Fuck Romeo and Juliet
One-shot (RATING M - mention sexe & sang)

Rougeâtre.
Le liquide éclaboussa durement les traits de son visage. Il retira la lame d'un coup sec et écouta silencieusement le bruit étouffé qui accompagnait la chute du cadavre sur le sol boueux. Pendant une demi-seconde, ses prunelles d'un bel émeraude se perdirent sur le pourpre. Il ne se reconnaissait plus. D'un revers de manche maladroit, il effaça les traces de sang sur son front et déposa un regard empreint de haine sur le garçon, à quelques mètres de lui. L'effroi qui se lisait dans ces yeux contrastait férocement avec les traits encore enfantins de son visage. Un soupir s'échappa de ses lèvres et il passa une main dans ses mèches brunes, las.

- "quel âge as-tu ?" interrogea-t-il.

Le son de sa voix arracha un sursaut au garçon et le corps tremblant, il déposa un regard effrayé sur la silhouette ensanglantée du shinobi.

- "q-quatorze ans, monsieur." répondit-il, dans un bégaiement incontrôlable.

La foudre déchira l'atlas et éclaira ce fichu bandeau, qui traînait sur le front de l'adolescent. Il était jeune, trop jeune et une faible voix lui glissa à l'oreille qu'il pourrait simplement faire demi-tour, faire comme s'il n'avait rien vu. La pluie ne cessait pas, il avait cette sale impression que le ciel était en pleurs. Les gouttes redoublaient d'intensité, comme si elles tentaient de faire taire le désespoir et la haine qui étouffaient l'humanité. La peau brûlante, il resta là, sans un bruit, bercé par le son de l'averse ; quelque part, au fond de lui, le petit garçon qu'il avait été un jour, hésitait à se prendre la vie. Qu'est-ce qui le retenait ? Qu'est-ce qui l'en empêchait ? Les semaines s'échappaient et il perdait un peu plus son humanité à chaque inspiration qu'il prenait ; le doux sourire sur les lèvres de sa mère s'estompait et ça le tuait.

- "vous.." commença l'adolescent, les lèvres tremblantes. "vous allez me tuer, n'est-ce pas ?"
- "sûrement." lâcha-t-il, dans un haussement d'épaules, le regard perdu dans l'immensité du ciel.

Un hoquet de surprise s'échappa des lippes du garçon et il étouffa difficilement un sanglot. Le regard du brun effleura la silhouette frêle du garçon. Il ne s'était sûrement jamais battu avant ce jour ; que faisait-il là, d'ailleurs ? Qu'est-ce que les adultes avaient-ils pu lui promettre pour qu'il accepte de sacrifier son innocence ? Est-ce qu'il avait eu le choix au moins ?

- "quel est ton nom ?" demanda-t-il, d'une voix forte.
- "Fujiko.. Sarutobi, monsieur." avoua l'adolescent, dans un murmure.

Des souvenirs le frappèrent ; il connaissait bien le clan Sarutobi. Le sourire d'une brune se glissa dans son esprit et il se laissa prendre, un court instant, dans les méandres de son esprit ; était-elle toujours en vie ? Un fin sourire, à l'allure bien trop douloureuse, naquit au coin de ses lèvres et il resserra sa prise sur le manche du katana, entre ses mains.

- "j'aurais aimé que les choses soient différentes." confia-t-il.

Dans un bond agile, il s'élança ; il aurait vraiment aimé que les choses soient différentes. Peut-être qu'ils se seraient croisés au détour d'une rue, ils auraient échangé un simple sourire et ils auraient continué de vivre. Mais cet amer parfum de chair brûlé qui traînait dans les airs les rappelait constamment à l'ordre. Plus rien ne serait jamais pareil. Les bras tendus vers l'homme qui allait mettre fin à son existence, Fujiko Sarutobi eut une dernière pensée pour sa petite-soeur qui l'attendait patiemment au village. Il aurait aimé revoir son visage une dernière fois, mais le sang qui s'accrochait désespérément à ses mains lui balançait l'affreuse vérité au visage. Il n'était plus ce garçon qui avait promis à sa petite-soeur de revenir sain et sauf, il était un assassin et ça le brûlait tout au fond de sa cage thoracique. Son regard se perdit sur la silhouette du jeune homme qui s'élançait vers lui. Un sourire doux déforma ses lèvres et un simple "merci" s''en échappa, alors que la lame s'enfonçait dans sa gorge.

Le souffle coupé, il se confronta au doux sourire sur les lèvres de l'adolescent. Son corps frêle baignait dans une mare pourpre et le brun retint difficilement un haut-de-coeur. Dans cet amas de souffrances, dans ce terrible destin, ils étaient tous devenus des adultes trop tôt.

Un craquement le tira de l'instant. La silhouette d'une jeune femme s'arracha des arbres et il se retint douloureusement de rire, à la seconde où ses iris d'un bel émeraude se heurtèrent aux deux billes brunes. De tous les shinobis du village caché de la feuille qu'il connaissait, il fallait que ce soit elle. Un rictus maladroit déforma le coin de ses lèvres, un sourire à l'allure presque folle et il remit le katana dans le fourreau accroché lâchement dans son dos.

- "toi." lâcha-t-elle, dans un souffle saccadé.
- "en chair et en os." répliqua-t-il, d'une voix grave.

Elle ne bougea pas, il l'effleura du regard ; comment est-ce qu'ils en étaient arrivés là ? Un tas de souvenirs de l'enfance le submergea, mais il les chassa, incapable de faire face à la triste vérité. Il enfonça les mains dans ses poches, étouffé par le poids de la culpabilité. L'image du doux visage de la brune, quelques années en moins, le frappa. Leur dernière rencontre remontait à quand ? Ces mèches brunes étaient un peu plus longues, retenues en une queue de cheval haute, ces iris ne brillaient plus d'aucun éclat et elle tenait fermement un kunai dans le creux de sa main droite. D'un geste maladroit, elle remit correctement les lunettes sur le bout de son nez et prit une inspiration.

- "tu te bats pour Suna." déclara-t-elle.
- "et tu te bats pour Konoha." souffla-t-il.
- "nous sommes ennemis." annonça-t-elle.

L'étaient-ils ? Il acquiesça. Le traité de paix qui avait relié les deux villages n'étaient plus qu'un amas de morceaux, les shinobis s'entretuaient férocement.

- "nous étions ta famille." lança-t-elle, les sourcils froncés. "comment peu-."
- "ma famille ?" répéta-t-il, durement.

Une telle colère brûlait dans les entrailles du brun. Les mots de la jeune femme s'accrochaient à sa silhouette et un rictus à l'allure dérangé se glissa sur le bord de ses lèvres. Il tremblait, peut-être à cause de la pluie froide sur sa peau brûlante, peut-être à cause des souvenirs qui le hantaient, peut-être à cause du corps sans vie à ses pieds. Un rire maladroit s'extirpa de lui et il leva les bras en l'air. Son humanité lui manquait, quelque part.

- "vous n'êtes pas ma famille, vous êtes les ennemis de mon village." ajouta-t-il, le ton agressif. "et cette guerre ne cessera pas. pas tant qu'il restera des shinobis portant le bandeau de Konoha."
- "tu ne penses pas ce que tu dis." répliqua-t-elle, les poings serrés.
- "ah oui ? et pourquoi pas ?" questionna-t-il.
- "parce que ce n'est pas toi." souffla-t-elle. "ce n'est pas toi, tu n'es pas comme ça. tu-."

Les mots se coincèrent dans le fond de sa gorge. Il dégaina le katana dans son dos et dans un bond agile, se rapprocha d'elle. Elle se retrouva très vite dans l'incapacité de faire un seul mouvement, soudain prise dans un tourbillon de souvenirs. Elle se revoyait se battre dans l'arène du village. Elle le revoyait lui sourire de là-haut, dans les gradins. Comment est-ce qu'ils en étaient arrivés là ? La lame érafla brutalement son bras, mais elle ne bougea pas malgré le filet de sang qui s'en échappa. Elle soutint son regard.

- "tu as l'intention de me tuer ?" demanda-t-elle, sans une once d'hésitation dans la voix. "réponds-moi, Shikadai."

Le brun posa un regard las sur elle. Le petit garçon qu'elle avait connu lui manquait terriblement à cet instant ; elle ne le reconnaissait pas. Il semblait un peu plus grand que la dernière fois qu'elle s'était tenue près de lui, son regard était dur et une cicatrice s'était fermement gravé sur l'une de ses joues mal rasées. Des tâches d'un pourpre inquiétant brillaient sur l'uniforme qu'il portait.

- "oui, Sarada." acquiesça-t-il. "j'ai l'intention de te tuer. j'ai l'intention de tuer tous les shinobis de ton village, un par un."
- "et que feras-tu si tu tombes sur Inojin ?" lança-t-elle, le souffle court. "c'est ton meilleur ami."
- "je le tuerai. il n'est plus rien pour moi."

Un frisson l'enveloppa. La voix rauque du brun vagabondait entre les arbres et elle se retint tant bien que mal de prendre la fuite. Elle n'avait aucune envie de se battre contre lui dans le fond.

- "j'envie Chôchô, elle.." lâcha-t-elle, les yeux baissés. "elle ne verra jamais ce que Suna a fait de son meilleur ami."

Le prénom de la rousse entre les lèvres de la jeune femme lui arracha une pointe de souffrance. Il n'avait aucun mal à comprendre le sous-entendu. Chôchô n'était plus de ce monde et quelque part, c'était sûrement mieux. Est-ce qu'il aurait été capable de se battre, s'il s'était retrouvé face à elle ? Est-ce qu'il aurait été capable de lui ôter la vie, elle, la première fille dont il était tombé amoureux ? Il ne se souvenait même pas avoir eu le courage de lui dire, est-ce qu'elle avait compris à quel point il l'aimait, au final ? Il se retint tant bien que mal pour ne pas plonger ses mains dans sa cage thoracique et en arracher l'organe qui battait douloureusement.

- "ce que Suna a fait de son meilleur ami ?" répéta-t-il, les sourcils froncés. "tu te trompes. vous avez commencé tout ça, vous avez déchiré ce putain de traité de paix, sans une once d'hésitation. Konoha m'a pris tout ce que j'avais."

Un léger tremblement colérique accompagna les mots. Il prit une inspiration, agonisante et déposa un regard empreint de haine sur elle.

- "Konoha n'a strictement rien fait." défendit-elle. "nous n'avons rien fait. vous avez profiter du chaos pour mettre un terme à la paix. vous n'attendiez que ça."
- "nous ?" grogna-t-il. "tu penses que nous n'attendions que ça ? tu penses que cette guerre nous amuse ? tu nous prends pour des monstres."
- "n'est-ce pas ce que vous êtes ? des monstres, assoiffés de sang et de misère. regarde-toi. regarde à tes pieds." balança-t-elle. "je ne comprends pas comment le nouveau kazekage a pu faire une chose parei-."

La main du brun se referma brutalement autour de sa gorge. Elle se heurta silencieusement au fond de ses prunelles vertes. L'étincelle d'innocence n'existait plus.

