Note de l'auteur : Merci pour ceux qui sont de retour après avoir lu (il y a plusieurs mois) le premier chapitre, et mes excuses pour avoir tant tardé à poster le second ! (24/07/2021)
Chapitre 2 Rencontre avec un chien fou
Je sors de la salle de classe en trombe, le visage en feu et tous mes muscles tremblants. Je met le plus de distance entre la salle de classe et moi, jusqu'à ce que je n'en puisse plus. Je m'arrête un moment et presse ma joue contre les murs de pierre glacés, haletante. Je ferme les yeux et essaie de reprendre mon souffle. C'était quoi, ça ?
Qu'est ce qui vient de m'arriver ?
Je n'avais jamais eu de vision aussi précise, aussi sensorielle … vivace. Celles de tout à l'heure étaient comme un film en noir et blanc en comparaison. Des scènes que j'aurais regardé sans intérêt. Jamais je n'avais eu de vision comme celle ci. Moi qui d'ordinaire observe les évènements à distance, cette fois, je les ai vécus, comme si toutes ces choses m'étaient arrivées. Car j'en ai la conviction : ces choses se sont déjà produites. D'ordinaire, je ne peux que me fier à quelques indices pour savoir si ce que je vois se situe dans le passé, le présent ou l'avenir.
Mais là je le sais. Quelqu'un a déjà hurlé de colère contre Sirius Black.
Une fois que les battements de mon coeur ont reprit une vitesse normale et que le sifflement dans mes oreilles a cessé, je poursuis ma route, lentement, vers la salle commune. Le chemin, que je trouve déjà long en temps normal, me semble interminable.
Je dois avoir l'air épuisé car le corbeau qui surveille l'entrée m'a soumis une énigme de débutant … Je soupire d'aise en me laissant enfin tomber dans le fauteuil le plus moelleux, celui qui se trouve dans une alcôve, tout près de la cheminée.
A cette heure de la journée, notre salle est presque déserte et c'est tout ce dont j'ai besoin avec la migraine qui nait doucement dans ma tête.
Je ferme les yeux et me concentre sur le crépitement du feu, le bruissement des feuilles de pilea qui s'agitent doucement, et le murmure des conversations des personnages de tableaux ...
« Amelia ? »
Une voix calme, féminine, me fait revenir à moi. Combien de temps ai-je dormi ? J'ouvre les yeux et bat plusieurs fois des paupières.
« J'ai croisé Mary Macdonald et elle m'a donné ton sac … » continue Lizzie Johnson, ma camarade de dortoir.
Je suis partie tellement vite tout à l'heure que je n'ai même pas pris mes affaires.
« Oh, merci Lizzie … » je murmure en attrapant la lanière de mon sac et en le calant contre moi dans le fauteuil. Lizzie, Elizabeth de son prénom complet, est une fille vraiment sympathique, serviable et douce. Pourtant, elle n'est vraiment proche que d'une seule personne (et réciproquement) : sa soeur jumelle, Demeter, que tout le monde appelle Demi. De tous mes camarades à Poudlard, ce sont elles qui se rapprochent le plus de ce que je pourrais qualifier d'amies. Nous mangeons ensemble et nous allons ensemble aux cours que nous avons en commun. Pourtant, je n'ai jamais réussi à créer une vraie intimité avec elles : leur lien est si fort qu'il est difficile de se faire une place.
« Hmm … » poursuit-elle, l'air un peu gêné, « il y avait Sirius Black aussi, et il m'a demandé de te dire qu'il voulait te voir … Rapidement. »
Je m'enfonce encore plus dans le fauteuil en velours jaune moutarde, triturant un fil qui dépasse de l'accoudoir.
« Quelle surprise … » je marmonne.
Demi nous rejoint à ce moment, mâchant un chewing gum avec nonchalance.
« D'ailleurs, il rôde dans les couloirs, pas très loin d'ici … » nous apprend-t-elle, en se joignant à la conversation.
« Parce qu'il sait où est notre salle commune ?! » je m'exclame en me redressant dans le fauteuil.
Lizzie, douce, calme et tranquille, sursaute, alors que Demi hausse les sourcils, qui disparaissent sous son épaisse frange brune. Je hausse rarement le ton.
« Euh, je crois oui. Il est sorti avec Charlotte Parks l'année dernière, alors … » m'informe Demi.
Maudite soit cette Charlotte Parks ! Elle me harcèle déjà pour que je range systématiquement ma serviette sur « le porte-serviette Amelia, parce que c'est à ça que ça sert » et maintenant j'apprends qu'elle divulgue l'entrée de notre salle commune à n'importe qui...
« Super … »
Alors que Demi se laisse tomber dans un canapé tout proche et sort un magazine de son sac, je vois bien que Lizzie ne sait pas trop sur quel pied danser. A vrai dire moi non plus : elle n'a pas assisté à la scène, mais on l'a lui a sûrement raconté. Ce qui est encore pire.
