- Analepse Deuxième -

La Flammèche Zélée

Ce fut dans un simili de clapotement de bois que la tasse de café mit le pied à terre, qu'elle acheva de se glisser dans son monde. Après l'avoir identifié du coin de l'œil, Jean redressa le menton, le crayon toujours en main, pour gratifier le serveur d'un hochement de tête. Ce dernier le lui rendit par un sourire poli. Se faire désormais servir l'exact café qu'il désirait, sans avoir à ouvrir la bouche, attisait les braises d'une éclatante satisfaction en Jean. Plus ardente encore que la bougie, cette couveuse de la chaude lumière qui bordait la table.

Il pressentait le feu qui détonait et craquetait et crépitait. L'ardeur le remodelait. Au fond, Jean restait lui-même, il prenait juste une nouvelle forme, plus souple, plus élastique, plus hardie.

Le garçon de café se pencha au dessus de ses feuilles, les yeux grands ouverts, fasciné presque. Jean se demandait s'il était le seul à se dénouer dans ces lieux qui sentaient le grain moulu, car le serveur outrepassa son simple rôle de personnel :

-Puis-je vous demander ce que vous écrivez ? Enfin, si ce n'est pas trop indiscret, bien sûr… »

Il se redressa d'un coup sec comme si un rappel à ordre, que lui seul pouvait entendre, venait de retentir. Il agita les mains devant Jean, ses tâches de rousseur s'empourpraient.

-Euh, un roman… en fait. »

Jean devait remercier l'atmosphère déliante du café, pour l'aisance avec laquelle il venait d'expliquer au serveur ce qu'il avait mis plusieurs mois à oser confier à sa propre mère. Elle l'avait d'abord regardé comme s'il était tombé de la lune, avant de s'habituer petit à petit à l'engouement que son fils témoignait pour son ambition, ne manquant jamais de lui rappeler qu'elle croyait en lui mais qu'il devait être prêt à toute éventualité…

-Vraiment ?! C'est fantastique ! »

Il joignit ses mains et – effectivement – Jean discernait quelque chose qui crépitait dans ses prunelles marron. Chez le serveur, cela prenait la forme d'un enthousiasme sincère, qu'il n'aurait jamais rêvé voir chez quiconque, à l'annonce de son aspiration. Les joues du jeune homme avaient repris leur teinte bronzée coutumière. À bien y regarder, toute sa gestuelle avait retrouvé la dignité sophistiquée, attendue d'un serveur modèle. Pourtant, il continua d'y ajouter un soupçon d'honnêteté qui étonna Jean.

-Pour tout vous dire, je m'en doutais un peu. Mais je suis content que vous me le confirmiez. Je dois y retourner, bonne dégustation. »

Il s'inclina et tourna les talons, laissant Jean avec sa perplexité et son expresso.

ooo

Premières Impressions

- Partie II -

La flopée d'ampoules qui pendait du plafond éclairait le sous-sol d'une multitude de rayons de lumière variés : intenses et apaisants, du blanc aveuglant au doré tamisé, certains faiblissaient et finissaient par s'éteindre au bout de trois morceaux comme si la mélodie soufflait la bougie électrique, d'autres clignotaient, parfois au rythme de la batterie et, si Conny n'était pas aussi simplet, Jean aurait pensé que le musicien en profitait pour se caler dessus.

Mais non, malgré son rôle central, la batterie du crane rasé se faisait très discrète et il arrivait à Conny de perdre le rythme. Il s'y retrouvait vite, mais cela créait des moments de flottement perturbants à l'oreille. Jean ne savait pas encore s'il considérait cela comme une qualité accidentelle de Lost Boys' Basement, puisque le reste des instruments recouvraient les décalages occasionnels. Pour preuve, cette faille ne s'était frayée un chemin dans les oreilles du jeune homme qu'après quinze minutes d'écoute.

La guitare électrique de Sasha monopolisait le son. Pas besoin de toucher aux amplis pour faire ressortir ses riffs frénétiques, elle rugissait à travers les cordes de sa guitare. À l'image de sa personnalité bruyante, elle se distinguait à chaque morceau, donnant à chaque air un caractère unique selon la façon qu'elle l'interprétait. Avec Conny qui la rythmait péniblement, Sasha se chargeait de mener la danse. Tout à l'honneur du batteur cependant, il arrivait qu'il bénéficie de précieuses secondes pour se défouler un peu plus et, dans ces moments, le martèlement effréné de ses cymbales apportait un zèle bienvenu aux morceaux les plus entraînants qu'elle en ait conscience ou non, Sasha savait guider ses partenaires.

