle s'immobilisa.

« Il est mort ? » entendit-elle Jeff chuchoter devant elle, un silence anxieux s'abattant sur les occupants du bar.

Eva était incapable d'ouvrir sa bouche. Ses yeux refusaient de se détacher de la main du monstre qui était la seule partie de son corps à ne pas être ensevelie sous le rocher.

La main était toujours tendue dans leur direction.

Eva entendit la voix de James :

« On ferait mieux de vérifier si on l'a eu pour de bon, disait-il en grimpant dans le trou que le monstre avait créé pour les rejoindre au rez-de-chaussée.

– Je ne suis pas sûr que ce soit une bonne idée, le contredit quelqu'un d'autre. Attendons que les Aurors ou les professeurs arrivent.

– Oh fais pas chier Fenwick ! s'écria la voix reconnaissable de Liam Olsen. Il faut qu'on vérifie qu'il est bien mort ou on va tous croire qu'il va revenir nous bouffer dans notre sommeil ! »

Une à une, les voix masculines se rapprochaient. Benjy Fenwick apparut, ses cheveux étrangement mouillés étaient plaqués contre son front et l'expression intimidante sur son visage laissant entendre qu'il n'appréciait pas les vociférations de Liam Olsen derrière lui. La joue du Gryffondor était tuméfiée et un début de bleu se formait. Eva n'eut pas la force de se demander ce qui leur était arrivé de leur côté.

« Ce n'est pas prudent, grinça entre ses dents Benjy Fenwick en jetant un regard noir au capitaine de Quidditch qui le surplombait tant par sa taille que par sa carrure.

– Je crois qu'on est bien loin d'en avoir quelque chose à foutre de ce qui est prudent ou pas, non ? persifla Liam Olsen alors que Benjy Fenwick se plantait devant lui pour lui barrer le passage.

– Liam, s'il te plaît, souffla Saoirse Stewart en posant sa main sur le bras de son petit ami, ses yeux suspicieusement rouges. Écoute ce que dit Benjy. »

Les narines frémissantes, Liam Olsen continua son duel de regard avec Benjy.

« Liam. Stop, ordonna James qui aidait Lily à se relever.

– Tu comptes sérieusement me – », commença à rugir Liam mais il s'arrêta abruptement lorsqu'il vit comme eux le rocher ensanglanté léviter dans les airs alors que personne n'avait bougé sa baguette.

Quelque chose tomba du rocher. Est-ce que c'était un bout de cerv –

Devant elle, Jeff se détourna de cette vue morbide, une main posée contre sa bouche pour retenir son haut-le-cœur.

« Qui a fait ça ?! cria Benjy Fenwick en cherchant furieusement le coupable du regard.

– C'est moi, gamin. »

La tête lourde, Eva détacha son regard du tas de chair humaine ensanglantée.

Un homme donna un coup de pied à une chaise par terre qui lui bloquait le passage. Une main dans sa poche, il agita nonchalamment sa baguette et le rocher disparut. Il répondit aux yeux confus des adolescents par un rictus moqueur.

« Vous êtes plutôt intelligents pour une bande de collégiens. Pas très propre mais vous avez fait avec les moyens du bord on va dire, » railla l'homme en s'arrêtant devant la main étendue du monstre, la seule partie de son corps qui n'était pas devenue de la bouillie.

L'inconnu poussa curieusement la main avec sa chaussure, un rire moqueur sortant de sa bouche tordue en un sourire détestable. Mal rasé, il avait un nez imposant et des petits yeux noirs qui lui donnaient naturellement un air sournois.

« Mais avec les Inferis il n'y a qu'un seul moyen de les faire taire pour de bon, continua-t-il, semblant être amusé par les hoquets horrifiés des élèves présents lorsqu'ils comprirent que c'était à un Inferi qu'ils avaient dû faire face. Une idée, le virtuose du duel ? dit-il en hochant la tête en direction de Benjy Fenwick.

– Le feu. »

Mais ce fut une voix féminine qui lui répondit.

L'homme se tourna vers Lily qui s'était redressée grâce à l'aide de James qui se tenait un pas derrière elle, comme s'il était prêt à la rattraper. La Gryffondor se tenait le bas du dos avec une grimace, la violence de son atterrissage ayant dû laisser des séquelles.