« Il s'est passé quelque chose ? » demande-t-elle d'une toute petite voix.
« J'ai juste ... vu des choses. Et les autres s'en sont rendus compte. » je murmure, en baissant les yeux.
Elle ne répond pas tout de suite et je dois lever le regard vers elle pour voir sa réaction. Elle se mord la lèvre, l'air presque ... inquiet ?
« Ça va mieux ? » demande-t-elle.
Après presque 7 ans à partager le même dortoir, Lizzie a eu largement le temps de se rendre compte de toutes mes petites bizarreries, « absences » comprises.
« Ouais … » je soupire, « On va dire ça. »
Je m'efforce de lui sourire, au moins un peu, mais comme elle se balance toujours d'un pied sur l'autre, je lui demande s'il y a autre chose.
« La professeure voudrait aussi te voir en fait. »
Pour toute réponse, je pousse un profond soupir depuis les profondeurs de mon fauteuil. Et moi qui pensait que cette journée ne commençait pas si mal …
.o.o.
J'ai séché mon cours de Sortilèges de l'après-midi. C'est un cours commun avec les Gryffondor, et je n'avais aucune envie de voir Sirius Black. Je ne le connais pas bien, mais il me semble être tout à fait du genre à ne pas lâcher le morceau. Et aujourd'hui le morceau, c'est moi. Bien sûr, j'ai reçu un message du professeur Flitwick, qui enseigne cette matière, me demandant de le rejoindre dans son bureau pour une explication. Ce que je fais actuellement, en prenant mon temps le plus possible pour éviter de croiser les autres à la sortie du cours. Comme je n'ai pas emprunté le chemin le plus direct (au cas où Sirius Black serait toujours dans les parages), je laisse mon esprit divaguer pendant le trajet. Mauvaise idée.
Une vague migraine me reprend, puis les signes avant coureur d'une vision se présentent : la chair de poule, ma vision qui se trouble, les acouphènes …Je me concentre un moment sur le bruit de mes pas sur le sol de pierre et m'agripper au monde qui m'entoure. Gauche, droite, gauche, droite. Un rayon de soleil dans le couloir. La sangle de mon sac sur mon épaule. Une fois devant la porte du bureau du professeur Flitwick, j'hésite un instant. Il a toujours été gentil avec moi, d'ailleurs, il l'est avec tout le monde, mais sécher un cours ?
Je frappe trois petits coup secs et entrouvre la porte.
« Ah. Miss Bennet ! Entrez, entrez ! » s'exclame le professeur. Je parcours les quelques mètres entre la porte et son bureau, et m'assois, enfin, me laisse tomber sur le siège en face de lui.
« J'ai reçu un mot du professeure Chourave pour me parler du petit… incident de ce matin. Le professeur MacIntosh était ravie mais j'ai cru comprendre que la scène avait pu ... choquer quelques élèves. J'imagine que votre absence à mon cours à un rapport avec l'incident ? »
« Oui … »
« Hmm … » Il semble réfléchir. Est-ce qu'il va me donner une retenue ? Est-ce que le professeur Flitwick a déjà donner une retenue à quelqu'un d'ailleurs ... ?
« Je vais tolérer ce petit écart pour aujourd'hui… ».
.. apparemment non.
« Mais, je veux vous voir en cours de sortilèges demain matin ! »
« Bien sûr … »
« Et je pense que vous devriez aller parler de ce qui s'est passé avec le professeur MacIntosh. Elle pourra certainement vous aider à comprendre. »
« J'irais la voir oui, elle a demandé à ce que je repasse à son bureau. Mais, vous savez, il n'y a pas grand-chose à dire …»
« Je doute qu'elle soit de votre avis. Pas plus que Mr Black d'ailleurs … Il semblait vous chercher tout à l'heure. »
« Hmm oui … »
« Je pourrais vous arranger un rendez-vous avec le professeur Dumbledore si vous le souhaitez. Il pourrait vous conseiller et … »
« Non, non. Ce n'est pas la peine, je sais que je ne dois pas parler de ce que je vois. »
C'est même ma règle d'or, depuis que j'ai 8 ans. Et personne n'a pu me faire changer d'avis.
« Mais vous n'avez pas non plus à tout garder pour vous…»
« C'est comme ça » je réponds en haussant les épaules. Et en essayant d'avoir l'air d'une ado désinvolte pour qu'il me laisse repartir rapidement. Comme si tout ça n'avait pas d'importance.
Pourtant, cette vision m'obsède. Ce que j'ai ressenti surtout. Voir, depuis le corps de quelqu'un d'autre … Je n'avais aucun contrôle sur ce que je faisais, mais j'étais vraiment dans l'action. Pas une simple spectatrice, comme c'est le cas d'habitude.