Ainsi, elle laissait la basse d'Eren à l'écart. Il n'avait fallu qu'un extrait pour que Jean comprenne que le leader souffrait des moins bonnes compétences musicales du groupe, et cet examen n'avait rien à voir avec son dégoût pour le bassiste ! L'aspirant écrivain reconnaissait tout de même que ses textes avaient du potentiel. Avec la guitare de Sasha, ils étaient l'autre atout principal de LBB. Des paroles efficaces – un tantinet déprimantes mais de quoi ravir plus d'une crise d'adolescence !- qui convoquaient des images marquantes et efficaces. Après trois, quatre chansons, Jean remarquait la présence récurrente du thème du fardeau, dans l'image fréquente d'une montagne à gravir. Il la prit en note dans le coin d'une page.

En dehors des paroles, impossible de parler de talent concernant Eren. Sa basse se cachait encore plus que la batterie de Conny et, pire encore, il répétait les mêmes accords à chaque morceau. Certes cela dotait leur répertoire d'un leitmotiv en matière d'accompagnement, mais dans la pratique, il y avait de quoi gaver le public lors d'un concert… C'était à peine s'il jouait plus de trois notes différentes !

Sasha accéléra la cadence, accordant à son riff un son plus psychédélique encore. Jean sursauta en entendant l'ampli le plus proche vrombir. Il ne retint pas un râle en se levant du vieux canapé. Il traîna des pieds jusqu'à l'ampli affolé et récupéra le bol de cookies qui trônait dessus. Sasha était incorrigible à les laisser là ! Les soubresauts effrayés des pauvres biscuits cessèrent quand il s'empara du récipient et le déposa au pied du sofa. Enfin, les « pauvres »… S'ils n'avaient pas une face de scarabées grillés, Jean aurait peut-être eu un peu plus pitié d'eux. Malgré son joli minois, la sœur d'Eren ne savait décidément pas cuisiner.

Seule la gourmandise de Sasha, qui semblait ne connaître aucune limite, avait été assez intrépide pour les grignoter. Deux heures après le début de la répète, le régiment de scarabées avait été amputé de la moitié de son effectif. Redoutable…

La guitariste employait toutes les calories qu'elle ingérait à garnir sa musique. Au beau milieu d'une page de ses notes, s'affichait telle une formule mathématique l'une des premières observations de Jean : plus Sasha s'alimentait, plus elle était productive.

Il feuilletait encore son carnet quand il tomba sur une autre page qu'il avait consacrée au déchiffrage du langage musical d'Eren. Le type avait cette manie de s'exprimer avec des accords dissonants de basse, pour commander le respect ou l'attention de ses camarades, pour annoncer la pause aussi, ou – il en était sûr – juste pour agacer Jean.

Jean prenait toujours son travail très à cœur. Une sale habitude qu'on lui avait gravé dans le crane et dont il aimerait parfois bien se séparer, mais c'était à croire qu'elle s'était infiltrée jusque dans les fibres de son être : quand il commençait quelque chose, il terminait. Quand il s'attelait à une tâche, quand il se fixait un objectif, il allait jusqu'au bout. Il avait beau détester cette habitude, elle l'avait amené jusqu'ici. Depuis le jour où il avait décidé qu'il écrirait, elle l'avait poussé en avant.

Et maintenant qu'il reprenait un peu ses notes, il avait l'impression de préparer un documentaire animalier.

-Sashaaaa, pesta Eren entre les dents, on fait pas du jazz que je sache ? D'où tu pars en impro comme ça ?!

-J'ai trouvé ça plutôt cool, moi…

-C'est pas le problème, Conny ! Le truc, c'est qu'on peut plus te suivre après !

-Rho mais toi, tu veux toujours tout contrôler, Eren, répondit Sasha dans une moue déçue. Déstresse un peu et admets que ça passait vachement bien !

-Ouais, bah désolé mais faut qu'on reste synchro ! Sinon on court à la cacophon-

-Tu ne me laisses pas exprimer ma sensibilité ! le coupa-t-elle dans un ton dramatique.

-Quoi ?! Tu vas quand même pas m'accuser d'être un tyran maintenant ?! J'te signale que ça fait un bail que je me plie en quatre pour que vou-

-J'pense qu'on peut garder l'idée de Sasha, en vrai. Ça redonne du peps au pont qui rame un peu. J'ai une idée pour l'accompagner en plus ! T'as qu'à rester sur les mêmes accords, Eren, je crois que ça s'adaptera bien, c'est pas comme si elle avait complètement changé de gamme non plus… »

Eren considéra Conny qui se balançait sur son tabouret, dans l'attente de l'avis du bassiste. Sasha tourna son regard vers Jean, une grimace vorace à la bouche. Sans cérémonie, il se pencha et plongea la main dans le bol de cookies, prit un peu d'élan en reculant sa main derrière sa tête et projeta une des denrées vers la guitariste. Réagissant au quart de tour, elle se jeta en avant, gueule grande ouverte, et récupéra le biscuit au vol en fermant la bouche.

-Mais putain Sasha, tu fous quoi ?! se désola le leader, entre consternation et agacement. T'as mis des miettes partout, qui c'est qui va faire le ménage après ? »

Conny pouffait derrière sa batterie pendant que Sasha mâchait, un rictus fier et malicieux sur le visage. Jean ne retint pas non plus son ricanement et s'attira les foudres du regard d'Eren.