« Exactement, dit l'homme en observant d'un air appréciateur Lily qui lui adressa un regard méprisant en réponse tandis que, derrière elle, James semblait prêt à s'interposer. Le feu, susurra-t-il. Ça aurait été mieux pour toi si tu avais eu cette idée plus tôt, ma jolie. »

À ce surnom, la lèvre de Lily se souleva en une expression de dégoût et James s'avança jusqu'à ce que leurs épaules s'effleurent. Le rictus de l'homme s'approfondit, comme si la colère de James l'amusait. Cependant, alors qu'il semblait pourtant être le genre de personne à ne pas savoir s'arrêter, il se détourna des deux Gryffondors.

Il posa ses yeux sombres sur Eva :

« Et toi, la belle brune. Tu n'en as pas l'air mais tu es sans pitié, plaisanta-t-il. Couper les membres d'un être humain, mort ou pas mort, il n'y a pas beaucoup de gamines qui auraient les tripes de le faire. Envoie-moi un hibou si tu veux une recommandation pour être prise en tant que bourreau de créatures magiques, j'ai des contacts au Ministère. Ça serait un plaisir de te voir à l'œuvre. »

Eva eut envie de vomir. Elle eut envie de transplaner pour échapper aux regards de ceux qui n'avaient pas vu les actions impardonnables qu'elle avait commises.

« Mais t'es qui exactement, toi ? » intervint froidement une voix bien familière.

Serrant Hannah contre elle, Eva posa pour la première fois depuis une éternité ses yeux sur Sirius qui venait de se frayer un chemin dans le trou en guidant à sa suite Lucy Emerson. La brune agrippait le bras de Sirius, semblant incapable de tenir debout par elle-même. Eva ne l'avait jamais vu aussi vulnérable. Bien loin de son assurance habituelle, Lucy paraissait à deux doigts de fondre en larmes.

« Oh mais je sais qui tu es toi en revanche, susurra d'une voix traînante l'inconnu, l'air ravi. Le tristement célèbre Si-ri-us Black. Les bonnes femmes n'arrêtent pas de commérer sur toi depuis l'été dernier. Et tu as déjà une nouvelle copine à ce que je vois, ricana-t-il et Lucy recula derrière Sirius lorsque l'homme admira ses jambes mises en valeur par sa jupe courte. McKinnon arrêterait peut-être de me prendre de haut si je lui disais que sa fille a été remplacée aussi facilement qu'on commande une prostituée.

– Sale con, de quel trou est-ce que tu sors ? cingla froidement Sirius, faisant un pas en avant.

Sirius, non, chuchota Lucy en tentant de le retenir.

– Écoute la demoiselle, Black junior, ricana l'inconnu. Ça ne m'intéresse pas les gamins de ton genre, je préfère celles avec un peu de … si tu vois ce que je veux dire, termina-t-il après avoir fait un geste des mains pour imiter un tour de poitrine imposant. Et il y en a des pas mal dans le coin. »

De là où elle était, Eva ne vit pas à qui l'inconnu adressa un regard sans aucun doute salace mais à la vue de la fureur sur le visage de James et au dégoût sur celui de Lily, elle ne tarda pas à le deviner.

« Désolé, gamin. Elle est déjà prise ? plaisanta l'inconnu à l'intention de James. C'est pas grave, il y en a une autre qui est à mon goût, dit-il et il désigna d'un coup de pouce négligent l'espace derrière lui : Même si elle n'est pas rousse, elle a l'air d'avoir assez de fougue pour deux. »

Eva ne sut quelle expression il y avait sur son visage lorsqu'elle croisa le regard malicieux de l'inconnu mais celle-ci le fit rire.

« Connard, je vais te faire ta peau si tu continues, siffla James d'une voix menaçante qu'Eva ne lui connaissait pas.

– Vraiment ? Je t'attends, petit. Vu ta performance contre l'Inferi, ça ne devrait me prendre que deux secondes pour te faire taire. En parlant de ça, continua l'homme en ignorant la baguette que James tendait vers lui avant que Lily n'abaisse son poignet, on dirait bien que notre cher Inferi s'est réveillé. »

Ils suivirent le regard de l'homme mystérieux. Il observait d'un air amusé les doigts frémissant du monstre, comme si le monstre était toujours en vie alors que le reste de son corps était en lambeaux, plus un tas de chaire que les restes d'un être humain. Mais c'était un Inferi. Il était mort depuis le début.

L'homme ricana :

« Ces sales bêtes voudront jusqu'à la fin remplir les ordres de leur maître. »

Un rictus méprisant tordit le visage de l'homme et il pointa sa baguette à l'endroit où la tête du monstre était supposée être :

« Incendio. »

Eva ferma les yeux et enfonça son nez dans les cheveux blonds d'Hannah alors qu'une odeur de chair brûlée se dispersait dans le bar, provoquant la nausée de tous à laquelle quelque uns succombèrent.

