Chapitre 3
Stand de tir, Commissariat de Police, National City :
Lorsqu'Alex s'était levée, ce matin-là, son cœur était lourd. Délicatement, elle s'était extirpée des couvertures chaudes du lit qu'elle partageait avec Sam après avoir longuement observé celle-ci dormir, et en veillant à ne pas la réveiller. La plus âgée des deux sœurs Danvers détestait déjà cette situation dans laquelle elle se retrouvait avec sa compagne. Après tout, n'aurait-elle pas tout de même dû lui dire qu'elle avait été assignée avec Maggie ? Très probablement. Mais bien malgré elle, la brune était incapable de se résoudre à en parler à Sam, simplement car elle savait, elle sentait, que celle dernière serait jalouse. C'était déjà le cas lorsqu'elles avaient seize et dix-sept ans alors, pourquoi ça serait différent, cette fois ?
Poussant un profond soupir, l'agent de police en formation avait quitté la chambre conjugale, avait enfilé rapidement des vêtements propres et s'était empressée de s'échapper de leur appartement pour prendre le chemin du commissariat, où Maggie devait déjà l'attendre.
Et cette intuition fut confirmée dès lors qu'Alex avait mis un pied dans l'enceinte du commissariat de police et que ses yeux s'étaient posés sur la jolie hispanique qui patientait tranquillement, accoudée au bureau du sergent, dans l'entrée. En attendant la grande porte s'ouvrir dans un grincement qui lui était désormais familier, le regard de Maggie avait découvert la silhouette nonchalante et rigide de sa nouvelle coéquipière. Contrairement à celle-ci, un franc sourire était venu éclairer son visage, et bien que la jeune Danvers ne le lui rendait pas, la Sawyer ne l'effaçait pas ses lèvres, le laissant se transformer en un rictus plus malicieux.
- Hey, Danvers, t'as pas dormi cette nuit ou quoi ? Je crois que tu tires encore plus la gueule que ce vieil aigri de McGregor.
- Ouais, c'est ça, maugréa simplement Alex, bonjour à toi aussi.
- Décidément, la bonne humeur, c'est pas ton fort, la taquina avec plaisir Maggie. T'étais beaucoup plus drôle au lycée.
L'ancienne étudiante en médecine gratifiait sa collègue d'un regard noir qui la fit rire. Depuis le temps qu'elles se connaissaient, l'attitude maussade de la Danvers n'atteignait plus réellement la policière. Même si cette dernière croyait dur comme fer à ce qu'elle venait de dire. Oui, à dix-sept ans, Alex était résolument plus marrante que c'était le cas désormais, trois ans plus tard.
- J'étais quelqu'un d'autre au lycée, rétorqua-t-elle sur un ton dur.
Maggie haussait simplement les épaules en guise de réponse. A vrai dire, elle s'en fichait. La Alex qu'elle connaissait s'était peut-être terrée très loin au fond de la femme qui lui faisait face, mais elle savait pertinemment que cette personne était toujours là malgré tout. Il fallait juste l'aider à refaire surface et, pour ça, l'hispanique avait un plan tout tracé : faire redécouvrir à son ancienne amie, – et amante –, l'adrénaline qu'elle ressentait à l'époque, et ainsi ramener à la vie la Danvers pleine de joie de vivre et d'entrain qu'elle avait toujours connu lorsqu'Alex jouait encore au basket.
- C'est possible, admit-elle. Mais nous ne sommes pas vraiment là pour parler de ça. Suis-moi. Ton entraînement n'attend pas !
Maggie ne lui laissait aucunement le temps de répondre quoi que ce soit. Sans attendre, la jeune femme s'était engouffrée dans la cage d'escalier adjacente au bureau d'accueil, forçant Alex à faire de même.
- Où est-ce que l'on va ? S'enquit celle-ci en fronçant les sourcils tandis que l'hispanique dévalait les escaliers pour rejoindre le sous-sol.
- T'entrainer à la chose que j'aime le plus dans ce métier.
La tonalité mystérieuse que Maggie avait utilisée intriguait la fraîche recrue de la police de National City. Toutefois, elle ne dû pas attendre bien longtemps avant de découvrir la nature de son entrainement du jour.
Au sous-sol, juste derrière une nouvelle porte qu'elles venaient de franchir, s'étendait une gigantesque salle. Mais ce n'était pas n'importe quelle salle, non. Contre le mur droit, s'étendait jusqu'à la mi-pièce, des dizaines d'étagères sur lesquelles étaient disposées des armes en toutes sortes et de toutes tailles. Et face à elle, à quelques mètres seulement, de grandes vitres en plexi glace trônaient, ouvertes par une petite fenêtre juste assez grande pour y glisser les mains.