La sonnerie retentit et fait sursauter le professeur Flitwick. Le pauvre s'était lancé dans un discours vibrant sur l'implication de tout le corps professoral pour ma situation.
« Notre mission de vous aider … », « Notre rôle de vous guider dans la découverte de vos facultés ... » et bla, et bla, et bla. La vérité, c'est surtout qu'ils sont aussi largués que moi.
Il regarde rapidement sa montre, et se lève précipitamment.
« Je suis vraiment navré Miss Bennet, mais je dois me rendre à l'autre bout du château pour faire répéter la chorale ! »
« Pas de problème », je réponds en me levant et en le suivant vers la sortie. La porte se referme derrière nous en une série de cliquetis presque musical.
« Vous n'oublierez pas de retourner voir la professeure MacIntosh surtout » dit-il en trottinant vers la salle de musique. « Je suis certain qu'elle sera pleine de bons conseils ! » ajoute-t-il en tournant son visage vers moi, sa voix résonnant dans le couloir, alors qu'il s'éloigne rapidement.
Je le suis des yeux un moment, de peur qu'il entre en collision avec un mur, puis soupire lorsqu'il tourne et disparait. Alors que je commence à rebrousser chemin vers ma salle commune, j'entend un groupe d'élève arriver. Je n'ai aucune envie d'avoir une autre interaction sociale pour le moment alors, je me glisse dans l'alcôve la plus proche et déplace suffisamment la tapisserie qui recouvre le mur pour réussir à me cacher de façon plus ou moins convaincante.
« Vous avez entendu parler de cette histoire en cours de divination ? Il parait que Bennet a eu une vision ... » déclare tout haut une voix féminine, familière mais que je ne parviens pas à identifier.
« Oui, et elle a hurlé sur Sirius. Helen m'en a parlé, elle y était. » rétorque une autre voix d'un air assuré.
Un tintement retentit, quelque chose a du tomber par terre, et le groupe s'arrête, à quelques mètres de moi.
« Des visions ? Tu parles ! Elle cherche juste à attirer l'attention. Avant, c'était pour sécher les cours, maintenant, c'est pour attirer l'attention de Sirius. » répond une troisième voix, méprisante.
« C'est franchement pathétique si vous voulez mon avis. » Cette voix, je la connais. Très bien même : c'est celle de Charlotte Parks, avec qui je partage mon dortoir. La Charlotte Parks qui est sortie avec Sirius Black, l'année dernière, et qui lui a montré l'entrée de notre salle commune au passage.
Elle ricane et poursuit son chemin avec ses deux copines. Sans m'en rendre compte, j'avais retenu ma respiration. Je laisse l'air s'échapper lentement par mon nez alors que leurs voix s'éloignent de plus en plus. L'opinion de Charlotte sur mes visions est peut être guidée par sa jalousie maladive envers tout ceux qui s'approchent de près ou de loin de Sirius Black, mais malgré tout, je sais qu'elle est partagée par bien d'autres personnes. Les premiers mois à l'école, je suis simplement passée pour une fille bizarre mais j'avais quand même quelques amis. Et puis, je ne sais pas vraiment pourquoi, mes visions ont commencé à se produire plus régulièrement, peut être à cause de l'atmosphère pleine de magie de Poudlard. Je me suis isolée des autres quand j'ai compris que non, avoir des visions n'était pas une chose si commune dans le monde des sorciers. Moi qui était si heureuse quand j'ai reçu ma lettre et qu'on m'a expliqué que j'allais enfin être entourée d'autres enfants comme moi ...
Je prends une grande inspiration et sort de ma cachette pour rentrer au dortoir. Mais j'ai à peine fait quelques pas qu'une voix forte résonne dans le couloir.
« Bennet ! »
Non. Pas lui. Je reconnais facilement cette voix, plutôt grave et agréable, pleine d'assurance. Quand je me retourne, je ne peux que confirmer ce que je sais déjà : à l'autre bout du couloir, juste à l'angle où le professeur Flitwick a disparu quelques minutes plus tôt, Sirius Black m'a repéré. Comme si j'étais face à un jaguar en pleine jungle, je me fige, puis recule prudemment de quelques pas. Arrivée à l'angle du couloir, j'abandonne toute dignité ou faux semblant et pars en courant. Je compte sur l'effet de surprise pour le laisser sur le carreau : sans ça, je sais qu'il me rattrapera sans difficulté. Malheureusement pour moi, l'effet de surprise n'a, et bien, pas beaucoup d'effets sur lui, et j'entends ses pas qui s'accélèrent derrière moi. Au bout d'une dizaine de mètres, il se met franchement à courir lui aussi et en quelques secondes, je sens sa main se refermer sur mon bras.