Le visage d'Hannah glissa dans le creux du coude d'Eva. Elle était tombée dans les pommes, sa main toujours posée lâchement sur la plaie béante de son cou qui réchauffait le torse d'Eva par la tiédeur de son sang.

Son pull jaune moutarde approchait plus du marron désormais.

« MacNair. Fais preuve de plus de civilité. Il y a des enfants. »

À cette nouvelle voix, Eva rouvrit les yeux et elle prit quelques instants à reconnaître le nouvel arrivant. C'était l'homme que Madame Rosmerta avait semblé vouloir faire chavirer. Il avait un visage carré aux traits définitivement masculins. Une barbe brune finement coupée assombrissait son visage vide de toute émotion, comme si la vue du corps carbonisé aux pieds de celui qui s'appelait MacNair ne lui faisait ni chaud ni froid.

MacNair. C'était le nom d'une famille Sang-Pur.

« C'est de ta faute, Mulciber. Tu n'avais qu'à les faire sortir au lieu de les barricader derrière le comptoir avec la serveuse, » rétorqua MacNair avec son rictus amusé qu'Eva commençait à haïr.

Mulciber ?

L'adrénaline soudaine à ce nom réveilla Eva. Elle détailla avec une nouvelle intensité celui qui dépassait d'une tête MacNair. Contrairement à MacNair dont le bas de la robe de sorcier était sali par ce qui semblait être de la boue, Mulciber donnait l'impression de s'être habillé pour une rencontre avec le Ministre de la Magie. Il était robuste et, à sa façon de se tenir, on comprenait qu'il appartenait aux sphères les plus élevées de la société sorcière.

Lorsque Mulciber ignora MacNair pour se tourner dans sa direction, Eva ne parvint pas à voir une ressemblance avec Royce sur les traits de son visage. Royce avait toujours un air maladif mais ce monsieur respirait la force et la vitalité. Il donnait envie de baisser les yeux lorsqu'on croisait son regard mais le choc d'Eva l'empêcha de le faire.

Les yeux ronds, elle observa l'homme poser sa main sur l'épaule de Jeff puis déchirer d'un sortilège informulé sa manche pour voir la morsure de l'Inferi.

Une lumière verte apparut et les traces des dents disparurent de l'avant-bras de Jeff au bout de quelques secondes. Jeff vacilla et l'homme tint son épaule pour le maintenir debout. Il ordonna à Jeff de s'asseoir le temps qu'il soigne les deux autres blessées.

Il avait des yeux marrons, réalisa Eva lorsque l'homme s'arrêta devant elle.

Assise, Eva fut obligée d'étirer son cou pour ne pas le perdre de vue. Il était grand. Beaucoup plus grand que Royce mais ses yeux – il avait les mêmes yeux marrons que Royce.

« Êtes-vous blessée, mademoiselle ? » lui demanda-t-il.

Royce avait enfoncé sa baguette dans sa poitrine. L'intensité de la douleur avait été telle qu'Eva se serait évanouie s'il ne l'avait pas giflé pour qu'elle soit consciente alors qu'il la marquait avec sa magie noire.

« Je vais bien. »

L'homme posa un genou à terre. Il déposa à côté de lui sa canne décorée par des fleurs de lys argentées alors que Jeff s'asseyait maladroitement à la droite d'Eva.

Il avait une médaille en or avec un ruban vert sur sa poitrine. Sur sa main tenant une baguette se trouvait une imposante bague en argent. Eva vit un écusson ressemblant à un chien à trois têtes sur celle-ci : un cerbère.

C'était l'animal totem des Mulciber.

C'était le père de Royce. Il n'y avait plus aucun doute malgré le peu de ressemblance physique entre les deux.

De plus près, Eva remarqua qu'il y avait des mèches grisonnantes parmi les cheveux bruns clairs de Mulciber Senior et que des infimes rides étaient dessinés autour de ses yeux. Il n'était pas aussi jeune que ce qu'elle avait cru au premier abord.

Si Royce n'était pas si malade, peut-être serait-il aussi robuste que son père qui demanda à Eva de lâcher Hannah pour qu'il puisse l'examiner. Instinctivement, Eva resserra sa prise sur sa cadette.

Jamais elle ne laisserait ses camarades aux mains d'un Mulciber.

Une main se posa sur celle d'Eva, crispée autour de sa baguette brûlante.