-On t'a pas engagé pour que t'encourages Sasha dans ses bêtises, lui lança-t-il comme s'il crachait du poison. Contente-toi de faire ton job et de prendre des notes. T'es là pour qu'on ait du succès, pas pour qu'on prenne du retard, vu ? »

Au lieu d'aller lui péter le nez, Jean serra le poing et rétorqua sur un ton mesquin :

-Rassure-toi, je suis si sérieux et appliqué que j'ai déjà cerné plusieurs trucs sur vous. Mais, si tu veux que je vous aide à récupérer le temps perdu par ma faute, je peux… Tiens, Eren, tu pourrais commencer par apprendre à chanter, ça ferait pas de mal à votre réputation. »

Les joues du musicien virèrent rouge feu et ses prunelles mitraillèrent Jean. Il s'avança vers lui d'un pas lourd, sans le lâcher du regard – et d'ailleurs Jean non plus ne capitulait pas, malgré l'ardeur de son expression – et s'arrêta pile devant le canapé. Prêt à encaisser la réplique cinglante que le parolier avait dû concocter dans sa tête, Jean se leva, non sans s'armer d'un sourire narquois.

-J'crois pas que j'aie de conseils à recevoir d'un spécialiste, qui se rabat par dépit sur la musique parce que personne veut d-

-Tu sais, Jean, Eren s'est beaucoup amélioré depuis le lycée ! »

Eren pesta avant de braquer son regard furibond sur Sasha qui venait encore de l'interrompre. Jean se demanda si elle n'était pas intervenue par pure naïveté, étrangère à l'animosité ambiante, ou si elle cherchait justement à faire diversion. En tout cas, il devait avouer qu'il la remerciait. La guitariste enjamba l'ampli et s'approcha d'eux pour continuer son récit, Conny sur ses talons.

-À la base, y'avait que Conny et moi qui jouions, mais on s'est fait dégagés du club de musique… »

Jean émit un ricanement guttural. Qui s'étonnerait d'apprendre qu'ils avaient réussi à se faire virer d'un club lycéen ? Indifférents au mépris qu'il affichait, Conny et Sasha poursuivirent en se relayant la parole comme s'ils avaient déjà répété cette scène auparavant :

-On était pas assez sérieux pour eux…

-Trop désorganisés, ouais…

-Mais grâce à nos contacts avec le conseil des élèves, on a eu droit à une salle de répète rien que pour nous !

-Ouais, enfin on récupérait la salle du club de musique après leur cours du soir. Là, on pouvait jouer et se défouler en paix.

-Exactement ! C'est devenu notre repère et on a commencé à inviter nos potes à traîner là avec nous. C'était super sympa !

-Eren a été ultra réceptif à ce qu'on faisait, il nous écoutait souvent jouer et nous donnait des conseils. On lui a appris deux, trois trucs et, au bout d'un moment, il s'y est tellement intéressé qu'il a commencé à nous ramener des textes et…

-C'est bon, on va pas refaire toute l'histoire, non plus ! les interrompit Eren, mal à l'aise.

-Et pourquoi pas ? rétorqua Jean dans un accent goguenard, trop heureux d'avoir trouvé une plaie dans laquelle remuer le couteau. J'en aurais bien besoin pour le bouquin en fait !

-Non, t'en as pas besoin. » insista-t-il d'un ton sec.

Jean aurait bien renchérit du tac-au-tac, mais quelque chose dans l'expression d'Eren empêcha le moindre mot de s'échapper… à croire que sa voix n'osait plus sortir. Eren n'attendit pas une seconde de plus et se redirigea vers son poste.

-Oh c'est vrai, ça ! (Le visage de Conny s'illumina alors qu'il se frappait la paume de la main avec le poing.) T'en es où dans le livre ? J't'ai vu beaucoup écrire aujourd'hui !

-Oulah, détends-toi, j'ai pas écrit, non ! J'ai fait que gribouiller. Va pas trop vite en besogne, parce que j'ai même pas fini de noter mes premières impressions.

-Oh… soupira Conny en baissant les yeux.

-Menfin, je pourrais toujours accélérer la cadence si vous me donniez tout de suite quelque chose de croustillant à exploiter. Ça me suggérerait très vite un angle pertinent. Vous pourriez finir de me raconter comment vous vous êtes formés par exempl-

-Ah non, désolé, si Eren veut pas, va falloir attendre qu'il se décide ! s'exclama le batteur, catégorique.

-Haah ?

-C'est lui le chef, c'est lui qui choisit ! intercéda Sasha, la bouche pleine.

-Et le chef, il vous demande de vous ramener ! » les héla Eren, non sans un soupçon de fierté dans la gorge.