- "ne parles pas de ce que tu ne sais pas, traître." ordonna-t-il, vulgairement. "vous n'avez pas hésité une seconde à prendre ce qu'il avait de plus cher, et maintenant vous osez vous plaindre des répercussions ?"

Il mettait une telle force dans sa prise qu'elle était sûre de perdre connaissance dans quelques minutes s'il ne lâchait pas ; il semblait enveloppé par tant de colère et elle ne comprenait pas. Le village caché du sable avait déclenché tout ça ; ils en étaient arrivés là à cause des suniens.

- "de.. quoi.. e-est-ce que tu.. parles ?" demanda-t-elle, dans un bégaiement essoufflé.

Elle se battait férocement contre elle-même pour ne pas rejoindre les bras de Morphée si alléchants à cet instant. Elle se plongea dans ses yeux verts qu'elle connaissait trop bien et grimaça. Il y a avait cette fêlure dans le fond de ses iris qui lui hurlait qu'il n'était plus le même, qu'il ne serait plus jamais le même. Et ça lui faisait mal.

- vous n'avez pas hésité une seule seconde avant d'assassiner mon père." cracha-t-il, dans un tremblement. "il se battait pour la paix et vous l'avez tué."
- "q-quoi.." murmura-t-elle, quelques perles au bord des paupières. "c'est.. i-impossible."

Le souffle de la jeune femme se répercuta un instant dans les airs et il fronça les sourcils, desserrant légèrement sa prise.

- "ne fais pas comme si tu ne le savais pas." s'énerva-t-il.
- "j-je ne savais pas." souffla-t-elle. "je te.. le jure, Shikadai."

Il se confronta silencieusement au regard de la brune ; disait-elle la vérité ?

- "tu.. tu ne savais pas ?" lâcha-t-il.
- "n-non." avoua-t-elle. "je ne savais pas."

Le shinobi relâcha totalement sa prise et tituba en arrière, de quelques pas. Elle n'eut aucun mal à comprendre qu'il était perdu, elle le connaissait sur le bout des doigts.

- "vous.." commença-t-il, le souffle court. "vous avez tué.. mon père."
- "je.. je pensais qu'il avait rejoint le village de Suna." confia-t-elle, les sourcils froncés.

Elle tentait maladroitement de reprendre son souffle. Les larmes au bord des paupières, elle prit une inspiration douloureuse et tendit une main vers le brun, mais il la repoussa brutalement et étouffa un tremblement colérique entre ses lèvres.

- "ne me touches pas." s'exclama-t-il, la voix empreinte de rage. "vous avez décapité mon père."
- "a-attends.. non, ce n'est pas po-." tenta-t-elle, plongée dans l'incompréhension.
- "vous avez envoyé un paquet à ma mère, contenant la tête de mon père." balança-t-il, le coeur tremblant. "vous avez commencé tout ça."

La brune ne contrôla plus ses larmes. Elle se rappelait parfaitement la première fois qu'elle s'était heurté au chef du clan Nara. Shikamaru lui avait toujours semblé si.. immortel. Un tremblement la prit, mais elle le camoufla tant bien que mal ; ils étaient ennemis, elle n'avait pas le droit de baisser sa garde, même si c'était lui en face d'elle.

- "vous avez commencé tout ça." répéta-t-il, durement. "vous m'avez pris mon père. vous m'avez pris ma.. ma mère, putain."
- "ce n'est pas possible." répliqua-t-elle. "tu mens."

Un rire incontrôlable s'échappa des lèvres du garçon, un rire qui lui arracha plus d'un frisson.

- "tu penses que je mens ?" questionna-t-il, une telle souffrance dans le regard. "tu penses que ça me plaît d'avoir tout ce sang sur les mains ? Konoha a fait de moi un orphelin."
- "c'est faux." clama-t-elle, haut et fort.
- "vous avez fait de moi un assassin, bordel." ajouta-t-il, agonisant. "un monstre."

Les mots du brun lui firent terriblement mal. Elle, elle était là, face à lui et elle ne voyait pas un monstre. Elle mourrait d'envie de se perdre dans ses bras chaleureux, de lui hurler qu'il était tellement plus à ses yeux. Elle déglutit, les poings serrés.

- "vous.." osa-t-elle, le visage ravagé par les larmes. "vous avez détruit l'héritage du septième, vous vous en êtes pris à eux."

Elle se retenait férocement de faire volte-face. Pourquoi était-elle encore là ? Le sourire rayonnant de son meilleur ami la submergea et elle prit une inspiration tremblante, une brûlure dans la cage thoracique.

- "vous vous en êtes pris à la famille du septième. vous avez déclenché tout ça, cette guerre." déclara-t-elle. "Hinata, Himawari et.. et Boruto.. ils sont morts."

Le corps inerte du blond lui revint en mémoire et elle retint un haut-de-coeur. Elle se souvenait parfaitement de l'instant où ses yeux étaient tombés sur ce spectacle macabre. Ils étaient là, tous les trois, sur le sol de la cuisine, enveloppés dans tout ce sang. Du sang qui la hantait toutes les nuits.

- "et l'ordre venait du kazekage." balança-t-elle, d'une voix colérique. "vous avez profité de ce chaos et vous vous en êtes pris à eux."

Les sourcils froncés, Shikadai resserra sa prise sur le manche du katana. Le geste n'échappa pas à la brune et elle récupéra le kunai à ses pieds. Ils étaient ennemis.

- "le kazekage n'a jamais donné cet ordre." répliqua-t-il, sévèrement. "n'essaies pas de trouver des excuses à ton village. ils ont bafoués le traité de paix en assassinant mon père."
- "vous avez bafoué le traité de paix en prenant la vie de mon meilleur ami." s'énerva-t-elle. "tout ça pour quoi ? parce qu'il était le fils du septième ? c'est absurde. les shinobis de ton village sont des monstres."

Un grognement s'échappa des lèvres du garçon et il se retint difficilement de mettre fin à tout ça, là tout de suite. Pour qui se prenait-elle ? Elle était là, à défendre férocement un village qui l'avait privé de ses deux parents et il haïssait cette image.

- "ne me pousse pas, Sarada." grogna-t-il, le souffle court.
- "sinon quoi ?" s'exclama-t-elle, les sourcils froncés. "tu me tueras ? eh bien, fais-le, putain."

L'émeraude se confronta silencieusement à l'ébène, alors que leurs regards se croisaient.

- "tue-moi, Shikadai." supplia-t-elle, d'une voix un peu plus calme. "j'en peux plus.. ils meurent tous et.. ça fait beaucoup trop mal."

La supplique de la jeune femme lui arracha un léger sursaut et il fronça les sourcils, les mains tremblantes.

- "fais-le." répéta-t-elle. "fais-le. parce que si ce n'est pas toi, ce sera quelqu'un d'autre. ça n'en finira jamais.. et je préfère mourir de ta main que de celle d'un inconnu."

Un sourire d'une tendresse extrême déforma les lèvres de la brune. Elle était là, en pleurs, à quelques mètres de lui et elle le regardait avec tant de couleur qu'il manqua de perdre l'équilibre. Pourquoi faisait-elle ça ? Pourquoi le regardait-elle ainsi ? Ils étaient ennemis, merde. D'un geste maladroit, elle apporta la lame du kunai à sa gorge et il sentit son coeur se tordre douloureusement.

- "q-qu'est-ce que tu fais ?" interrogea-t-il, dans un bégaiement inquiet.
- "ce que j'aurais dû faire à l'instant où j'ai compris que personne ne gagnerait cette guerre." lâcha-t-elle, dans un murmure agonisant. "je.. je ne veux plus de tout ce sang sur mes mains."

Ils étaient ennemis. Ils se battaient pour deux villages différents, deux villages qui se haïssaient. Konoha et Suna étaient prêt à tout pour toucher cette victoire du bout des doigts, quitte à mettre des armes dans les mains d'enfants innocents. Où était passé le temps où ils étaient unis et heureux ? Comment est-ce qu'ils en étaient arrivés là ? Ils étaient ennemis, alors pourquoi est-ce qu'il avait si mal à l'idée qu'elle ne fasse plus partie de cet univers ? Un tintement métallique flotta dans les airs, alors que le katana s'écrasait durement sur le sol. Le torse du garçon se cogna brutalement contre la poitrine de la brune et il la serra contre lui, comme si à cet instant son existence en dépendait. Les mains tremblantes, il resserra douloureusement son étreinte autour du corps frêle et prit une inspiration, les larmes au bord des paupières, le visage déformé par la tristesse.

- "ne fais pas ça." supplia-t-il, d'une voix brisée. "tu ne peux pas faire ça.. je t'en supplie."

L'étreinte du brun lui semblait si douce et si brutale en même temps. Ils étaient ennemis, elle aurait dû profiter de cet instant pour lui enfoncer la lame dans la gorge, mais le son de sa voix, au creux de son oreille, lui arracha un sanglot et le kunai s'échappa de ses mains tremblantes. Qu'était-elle censée faire, alors qu'il était si près d'elle ? Elle enfouit son visage dans son épaule et retint un énième sanglot en se heurtant à ce parfum qu'elle connaissait bien. Dans le fond, quoi qu'il puisse se passer, il resterait éternellement ce garçon un peu trop fainéant sur les bords.

- "pardon." murmura-t-elle, le souffle court. "pardon."

Le bruit d'une explosion flotta un instant dans les airs, mais elle se sentait incapable de faire face à la réalité. Si elle le lâchait, si elle se retirait de ses bras, qu'est-ce qu'il se passerait ? Là, ils étaient deux êtres-humains, perdus dans une étreinte, mais dès lors qu'ils s'éloigneraient de quelques centimètres, ils redeviendraient deux shinobis ennemis. Est-ce qu'elle serait capable de lui faire du mal ?

Elle rêvait de se perdre dans l'étreinte chaude, d'oublier ce cauchemar, d'oublier à quel point elle était brisée, parce que là dans ses bras rassurants, elle sentait les morceaux de son coeur se remettre en état. Les bribes d'une conversation les tirèrent de l'instant, une poignée de minutes plus tard. Le souffle court, elle resserra sa prise sur le tissu qui couvrait le brun, ignorant la douloureuse réalité au creux de ses mains.

- "méfie-toi des shinobis ennemis. une rumeur traîne dans les rangs."
- "une rumeur ?"
- "le kazekage serait parmi ses hommes."

Le son de leurs voix se rapprochaient toujours un peu plus à chaque battement effrayé de son coeur.

- "ce chien. j'ai hâte que quelqu'un mette sa tête au bout d'une pique."

Un rire amer résonna, un court instant. D'une poigne forte, Shikadai la repoussa et s'empressa de prendre le katana sur le sol humide, le regard brûlant de colère. Le bruit saccadé de sa respiration se heurta aux arbres et il s'apprêtait à se lancer à travers la forêt, mais une main sur son épaule l'en empêcha. Les iris brunes de la jeune Uchiha le fixaient avec une telle tristesse, qu'une pointe de souffrance s'enfonça dans sa cage thoracique.