« Eva, intervint doucement Jeff alors qu'Eva jaugeait du regard Mulciber Senior. Hannah a besoin de soin. Elle a perdu beaucoup trop de sang. »

Face au regard presque suppliant de Jeff, Eva se calma. Ce fut tout de même avec la plus grande récalcitrance qu'elle laissa Mulciber Senior prendre Hannah.

Allongée au sol, le teint blafard d'Hannah fut encore plus frappant. Mulciber Senior ne parut nullement ému par la vue d'autant de sang bien qu'il décore la longueur du cou d'Hannah, la pointe de ses cheveux blonds foncés et son pull orange à l'effigie des Canons de Chudley.

« Elle ira bien ? » demanda Jeff, sa main toujours posée sur celle d'Eva, alors que Mulciber Senior agitait sa baguette pour stopper l'écoulement du sang.

Eva pensa à Hannah qui avait vivement défendu son équipe de Quidditch préférée lorsque la 6e année avait entendu Akash se moquer des résultats pitoyables de l'équipe. Son visage avait été aussi rouge qu'une tomate et elle avait bégayé et pourtant, Eva n'avait jamais vu Hannah aussi animée.

« Seul le temps nous le dira, répondit simplement Mulciber Senior et, sous les yeux vacants d'Eva, il réussit lentement à réparer la peau du cou d'Hannah que le monstre avait arraché avec ses dents.

– Vous êtes le père de Royce ? » demanda Eva, ne remarquant pas le regard de Jeff alors qu'elle détaillait du regard chaque millimètre du visage du père de celui qu'elle haïssait le plus au monde.

Un dôme de lumière verte apparut au-dessus d'Hannah et la blonde parut respirer avec moins de difficulté.

Mulciber Senior releva les yeux vers Eva.

« Oui, dit-il platement. Vous êtes amie avec lui ?

– Non, cingla Eva et la sècheresse de son ton fit réagir pour la première fois Mulciber Senior qui haussa des sourcils surpris.

– Dans ce cas, j'imagine que vous ne pourrez pas me dire pourquoi mon fils n'est pas venu alors que nous avions rendez-vous aujourd'hui, » dit-il platement en se concentrant de nouveau sur Hannah.

Eva aurait voulu cracher que Royce croupissait dans le bureau de Dumbledore, attendant avec effroi la venue des détraqueurs pour l'emmener à Azkaban, le seul endroit où il méritait de passer le reste de sa vie. Mais ça, c'était un simple rêve. Jamais il n'irait à Azkaban. Pas parce qu'il ne le méritait pas. Non, parce qu'il avait toute la fortune et l'influence de la famille Mulciber derrière lui. Et c'était cet homme agenouillé face à Eva qui serait le premier à rendre irréalisable cette sentence.

Eva savait très bien ce qu'elle encourrait en tentant de s'en prendre à un Sang-Pur, aussi dérangé soit-il. S'il n'y avait pas eu le Serment Inviolable, peut-être que cette menace aurait été suffisante pour la rendre muette à vie sur les agissements de Royce Mulciber.

« Si vous êtes si fort pour guérir alors pourquoi vous n'êtes pas intervenu quand ce putain d'Inferi est venu nous saluer ? »

Eva leva des yeux surpris vers Sirius qui venait d'apparaître. Lucy n'était plus avec lui. Maintenant qu'elle le voyait de plus près, elle vit qu'il avait les cheveux en désordre et que de la poussière assombrissait sa chemise blanche. Il n'était pas blessé.

Les bras croisés sur son torse, Sirius observait avec un mépris glacial l'homme agenouillé qui leva un regard indifférent vers lui.

« La guérison et les duels sont deux branches très différentes de magie. »

Le visage de Sirius se tordit en cette expression si glaciale de Sang-Pur qu'Eva avait horreur de voir :

« Peut-être mais je pense que vous devez exceller dans ces deux branches, Monsieur Ordre de Merlin Première Classe, » cingla-t-il et Eva reconnut enfin la médaille qui décorait la poitrine du père de Mulciber.

La seule fois où elle avait vu ce type de médaille – hormis dans son manuel d'Histoire de la Magie – était dans le bureau de Dumbledore. Le ruban vert était pour les Commandeurs, ceux de première classe. Le ruban pourpre pour ceux de deuxième classe et le ruban blanc pour ceux de Troisième Classe. Eva ne l'avait jamais oublié après que Luke n'avait pu s'empêcher de faire remarquer en 1ère année (si intelligent et éloquent déjà à l'époque) que ces médailles étaient bien souvent données de manière arbitraire aux proches du Ministre de la Magie.