Le visage d'Eren devait encore plus jubiler quand Conny et Sasha lui obéirent en reprenant distraitement leur place. Jean ne prit pas la peine de jeter un coup d'oeil au bassiste il n'avait pas besoin de croiser le regard triomphant qu'il lui lançait sûrement. Conny retourna à sa batterie et fit des pirouettes avec les baguettes entre ses doigts, l'air songeur.

-Si tu veux, tu pourrais venir au concert samedi soir, Jean ! » laissa-t-il échapper quand l'ampoule de son esprit s'alluma.

L'intéressé leva un sourcil interrogateur : c'était la première fois qu'il entendait parler d'un concert à venir. Il avait beau ne pas avoir le job de suivre le groupe depuis longtemps, ce genre d'information cruciale aurait dû lui parvenir. Les soupçons qui se développaient dans son esprit se confirmèrent dès qu'Eren grimaça. Et tout aussi vite, l'intérêt de Jean pour le concert secret se décupla.

-J'pense que tu trouverais quoi dire pour le bouquin si tu nous voyais en action sur une scène, poursuivit Conny, le visage de plus en plus rayonnant. Hein, Eren ? T'as pas l'air emballé…

-Bravo, Conny ! le félicita Jean en applaudissant brièvement. Je vois que tu t'es bien servi de ta cervelle, et tu marques un beau point là !

-Tch ! s'agaça Eren. On réfléchira à ça plus tard, faut d'abord qu'on revoit le pont de Beast Mode.

-Et de toute façon, y'avait pas de raison pour que tu viennes pas, Jean ! trancha Sasha d'un ton enjoué mais catégorique. Samedi, c'est mon anniv' et je t'y convie. Point Barre. T'es obligé de venir. »

Elle serra les points et les pressa contre ses hanches, le dévisageant de ses prunelles caramel, comme si elle le mettait au défi de seulement oser aller contre sa volonté. Incertain de ce qu'il devait faire ou rétorquer, Jean reprit ses notes, se réconfortant dans la présence rassurante du papier dans ses mains.

-Oh ! avança Conny en lâchant ses baguettes. Sasha, j'te ramènerai chez toi après le concert pour qu'on célèbre ça comme il faut, ça te dit ? Tu sais, soirée films d'horreur jusqu'à l'aube comme d'habitude ?

-Ohooo ! Mais oui, bien évidemment ! C'est la tradition qui le veut, après tout ! »

Sasha tournait ses yeux truffés d'étoiles vers le batteur pendant qu'Eren grinçait des dents, une moue constipée au visage, au bord de l'explosion, avant que Jean ne puisse à nouveau émettre un son :

-Hé…

-Il va falloir que je nous prépare un festin de minuit ! Ça va être délicieux, tu vas voir ! Je pourrais faire un ragoût, y mettre des pata…

-HÉ ! Qu'on soit bien au clair là-dessus ! Le concert, j'y vais pas pour tes beaux yeux, tubercuphile !

-… marché samedi sur la place, il fait un de ces gigots… C'est…

-Oh ! Mais tu m'écoutes au moins ?! J'viens de t'insulter, là !

-DOOOM »

L'accord de basse perça le chaos de leurs cris et le silence jaillit comme si une des ampoules venait de court-circuiter. Sasha et Conny fixèrent Eren avant de baisser les yeux vers le sol, l'air penaud. Dans un soupir las, Jean se laissa retomber sur le canapé. Il plongea son regard pour la énième fois dans ses notes, car il s'imaginait déjà suffisamment à quel point la satisfaction tordait la tronche du bassiste.

-C'est bon, on peut y retourner, là ? » l'entendit-il demander, d'une voix pas peu triomphante et franchement agaçante.

En passant en revue, d'un pouce agité, toutes les pages de son carnet (même les vierges), il recouvrit un peu le son des exclamations enthousiastes des deux autres musiciens, galvanisés et fin prêts à se remettre au travail. Était-ce parce qu'ils savaient qu'ils s'éparpillaient souvent qu'ils avaient fait d'Eren leur chef ? Avaient-ils assez de recul pour ça, au moins ? Jean nota sur une des pages qu'il devait creuser cette question.

L'activité de ses méninges ne l'éloignait pas du monde réel. Elle le rendait hypersensible au moindre détail. Il ne se sentait jamais aussi vivant que lorsqu'il cernait tous les paramètres de ce qui l'entourait, lorsqu'il voyait quoi faire, lorsqu'il pouvait même prévoir ce qu'il ferait.

Ainsi, analyser chaque membre du groupe, pendant qu'il les entendait s'accorder et se concerter d'une oreille distraite, le rapprochait à grands pas d'une pleine expérience de ce que le phénomène Lost Boys' Basement était. Et plus il s'en rapprochait, plus il avait des idées pour leur bouquin, et plus vite il en aurait, plus vite il pourrait le finir et se reconcentrer sur son véritable objectif. Voilà, il prévoyait ce qu'il ferait et le délicieux courant d'excitation, de détermination électrocutait ses doigts à mesure qu'il gribouillait ses réflexions sur le papier, qu'il savourait.

