/!\ Ce chapitre contient un très léger passage NSFW, au moment où le point de vue du narrateur change. /!\
• point de vue de Mitsuki •
Échappée du gala, je respirais enfin. Loin de Keigo et ce pénible jeu, loin du patron et son regard insoutenable. Mais le plus compliqué s'annonçait : une traque. Celle-ci serait toujours moins éprouvante que cette soirée interminable. Et entre socialiser et courser des gens, je suis clairement plus douée pour le second. Avec l'aide d'Akio et des informations qu'il avait pu recueillir pendant que j'étais occupée, rattraper l'honteux voleur fut un véritable jeu d'enfant. L'attraper beaucoup moins. J'en ressortirais avec quelques petites blessures, plus ou moins graves. Rien qu'y n'urge. L'habitude sans doute de me soigner seule, une fois chez moi.
Ainsi, ce problème réglé après un rapide combat, il est ramené par un énième homme de main du patron, nous pouvons enfin rentrer chez nous, profiter de notre fin de soirée -ou nuit vu l'heure- comme bon nous semble.
Je ne me fais pas prier. Akio me dépose, après qu'on est fait un tour dans mon fast-food préféré. Je me déshabille, me lave, me soigne pour revêtir une tenue bien plus confortable. Un t-shirt s'arrêtant à mon nombril, un jogging assez épais. Quelques bandages ornent mon ventre, mes poignets et mes jambes -bien que ces derniers ne soient visibles-. Ainsi, je peux me jeter, en paix, sur mon confortable canapé. A nous deux, Netflix. Son fameux Toudoum me console du pénible gala. Mais le repos est de courte durée car un élément plus qu'important avait échappé à mon attention : Keigo et le fait qu'il possède mon adresse.
L'écran de mon téléphone s'illumine ; je viens de recevoir un nouveau message.
— Je suis à ta porte.
Bordel.
Je l'entends ensuite taper à ma porte. Évite-t-il la sonnette pour les voisins? Quelle délicate attention. Mais cela n'empêche mon irrésistible fainéantise de me coller du canapé. Alors qu'il toque une seconde fois, je finis par céder. D'un pas lent et las, je me dirige vers la porte jusqu'à lui ouvrir et le laisser entrer dans mon très humble demeure. Mon regard d'or le parcourt avec une certaine curiosité ; il ne s'est pas changé depuis le gala. A-t-il fait au plus vite dès qu'il a pu se libérer? Pourquoi cela m'intéresse?
— Installe-toi.
— Tu as disparu subitement... Et tu es blessée?
— Rien de grave.
Ses pupilles s'attardent sur mes bandages. Il s'inquiète? Je ne saurais le déterminer. Il est de nature si jovial, si détaché et avec moi, ses traits se durcissent ; son rare sérieux prend le dessus. Il m'est si difficile de comprendre à quoi il pense. Seul un frisson parcourt mon corps sous l'insistance de son regard. J'en suis presque gênée comme une vulgaire collégienne qui flirte pour la première fois. Pourtant, cette situation n'a rien de romantique ou de sensuel.
— Que faisais-tu au gala? Reprend-il. Un vol pour l'a-
— Simplement mon boulot, moins tu en sais, mieux tu te porteras.
— Je n'arrive pas à comprendre.
Un soupir s'échappe de ses lèvres alors qu'il se laisse tomber mollement sur le canapé.
— Tu peux te servir, propose-je en pointant le poulet sur la table basse.
Je le rejoins peu, m'installe à côté de lui. Enfin, je pose ma jambe droite sur le canapé, pliée pour lui faire face alors que mon coude se pose sur le dossier.
— Pourquoi es- tu devenue une vilaine? La question fatidique est posée. Lorsque nous étions enfant, on partageait la même passion pour les héros.
— Je ne suis pas aussi douée que toi ; mon travail paye bien mieux.
— Mais il est illégal. Tu risques gros, Mitsuki.
Cette légère inquiétude au fond de sa voix me fait fondre. Incapable de le regarder en face, mes pupilles dorées fuient vers un pan de mur vide. Mes ongles s'enfoncent dans le tissu du canapé.
— Je m'en sors très bien, ne t'inquiète pas.
— Tu es blessé.
— C'est de ta faute, tu me distrais.
Et merde.
Un silence pesant s'installe entre nous. Je peine à l'observer ; mon regard se glisse lentement sur lui. Forcé. Il est aussi décontenancé que moi. Cherche-t-il ses mots? Une parade? Sa bouche s'ouvre ; la gêne augmente. Mon cœur s'emballe à l'appréhension de ses paroles. Comme une collégienne, je perds peu à peu tous mes moyens sous l'embarras, sous cette pression. Il est presque étonnant que mes joues ne se soient pas empourprées.