De manière étonnante, bien loin d'être vexé par l'insolence de Sirius, Mulciber Senior parut apprécier son franc-parler. Ses lèvres s'étirent en un rictus amusé et Eva comprit en quelque sorte pourquoi Madame Rosmerta avait semblé si intéressée. Il y avait quelque chose de charismatique chez cet homme si différent de Royce.

« Bien que tu sois le portrait craché d'Orion, tu sembles partager le caractère de ta mère. »

C'était la pire chose qu'on puisse dire à Sirius.

« Cette femme n'est pas ma mère, » gronda Sirius, son regard si glacial qu'Eva fut surprise que Mulciber Senior n'en perde pas son air amusé.

À la place, une fossette apparut dans sa joue :

« Et pourtant tu es animé par la même fougue qu'elle avait jadis.

– Oui, c'est ça le vieux. Envoyez-lui un hibou si elle vous manque tellement. Elle vous empoisonnera comme le reste de son entourage.

– Si arrogant alors que je viens de sauver la vie de ta camarade, » dit Mulciber Senior en se relevant, faisant ainsi face à Sirius.

Eva voulait dire à Sirius d'arrêter, de ne pas regarder avec autant de mépris le patriarche d'une famille aussi puissante que les Mulciber. Mulciber Senior avait le titre de Commandeur et cette bague sur son doigt avec un cerbère était le signe de son statut auprès du Magenmagot. C'était quelqu'un à qui il ne fallait pas se confronter si on ne voulait pas être honnie du reste de la société sorcière. Eva le savait. Bien que ce soit la première fois qu'elle pose les yeux sur lui, Eva savait que cette homme était la personnification de tout ce qu'elle encourait si elle osait dénoncer Royce Mulciber.

Mais, contrairement à elle, peut-être que Sirius n'avait pas à craindre de quelconques représailles car il était lui-même l'héritier d'une des plus puissantes familles de Grande-Bretagne.

« Je voudrais bien vous dire merci mais, honnêtement, j'ai des doutes sur votre innocence, dit froidement Sirius en haussant le menton face à l'homme qui, débout, le dépassait de quelques centimètres. Un sorcier de votre stature qui vient dans un bar de classe populaire juste pour voir son fils ? J'ai du mal à y croire, cingla Sirius, sa mâchoire crispée et le regard noir. Je ne vous ai jamais vu ici et juste le jour où vous et votre copain MacNair venez un Inferi apparaît ? »

L'expression sur le visage de Sirius le rendait si Sang-Pur qu'Eva se sentit intimidée, à terre et recouverte du sang d'Hannah. Inconsciemment, elle serra la main de Jeff. Lui aussi observait prudemment l'échange entre les deux Sang-Purs alors qu'autour d'eux l'arrivée des Aurors faisait vibrer d'énergie le bar.

« Excusez-moi de ne pas croire à une simple coïncidence, termina Sirius d'un air tout à fait menaçant.

– Sirius, chuchota Eva mais il ne lui adressa même pas un regard, perdu dans son duel de regard avec Mulciber Senior qui observait maintenant Sirius d'un air contemplatif.

– Je t'avais oublié, » dit finalement Mulciber Senior après de longues secondes de silence où on entendait en arrière-plan les Aurors commencer à diriger l'évacuation des Trois Balais.

Sirius parut aussi confus qu'Eva par cette phrase car il fronça les sourcils.

« C'est dommage que tu ais décidé de nous quitter, » continua Mulciber Senior.

Cette fois-ci, contrairement à Eva, Sirius parut comprendre ce que l'homme lui disait car une colère glaciale fit frémir ses narines.

« Je me rappelle de toi maintenant. Plus jeune, tu étais le seul qui parvenais à mettre en difficulté mon fils lors d'une partie d'échecs. Mais tu partais toujours avant la fin de la partie en clamant t'ennuyer. On pourrait dire que c'est l'exemple de l'excellence Sang-Pur, dit Mulciber Senior et, à son petit sourire, Eva devina qu'il n'y avait quelque chose qu'elle ne comprenait pas. Se rendre compte qu'il ne faut pas seulement se restreindre aux limites de nos vieilles traditions. »

Mulciber Senior posa sa main sur l'épaule de Sirius en un geste tout à fait paternel :

« Mes compères diraient que c'est dommage que tu n'aies pas atterri à Serpentard mais je dois dire que j'attends avec impatience de voir ce que tu nous réserves. »

Sirius se dégagea de la prise de l'homme, semblant hors de lui :

« Je n'en ai rien à foutre des attentes des vieux connards sang-purs comme vous, grinça Sirius entre ses dents serrées, ses yeux lançant des éclairs.