Eren aurait pu s'auto-attribuer le rôle de leader, responsable comme il était. Malgré son manque d'expérience comparé à ses deux compères, son investissement dans la musique transparaissait le plus. Pourtant, ça n'en faisait pas le plus adulte du groupe. La tête pensante, certes, mais Conny se distinguait comme le mieux équilibré, et déjà le plus inséré dans la vie adulte : il avait le permis et un petit boulot après tout. Il avait beau avoir une attitude de suiveur, à vaciller entre se joindre aux délires de Sasha ou hériter de la volonté d'Eren, il se comportait quand même comme le bon sens de la troupe.

Jean grimaça : si Conny avait le plus de bon sens, qu'est-ce que ça révélait de cette bande de joyeux lurons à demi-fous à lier ? En tout cas, ce n'était pas Sasha qui arrangerait les choses. Même si, par sa gaminerie, elle entretenait une flamme enthousiaste et énergisante au sein du groupe, qui les poussait à ne jamais baisser les bras. Et ce carburant, Eren s'assurait qu'il était toujours orienté vers la bonne direction : le but qu'ils s'étaient tous fixés. À cause de cette mentalité, il s'irritait facilement aux répètes et, si cela ne tenait qu'à lui, il n'y aurait jamais la moindre pause. Au final, c'était bel et bien Conny le plus flexible de la troupe et, grâce à sa grande loyauté, il maintenait le groupe soudé sans même donner l'impression de s'épuiser.

Jean reposa son crayon pour se frotter les yeux. Il avait pris beaucoup de notes et la séance commençait à s'éterniser il voulait rentrer le plus tôt possible pour avoir le temps d'écrire un peu au café.

Beast Mode s'acheva après une première prestation – pas encore très convaincante, mais prometteuse – des arrangements. Eren fronçait les sourcils, deux doigts au menton, tandis que Sasha sautillait sur place, impatiente d'à nouveau laisser ''sa sensibilité s'exprimer''. Eren se mit à grogner quelque chose, et Jean comprit qu'il était concerné quand les deux autres musiciens tournèrent leurs têtes de merlans frits vers lui.

-Qu'est-ce qui t'arrive, Eren ? lança-t-il, le ton déjà moqueur.

-Rha, je disais : à 19h au Yummy Curry samedi ! Dans le centre, tu situes ? »

Jean écarquilla les yeux. Sasha et Conny avaient omis de lui donner l'adresse, ce n'était pas étonnant de la part de ces guignols, mais Eren aurait pu laisser couler et ainsi s'assurer qu'il ne viendrait pas, lui qui n'avait pas l'air enchanté à l'idée que Jean s'amène : qu'Eren accepte de lui donner l'adresse, ça, il ne l'avait pas prévu.

La papier peint au blanc délavé (pomponné d'un ocre laissé par les âges) de la salle d'attente formait le décor d'une curieuse scène aux yeux de Jean. Le personnel s'affolait, les mains pleines de dossiers de paperasse et de manuscrits, entre les coulisses et la scène. À chaque fois, ils annonçaient le nom d'un nouveau heureux élu, qui allait pouvoir tenter sa chance et passer son audition dans le monde de l'édition. Enfin, c'était ce qu'il supposait, car le punk rock qui se déchaînait dans ses oreilles couvrait le moindre son. Jean faisait plutôt confiance à sa capacité à savoir lire sur les lèvres.

Quant à sa faculté de lecture des visages, elle n'avait pas besoin de trop s'échauffer. Soit les nouvelles recrues ressortaient tout sourire, parfois les larmes aux yeux, se retenant de bondir jusqu'au plafond devant tous les autres, embrassant leurs manuscrits aussi, parfois. Soit les poètes incompris regagnaient la case départ de la salle d'attente, penauds, jetant leurs feuillets dans la poubelle la plus proche, en pleurs ou les lèvres en sang à force de les avoir trop mordues, ravalant leur défaite, sans jeter le moindre coup d'oeil aux autres, dont l'angoisse allait crescendo en les voyant.

Pour une fois, Jean ne rageait pas en voyant les rejetés sortir des bureaux, puisqu'il savait qu'il ne venait que pour une simple rencontre formelle avec son éditeur. Le poids de la pression et la frustration qu'ils abandonnaient tous dans la salle en claquant la porte, alourdissant les prochains candidats au passage, ne l'affectaient pas car lui, il était hors d'atteinte, bien en sécurité dans son contrat.

Or, pour une fois, c'était les bienheureux victorieux qu'il ne pouvait plus encadrer. Ceux qui partageraient le fruit de leur travail et de leurs rêves au monde entier, ceux à qui on venait de donner la chance d'entrer dans l'histoire. Ceux qui n'avaient plus à faire la promotion d'un groupe amateur pour se faire un petit nom dans le milieu, mais bien ceux qui s'ajouteraient bientôt au catalogue des Bagatelles Spéciales, et y inscriraient peut-être leurs pseudonymes en lettres dorées.