— Mitsu-
Je cède sous ce poids. Incapable de l'affronter, je l'empêche de parler, scellant ses lèvres d'un baiser.
• point de vue extérieur •
Mitsuki n'a de cesse de le prendre de court. De surprise en surprise, le blond s'en retrouve décontenancé. Ses pensées et réflexions se font chaotiques, incapable de suivre cette scène irréaliste. Son cœur s'emballe, comme celui de l'ébène. Cet acte lourd de conséquences les emporte dans une luxurieuse fièvre. Ses mains se glissent dans ses cheveux obscurs, caressent avec délicatesse ses mèches d'or alors que ce chaste et anodin baiser devient une véritable expression d'un désir réprimé, de sentiments enfermés.
Par l'un, comme par l'autre.
Ce baiser devient plus intense. Ses doigts quittent sa douce chevelure pour longer son corps. Elle l'emporte alors que son dos rejoint le confortable coussin. Leurs lèvres se séparent ; leurs respirations en sont saccadées, haletantes. Ils désirent plus. Maintenant que cette brèche est ouverte, cette avidité dévorante les consume. Refoulée depuis trop longtemps, elle saisit leurs corps, leurs âmes, afin de les plonger dans les abîmes de la volupté.
Leurs corps sont échauffés, collés l'un à l'autre. Un nouveau baiser vient clore toutes résistances.
Les mains de Mitsuki se font chastes, délicatement posées dans la nuque de son futur amant. Mais le blond n'a guère de patience ; ses phalanges brûlantes s'immiscent sous le tissu de la vilaine. De son ventre remonte vers sa poitrine qu'il enserre de sa paume un sein. Contre ses lèvres, elle retient un soupir d'aise. Mais le second est audible, discret sous leurs bassins enflammés, enlacés et frottés l'un à l'autre.
Son coeur emballé, incontrôlé, cet instant, elle a rêvé tant de fois. Pourtant, chaque sensation est si unique, si intense qu'elle se perd dans ses délicates attentions.
Mais cet instant unique où seuls leurs cœurs s'expriment, loin de leurs pesants devoirs, prend fin lorsque le téléphone de la vilaine sonne. A quatre heures et demie du matin. S'inquiétant d'une possible insomnie de son patron, Mitsuki l'attrape, exaspérée pour découvrir un appel de... Dabi. Bordel.
— Désolé, je dois répondre.
Une lâche excuse? Oui. Totalement.
Le self-control de la vilaine est réapparu, à l'instant où cet appel l'a sorti de ce voile voluptueux. Elle s'est rendu compte de l'erreur, de ce pas à ne pas franchir. Elle est une vilaine, il est un héro. Cette dure réalité les sépare. Et la simple idée de céder, de le couler avec elle dans les bas-fond de sa médiocrité est impensable. Ainsi, à nouveau l'ébène doit sceller ses sentiments au plus profond de son être, avant de commettre l'irréparable.
Hawks semble déçu, frustré. Il y a de quoi. Alors que la femme s'éloigne sous ses yeux pour s'isoler dans sa chambre.
— Miiiiiiitsuuuuuuuuki, gueule Twice au téléphone, assez fort pour qu'on l'entende de la pièce d'à côté.
— Qu'est-ce que vous voulez?
— On a plusieurs caisses d'alcool, on débarque chez toi quand tu veux, enchérit Dabi.
De l'alcool. Une beuverie sans limite à quatre du mat', c'était ce qu'il lui fallait pour oublier la peine, ce douloureux choix qui hantait son cœur.
— Je suis occupée. Une prochaine fois, peut-être.
Sans crier gare, elle raccroche pour retrouver Keigo dans son salon.
— Désolé, un contretemps inutile, soupire t-elle en s'affalant à ses côtés. On devrait s'arrêter là.
Ses simples mots brisent son cœur.
Lui ? Il n'arrive à exprimer ses sentiments, ses désirs,encore moins sa dévorante jalousie de la savoir au téléphone avec un autre alors qu'ils partageaient un moment si particulier.
— Je comprends.
— Tu peux quand même rester? Dormir, s'il te plait.
Car si elle n'est pas capable de franchir ce pas, de le mener à sa perte avec elle, la vilaine ne se sent pas de passer la soirée seule, loin de lui. Elle se morfondrait, noierait ses larmes dans le poulet refroidi. Sa présence à moins le mérite de réchauffer son cœur meurtri par cette si douloureuse décision.
— Bien sûr, réplique-t-il d'une voix assurée mais surtout rassurée. Elle ne le rejette pas.
L'ébène se lève une dernière fois, fait réchauffer les fameux pilons avant de s'installer devant Netflix avec Keigo. Après quelques minutes à peine, un très bref repas, elle s'endort sans mal à ses côtés. Un léger et discret sourire orne ses lèvres.
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Désolé le chapitre a un peu de retard mais j'espère qu'il vous plaira