– Exactement. C'est la bonne philosophie à avoir, répondit Mulciber Senior et sans même qu'il eut agité sa baguette ni ouvert la bouche, sa canne se plaça dans sa main. Même si certains sorciers semblent l'avoir oublié. »

Puis, le père de Mulciber baissa les yeux vers Eva et Jeff, inconscients de l'air prudent sur leur visage :

« Dites à l'infirmière de Poudlard de vérifier qu'il n'y ait pas d'infection. Les Inferi ne sont pas connus pour être des créatures très saines. »

Eva hocha la tête tandis que Jeff disait un « Oui, monsieur » des plus sérieux, la politesse que lui avait inculqué sa grand-mère ne le faillant jamais.

« Quant à vous, jeune fille – »

Il la regardait, elle. Pourquoi lui portait-il de l'attention ? Était-il légimens ? Savait-il la haine qu'Eva vouait à son fils et les plans qu'elle avait commencé à concocter dans son esprit ?

« Je ne sais pas ce qui ne va pas avec votre essence magique mais c'est très étrange que vous ayez pu user de sortilèges dans votre état. Quel est votre nom ? »

Eva sentit sur elle les regards interrogateurs de Jeff et Sirius mais elle ne quitta pas des yeux l'homme qui la détaillait du regard, un éclair d'intrigue dans le regard.

« Eva. Je m'appelle Eva.

– Et votre nom de famille ?

– B –

– Est-ce qu'il y a des blessés parmi vous ? » la coupa un Auror et l'étrange tension dans l'air disparut.

Mulciber Senior détacha son regard d'Eva et informa l'Auror des blessures des adolescents. Rapidement, l'Auror héla un guérisseur pour diagnostiquer Hannah et Mulciber Senior disparut dans la cohue après un dernier regard calculateur vers Eva.

Il y avait des élèves qui sanglotaient, d'autres plus contenus qui aidaient Madame Rosmerta à réparer son mobilier détruit, d'autres se câlinaient pour se réconforter tandis que des Aurors interrogeaient les élèves les plus proches du cratère ensanglanté du rez-de-chaussée des Trois Balais.

Eva ne vit pas Lily et James répondre aux questions d'un Auror. Elle ne vit pas non plus les Serpentards descendre lentement l'escalier endommagé. Elle ne vit pas le visage pâle mais si dur de Regulus Black ni celui perturbé de Sébastian Vance qui avait posé une main protectrice dans le bas du dos d'Orpha Malefoy qui, elle, affichait un masque impassible.

Eva ne vit pas non plus l'air furieux de Severus Rogue qui fusillait du regard l'arrière du crâne de Corban Yaxley. Corban Yaxley qui, tout comme Robert Parkinson, était vibrant d'énergie et ne semblait pas remarquer le regard prudent que lui jetait Ava Parkinson. Eva ne vit pas non plus Isis Amatt sortir de son état hébété et s'arracher des bras de Carina Winnifred pour dévaler à toute allure les escaliers.

Elle ne vit pas non plus les Aurors positionnés à l'entrée des Trois Balais pour barrer le passage aux élèves qui leur ordonnaient de les laisser passer pour qu'ils puissent voir leurs amis toujours coincés à l'intérieur. Elle ne remarqua pas non plus les adolescents sortir avec un air prudent des toilettes, escortés par des Aurors.

Non, elle ne vit rien de ça car, lorsqu'Eva arracha son regard du dos de cet homme qui était le père de son cauchemar vivant, Sirius s'était agenouillé à côté d'elle et il l'observait avec cette intensité qui avait si souvent intimidé Eva.

« Ça va ? »

Eva détestait cette question mais, à l'instant présent, alors que Jeff lâchait doucement sa main, elle sentit toutes ses émotions remonter à la surface. Elle ouvrit sa bouche pour lui répondre par l'affirmative mais elle sentit une boule traitresse se former dans sa gorge. Elle se frotta les yeux, inconsciente que son geste étala le sang d'Hannah sur son visage. Isis Amatt arriva en trombe au même instant. La Poufsouffle de 6e année tomba à genoux face au corps endormi d'Hannah et ignora les remontrances du guérisseur :

« Hannah ! Hannah, dis-moi que tu vas bien. Je suis désolée, je te promets que je ne me moquerai plus jamais de ton pull hideux des Canons de Chudley si tu te réveilles tout de suite. Tu sais, l'autre jour je voulais te raconter une blague mais je l'avais oublié sur le coup. C'est tout bête mais en Chine, quand t'as pas de bol, eh ben t'as pas de riz. Allez, ça mérite au moins que tu te réveilles pour me dire que ma blague est nulle. »

Pénélope Schoonmaker et Audrina Morrison apparurent dans la périphérie de la vision d'Eva. Elles tremblaient toutes les deux, se soutenant mutuellement en pleurant silencieusement.