Par bonheur, le ratio de gagnants-perdants penchait en la faveur de son humeur et il pouvait plus se concentrer sur les pincements des cordes de guitare électriques, ou taper du doigt en rythme avec les toms qui battaient dans ses tympans, la nouvelle demeure de son cœur. Il n'avait qu'à suivre le sentier tracé par les fils des écouteurs de Jean pour retrouver le chemin vers sa résidence secondaire.

Le jeune homme aurait apprécié pouvoir continuer à travailler dans un environnement qui, justement, lui rappelait le travail, cependant les locaux des Bagatelles lui évoquaient bien plus la paperasse, les obligations et les restrictions de la vie. Alors il attendait, en détournant le regard dès qu'un sourire traversait les coulisses en gambadant vers la sortie, en se laissant aller à la musique pour occuper ses pensées à autre chose que son dégoût. Il voulait aller au café.

Une vibration chatouilla sa cuisse. D'un geste nonchalant, il sortit son portable et découvrit qu'il venait de recevoir un message inconnu. Intrigué, il l'ouvrit :

Hey Jean ! Pas besoin de me trouver un cadeau pour demain, t'inquiète, ta présence suffira…

Le sourcil de Jean décolla pour rejoindre le plafond, dans un temps encore plus record que que les écrivains acceptés qui avaient sautillé vers le plâtre pâle. Comment Sasha – cela ne pouvait être qu'elle – avait-elle pu se procurer son numéro ? Conny avait sûrement vendu la mèche, ce faux frère…

Ses sourcils se froncèrent quand il relut. Partait-elle sérieusement du principe qu'il comptait lui offrir quoi que ce soit ? Que l'intention lui avait effleuré l'esprit une seule seconde ? Il écarta un peu plus le portable de son visage, comme un plat périmé ouvert pour la première fois après avoir été oublié au fin fond du frigidaire. Ces trois fichues points de suspension… alors qu'elle parlait de sa ''présence''. Devait-il craindre pour sa vie après un message aussi glauque ?

-Jean Kirschtein ? » résonna une voix grave dans un ton poli.

Il sursauta avant de se dépêtrer en vitesse de ses écouteurs. La voix avait percé le solo endiablé de guitare électrique, surgissant de nulle part comme la foudre. Et avec elle, la figure d'un homme de grande taille, aux épaules plus larges que M. Dork, qui avait surgi de derrière la porte du bureau. Sa carrure imposante commandait le respect sans dire un mot, et Jean déglutit nerveusement en bondissant de la chaise.

-Oui, présent ! »

Il racla sa gorge, alors que le fausset intimidé de sa voix manquait de lui sortir par les trous de nez. Les bras figés le long du corps, il peinait encore à comprendre pourquoi il avait réagi de la sorte. Ce type n'était même pas son employeur ! Pourtant, son visage lui rappelait quelque chose. À l'évidence, l'homme s'était déjà fait un petit nom et Jean avait dû en entendre parler dans une revue quelconque, d'où le pressentiment qu'il devait faire bonne impression.

Dans une espèce de rictus fier, ''l'inconnu'' acquiesça et lui fit signe d'entrer dans le bureau de Naile Dork. Il ouvrait la porte en grand, la poignée dans la main, l'invitant à entrer en premier. Avant de s'avancer, Jean aperçut Naile assis, le nez fourré dans tout un tas de dossiers – il devait chercher celui de Jean. Il hocha la tête à l'aimable portier blond et pénétra dans la pièce d'un pas assuré, décidé à ravaler son embarras. Son éditeur leva distraitement la tête de son ramassis de feuilles en l'entendant. Pendant ce temps, l'autre homme fermait la porte comme s'il manipulait de la porcelaine.

-Ah, Jean, te voilà, le salua Naile en replongeant son attention dans les dossiers. Entre et assis-toi…

-Bien, merci. »

Ignorant la délicate haleine de nicotine qui embuait la pièce, il prit place sur un des deux fauteuils posés devant le bureau, puis l'autre invité s'installa dans le fauteuil voisin. L'homme lui adressa un bref sourire encourageant et l'aspirant écrivain brûlait d'avoir la moindre idée de qui il était. Un assistant de Naile ? Un nouvel éditeur qui allait le prendre en charge ? Il ne l'aurait pas vu dans les magazines dans ce cas. Il se contenta de lui hocher la tête avec calme en attendant.

Naile jeta son dossier sur le bureau avant de planter ses coudes sur la table, le menton sur les mains. Le jeune homme baissa les yeux et constata qu'il avait enfin trouvé son contrat : ils allaient pouvoir commencer.