- Le stand de tir, releva la Danvers sans être capable de réprimer le sourire qui se glissait sur son visage fermé.
Le regard de Maggie croisait le sien durant un instant et, même si la policière en formation s'empressait de la détourner, l'hispanique n'avait pas manqué de voir des étoiles briller dans ses prunelles chocolat. Elle hochait alors la tête avant de rejoindre silencieusement les grandes étagères, de se saisir de deux des plus petits modèles et de revenir en en tendant un à sa coéquipière.
- Ce sont des Glocks 45, expliqua-t-elle avec enthousiasme. C'est avec ce modèle qu'on va se balader tous les jours. Ce sont les plus utilisés dans la police.
Maggie marquait une courte pause pour observer Alex se saisir de l'arme qui lui était tendue d'une main tremblante. Ce manque d'assurance significatif répondait déjà à la question qu'elle s'apprêtait à poser, néanmoins, elle la posait tout de même, simplement car elle le devait.
- Est-ce que tu t'ais déjà servi d'une arme auparavant ?
- Pas vraiment, avoua-t-elle sur un air penaud que la policière ne put s'empêcher de trouver mignon.
Un petit rire s'échappait de sa gorge, alors qu'elle accordait un regard bienveillant à son interlocutrice.
- Tu vas voir, ce n'est pas compliqué. Je vais te montrer comment faire.
Sans attendre, l'hispanique s'approchait de l'une des vitres en plexi glace et prenait position, tout en jetant des regards derrière elle pour s'assurer qu'Alex l'avait bien suivi. Ce qui était effectivement le cas. Et pour la première fois depuis leur rencontre, l'aînée des sœurs Danvers semblait réellement intéressée par ce que Maggie était sur le point de lui expliquer.
- Avant tout, il faut que tu tendes tes bras vers l'avant en pliant tes coudes. Puis, tu écartes tes deux jambes pour prendre un appui stable. Alors, tu vises et tu presses la gâchette.
Un court silence s'installait entre les deux femmes et la policière d'origine mexicaine haussait un sourcil. Alex ne l'avait pourtant pas habituée à tant de silence.
- Est-ce que tu as compris ?
- Je pense que oui, annonça-t-elle d'un hochement de tête.
Un nouveau sourire éclairait le visage de Maggie sur ces mots, avant qu'elle ne se recule des quelques pas.
- Parfait. Alors montre-moi.
Moins assurée qu'elle ne l'aurait souhaité, Alex avait pris la place de sa coéquipière devant la glace. Tout comme Maggie avant elle, l'ancienne étudiante en médecine avait écarté les jambes pour répartir son poids sur ses deux pieds et avait tendu ses deux bras vers l'avant. Et bien qu'elle fût persuadée d'avoir tout fait comme il le fallait, lorsqu'elle tirait enfin le coup de feu en direction de sa cible, face à elle, le recul de l'arme la faisait vaciller sur ses jambes. Puis, un simple coup d'œil lui suffisait à comprendre que, malgré toute son écoute et sa volonté de bien faire, son manque d'expérience avait fait qu'elle n'était même pas parvenue à trouer la cible face à elle.
Un profond soupir s'échappait de ses lèvres tandis que Maggie se permettait de ricaner furtivement. Cet amusement laissait néanmoins vite place à un sourire malicieux sur son visage au teint basané et Alex aurait mentit si elle avait assuré qu'elle ne le trouvait pas séduisant.
- On va dire que c'était ça l'idée, la taquina-t-elle. Mais tu n'es pas assez stable. Je vais t'aider.
Ni une, ni deux, la policière avait réduit la distance entre elles et s'était placée dans le dos de son ancienne amie avec audace. Avant qu'Alex n'ait eu le temps de protester ou de dire quoi que ce soit, le buste de l'hispanique s'était pressée contre son dos et ses mains s'étaient posées sur la sienne pour lui donner plus de fermeté dans le maintien de son arme. Les muscles tendus par tant de proximité, la policière en formation crût bien défaillir lorsque la poitrine de Maggie pressait un peu plus son dos alors que la Sawyer décalait sa tête pour regarder par-dessus son épaule. Ce mouvement avait provoqué un frottement suffisamment fort pour qu'Alex parvienne à sentir deux petites masses dures caresser le creux de ses omoplates. Et elle aurait parié qu'il s'agissait en réalité des deux tétons de sa coéquipière qui ne devait simplement pas porter de soutien-gorge en dessous de son t-shirt fin.