- "ne le fais pas." supplia-t-elle, d'une voix tremblante. "s'il te plaît."

Leurs voix se répercutaient encore et encore dans son esprit ; qu'était-il censé faire ? Le petit garçon enfouit au plus profond de lui lui hurlait de ne pas le faire, de prendre la main qu'elle lui tendait, mais le shinobi qu'il était lui rappelait douloureusement qu'elle n'était plus qu'une étrangère, un shinobi de l'autre camp. En proie à ses doutes, il ne remarqua pas la brune qui se faufilait face à lui et d'un geste d'une tendresse bouleversante, elle se hissa sur la pointe des pieds et déposa ses lèvres à la commissure des siennes. Le contact de leurs bouches, aussi chaste fut-il, arrêta le temps un instant et fit taire les voix dans sa tête. Du bout des doigts, elle effleura la rugosité de l'une de ses joues et le tira à sa suite, la seconde d'après.

La pluie était forte et terriblement froide. Elle lui glaçait le sang et pourtant la main de la brune dans la sienne lui réchauffait le coeur ; c'était tellement incompréhensible. Il évita maladroitement une branche et accrocha son regard au dos de la jeune femme. Ils étaient ennemis, alors que faisait-elle ? Et pourquoi était-il incapable de prendre la fuite ? Des tas de souvenirs le frappèrent ; il se souvenait de tous les repas qu'ils avaient partagé, les rires, les encouragements. Est-ce que les adolescents insouciants qu'ils avaient été, étaient encore là quelque part ? Ou étaient-ils morts, à l'instant où ils avaient revêtus les tenues des shinobis de leurs villages respectifs ?

Sarada resserra sa prise sur la main du brun et accéléra la cadence ; que faisait-elle ? L'eau s'enfonçait froidement dans le tissu de ses vêtements et elle étouffa maladroitement un frisson. Le son lointain d'une explosion lui parvint, mais à cet instant la seule chose qui l'intéressait, c'était la main dans la sienne. Une voix lui soufflait pourtant à l'oreille que ce qu'elle faisait là était une trahison envers son village. Elle protégeait un shinobi de l'autre camp, et pas n'importe lequel, le neveu du kazekage. Si elle mettait fin à son existence et qu'elle apportait la preuve, elle serait accueillie tel un héros. Et l'idée la dégoûtait. Fut un temps où elle était fière d'être l'un des shinobis qui protégeait le village, où elle aurait fait n'importe quoi pour être à la hauteur de ses ancêtres, de ses parents. Mais tout ce sang sur ses mains frêles, ça lui faisait tellement mal. Le village qu'elle aimait tant faisait d'elle un monstre, un peu plus chaque jour qui passait et ça la tuait.

Perdue dans ses pensées, elle ne remarqua pas la flaque de sang qui s'étalait sur le sol humide et elle manqua de perdre l'équilibre, mais un bras fort l'attrapa par la taille et elle se retrouva soudainement enveloppée dans la chaleur d'un torse qu'elle appréciait. Et sincèrement, elle aurait aimé s'y perdre, mais le pourpre à leurs pieds la ramena durement à la réalité.

- "m-merci." bégaya-t-elle, en s'éloignant de l'étreinte. "heureusement que tu-."

La soudaine souffrance dans le regard du garçon étouffa ses mots.

- "Shikadai ?" appela-t-elle, les sourcils froncés. "qu'est-ce qui se passe ?"

Il était là, le regard inondé de mal-être et silencieusement, elle entreprit de suivre son regard. Son coeur rata douloureusement un battement. Le corps tremblant, elle étouffa un sanglot dans l'une de ses mains ; à quelque pas, un sunien s'accrochait désespérément à la vie, un trou béant dans les entrailles. Dans un bond agile, Shikadai s'éloigna d'elle et s'empressa de mettre un genou à terre, près du corps meurtri de son camarade.

- "non." lâcha-t-il, dans un souffle tremblant.

Le son de sa voix arracha un sursaut au blessé et il retint un haut-de-coeur, en se heurtant aux paupières profondément lacérées du garçon. D'une poigne ferme, mais douce, il attrapa sa tête entre ses mains et la déposa délicatement sur ses cuisses.

- "c'est moi, Shinki." dit-il. "c'est Shikadai."

Un sourire déforma les lèvres dudit Shinki et douloureusement, il chercha la joue de son cousin du bout des doigts. Le brun s'empressa de lui prendre la main et la déposa sur son visage, le coeur en vrac.

- "tu es.. vivant." souffla le sunien. "tu es vivant."
- "oui, je suis là." lâcha-t-il, immédiatement. "tu sens ma joue ? je suis là, Shinki."
- "oui.. tu es là." répéta-t-il.

Il serra doucement la main de son cousin dans la sienne et exerça une petite pression. Shikadai n'était pas idiot, il ne l'était pas et là, il n'avait pas besoin que qui que ce soit lui dise pour comprendre. Shinki ne tiendrait que quelques minutes et il rendrait son dernier souffle, ici, dans un bout de forêt hasardeux, seul. Il retint difficilement un sanglot et déposa un baiser salé au creux de la main du brun.

Un bruit de pas le tira de l'instant et il déposa un regard dur sur la brune qui s'agenouillait près d'eux. Elle n'était pas fautive, mais les hommes de son village l'étaient sûrement. Et il haïssait ça.

- "Shinki ?" appela-t-elle, doucement. "j'ai besoin de voir les dégâts, est-ce que je peux ?"
- "je connais cette.. voix." répondit-il, les sourcils froncés. "qui est-tu ?"
- "je suis-." commença-t-elle.
- "Sarada Uchiha." la coupa Shikadai. "c'est.. Sarada Uchiha, Shinki.
- "U..chiha. du village de.. Konoha ?" demanda-t-il, le souffle court.

Shikadai ne répondit pas, il acquiesça contre la main de son cousin et déposa un regard tremblant sur ses blessures. Il était dans un sale état, ça lui brisait le coeur. Une quantité anormale de sang s'échappait du trou béant dans ses entrailles, s'enfonçait dans la terre brune et même s'il survivait, les lacérations sur son visage lui hurlait qu'il ne verrait plus jamais.

- "du village de Konoha, oui." acquiesça la brune. "mais.. je ne suis pas ton ennemi. je veux juste.. je veux t'aider."

Un léger rire s'extirpa des lèvres du garçon, juste avant qu'une quinte de toux ne le cloue sur place. L'inquiétude dans les tripes de Shikadai ne cessait de prendre l'intensité et il plaqua l'une de ses mains sur la plaie de son abdomen, même s'il savait que ça ne servait à rien.

- "quelle.. ironie, tu ne trouves pas, Sarada ?" lâcha le blessé, un fin sourire au coin de ses lèvres couvertes de sang. "un shinobi ennemi qui.. veut m'aider.. après qu'un des shinobis de son camp m'ait.. fait ça."
- "je suis dés-." tenta-t-elle, douloureusement.
- "pourquoi ?" la coupa-t-il. "pourquoi.. es-tu là ?"

La question du brun se répercuta entre les arbres, entre les gouttes de pluie qui s'acharnaient sur eux. Elle étouffa maladroitement un frisson et effleura du regard le visage brisé par l'inquiétude de son ami d'enfance. Qu'est-ce qu'elle faisait là ? Pourquoi n'était-elle pas en train de se battre, auprès des shinobis de son village ? Qu'est-ce qui était différent des premiers jours dans la bataille ? L'ébène de ses iris se confronta silencieusement, une seconde, à l'émeraude dans les prunelles de Shikadai et les battements de son coeur prirent un élan saccadé, sans qu'elle ne puisse rien faire.

- "pour lui." lâcha-t-elle, du bout des lèvres, dans un murmure.

Une pointe de surprise se mêla à toutes les émotions qui inondaient déjà le regard du brun et elle lui adressa un sourire d'une maladresse touchante. Shinki acquiesça, un fin sourire au coin des lèvres et prit une inspiration douloureuse.

- "Shi.. kadai." appela-t-il, le visage tremblant.
- "je suis là, Shinki." lui répondit le brun. "je ne bouge pas. promis."
- "j'aurais aimé que.. les choses soient.. différentes, tu sais." confia-t-il. "j'aurais aimé.. que.. tu aies plus de.. temps."

L'ombre qui se pressa dans les iris verts du garçon lui arracha un froncement de sourcils et elle attendit patiemment la suite. Ils étaient là, tous les trois, sous la pluie et elle tentait maladroitement d'ignorer l'horrible vérité. Les blessures du sunien n'étaient pas dû à une bataille, elles étaient dû à la cruauté des hommes.

- "Shika..dai Nara." dit le blessé, difficilement. "tu es, à.. présent, le huitième.. kazekage."

Un hoquet de surprise indiscret échappa à la brune et elle plaqua ses mains sur ses lèvres. Shikadai lui, acquiesça simplement, le regard en vrac. Tant d'émotions se bousculaient dans ses prunelles qu'elle n'osait pas s'y perdre à cet instant.

- "je suis.. désolé." murmura le sunien, dans un ultime souffle.

Un sourire à l'allure triste sur les lèvres, Shinki s'éteignit dans les bras de son cousin. Il se souvenait très bien d'à quel point il haïssait le fils de son oncle à l'époque, et d'à quel point sa présence l'avait aidée à surmonter un tas d'obstacles. Il était devenu plus qu'un cousin au fil des années, il était le frère que ses parents ne lui avaient jamais donnés. Les phalanges blanches, il resserra désespérément sa prise autour des épaules du garçon et prit une inspiration tremblante. Il refusait. Shinki n'avait pas le droit de lui faire ça, de s'en aller sans lui.

- "Shinki ?" appela-t-il, les sourcils froncés. "réponds-moi."
- "Shikadai.." tenta doucement la brune, le coeur brisé.
- "eh, c'est pas drôle." continua-t-il, le regard bloqué sur le visage inerte. "Shinki, réponds-moi. je suis là, je ne bouge pas."
- "arrête, Shikadai." supplia-t-elle, les larmes au bord des paupières.

Dans un geste d'une extrême douceur, elle effleura du bout des doigts la joue rugueuse du jeune homme, incapable d'apercevoir une seconde de plus la souffrance qui l'étreignait. Mais le contact ramena le garçon à la réalité et comme si ça l'avait atrocement brûlé, il relâcha le corps sans vie de son cousin et se jeta sur ses deux pieds, s'éloignant de plusieurs pas. Elle se heurta à la vulnérabilité et aux perles qui s'amassaient au coin des paupières du garçon. Prudemment, elle se releva du sol et prit une inspiration.

- "ne fais pas ça, Shikadai." dit-elle. "ne me tourne pas le dos."
- "pourquoi ?" s'exclama-t-il, d'une voix agressive. "tu veux prendre mes yeux, toi aussi ? tu veux mon corps ? mon existence toute entière ?"
- "arrête, je ne-" tenta-t-elle, dans un sanglot.
- "rejoins ton camp, Sarada." souffla-t-il. "rejoins-le et bats toi à leurs côtés."