Eva jeta un regard du coin de l'œil à Sirius qui, un genou à terre, observait Isis continuer de blaguer tout en pleurant tandis que le guérisseur murmurait sortilège sur sortilège.

La main de Sirius était posée sur sa cuisse.

Prudemment, Eva attrapa son petit doigt. À son geste, Sirius lui adressa un regard interrogateur et elle lui offrit un pitoyable sourire :

« Je sais que tu n'es pas très câlin mais je peux… ? »

Eva ne termina pas sa phrase mais Sirius parut comprendre ce qu'elle voulait. Il posa sa main sur la nuque d'Eva et la tira vers lui jusqu'à ce qu'elle dépose son front contre sa chemise froissée. Sur sa cuisse, Sirius entremêla leurs doigts et sa chaleur rassurante fit revenir la boule d'émotion dans la gorge d'Eva.

Eva oublia ses hésitations, son embarras, les non-dits entre eux, tout ce qui lui importait était qu'elle pouvait sentir le torse de Sirius se mouvoir à chacune de ses inspirations et expirations.

Il était si chaud, si présent, si vivant.

Le sang d'Hannah avait été si chaud alors qu'il teignait ses habits. La peur de mourir avait été si paralysante alors qu'elle trébuchait à reculons.

Eva avait cru qu'elle allait mourir.

Elle avait cru qu'elle mourrait sans dire pardon à Charlotte, sans prévenir Emmeline du monde impitoyable dans lequel elle s'enfonçait, sans voir de ses propres yeux Akash tomber enfin amoureux, sans pouvoir dire à James merci et pardon, sans jamais s'être laissée emporter par la tentation que lui offrait Sirius, sans jamais avoir pu emmerder les Serpentards, sans jamais avoir fait apparaître une lueur de peur dans les yeux de Royce.

Et, pire que tout, elle serait morte sans savoir réellement si sa mère l'attendrait au paradis pour se racheter après toutes ces fois où elle l'avait abandonné. Toutes ces fois où Eva l'avait cherché avec excitation sur le quai 9 ¾ de King's Cross et n'était tombée que sur Euphémia qui lui avait offert des sourires si affectueux avant de l'engloutir dans ses bras. Toutes ces fois où elle s'était dirigée vers le bureau de sa mère pour lui dire qu'il faudrait faire des courses pour remplir le réfrigérateur vide depuis deux jours mais que sa voix avait simplement fait écho dans l'appartement. Toutes ces fois où sa mère n'était pas venue à ses compétitions d'athlétisme avec les moldus du quartier avant de finalement lui ordonner de ne plus y mettre les pieds.

Peut-être qu'Eva devrait se soucier de l'image qu'elle donnait à Sirius. Après tout, c'était la deuxième fois qu'elle s'accrochait à lui comme une bouée de sauvetage alors qu'elle se noyait dans le raz-de-marée de ses émotions. Mais pourtant, à l'instant présent, elle n'en avait plus rien à faire car Sirius posa sa main sur le bas de son dos pour l'aider à se rapprocher et Eva sentit qu'elle pouvait compter sur lui.

Hannah n'était pas morte, Jeff n'était pas mort, personne n'était mort et ça, Eva ne cessa de se le répéter alors que McGonagall déboulait comme une furie dans les Trois Balais, exigeant aux Aurors de la laisser passer.

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Lorsqu'Eva sortit des Trois Balais, ce fut sous le bras de Jeff.

Il s'était mis à neiger.

Howard fut le premier à les voir.

Il quitta Meredith Ravencrest qui serrait très fort dans ses bras Carina Winnifred et Darcie Larwood qui avaient fondu en larmes dès que la batteuse les avait atteintes.

La panique de Howard était telle qu'il n'arrêta sa course qu'au dernier moment et le nez d'Eva s'enfonça dans son manteau. Elle n'eut même pas idée de se plaindre à Howard qui avait enroulé son bras autour de son dos et qui avait attrapé Jeff par l'arrière du crâne pour s'assurer que lui aussi allait bien.

Quelques secondes plus tard, Amos et Akash arrivèrent en trombe et c'était comme si leur dispute de tantôt n'avait jamais existé alors que, complètement paniqués, ils assaillaient Eva et Jeff de questions.