« Oh, euh tiens, salut ! Comment ça va ? » je bafouille.
Mon sens de la répartie me fait clairement défaut sur ce coup.
« Ça ira mieux quand tu m'auras dit ce que tu as vu. »
Pourquoi il ne lâche pas mon bras ? Je n'irais pas bien loin et on le sait tous les deux … J'essaie de me dégager : il ne manquerait plus qu'il me déclenche une autre vision.
« Je ne peux rien te dire et je ne te dirais rien. » Ça, c'est ma punch line. Quelques élèves sont déjà venus me voir pour me demander des prédictions après avoir entendu parler des rumeurs à mon sujet. Il ne m'a pas été difficile de décourager ceux qui n'y croyait pas vraiment, en ayant l'air stupéfaite. D'autres, parmi mes camarades du même âge surtout, savaient que je voyais des choses pour avoir entendu les professeurs en parler ou pour m'avoir escortée à l'infirmerie. Mais la plupart d'entre eux, vexés que je ne cède pas à leur supplications, ont simplement décrété que j'étais une fille bizarre, menteuse compulsive en manque d'attention. Tout à fait l'opinion que se fait Charlotte de moi, si j'en crois la conversation que je viens de surprendre.
« A d'autres ! Je dois savoir. »
« Ecoute, il y en a beaucoup avant toi qui sont venus me voir et je ne dirai rien. Tu ne feras pas exception. »
Je suis moi-même étonnée par ma propre assurance, tout en priant pour qu'il ne se rende pas compte que j'ai les mains qui tremblent et l'envie de partir en courant.
« Pourtant, je suis une exception » répond-t-il en me lâchant enfin et en croisant les bras sur sa poitrine.
« Ah oui ? Et on peut savoir pourquoi ? » je demande en fronçant les sourcils.
Ce gars est tellement imbu de lui-même ... Je ne l'avais pas remarqué plus que ça avant mais ça m'apparait clairement désormais.
« Parce que tu as crié mon prénom. »
Oh mon dieu. Je suis à deux doigts de virer au rouge tomate. Cette phrase est beaucoup trop ambigüe.
« … »
« Et c'est la première fois que ça arrive pendant une de tes transes. Je me suis renseigné. »
Ah, c'est ça qu'il entendait en se qualifiant d'« exception » ...
Une seconde, il a dit mes « transes » ? Il appelle ça des transes lui ? Pourtant, je ne pense pas avoir l'air d'une sorcière vaudou ou de me trémousser avec des yeux révulsés … Enfin, j'espère. Le pire, c'est que je ne sais même pas ... il faudrait que je pose la question à Emma la prochaine fois que je la verrais.
« C'est le thé du professeur MacIntosh. Il m'a embrouillé le cerveau … »
« Elle était en extase quand tu es partie. Elle a dit que son infusion avait fonctionné et que ton troisième oeil n'était plus obscurci, quelque chose comme ça ... » explique-t-il encore, franchement agacé.
« Que tu avais dû avoir une vision ultra-sensorielle à propos de moi. »
Mon dieu. Je crois que je suis vraiment en train de me mettre à rougir maintenant. « Je … Ecoute, de toute façon, je ne peux rien dire. Essayer de changer l'avenir peut avoir des conséquences désastreuses ! »
« Mais je ne veux pas le changer, je veux juste savoir ce que tu as vu ! »
« C'est ce que tout le monde dit ! Mais au final, vous êtes tous pareils ! Vous pensez tous être différents et pouvoir changer votre destin ! Vous ne comprenez pas qu'une fois que vous savez, les évènements sont figés, et on ne peut plus rien changer ! »
Waouh. Qu'est-ce que ça fait du bien ! Des années que je voulais déballer tout ça à quelqu'un. Etrange, que ça tombe sur Sirius Black. Il me dévisage avec une expression que je ne lui ai jamais vu. On peut souvent le voir mort de rire, dédaigneux, agacé mais jamais comme ça. Jamais avec cet air de tristesse et de supplication à la fois. Ça a l'air vraiment important pour lui. Comme s'il attendait justement une réponse et qu'elle pouvait venir de moi.
« S'il te plait … »
Nous échangeons un long regard pendant lequel je me surprends à hésiter. Après tout, j'ai vraiment eu la sensation que ce que j'ai vu s'est déjà produit, ça n'aurait pas beaucoup de conséquences ...
Mais non ! je ne peux pas prendre un tel risque, c'est la première fois que je ressens une chose pareille.
« Je suis désolée. Vraiment. »
Il ne dit rien mais son visage se ferme tout à coup. J'en profite pour m'éloigner doucement. J'ai l'impression qu'il a compris que je ne céderai pas, pourtant, la petite lueur que j'ai vu dans ses yeux ne me dit rien qui vaille.