Et sans attendre une seconde, il s'éloigna à travers les arbres, le corps tremblant. Qu'est-ce qu'il ressentait à cet instant ? Alors qu'il lui tournait le dos. Alors qu'il venait de perdre quelqu'un qu'il aimait, encore une fois. Alors que l'affreuse vérité lui revenait au visage ? Sarada approuvait les paroles de Shinki. Elle aussi, elle aurait aimée que les choses soient différentes, qu'ils aient la chance d'être heureux, tous ensemble. Peut-être que dans un univers parallèle, dans une autre vie, elle aurait été amie avec le sunien, qu'ils auraient partagés quelques rires, quelques histoires drôles et qu'ils se seraient dit "à bientôt" avec le sourire. Mais là, l'image du corps sans vie du garçon à ses pieds la prenait à la gorge. Ils vivaient dans cet univers là, dominé par la violence, la mort et la cruauté. Et elle se sentait fondre dans cet amas de monstruosités. Le sang sur ses mains lui rappelait constamment qu'elle n'était plus la petite fille qu'elle avait été à une époque, celle qui avait pris la décision d'être hokage ; quelque chose avait mal tournée et elle ne savait pas quoi. Est-ce que ça avait commencé lorsque les corps de Gaara et Naruto avaient été trouvés sous les décombres d'une maison ? Est-ce que ça avait commencé lorsque les premiers innocents étaient morts ? Qu'est-ce qui avait commencé tout ça ? La guerre. Le sang. Le désespoir. Elle se souvenait des esprits échauffés qui hurlaient dans les rues du village caché de la feuille. Ils hurlaient à la vengeance, à la haine. Est-ce que Shikamaru Nara méritait la mort pour avoir épousé une femme d'un village voisin ? Est-ce que Boruto et Himawari méritaient la mort pour être nés de l'union de leurs parents ?

Elle s'élança. Elle était sûrement égoïste, mais le brun était une lumière dans les ténèbres, de l'air frais sur le champ de bataille et elle n'était pas capable de faire taire les battements de son coeur maladroit. Une branche effleura durement l'une de ses joues, lui arrachant une légère plainte, mais à l'instant où le dos du brun se dessina à travers les arbres, elle oublia la plaie et tendit désespérément le bras. Elle refusait de le perdre. Elle le voulait, lui. Qu'est-ce qu'elle s'en fichait de tout ça, de la guerre, de la brûlure dans son âme. Il était là et elle avait terriblement besoin de lui.

Dans un élan saccadé, elle se rapprocha de lui et attrapa un morceau de tissu entre ses doigts, l'empêchant de faire un pas de plus loin d'elle. Les sourcils froncés, il posa un regard surpris, mais colérique sur elle.

- "Sarada, qu'est-ce que t-."

Elle ne lui laissa pas le temps de terminer sa phrase. Les mains de la brune s'accrochèrent à ses joues rugueuses et elle plaqua ses lèvres sur les siennes, dans un baiser brûlant. Une sensation inédite engloba le brun, une sensation presque trop douce pour qu'elle soit réelle et même si une voix lui soufflait de ne pas le faire, de prendre la fuite, avant qu'il ne soit trop tard, il se dit que peut-être il avait le droit, juste un instant, de se sentir bien.

Ils se perdirent tous les deux dans ce contact, savourant la présence de l'autre, s'enivrant de l'instant. Le dos de la brune cogna brutalement contre un arbre et elle s'empressa de mettre ses mains dans les mèches du garçon, découvrant ses lèvres du bout des siennes. Le baiser semblait presque.. naturel et elle le sentait au fond, il aurait pu l'être, s'il ne sonnait pas si désespéré. Les gilets s'écrasèrent sur le sol humide dans un bruit étouffé et elle attrapa la ceinture du pantalon qu'il portait entre ses doigts, défaisant les boutons dans un mouvement impatient. Il n'y avait pas de sentiments, pas d'amour, pas de tendresse. Ils n'étaient que deux personnes, avides d'un contact humain.

Le pantalon du garçon se retrouva très vite à ses pieds et elle s'empressa de défaire le sien, alors qu'il déposait des baisers dans son cou. Puis, il récupéra ses lèvres dans une passion presque rude. Les mains sur ses fesses, il la hissa maladroitement et elle accrocha ses jambes autour de sa taille tremblante de désir, étouffant un gémissement entre ses lèvres en sentant la délicieuse friction entre leurs bassins. Dans un mouvement de hanche incontrôlable, elle sentit le membre dur du brun contre son entrejambe et enfonça ses ongles dans son dos. Est-ce qu'elle regretterait ? Est-ce qu'il regretterait ? Est-ce qu'il l'avait déjà fait ? Elle, non. Elle ne s'était jamais senti si proche d'un garçon, mais là, elle avait besoin de le sentir, de sentir qu'il était là, tout près d'elle. Un gémissement mi-douloureux mi-brûlant de désir s'échappa de sa gorge lorsque, dans un coup de rein puissant, mais maladroit, il s'enfonça en elle. Quelques larmes perlèrent au coin de ses paupières, mais elle les retint et entama un coup de rein. Le souffle chaud du garçon se répercutait dans son cou, à l'endroit où il la marquait. La guerre semblait en suspens, alors qu'ils se donnaient brutalement l'un à l'autre dans ce bout de forêt.


- "ici."

L'éclat de voix soudain lui arracha un léger sursaut. Elle jeta immédiatement un coup d'oeil derrière elle, sharingan activé, mais même s'il n'y avait rien d'anormal, elle ne se sentait pas en sécurité. Ils n'étaient pas assez loin des atrocités de la guerre. Ils marchaient pourtant depuis des heures, mais rien n'y faisait, elle avait encore l'impression d'entendre l'entrechoquement des lames et le bruit assourdissant des explosions à chaque pas. Est-ce que c'était ça, un traumatisme de la guerre ? Est-ce que ça ne résonnait que dans sa tête ? Est-ce que Shikadai entendait lui aussi tous ces cris agonisants ? Elle désactiva son sharingan et déposa un regard incertain sur le dos du garçon. Aucun mot n'avait été prononcé après l'égarement d'il y a plusieurs heures ; elle n'avait pas osé dire quoi que ce soit, qu'était-elle censée dire de toute façon ? Il n'y avait pas eu de tendresse, pas d'amour, pas de caresses, encore moins de préliminaires, juste le besoin brutal d'un contact humain. Ça avait été douloureux, mais nécessaire. Et puis la réalité leur avait sauté à la gorge. Ils s'étaient rhabillés et avaient décidé d'un commun accord silencieux de s'éloigner des zones de guerre, de faire une pause. Mais les tripes de Sarada se tordaient encore douloureusement dans tous les sens. Ils ne pourraient pas échapper à la réalité éternellement. Ils étaient ennemis. Pire encore, elle marchait aux côtés du huitième kazekage dorénavant. Il était à présent l'ennemi numéro un de tous les habitants du pays du feu. Boruto, que dirait-il de tout ça ? Demanderait-il sa tête au bout d'une pique, lui aussi ?

- "il y a une grotte derrière la cascade, on peut y passer la nuit." lâcha le garçon. "ça te va ?"

L'émeraude se frotta à l'ébène de ses iris et elle acquiesça simplement, incapable de dire quelque chose à l'oral. Le brun ne demanda rien de plus. Il s'avança et elle distingua clairement le paysage cette fois. Ils étaient au pied d'une cascade et pendant un instant, elle s'émerveilla de la vue. Un contraste parfait à la cruauté des hommes. L'endroit était immaculé de sang, comme si la guerre ne l'avait pas atteint. Elle en oublia presque de respirer.

Du mouvement sur sa droite la tira de sa contemplation et elle s'attarda un instant sur le brun, dos à elle, qui retirait couche par couche les vêtements sur son corps. Et simplement vêtu d'un caleçon, il s'enfonça dans l'eau. Elle n'osa pas détourner les yeux, même lorsqu'il plongea dans l'étendue bleue. Il se dégageait quelque chose d'insaisissable de cette scène et elle était effrayée à l'idée de tout rompre en disant quoi que ce soit. Il se mêlait si bien à la nature que là tout de suite personne n'aurait pu se douter de la quantité de sang sur leurs mains. Etaient-ils des monstres et rien de plus ? Le brun remonta à la surface, attrapant une inspiration hasardeuse et lui jeta un coup d'oeil ; l'émeraude l'appelait à s'y noyer. Mais elle détourna le regard et attendit qu'il reprenne sa baignade pour retirer ses vêtements. Et dès qu'il ne lui resta plus que des sous-vêtements sur le dos, elle se glissa dans l'eau, étouffant un soupir satisfait. La dernière fois qu'elle avait eu le luxe de se doucher remontait à bien trop longtemps ; l'hygiène n'était pas une priorité en temps de guerre. Les yeux fermés, elle profita de la fraîcheur de l'eau sur sa peau meurtrie, couverte de crasse et de sang séché. C'était presque plaisant, presque.

- "tu ne savais vraiment pas ?"

La question resta en suspens, un instant. Elle se répercuta à travers les feuillages verts, les bruits de la cascade, le chant des oiseaux. Et Sarada n'eut pas besoin de plus pour comprendre les mots du garçon. Elle rouvrit les yeux et déposa son attention sur lui. Encore une fois, il était dos à elle et elle déchiffra sans mal ce qui se dégageait de sa silhouette là tout de suite : "ne me regarde pas, je ne veux pas que tu me voies comme ça". Elle observa les mains du brun qui tentaient maladroitement de faire partir la crasse et le sang séché sur son corps, plongé dans l'eau jusqu'au bassin.

- "je n'étais pas au courant pour ton père." dit-elle.

Le conseil de Konoha avait simplement annoncé qu'il était parti pour Suna, là où son épouse demeurait depuis le décès soudain et incompréhensible du cinquième kazekage, Gaara. Et pourquoi aurait-elle contredit cette information ? Shikamaru aimait profondément son épouse, alors elle comprenait son envie d'être auprès de sa famille. Qui aurait pu prédire l'affreuse vérité derrière ce mensonge ? Qui aurait pu prédire.. ça ? Elle étouffa les battements douloureux de son coeur, la seule chose qui lui assurait qu'elle était encore en vie et pas plongé dans un cauchemar, et imita le brun. Dos à lui, elle entreprit de faire disparaître les résidus de la guerre sur sa peau.

- "le bureau du kazekage a reçu un paquet, expédié de Konoha, au nom de ma mère." lâcha-t-il, au bout de quelques minutes.

Un frisson remonta le long de sa colonne vertébrale. Parce qu'elle savait déjà ce que contenait ce paquet. Il lui avait dit tout à l'heure, entre deux accusations mutuelles.