Il y eut des flashs de lumière et leur groupe écouta sans broncher McGonagall qui ordonnait aux élèves de retourner au château tandis que la presse s'agitait pour connaître les détails de cette attaque si proche de Poudlard.

Eva tenta du mieux qu'elle put d'ignorer les regards curieux posés sur elle ou, plus précisément, sur le sang d'Hanna qui tâchaient ses mains.

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Une éternité plus tard, Dumbledore apparut enfin dans la Grande Salle. Un brouhaha agité secouait les murs de la Grande Salle. Tout le monde avait eu ordre de rester dans la Grande Salle et de ne pas la quitter tant que Dumbledore ne serait pas arrivé sous peine d'écoper d'un mois de retenue.

Le volume du brouhaha était dû aux questionnements des élèves qui n'étaient pas encore en âge de sortir à Pré-au-Lard, ceux plus âgés qui avaient préféré rester au château, des élèves majeurs qui avaient décidé de transplaner quelque part en Grande-Bretagne ou bien encore ceux qui étaient sortis à Pré-au-Lard mais qui n'avaient rien entendu ni vu du drame des Trois Balais.

Eva fixa le vide.

Elle était coincée sous le bras d'Akash et la cuisse d'Amos était collée à la sienne sur le banc. Elle fit semblant de ne pas remarquer qu'Aaron Stone et Éric Burke avaient fait la même chose à Isis Amatt qui s'essuyait avec agacement son visage toujours strié de larmes.

Jeff était toujours à l'infirmerie.

« Aujourd'hui, des forces maléfiques qui n'avaient jamais osé sévir si près de Poudlard ont lâchement attaqué Hannah Abbott, une brillante sorcière de notre école dont la lumière ne s'éteindra pas, je vous l'assure. Aujourd'hui, nous ne déplorons pas l'avancée d'un période sombre de notre histoire. Non, aujourd'hui nous célébrons l'amitié, la bravoure et l'espoir. Chers élèves, une fois de plus, je ne peux que vous transmettre mon admiration pour la génération future que vous êtes. Nous ne nous laisserons pas abattre, loin de là. Rappelez-vous, on peut trouver le bonheur même dans les périodes les plus sombres. II suffit simplement de penser à allumer la lumière. »

Puis, les élèves levèrent leur baguette en soutien à Hannah Abbott qui, inconsciente, avait été transférée à Saint-Mangouste et Eva, elle, se sentit prête à craquer de nouveau.

Inconsciemment, elle chercha du regard Charlotte pour finalement la trouver assise au bout de la table avec les 1ères années. Elle pleurait et Eva ne put s'empêcher de penser que c'était de sa faute.

Puis, Eva croisa le regard d'Emmeline qui était assise à la table des Serpentards avec Ronan Parkinson. Elle avait été à Londres avec Ronan pendant la journée et Eva ne pouvait s'empêcher de douter de cette coïncidence.

Quelque chose ne tournait pas rond et Eva était prête à parier qu'elle n'était pas la seule à l'avoir remarqué à en juger par l'air confus d'Ava Parkinson et celui furieux d'Evan Rosier à la table de Serpentard.

Tu veux Ronan mais à quel prix, Emmeline ? pensa Eva en détournant les yeux, clignant des yeux pour chasser ses larmes alors qu'Amos cognait son genou contre le sien, comme pour lui rappeler qu'elle n'était pas seule.

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titre du chapitre : Célébrons l'amitié, la bravoure et l'espoir (III)
nombre de mots : 10 100

Damn, les scènes d'action qu'est-ce que c'est dur à écrire. Mais qu'est-ce que c'est satisfaisant de vous surprendre avec une telle scène ! Par contre, j'avoue qu'il y a trois versions différentes de cette confrontation aux Trois Balais. Finalement, celle-ci me convient le mieux :)) Faites-moi vos retours ! Qu'avez-vous pensé de nos jeunes Serdaigles du début ? (Une scène qui, en passant, n'était pas du tout censer exister, lol. Et des ptits mots en gaélique irlandais pour représenter la diaspora irlandaise, haha.) Les réactions d'Eva, Jeff, Lily, etc face au danger ? Ai-je réussi à rendre les Inferis effrayants ? (Dégueu une main qui court comme une araignée, je trouve. Brrr.) Et Mister MacNair ? Et Papa Mulciber ? Quelles impressions vous ont-ils fait ?

J'ai bien envie de demander 5 reviews pour la suite, c'est ça qui motive ! ;) Allez, tschüss !