-Bien, Jean, je suppose que tu connais déjà le directeur du Bazar d'Exploration mais un peu de présentations ne ferait pas de mal : (Il disjoignit ses mains pour les agiter devant chacun d'eux alors qu'il faisait les présentations.) Erwin Smith, de la maison de disques du Bazar d'Exploration, c'est lui qui a repéré Lost Boys' Basement. Et donc, Erwin, voilà le fameux Jean Kirschtein, qui va se charger du livre de promo, comme convenu. »

Une fois les présentations faites, Jean comprit tout de suite le fondement de son pressentiment : il avait bel et bien déjà vu la photo de cet Erwin Smith dans une revue musicale. La renommée de la petite maison de disques du Bazar d'Exploration croissait à mesure qu'ils dénichaient de plus en plus de talents prometteurs, qui apportaient une touche de fraîcheur à la scène indépendante, et qui parvenaient parfois à percer dans la sphère populaire. Et tout cela depuis qu'Erwin Smith en était à la tête. Et il avait voulu le rencontrer, lui ? Le jeune homme fixa son poing serré un bref instant, maquillant le pic de stress que de telles attentes venaient d'insérer dans sa poitrine.

-Enchanté, déclara-t-il en relevant la tête juste après.

-De même. »

Erwin lui tendit la main et Jean la lui serra.

-Alors, l'interrogea Erwin en croisant les bras, que penses-tu de Lost Boys' Basement ?

-Un bon sens du rythme qui va crescendo à chaque morceau… les riffs de la guitariste ont du potentiel, même si je trouve qu'ils ont tendance à perdre en intensité lors des ponts.

-Mais encore ? insista le producteur, le fixant comme s'il le passait au scanner, avec une nonchalance inappropriée.

-Eh bien, justement à propos des ponts : on peut voir ça comme un avantage si le but est de faire chuter la tension, pour la remplacer par de la mélancolie, avant l'explosion de l'ultime refrain. Vu le propos général des textes, c'est une technique qui ferait sens.

-Oh, tu as prêté attention aux textes ?

-Oui, je me focalise vite sur les thèmes et les images propres à chaque son que j'étudie. Et je dois dire que je trouve ceux de Lost Boys' Basement intrigants. Ils sont dans cet entre-deux subtile, entre ni trop niais, ni trop prétentieux. C'est appréciable.

-Hm, « niais », « prétentieux »… Voilà un compte-rendu pour le moins péjoratif.

-J'ai de hautes attentes, en effet. Ça affûte mes capacités de jugement et je pense que LBB a besoin de ce genre de critique. Ils ne sont pas du genre à se laisser rabaisser, alors tout cela ne peut que les tirer vers le haut.

-Oui, ils sont indémontables. C'est leur plus grande qualité et je me réjouis que tu l'aies remarqué aussi tôt.

-J'écrirai un livre sur eux après tout. C'est la moindre des choses. »

Jean n'aurait jamais pensé avoir à passer un autre entretien d'embauche. Son contrat avec Naile ne voulait-il rien dire ? Il se satisfaisait des réponses qu'il avait su donner à Erwin, mais rien ne garantissait qu'elles l'affecteraient comme prévu. Pourtant, un éclair espiègle défila dans les yeux du producteur et il se tut, avant de s'enfoncer plus confortablement dans le fauteuil. Il avait fini. À en juger par son expression fière, Jean venait de sécuriser son poste auprès du patron de LBB. À son tour, il s'enfonça dans le dossier, en veillant à ne pas adopter une position trop lascive – ce n'était pas non plus le moment de croiser les jambes ! - et vira son regard vers Naile.

L'éditeur relisait son dossier, absorbé par sa tâche, indifférent à l'intensité de la discussion que ses deux invités venaient d'avoir. Une fois qu'il nota le retour du silence, il leva le nez des pages et annonça :

-Erwin et moi avons lu quelques unes de tes chroniques pour Schültz'n Gin. Erwin a été assez séduit par ton travail mais il tenait à te rencontrer. Sans grandes pompes. Au naturel. Pour bien cerner ton genre, vois-tu. Enfin, maintenant que c'est fait, je pense qu'on peut officiellement acter le début du projet Helpless World. »

Sur ces mots, il échangea un coup d'oeil entendu avec le producteur et s'étira. Jean s'efforça de ne pas bredouiller ses remerciements. Que ses deux employeurs aient déjà lu son travail passé n'avait rien d'étonnant, mais le flot de fierté n'en demeurait pas moins véhément. Si seulement, il avait pu publier autre chose que des chroniques musicales, il ne serait peut-être plus à se lancer dans l'écriture d'un simple ouvrage de promotion…

-Merci, j'espère continuer à répondre à vos attentes, et celles des lecteurs. Je ne suis pas habitué à ce genre de projet, qui mêle à ce point le champ littéraire et le musical, mais je compte bien relever le défi.

-Dans ce cas, tu es définitivement celui qu'il nous faut. » conclut Erwin.

Le jeune homme se félicita du regard complice que le producteur lui lança. Son charisme était tel, que la confirmation d'avoir acquis son respect était grisante. De son côté, Naile branlait du chef, les bras croisés et une grimace électrisée au visage.