- "j'étais dans la pièce, avec mon oncle Kankuro, quand elle l'a ouvert. j'ai vu.. l'expression de son visage se déformé sous l'horreur." continua-t-il, et elle n'osa pas lui jeter un regard, effrayé à l'idée de ce qu'elle verrait. "elle s'est mise à hurler et mon oncle s'est rapproché d'elle. sur le moment, je n'ai pas compris pourquoi il m'a immédiatement ordonné de rester loin d'eux, mais en fait, c'est juste qu'il ne voulait pas que je vois le contenu du paquet. même s'il a fini par me dire que c'était la tête de mon père. je n'avais jamais vu ma mère dans un tel état, elle m'avait toujours semblé si.. forte et là, elle fixait inlassablement le sol sans rien dire. et puis j'ai compris, tu sais. elle était morte en ouvrant ce paquet."

L'air lui brûla anormalement les poumons. Elle connaissait peu Temari, mais elle connaissait ce caractère qui s'accrochait à elle.

- " le soir-même, elle s'est jetée du toit de nos appartements."

L'information arracha un haut-de-coeur à la brune. Elle plaqua ses mains sur ses lèvres et étouffa tant bien que mal les sanglots qui menaçaient de prendre la fuite.

- "elle m'a regardé.. elle m'a souri.. et elle s'est jetée dans le vide." expliqua-t-il.

Sa voix résonnait neutre, par rapport à l'atrocité de son discours. Mais elle, elle le connaissait trop bien pour se faire avoir. Elle l'entendait, ce petit tremblement qui s'accrochait à sa voix grave. Il était brisé.

- "oncle Kankuro n'a pas supporté de perdre son frère et sa soeur de cette façon. Shinki et moi.. on l'a retrouvé pendu dans sa chambre. normalement j'aurai dû être le septième kazekage, mais j'étais juste.. mort de l'intérieur. je ne pouvais pas le faire. alors Shinki a pris le poste à ma place. et avec tout ce bordel, les anciens n'ont même pas pensé à s'y opposer."

Il ferma les yeux. Les pertes s'étaient soudainement enchaînés, encore et encore, et il était resté là impuissant. Il se souvenait trop bien de l'instant où il avait compris que l'absence de sa mère dans leurs appartements n'était pas normale ; il avait parcouru les couloirs à toute allure et avait grimpé les escaliers qui menaient au toit pour s'arrêter dans l'encadrement de la pore, à bout de souffle, le regard plongé dans celui de sa mère, debout au bord du toit. Le sourire qui avait déformé les lèvres de la quarantenaire l'avait cloué sur place et une demi-seconde plus tard, elle avait disparue dans le néant. Et il était resté, le visage couvert de larmes, incapable de faire un geste. Il avait mal, il avait affreusement mal, mais il n'avait pas eu le temps de combler le trou béant dans sa poitrine. Il avait revêtu la tenue traditionnelle des shinobis de Suna et s'était jeté dans la bataille, plongeant définitivement son coeur dans les ténèbres. Il ne sortirait pas vivant de tout ça, il le savait au fond de lui. Il était bien trop amoché, bien trop brisé, bien trop mauvais. Et il avait beau frotté encore et encore chaque partie de son corps avec de l'eau, le sang de ses victimes ne s'effaçait pas. Il ne s'effacerait jamais.

- "j'avais rendez-vous avec Boruto."

La voix tremblante de Sarada l'arracha à l'instant et il se tourna vers elle. Elle lui offrait son dos et c'était sûrement préférable. Il ne désirait pas voir son visage déformé par la tristesse, encore une fois.

- "je suis habitué à ses retards, il n'a jamais été très ponctuel comme garçon, mais là.. j'avais un mauvais pressentiment." raconta-t-elle. "c'était mon meilleur ami."

Un sanglot flotta dans les airs et il serra les poings, lui tournant le dos encore une fois. Boruto, ça avait été son ami à une époque. Le blondinet l'avait entraîné dans un tas de bêtises et avait rajouté une touche de gaieté en plus dans son univers calme.

- "la porte d'entrée était entrouverte, alors je suis entrée. et.. j'avais juste prévu de l'engueuler, comme d'habitude, mais.. je l'ai trouvé sur le sol de la cuisine, dans une mare de sang. Himawari et Hinata étaient près de lui, dans le même état."

Himawari, quel âge avait-elle ? Quinze ans ? C'était bien trop jeune pour mourir ainsi. Il écouta la brune se reprendre, étouffant ses sanglots définitivement.

- "en quelques heures, ça s'est dégradé au village. dès que la nouvelle a fait le tour, les villageois se sont enflammés. ils crachaient leur haine dans les rues et puis, la guerre a commencé." expliqua-t-elle, d'une voix un peu plus calme.

Une petite incompréhension avait suffit à démarrer tout ça. Gaara et Naruto retrouvés sous les décombres d'une maison et aucun témoin de la scène, et voilà où ils en étaient. Le traité de paix avait été déchiré en deux. Par qui ? Shikadai ne savait plus. Une immense partie de lui lui hurlait que c'était la faute du pays du feu, qu'ils méritaient tous de crever pour ça, mais une autre, infime, lui soufflait qu'ils n'étaient que des marionnettes dans tout ça. Un soupir s'échappa de ses lèvres et il fixa son reflet dans l'eau. Il ne ressemblait plus en rien à l'adolescent qu'il avait été, un adolescent las, mais joyeux. Il se revoyait suivre Chôchô et Inojin dans les rues du village, un sourire au coin des lèvres.

Chôchô.
L'étau se resserra douloureusement autour de son coeur.

- "Chôchô." lâcha-t-il, du bout des lèvres. "comment.."

Le reste mourut au creux de sa gorge.

- "une explosion. elle a protégé Inojin de l'impact."

Un sourire affreusement triste déforma les lèvres du garçon et il retint difficilement ses larmes. Elle était morte en protégeant Inojin. Il n'était pas dupe, la rousse avait toujours été amoureuse du garçon. Il avait été le témoin de leurs rougissements respectifs, chaque fois qu'ils se trouvaient trop proches l'un de l'autre et lui, bien qu'il avait été terriblement amoureux d'elle, il avait accepté l'inévitable. Sauf que l'inévitable, ça n'aurait pas dû être ça. Inojin et Chôchô auraient dû avoir le droit au bonheur, comme tant d'autres. Mais c'était peut-être mieux ainsi.

- "je suis soulagé." lâcha-t-il, dans un murmure souffrant. "elle ne verra pas les horreurs commises par les deux camps."

Sarada baissa les yeux. Elle comprenait un peu trop bien ses mots, quelque part ça la soulageait elle aussi. La rousse était morte au commencement de la guerre, et des mois plus tard, elle se rendait compte que si l'explosion ne l'avait pas tué, ça aurait été cette fichue guerre. Elle n'aurait jamais supporté tout ça.

- "elle ne verra pas le.. monstre que je suis devenu."

Non. Il ne pouvait pas dire ça. Il n'était pas un monstre, il n'était que la victime d'un monde trop cruel. Elle voulait lui hurler qu'il n'était qu'un idiot, qu'elle ne voyait pas un monstre elle, qu'ils étaient juste brisés, mais aucun son ne s'échappa de ses lèvres. Qui voulait-elle convaincre ? Lui ou bien elle-même ? D'un pas lent, peut-être à cause de l'eau fraîche qui noyait ses jambes, peut-être à cause de l'appréhension, elle se rapprocha du brun dos à elle et ses bras se refermèrent autour de sa taille, sans rien dire. Elle le sentit se tendre dans l'étreinte, alors qu'elle collait sa poitrine contre son dos, mais il capitula bien vite et elle resserra doucement sa prise. Les mots n'avaient plus aucune valeur maintenant. Il valait mieux se taire.

Le temps s'échappa doucement, alors qu'ils restaient là l'un contre l'autre. Shikadai ne bougea pas une seule fois. Il ne lui rendit pas l'étreinte, mais s'adoucit contre le corps de la brune dans son dos. Il ne se souvenait même pas de la dernière fois que quelqu'un lui avait donné une telle étreinte, un geste d'une tendresse renversante. Il voulait redevenir un petit garçon, râler en voyant son père prendre un baiser à sa mère, rejoindre Inojin et Chôchô dans les rues de Konoha. Il ne voulait plus tuer. Il ne voulait plus vivre.

- "Shikadai."

Son prénom entre les lèvres de son amie d'enfance lui arracha un léger froncement de sourcils et il acquiesça, lui faisant comprendre qu'il écoutait.

- "je viens de sentir quelque chose contre ma cheville."
- "notre dîner." dit-il, simplement.

Un petit sourire amusé déforma le coin des lèvres du garçon et il se tira de l'étreinte, jetant un coup d'oeil à leurs pieds. D'un mouvement fluide, il plongea ses mains dans l'eau limpide et jura légèrement en ratant le poisson. Sarada l'observa un instant. Il était là, à tenter d'attraper leur dîner, le visage tordu par la concentration et elle le trouva beau. Un petit rire lui échappa à l'entente d'un autre juron et elle échangea un regard amusé avec lui, plongeant à son tour ses mains dans l'eau.


- "Shikadai, regarde. regarde. regarde. regarde. regarde. regarde. regarde ce que tu m'as fais."

Un cri silencieux mourut au bord de ses lèvres, alors qu'il ouvrait les yeux. Il attrapa brutalement le tissu qui recouvrait le côté gauche de sa cage thoracique et le serra entre ses doigts, jusqu'à donner une couleur bien trop pâle à ses phalanges. D'un mouvement affolé, il jeta des coups d'oeil autour de lui et calma doucement sa respiration en se rendant compte que ça n'avait été qu'un cauchemar, que Chôchô ne se tenait pas devant lui, un trou béant dans les entrailles et les paupières lacérées, qu'il n'avait pas son sang sur les mains. Pas le sien. Mais il en avait tellement versé depuis le début de la guerre. Il s'était jeté dans cette bataille, le coeur meurtri et avait ôté la vie à des shinobis "innocents". Konoha était fautif quelque part, mais cet adolescent du clan Sarutobi, il n'avait sûrement rien demandé lui. Et pourtant, son sang souillait la lame de son katana, les semelles de ses chaussures et son esprit. Il l'avait tué à cause du bandeau qu'il portait sur le front, était-ce une raison suffisante ? Un frisson le prit et il ferma les yeux un instant, tentant de faire taire les battements saccadés de son coeur. La nuit était tombée depuis plusieurs heures ; Sarada et lui avaient dîné ensemble, du poisson, et s'étaient couchés immédiatement.

Le soupir qui s'échappa de ses lèvres résonna un instant dans la grotte, dont le silence se coupait au rythme de la cascade. Que faisait-il là ? Il n'était plus un simple shinobi, il était le huitième kazekage. Ne devrait-il pas être en tain de guider ses hommes pour renverser le pays du feu ? Encore hier, il tranchait la gorge des shinobis qui croisaient son chemin. Qu'est-ce qui avait changé ? Ah oui. Il l'avait croisé, elle. Quelqu'un là-haut avait un sacré sens de l'humour. Sarada flottait dans la majorité des souvenirs de son enfance et avant ce cauchemar sans fin, ils s'étaient même liés d'une amitié forte. Et puis, Gaara était décédé et il avait accompagné sa mère au village de Suna. Et il avait fait la promesse à ses amis, dont elle, de revenir vite. Mais un jour s'était transformé en une semaine, un mois, presque un an et la promesse s'était effacée d'elle-même.