Le rouge aux joues, l'aînée des sœurs Danvers sentait son cœur s'emballer dans sa poitrine tandis qu'elle ne parvenait pas à faire abstraction de ce fait. Sa gorge était devenue si sèche qu'elle était même certaine de ne pas être capable de prononcer un seul mot. Heureusement, elle n'eût pas à le faire.
- Détends-toi, la rabroua Maggie sur un ton espiègle, je ne vais pas te violer, ça va aller.
Cette boutade était assez malvenue pour Alex, toutefois, elle n'y répondait rien. Elle ne le voulait pas, de toute façon, pensait-elle.
- Appuie sur tes pieds, reprit doucement la policière. Et bloque tes avant-bras. Voilà, comme ça. Maintenant, tires.
Repoussant vivement ses pensées pleines de luxure au fond de son esprit, l'ancienne étudiante en médecine appuyait sur la gâchette. Les mains de Maggie maintinrent les siennes lorsque le recul de l'arme menaçait de lui faire perdre de nouveau l'équilibre et l'étendue de son corps se retrouvait un peu plus pressé dans cette étreinte qu'elles partageaient. Et au fond, même si Alex ne voulait pas l'admettre, elle était forcée de se rendre à l'évidence qu'elle trouvait cette proximité avec Maggie pour le plus rassurante. Là, dans les bras de l'hispanique, elle se sentait en sécurité. Un sentiment qu'elle ne connaissait plus depuis longtemps puisque sa relation avec Sam battait malheureusement de l'aile. D'ailleurs, pourquoi fallait-il qu'elle ressente cela ? La policière en formation trouvait cette situation parfaitement et douloureusement ironique, comme si l'univers tout entier cherchait à lui faire passer un horrible message. Et elle n'était pas prête à le recevoir. Probablement ne le serait-elle jamais. Elle ne voulait pas l'être, en tout cas.
- Attends, la retint-elle subitement en fermant les yeux, la voix tremblotante, lorsque Maggie esquissait un mouvement de recul pour séparer leurs corps. Est ce qu'on peut rester comme ça encore un moment ?
Une culpabilité palpable traversait le timbre de voix de l'ancienne étudiante en médecine face à la spontanéité de ces mots qu'elle n'avait pas réfléchis.
- Juste le temps que je prenne plus d'assurance, s'empressa-t-elle d'ajouter tandis qu'elle devinait le sourire qui barrait désormais les lèvres de Maggie, dans son dos.
- Bien sûr.
La policière raffermissait alors sa prise sur sa coéquipière avec ravissement. Elle y était enfin. Alex était en train de céder doucement sous ses manœuvres et l'hispanique adorait cette soudaine sensation de puissance qui l'envahissait. Sam n'avait qu'à bien se tenir.
Alex, quant à elle, s'en voulait un peu plus. Tout aussi spontanément que l'avait été sa question, et bien malgré elle, un léger soupir de plaisir s'était échappé de ses lèvres lorsque Maggie avait appuyé un peu plus son buste contre elle. Pire encore, lorsque les tétons durcis de ses seins s'étaient frottés contre son dos. Aucun doute, la policière ne portait pas de soutien-gorge sous son t-shirt blanc. Mais ce qui était le plus dur à accepter pour Alex n'était pas d'en déduire que sa collègue tentait de la séduire, mais bel et bien que celle-ci pourrait bien y parvenir au vu des sentiments puissants qui s'emparaient de son corps... et de son entrejambe.
Maggie lui faisait de l'effet. Exactement comme ça avait été le cas, quelques années plus tôt, et qu'Alex avait cédé à ses pulsions lesbiennes pour la toute première fois.
L'estomac de la Danvers se retournait douloureusement sur ce constat et pourtant, elle n'eut pas la force d'esquisser le moindre mouvement pour se dégager, bien au contraire. Son dos et ses épaules crispées s'étaient simplement décontractées et Alex, victime de son propre corps, n'avait pu que profiter de l'instant, de l'attention que Maggie lui offrait, en fermant les yeux et en retenant un nouveau petit soupir.
Plus que consciente de ce qui se tramait désormais en elle, la jeune maman comprenait qu'il était enfin venu l'heure pour elle d'avoir une réelle discussion avec la femme qui l'attendait chez elles, le soir. Car la relation platonique qu'elle entretenait avec Sam depuis des mois devenait beaucoup trop dur à supporter et, plus que tout, Alex savait que jamais, elle n'avait été aussi vulnérable aux avances d'une autre femme. D'autant plus qu'au fond, l'amour qu'elle portait à son amante était bien réel, l'ancienne étudiante le sentait au cœur de ses tripes. Pourquoi se sentait-elle si coupable dans les bras de Maggie, sinon ?
