J'ai eu, juste comme ça, envie d'écrire Aster et Ratatosk interagir (autrement que par un meurtre).

Le Palier de l'Éveil vient de Kingdom Hearts.

De l'autre côté du cœur

1. Les rejetés

Il ne voulait pas partir. Il avait quelque chose qu'il devait finir, et il ne voulait pas laisser seul Richter, avec le poids de cette tâche.

Où... était-il ? Il flottait, quelque part, mais il ne parvenait pas à décrire clairement ce qui l'entourait. Quel était cet abîme, infinité sombre mais curieusement rassurante, semblable aux écrits des explorateurs décrivant les contrées mystérieuses des entre-mondes ? Quelque chose remonta dans son esprit : le récit d'un aventurier qui avait visité l'une de ces failles entre les mondes, et y avait découvert d'étranges constructions peuplées de créatures défiant toute imagination. Le Palais du Crépuscule, c'était le nom qu'il avait donné à cet endroit, se rappela Aster. Il avait inclus des images dans son récit, et c'était cela que lui rappelait le lieu où il se trouvait à présent. Il regarda autour de lui. A part qu'il n'y avait aucun palais en vue. Ni quoi que ce soit d'autre.

Le fait qu'il soit capable de ce brin de réflexion lui assura qu'il avait davantage repris le contrôle de lui-même et de son esprit que cinq minutes auparavant où il... en y repensant, il ne parvenait pas à s'en souvenir. Mais il pouvait bouger maintenant ! N'était-ce pas formidable ! Cela prouvait aussi qu'il n'était pas sous l'emprise d'une vision bizarre. Peut-être.

Il parvint à se redresser dans une position plus confortable. Il avait l'impression d'être au fond de l'eau, sauf que, de un, il ne ressentait ni le contact ni la résistance de l'eau, et de deux, il pouvait aisément respirer. Hmm, qu'en était-il de la température ? … Il était incapable de dire s'il faisait chaud ou froid, même en se concentrant. Aster lamenta intérieurement de ne rien avoir sur lui pour prendre des notes. Il n'aurait pas dû laisser son sac à l'entrée du Ginnungagap.

Était-ce une lumière au loin ?

C'était une lumière, mais était-ce un soulagement ? Il se souvenait d'une lumière furieuse et impitoyable ; un éclair de rage avant que tout ne devienne noir.

Instinctivement, il voulut aller vers elle. Peut-être était-ce une issue, peut-être retrouverait-il Richter. Il était scientifique, mais il refusait d'écouter la voix de la raison qui lui murmurait qu'il ne trouverait pas Richter ici.

Ses pieds touchèrent quelque chose de solide avec douceur. Il baissa le regard, surpris, et laissa échapper une exclamation de surprise qui ne résonna pas dans le silence imposé aux lieux : il se tenait au bord d'une immense plate-forme circulaire, aux allures de vitrail, dont les vives couleurs scintillaient doucement dans les ténèbres. Au centre de la plate-forme, se tenait une silhouette qui lui tournait le dos.

Richter ?

« Richter ! »

Aster fit un pas en avant, mais il comprit aussitôt son erreur quand l'autre tourna vivement la tête, pour le regarder par-dessus son épaule.

« Quoi ? Qu'est-ce que tu veux ?! » cracha-t-il, une rage venimeuse dans ses mots.

Avec un mouvement de recul, Aster le regarda sans un mot, les lèvres toujours entrouvertes. Voilà qui était... déroutant. Il avait devant les yeux ce qu'il pourrait décrire comme une version de lui-même d'une humeur massacrante et ayant manifestement décidé de troquer sa blouse blanche pour une vie d'aventurier. Il ne passait pas son temps à se regarder dans les miroirs, mais il pouvait néanmoins reconnaître un clone de lui, malgré ces étranges vêtements noirs et bleus qu'il n'aurait jamais pensé porter, l'épée rangée dans son fourreau, et la haine qui crispait son visage et assombrissait son regard, haine dirigée contre lui.

Il n'aimait pas voir cette expression sur son propre visage. Ce n'était pas naturel, et il avait failli ne pas se reconnaître..

Quoi qu'il en soit, rester à le regarder bouche bée ne serait pas approprié pour saluer son « double », aussi impoli soit-il. Ce n'était peut-être qu'une hallucination, comme la "manifestation des ténèbres de son cœur" ou quelque chose comme ça, mais il devait au moins garder ses manières.

« Bonjour, hasarda-t-il avec un sourire qu'il tenta de rendre autant que possible aimable. Je pense que je suis perdu. Je cherche mon ami. Il est grand, roux, et …

-Va te faire voir. »

Légèrement interloqué, Aster s'interrompit. Et bien, ça commençait fort. L'autre remarqua son hésitation et plissa des yeux.

« T'es sourd ? Je t'ai dit de ficher le camp. »

Son double s'était complètement retourné, à présent, et avançait lentement vers lui. Il y avait quelque chose d'animal dans la façon dont il courbait le buste dans sa direction et dans la lueur d'antipathie dangereuse au fond de ses yeux. Aster tenta de ne pas laisser sa nervosité se montrer.

« Il n'y a pas vraiment d'autre endroit où aller », remarqua-t-il en scannant la plate-forme du regard.

L'autre marmonna une grossièreté puis siffla :

« Ne me fais pas rire. Je t'ai jamais voulu ici. Va-t'en avant que j'en finisse avec toi. »

Et, juste comme ça – il ne sut dire comment – il avait quitté l'étrange vitrail. Il retourna dans l'abîme sombre et familier, la lumière se faisant plus lointaine jusqu'à disparaître. Et, juste comme ça, Aster se laissa dériver à nouveau, tout en retournant cette étrange rencontre dans son esprit.