Il reporta son attention sur la brune. Elle était dos à lui, mais il reconnaissait l'emblème du clan Uchiha sur son haut malgré l'obscurité. Une petite pointe de colère se faufila dans ses entrailles ; où était le hokage de l'ombre lorsque Konoha avait décidé d'assassiner son père ? Il le détestait, il les détestait tous. Shikamaru était un membre à part entière de ce fichu village et ils avaient fait.. ça. Ils lui avaient enlevés son père, d'une façon bien trop cruelle et il devrait les faire payer pour ça. S'il avait choisi un katana pour l'accompagner pendant cette guerre, c'était dans l'idée simple d'utiliser cette lame pour tuer tous les shinobis du village caché de la feuille qui se posteraient devant lui. Et pourtant, il était là, dans cette grotte. Il redressa légèrement son bras et tendit les doigts vers elle, et il resta en suspens un instant. Ça ne rimait à rien. Ils étaient ennemis. Il devrait lui trancher la gorge. S'il déviait la trajectoire de ses doigts, il pourrait attraper son katana et faire ce qui devrait être fait. Il suffisait d'une toute petite déviation.

Un frisson parcourut les épaules de la jeune femme et il étouffa la haine qui fourmillait dans ses entrailles. L'endroit n'était pas très chaud, plutôt humide et ils n'étaient clairement pas préparé à passer la nuit ici. Sans vraiment réfléchir, il se rapprocha silencieusement d'elle et passa un bras autour de sa taille, la tirant doucement contre lui. Le torse contre son dos. Et il se rendit vite compte qu'elle ne dormait pas, en sentant l'une de ses mains se poser sur la sienne.

- "Shikadai ?"
- "tu as froid."
- "réchauffe-moi."

Le soudain changement de ton dans la voix de la brune lui arracha un violent frisson et il resserra sa prise autour de sa taille, la ramenant encore plus contre lui. C'était rauque, chaud et presque suppliant. Ils étaient ennemis. Il était du village de Suna. Elle était du village de Konoha. Et pourtant là dans cette grotte, les barrières s'effondrèrent et il ne resta, en une demi-seconde, plus qu'un garçon et une fille.

Une paire de lèvres se déposa dans sa nuque et elle se mordit la lèvre, étouffant du mieux qu'elle put le bruit de sa respiration saccadée. Les baisers étaient doux. Il se jouait d'elle, effleurait à peine sa peau et même si elle était dos à lui, elle sentait ce petit sourire au coin de ses lèvres. Un grognement lui échappa, parce qu'elle en voulait définitivement plus et plus vite, et elle roula du bassin. Elle sentit sans mal la respiration du garçon prendre une tournure aussi vive que la sienne. Un sourire glissa sur ses lèvres et elle recommença, plusieurs fois d'ailleurs. Les mains du brun dévièrent sur ses hanches et il l'encouragea, croquant doucement dans son épaule.

Le gémissement qui passa le cap de ses lèvres de Sarada ne fit qu'accroître le feu qui était en train de naître dans son bas-ventre. Il amorça, à son tour, un roulement de bassin terriblement langoureux, alors que ses doigts se faufilaient sur sa cuisse. Il remonta, toujours un peu plus et se fit violence pour ne pas la prendre tout de suite, alors qu'il la sentait écarter légèrement les jambes, balançant sa tête en arrière, sur sa propre épaule. Le souvenir d'une étreinte charnelle quelques heures en arrière se glissa dans son esprit, mais il la repoussa. C'était différent là. Il le sentait. Elle le sentait aussi. La barrière du pantalon qu'elle portait le stoppa un instant, mais il glissa rapidement sa main à travers le tissu et effleura du bout des doigts le sous-vêtement.

- "montre-moi." lâcha-t-il, dans un souffle brûlant contre son oreille.

Elle acquiesça, sans la moindre hésitation et plongea sa main dans son pantalon, la superposant à celle du garçon. Il retint difficilement un gémissement entre ses lèvres. Il ne s'était jamais attardé entre les cuisses humides d'une femme avant ce soir. Et là, il pouvait sentir à quel point elle avait envie de ça elle aussi. Il s'imprégna des ordres que les doigts de la brune lui donnaient silencieusement et la caressa délicatement, découvrant l'antre chaleureuse. Les battements de son coeur le rendait presque sourd et il était sûr qu'elle les sentait, collée ainsi contre lui. Il enfonça doucement un doigt en elle et entama de petits vas-et-viens, copiant les quelques lignes qu'il avait lu dans un roman pour adolescents. Ce n'était pas parfait, il le savait, mais les soupirs d'aise de la brune lui insufflait un peu plus de courage.

- "Shikadai."

La façon dont son prénom roula sur la langue fiévreuse de la jeune Uchiha alimenta le feu de son bas-ventre. Il avait envie de l'entendre, encore et encore. Le désir lui souffla d'être plus aventurier dans son exploration et il ajouta un second doigt, effleurant son clitoris du pouce par la même occasion. Un grognement presque bestial s'échappa des lèvres de Sarada et il accéléra le mouvement. Il se risqua à un regard vers elle et le coeur dans sa cage thoracique rata un battement. Merde, il ne l'avait jamais vu avec cette expression là. Les lèvres entrouvertes, les paupières closes et un rougissement persistant sur ses joues. Sarada était une belle fille, elle l'avait toujours été, mais là tout de suite, elle était la plus belle femme de l'univers.

Un troisième doigt glissa en elle, alors que les lèvres du garçon se posaient un peu partout sur sa nuque. Elle, elle se perdait dans toutes les sensations. Bien sûr, elle s'était déjà réveillée d'un rêve un peu.. chaud, son esprit s'était déjà imaginé la façon dont tout ça se passerait, la façon dont elle ressentirait les choses. Mais ça n'avait été qu'un amas d'euphémismes.

- "Sa-ra-da."

Le ton suave de Shikadai au creux de son oreille eut raison d'elle. Un gémissement bien plus fort que les précédents s'échappa de ses lèvres, alors qu'elle roulait une dernière fois ses hanches contre sa main. Et bientôt, le seul bruit qu'il resta dans la grotte fut leurs respirations haletantes qui se mêlaient au son de la cascade, seule témoin de l'instant.

- "merde." lâcha-t-elle, dans un murmure.

Un petit rire amusé résonna dans son dos. Elle tourna légèrement la tête, juste à temps pour le voir mettre ses doigts encore humides dans sa bouche. L'air qu'elle tentait encore d'enfouir dans ses poumons se coupa soudainement et elle se heurta au regard du brun. Un émeraude bien trop sombre, là, tout de suite.

Dans un mouvement agile - elle remerciait l'académie ninja pour ça -, elle se retourna et grimpa sur lui, plaquant ses mains sur son torse. Pendant une minute, elle ne fit rien, rien d'autre que de le regarder. Elle détailla sa mâchoire, ses lèvres, la cicatrice sur sa joue, ses mèches brunes traînant par-ci par-là, libérées de leur élastique et ses yeux.. merde, elle aurait pu s'y perdre éternellement si son attention ne fut pas soudainement accaparé par la langue du garçon, qu'il passait lentement, trop lentement, sur ses lèvres.

La dernière barrière tomba.

Les doigts de la brune se refermèrent autour de son col et elle le tira en avant, emboîtant ses lèvres aux siennes. Et contre sa bouche, le brun eut la terrible sensation qu'elles étaient faites pour ça, que ses lèvres étaient faites pour les siennes.

Shikadai se fondit totalement dans le baiser, ses mains sur les hanches de la brune. C'était agréable, vraiment agréable. Un gémissement lui échappa quand la langue de sa partenaire se glissa dans sa bouche et il resserra sa prise autour de ses hanches, quémandant plus. Mais une main se plaqua contre son torse et il se retrouva de nouveau dos au sol, ses lèvres loin des siennes.

- "qu'est-ce que tu-.. oh."

Le pull de Sarada s'écrasa quelque part dans la grotte dans un petit bruit étouffé et il l'observa silencieusement défaire la bande blanche qui recouvrait sa poitrine. Il perdait totalement le contrôle de la situation, mais était-ce si mal ? Là, dans cette grotte, sous le corps de la douce Uchiha, il oubliait les horreurs de la guerre, l'amère réalité qui finirait par revenir le prendre à la gorge. Perdu dans sa contemplation de ses seins, il ne remarqua pas le sourire amusé qui se dessinait sur les lèvres de la jeune femme.

- "un truc à dire, Nara ?"
- "je te trouve belle."

Un petit gémissement douloureux s'échappa des lèvres du brun, lorsqu'elle lui pinça le bras et il se détourna de ses seins pour lui jeter un regard mi-agacé mi-amusé. Elle en profita pour couvrir sa poitrine à l'aide de ses bras, une nuance écarlate sur les joues, les yeux baissés.

- "ne dis pas un truc pareil." grogna-t-elle.
- "pourquoi pas ?"
- "c'est gênant."

Il secoua doucement la tête et se redressa.

- "regarde-moi."
- "Shikadai."
- "regarde-moi, s'il te plaît."

Elle étouffa un grognement entre ses lèvres. Elle n'aimait pas son corps, comment le pourrait-elle ? Elle se trouvait un peu trop mince, mais en même temps, un peu trop grosse et la guerre lui avait apporté son lot de cicatrices. Il n'y avait rien de féminin ou de sexy dans cette vision, selon elle. Il disait vraiment n'importe quoi. Elle n'était pas belle.

Un doigt se glissa sous son menton et elle se retrouva prise au piège dans ses yeux verts. Il se pencha un instant et lui déposa un chaste baiser sur les lèvres. La seconde d'après, il attrapait les pans de son propre pull et le balançait loin d'eux. L'ébène de ses iris rencontra immédiatement le torse du garçon. Elle déposa instinctivement un doigt sur son sternum, son autre bras contre ses seins, et le fit glisser le long de sa peau légèrement hâlée.

- "tu es beau."

Le rire du brun flotta dans les airs et elle réprima un sourire amusé.

- "c'est gênant." avoua-t-il.
- "tu fais moins le malin, hein."

L'ébène se confronta à l'émeraude et elle lui offrit un sourire doux, bien trop doux pour des ennemis. Il avait envie de plus, elle le sentait littéralement. Le souffle court, les battements furieux de son coeur, le voile sombre dans ses yeux et la bosse qu'elle sentait sous son bassin. Il avait envie d'aller plus loin encore, mais n'était pas complètement sûr de lui. D'un geste tendre, elle leva le bras et passa ses doigts fins dans les mèches brunes du garçon, lui arrachant un petit soupir d'aise.

- "t'as envie de ça, toi ? t'es sûre ?"
- "je suis assise sur toi." rappela-t-elle.
- "ce n'est pas la bonne réponse."

Les doigts de la brune dévièrent sur la nuque du garçon et elle rapprocha son visage du sien, mélangeant leurs souffles.

- "j'ai envie de ça." confia-t-elle, dans un murmure. "et toi, t'as envie de ça ?"
- "j'ai envie de ça, avec toi." lâcha-t-il.
- "alors embrasse-mo-."