-L'expérience nous a déjà prouvé plusieurs fois que le partenariat fonctionnait, glissa l'éditeur, aussi bien pour les musiciens produits par le Bazar que pour la réputation des Bagatelles et de leurs écrivains. Donc tu y trouveras ton compte. »

Il était clair que grâce à ces partenariats récurrents, le Bazar d'Exploration, comme les Bagatelles Spéciales, se démarquaient de la concurrence. Jean n'avait peut-être pas le privilège d'être le premier sujet de cette formule à succès, mais il apporterait sa pierre à l'édifice et, ce faisant, entamerait sa transition de l'univers musical au monde des livres. C'était décidément une occasion en or.

-Un café ? leur demanda Naile en se levant de son fauteuil.

-Ce serait pas de refus, merci.

-Je préférerais du thé, je te prie, quémanda Erwin.

-Hein ? Ce que tu peux être difficile quand même…

-Je dis ça parce que je sais bien que tu en as… Quoi, qu'est-ce que j'ai fait ? Tu ne veux plus me laisser savourer les sachets pyramide d'Earl Grey ?

-Ça va, ça va. Non, tu peux t'arrêter tout de suite dans le mélodrame, vraiment.

-Merci encore. » asséna-t-il sur un ton taquin, comme coup final à leur minuscule chipoterie.

Naile bougonnait dans sa moustache tout en insérant les capsules de café dans la machine. Très vite, le bruit de l'eau qui bouillait se répandit dans la pièce. Jean observa que la réussite du partenariat entre les deux hommes, et leurs boîtes respectives, s'expliquait par leur camaraderie. Ils se connaissaient depuis longtemps, savaient comment se charrier et, malgré deux personnalités opposées – voire peu complémentaires de prime abord –, avaient trouvé le moyen d'avancer en équipe. Avec deux chefs pareils, il pourrait leur confier la conception du bouquin les yeux fermés.

L'odeur du café noya petit à petit celle de la cigarette, pour le plus grand plaisir de Jean. Avec ce parfum et la grande fenêtre qui éclairait la pièce à la lumière naturelle, il se croyait capable d'écrire dans le bureau de son éditeur. Naile lui apporta le gobelet, l'arrachant à ses considérations démesurées. Le goût n'avait rien à voir avec le moka pur arabica qu'il estimait : il ne pourrait décemment pas écrire ici.

-Tu m'excuseras, Jean, mais on aimerait que ton livre se distingue des autres du genre, lui confia le moustachu en se jetant dans son fauteuil. Pour que tu développes ta propre identité stylistique, il vaudrait mieux que tu ne t'inspires pas de ce qui a été fait. Ça nous permet de toujours nous renouveler aussi. Pas d'objections ? »

Il engloutit le reste du gobelet d'une traite. Ses papilles oubliaient déjà le goût du breuvage médiocre quand il affirma dans un sourire :

-Aucune.

-Parfait, dans ce cas tu peux y aller.

-Bon courage. » lui adressa Erwin alors qu'il reposait sa tasse de thé sur le bureau.

Le jeune homme le remercia d'un signe de tête mais avant qu'il ne puisse se lever, le producteur l'arrêta d'un signe de main. Jean le regarda fouiller dans son cartable. Il croisa le regard tout aussi intrigué de Naile qui redressait un sourcil et se penchait au-dessus de son bureau. L'éditeur rebascula dans le fond de son fauteuil, maquillant un air incognito alors qu'Erwin se remettait droit et tendait un album à Jean.

Il y avait toujours ce drôle de sourire complice avec une sorte de lueur de fascination dans ses prunelles, tout ce qui rendait le producteur aussi délicat à lire qu'un hiéroglyphe. Il sortait des standards d'analyses habituelles de Jean, lui aussi.

Le jeune homme saisit l'album d'une main et, d'un tour de poignet, décortiqua la jaquette. De son côté, Naile finissait son café en une gorgée raide.

-Un petit geste pour célébrer ton contrat avec le Bazar d'Exploration, s'expliqua le producteur. Je pense que tu connais. Prends ça comme un gage des hauteurs que le projet peut atteindre. Et sers-t'en pour profiter d'un bon moment musical. »

Jean pouffa, salua ses deux employeurs et se retira. Dans le métro, il prit tout le temps de détailler l'album. Il l'avait déjà dans la bibliothèque de son portable, mais il avait toujours valorisé le charme indéniable du support matériel. Il avait beau n'écouter que peu de hard métal, même lui connaissait la réputation de Levi, la tête d'affiche du Bazar d'Exploration et le premier de leur boîte à avoir percé à l'échelle nationale. Il réquisitionnerait le vieux poste de radio qui prenait la poussière dans le débarras.

ooo

J'ai toujours eu beaucoup d'affection pour la dynamique Erwin&Naile, donc il y en aura de temps en temps...
Au final, pas beaucoup de JeanMarco pour cette fois, mais ça évoluera vite ! Encore un gros merci à l'incroyable Iferil pour la beta-lecture !