Il se jeta sur ses lèvres, lui arrachant un gémissement. D'une main au creux de ses reins, il la rapprocha un peu plus de lui et elle retira son bras de ses seins, le passant autour de la taille du garçon. Elle répondait à son baiser avec tout autant de fièvre que lui. La sensation était délicieuse. Elle se sentait revivre contre le corps chaud du garçon. Elle se sentait vivante et sincèrement, elle ne savait pas à quand remontait la dernière fois qu'elle s'était senti ainsi. Il lui faisait perdre la tête et elle n'avait aucune envie de rompre l'instant. Elle aussi, elle voulait plus.

D'un geste assuré, mais en même temps bien trop tremblant, elle glissa ses mains entre leurs corps et effleura le bas-ventre du brun. Elle dénoua le bouton du bout des doigts et glissa sa main sous le tissu.

Un gémissement échappa au brun à la friction soudaine entre les doigts de la jeune femme et son entrecuisse à l'étroit. Un son qui incita sa partenaire à le prendre maladroitement en main malgré la présence de son pantalon. Elle glissa ses doigts de haut en bas, arrachant un halètement au garçon. La tête en arrière, les yeux fermés, il tentait tant bien que mal de respirer correctement, l'esprit embrumé par le désir. Une vision qui lui plaisait beaucoup à elle. Elle utilisa sa main libre pour attraper sa nuque et coller leurs bouches, l'une contre l'autre. Elle se sentait avide de cette sensation et dans un coin de sa tête, elle se demandait tout doucement si c'était vraiment juste à cause de leur proximité actuelle que les battements de son coeur prenaient une allure si effrénée là tout de suite.

- "Sarada." lâcha-t-il, contre ses lèvres.

Elle resserra doucement son emprise autour de l'entrejambe du garçon et esquissa un sourire au grognement qui s'étouffa contre sa bouche.

- "j'ai envie de toi." chuchota-t-il. "de plus."

La confession de Shikadai lui vola un battement de coeur et elle acquiesça presque immédiatement, déposant ses lèvres sur les siennes, mais avec bien plus de tendresse cette fois-ci. Elle le sentit attraper ses mains dans les siennes, les caresser du bout des doigts, profiter un instant du baiser qu'elle lui offrait. Puis, il la plaqua doucement contre le sol de la grotte. Sarada étouffa un grognement entre ses lèvres au contraste entre sa peau brûlante et le sol frais et déposa un regard sur le garçon qui se hissait à califourchon au-dessus d'elle. Elle effleura du bout des yeux son visage, son sourire provocateur - malheureusement pour elle, il passait bien trop facilement du garçon maladroit au garçon qui se savait séduisant -, la forme de ses clavicules, son torse. Un torse légèrement dessiné sur lequel elle rêvait de glisser la main et c'est ce qu'elle fit ; elle tendit la main et vagabonda sur la peau du brun, s'attardant un instant sur ce fichu grain de beauté sur son bas-ventre. Elle n'arriverait jamais à effacer cette image. Ça la hanterait.

- "si.. si à un moment, tu ne le sens pas, dis-le." dit-il, doucement. "je m'arrêterais tout de suite."
- "Shikadai." appela-t-elle.

L'ébène se mêla à l'émeraude et elle attrapa le visage du garçon entre ses doigts, effleurant délicatement la commissure de ses lèvres.

- "j'ai confiance en toi."

Il n'ajouta rien. Les mots de la brune étaient suffisants. Il se contenta de fouiller un instant dans le fond de son regard, de chercher une quelconque lueur de peur, d'hésitation, mais il ne trouva rien de tout ça. Rien, à part cette lueur qui lui donnait l'impression d'être tellement plus qu'un shinobi du camp adverse, bien plus qu'un monstre.

Leurs lèvres se trouvèrent instinctivement et il glissa ses mains sur sa taille, lui arrachant un long frisson. Il défit doucement le bouton de son pantalon, malgré le léger tremblement qui s'accrochait à ses mains et se redressa. Les yeux ancrés dans les siens - parce qu'il voulait se souvenir de chaque seconde de cet instant -, il fit glisser le tissu le long de ses jambes et fit de même avec le sous-vêtement, la laissant totalement nue sous lui. Pendant un instant, elle chercha à cacher son corps avec ses mains, mais il les repoussa doucement et parsema chaque parcelle de peau de baisers tendres. Il la trouvait belle, bien trop belle pour lui. Bien trop belle pour ce monde.

Le souffle court, il se débarrassa de son pantalon et du dernier morceau de tissu qui le couvrait. L'instant avait un goût de première fois, même s'ils s'étaient donnés l'un à l'autre quelques heures en arrière, dans ce bout de forêt hasardeux. Là, c'était si différent. La lenteur de leurs gestes, les caresses douces, les baisers, les frissons, l'appréhension, le désir.. l'amour. Il se donnait totalement à elle et elle se donnait totalement à lui. Ils se faisaient mutuellement confiance.

Il captura ses lèvres contre les siennes et poussa doucement son bassin en avant, s'enfonçant en elle. Un gémissement passa les lèvres de Sarada. Elle glissa ses mains dans le dos du garçon et le rapprocha un peu plus d'elle. Un grognement rauque échappa au brun et il poussa de nouveau ses hanches en avant, une fois, deux fois, trois fois. Le bruit des respirations saccadés flotta dans les airs, alors qu'ils nourrissaient cette chaleur dans leurs bas-ventres.

Shikadai se pencha en avant, prêt à lui prendre un autre de ces baisers qui le rendaient dingue, mais les mains de la brune sur ses épaules l'en empêchèrent. Il s'attarda une seconde sur le sourire au coin de ses lèvres, avant qu'elle ne prenne le contrôle. Le dos du garçon claqua doucement contre le sol de la grotte et il étouffa un grognement, le regard assombri par l'envie. Sarada récupéra sa place, son bassin contre le sien et effleura la mâchoire du brun du bout des doigts, esquissant un sourire en le sentant embrasser sa peau. D'un geste instinctif, elle souleva et abaissa ses hanches. Elle n'était pas sûre à cent pour-cent de ses mouvements maladroits, mais le gémissement du brun sous elle lui insuffla un peu de confiance. Ça durait depuis toujours ça, cette façon qu'il avait, même inconsciemment parfois, de la rendre plus courageuse, plus sûre d'elle.

Elle plaqua ses mains sur son torse et recommença son mouvement. Elle souleva et abaissa ses hanches, plus vite, plus fort. Les mains du brun glissèrent dans ses cheveux, le long de son dos et terminèrent sur ses fesses. Et bien qu'elle tentait de ne pas trop s'attarder sur ses deux iris vertes qui la regardaient avec tant de désir, tant d'adoration, tant.. d'amour, elle s'y noya, encore et encore. Est-ce que c'était la dernière fois qu'il la regardait ainsi ? Elle aimait ça, ce regard qu'il posait sur elle, la façon dont ses doigts s'attardaient délicatement sur sa peau, la façon dont ses lèvres l'embrassaient, la façon dont il prononçait son prénom. Elle ne voulait pas que ce soit la dernière fois. Elle ne pourrait jamais effacer cet instant de sa mémoire. Il était et resterait éternellement Shikadai Nara, le garçon qui lui avait volé son coeur une petite poignée d'années en arrière.

Une caresse tendre sur sa joue la força à remettre son regard dans le sien, alors qu'elle ralentissait doucement les mouvements de son bassin.

- "pourquoi est-ce que tu pleures ?"

Le ton délicat du brun lui arracha un léger froncement de sourcils et elle toucha du bout des doigts ses propres joues, constatant la présence de larmes qui roulaient le long de sa peau. Elle renifla doucement et les effaça d'un revers de main, s'attardant sur le visage du garçon. Un sourire tendre déforma ses lèvres et elle déposa ses doigts sur sa joue légèrement rugueuse.

- "pourquoi est-ce que toi tu pleures ?"
- "embrasse-moi." lâcha-il, simplement.

Elle repoussa les quelques larmes sur les joues du brun et se pencha, scellant ses lèvres avec les siennes. Le baiser avait un arrière-goût salé, mais ils en redemandaient, encore et encore, et très vite le désir reprit le dessus. Le bassin de la brune claqua contre le sien et il décida de reprendre le dessus, la plaquant doucement contre le sol de la grotte. Les coups de reins du jeune homme s'enchaînèrent, d'abord forts et rapides, puis presque brouillons et désespérés. Il entremêla leurs doigts et déposa quelques baisers dans le cou de la brune qui étouffait tant bien que mal ses gémissements de plus en plus forts.

- "Shikadai." gémit-elle au creux de son oreille.

La seconde d'après, elle enfonçait ses ongles dans son dos dans un gémissement bien plus rauque et long que les précédents. Le son arracha un grognement au garçon qui, dans un dernier va-et-viens, se déversa en elle. Il s'écroula doucement sur elle et déposa un dernier baiser sur son épaule, avant de rouler sur le dos, s'allongeant à ses côtés. Il tentait tant bien que mal de reprendre sa respiration, le regard posé sur la jeune femme. Les yeux fermés, le souffle court, elle essayait de faire la même chose et il ne retint pas le sourire qui se faufilait au coin de ses lèvres. Il glissa doucement le bout de son doigt sur le bras de la brune, s'attardant sur tout le long, avant de se perdre sur sa hanche.

- "j'ai besoin de cinq minutes avant le deuxième round." souffla-t-elle, une pointe d'amusement dans la voix.

Il secoua doucement la tête et déposa ses lèvres sur son épaule.

- "je te trouve belle." dit-il, simplement.
- "tu le fais exprès, hein." râla-t-elle.

Elle lui jeta un regard amusé et se cala doucement contre lui, la tête contre son torse, leurs jambes entremêlées les unes avec les autres. Elle passa un bras autour de la taille du garçon et se rapprocha de lui le plus possible, alors qu'il traçait des formes imaginaires dans son dos.

- "je suis sérieux, t'es vraiment bel-."

Sarada le fit taire d'un baiser et reprit sa place contre lui. Ils restèrent ainsi un nombre incalculable de minutes, juste l'un contre l'autre, en silence. Elle aimait ça, partager une simple étreinte avec lui. L'étau autour de son corps se resserra doucement et elle ferma les yeux un instant. Elle n'était pas dupe et dans le fond, elle l'avait compris à la seconde où elle l'avait croisé dans cette forêt. Elle en était amoureuse. Et tous ces mois loin l'un de l'autre, toute cette guerre, tous ces non-dits, ne suffisaient pas à faire taire les sentiments qu'elle avait tant voulu faire disparaître à une époque.

Le regard perdu dans les imperfections du plafond de la grotte, Shikadai repensa à la dernière fois qu'il avait eu le droit à une étreinte aussi douce et apaisante. Il repensa à la dernière fois où sa mère l'avait pris contre elle, le soufflant tendrement qu'elle était fière de lui, du petit garçon qui avait fait d'elle une mère. S'il se retrouvait là maintenant devant elle, serait-elle toujours aussi fière du petit garçon devenu un monstre ? Il avait tué, encore et encore. Il s'était réjouit du sang sur ses mains. Il s'était tailladé les veines au point d'en devenir fou. Mais là tout de suite, tout ce pourpre sur ses mains, sur sa peau, sur ses lèvres, le rendait malade. ll ne méritait pas cette étreinte. Il ne méritait pas la brune. Il ne méritait pas ces baisers, ces caresses, ces mots doux. C'était trop tard. Le coeur dans sa cage thoracique se brisa un peu plus et il resserra doucement sa prise autour du corps de la brune.

- "on devrait dormir un peu." souffla-t-elle.
- "j'espère ne jamais me réveiller." confia-t-il.

Les mots s'étaient échappés bien trop vite de ses lèvres, sans qu'il ne puisse les retenir ou les effacer. Il sentit la brune se tendre contre lui, mais n'arrêta pas les caresses dans son dos, les yeux fixés sur le plafond.

- "je.. je veux juste fermer les yeux et ne plus rien ressentir. c'est trop dur tout ça."

Le bras de Sarada autour de lui le rapprocha un peu plus d'elle et il déposa un baiser sur son front tremblant, se perdant un court instant dans l'étreinte. Elle lui donnait bien plus que ce qu'il méritait.

- "c'est trop dur." répéta-t-il, dans un chuchotement. "la guerre, mes parents.. le fait de tuer encore et encore. je suis en train de perdre mon humanité."

Ils perdaient tous leur humanité dans cette guerre. Ils arrachaient des vies, brisaient des coeurs, brûlaient des corps. Et certains finissaient par aimer ça. Des camarades qui se changeaient en monstres, il en avait vu des tonnes. Et bientôt.. bientôt..

- "bientôt, je ne serai plus qu'un monstre."

Une larme roula sur sa joue.
Une autre.
Encore une autre.
Et bientôt, son visage se noya sous les larmes.

Un corps se glissa au-dessus du sien et deux mains chaudes attrapèrent son visage en coupe, le parsemant de baisers doux. Une paire de lèvres effleura son front, ses joues, son nez, son menton, sa mâchoire, ses paupières.. sa bouche. La tristesse, le désespoir, ce flot de sentiments douloureux céda à la tendresse, au désir et leurs lèvres se trouvèrent pour une danse passionnée, alors que leurs corps se préparaient à ne faire qu'un, encore une fois.


L'éclat de la lune se refléta un instant sur la lame. Elle attrapa douloureusement une inspiration entre ses lèvres et ferma les yeux. Un tas de souvenirs l'attrapa brutalement à la gorge, alors qu'elle se tenait là, au-dessus de lui, ce fichu kunai dans les mains.

- "eh, Sarada !" s'exclama Boruto.
- "Sarada." lança calmement Mitsuki.
- "une chips, Sarada ?" proposa Chôchô.
- "Sarada." salua joyeusement le septième du nom.
- "Uchiha Sarada." présenta Sasuke.

Elle étouffa tant bien que mal un sanglot. Le bord de ses paupières lui piquaient affreusement et elle le sentait au fond d'elle, elle aurait pu lutter encore et encore, mais dans quelques secondes les larmes prendraient le contrôle de son corps.

- "ma petite Sarada." lâcha Sakura, d'une voix douce.

La dernière barrière qui l'empêchait de perdre pied dans ce flot de tristesse, de désespoir et de honte, céda. Elle sentit les larmes brûlantes rouler le long de ses joues pâles, une demi-seconde plus tard.

Un silence pesant enveloppait la grotte, seulement rythmé par le bruit de la cascade et le son de leurs respirations. Deux respirations distinctes.
L'une endormie. L'autre étouffée.

La dernière fois qu'elle avait vu sa mère remontait à quand ? La guerre avait commencée depuis bien trop longtemps et elle n'avait eu que très peu d'occasions de rentrer à la maison. Elle regrettait ça. Le retour à la maison, c'était sûrement l'un de ses moments favoris depuis toute petite. Elle aimait profondément le fait qu'à chaque fois qu'elle passait la porte d'entrée, le sourire doux de sa mère l'accueillait. La rose la saluait joyeusement, la tirait dans une étreinte, vérifiait la présence d'une quelconque blessure, puis elle lui soufflait un "je t'aime" à l'oreille. Des mots qu'elle n'avait pas retourné une seule fois, par timidité peut-être. Mais.. Sakura, l'aimerait-elle encore si elle rentrait maintenant à la maison les mains couvertes de sang ? Sa mère l'avait élevé seule, sans personne, et elle, qu'avait-elle fait ? Elle s'était perdue dans les méandres de la guerre, dans les corps inertes, dans le bruit des explosions, au point de s'habituer durement à cette vision dévastatrice.

Elle récupéra lentement son souffle saccadé et ouvrit les yeux, s'attardant sur le garçon. Les yeux fermés, il semblait profiter de son sommeil. Shikadai était son ennemi, un shinobi du camp adverse, et pourtant elle ne ressentait pas une seule once de haine pour lui. Il lui avait offert un havre de paix, pour quelques heures. Juste pour quelques heures.

La pointe de la lame n'était qu'à quelques millimètres de son coeur. D'un seul mouvement, elle pourrait lui entailler profondément la cage thoracique et poignarder l'organe qui s'y cachait. Un seul mouvement et il serait libre. Il ne se réveillerait plus. Il ne ressentirait plus rien. Il n'aurait plus à se couvrir les mains de pourpre. Un seul mouvement et tout irait mieux. Elle avait pris sa décision. Elle était sûre d'elle, alors pourquoi n'arrivait-elle pas à le faire ? Pourquoi tremblait-elle ? Pourquoi pleurait-elle ?

Ils n'étaient pas assez forts pour cet univers cruel, ni lui ni elle ; elle était là l'affreuse vérité.

Une main forte se posa délicatement sur le sommet des siennes. Elle manqua une inspiration, alors que la lame s'enfonçait légèrement dans la poitrine du garçon. Du sang s'écoula presque immédiatement de la plaie, souillant la peau hâlée.

- "Sarada." appela-t-il, le souffle court. "regarde-moi."

Elle secoua la tête de droite à gauche, les yeux fermés. Elle refusait de faire ça, de sombrer encore une fois dans son regard. Un sanglot passa le cap de ses lèvres.

- "s'il te plaît." supplia-t-il. "Sarada."

Son prénom avait-il toujours sonné aussi bien sur la langue du brun ? Une main effleura sa joue et instinctivement, elle pencha la tête sur le côté, profitant un peu de cette soudaine chaleur. Un gémissement douloureux s'échappa des lèvres du brun et elle osa un regard vers lui.

Il ne tremblait pas, malgré la lame légèrement enfoncé dans sa cage thoracique. Il ressentait l'inconfort et la douleur, et pourtant, il lui souriait avec une telle tendresse qu'elle n'eut aucun mal à sentir son coeur se briser un peu plus.

- "merci." lâcha-t-il, dans un murmure.

D'un geste doux, alors qu'il lui offrait tout l'amour qu'il ressentait à son égard à travers ses yeux verts, il appuya sur le sommet des deux mains de la brune qui tenait encore la lame. Le kunai s'enfonça profondément dans sa poitrine et harponna son coeur sans une once d'hésitation. Et il s'éteignit là, sous ses yeux, ce fichu sourire sur ses lèvres. Un cri agonisant mourut dans la gorge de la brune, alors qu'un torrent de larmes noyait son visage.

Sarada pleura, encore et encore. La perte de son amant. L'angoisse des derniers mois. La honte de ce qu'elle était devenue. Le désespoir d'une vie. Elle aurait voulu que les choses soient différentes. Elle aurait voulu vivre à ses côtés, connaître le bonheur, grandir pour devenir aussi incroyable que sa mère. Elle aurait tellement voulu tout ça.

Les mains qui tenait le manche du kunai se relâchèrent et elle attrapa doucement le visage du garçon en coupe, déposant ses lèvres sur les siennes pour un ultime baiser.

- "je t'aime." chuchota-t-elle, contre ses lèvres froides.

Une dernière caresse à ses lèvres qu'elle avait tant embrassée ces dernières heures, avant de récuperer le katana à quelques mètres de leurs silhouettes. Elle retira la lame du fourreau et attrapa une inspiration, lente et épuisante, alors qu'elle fermait les yeux. Le fraîcheur de la nuit était presque plaisante là tout de suite. Elle repensa à son enfance, bercée par une tignasse rose, à son adolescence, entourée par une rousse et un blond. Elle repensa à tous ces regards que Shikadai et elle s'étaient échangés au fil des années, tous ces sourires, toutes ces paroles. Un sourire déforma ses lèvres humides à cause des larmes et d'un coup sec, elle se transperça le coeur.


Kyoto, JAPON. 2021.

Une pétale rose.
Elle se glissa dans son champ de vision et pendant un instant, il se perdit dans la beauté de celle-ci. Elle virevoltait au vent, accompagnée d'un tas d'autres pétales de fleurs de cerisier. Elle incarnait à elle-seule la liberté, la beauté des choses simples, la nature. Il attrapa délicatement l'appareil photo dont les sangles traînaient autour de son cou et saisit l'instant d'un simple clic. Un sourire déforma le coin de ses lèvres ; il l'ajouterait à son portfolio ce soir et enverrait ce dernier à son professeur principal, avec un peu de chance il en tirerait une bonne note.

- "Shi-ka-dai."

Un bras encercla brutalement ses épaules et il évita la chute de justesse, enfonçant son coude dans les côtes de son meilleur ami qui ricanait, fier de lui.

- "fais attention, Inojin." réprimanda-t-il, une moue boudeuse sur les lèvres. "si tu casses cet appareil photo, ma mère te tuera."

La mention de sa mère fit immédiatement son petit effet. Le blond jeta un coup d'oeil à l'appareil photo dans les mains du brun, une pointe d'inquiétude dans les traits de son visage. Un rire échappa à Shikadai.

- "ne ris pas, démon." répliqua le blond. "tante Temari est terrifiante. je ne sais pas laquelle est la pire entre maman et elle."

Tante Ino ou Temari ? Une petite grimace se glissa sur le coin de ses lèvres et il repoussa cette idée loin de son esprit. Il préférait ne jamais assister à l'aura colérique des deux, en même temps.

Il relâcha son emprise sur l'appareil photo, le laissant simplement contre son torse et une seconde plus tard, un beignet se glissa dans le creux de ses mains. Il offrit un grand sourire à sa meilleure amie et croqua généreusement dedans. Merde, il avait vraiment trop faim.

- "tu as encore oublié de te prendre un petit-déjeuner ce matin, j'y crois pas." lança-t-elle, en tendant un beignet au blond. "t'es pas sérieux. je sais que quand t'as un projet artistique en tête, t'y vas à fond, mais faut que tu manges."
- "pardon, Chôchô." s'excusa-t-il, doucement.

La rousse secoua la tête, amusée et épuisée par le comportement de son meilleur ami. Ça avait un peu surpris tout le monde quand le brun avait annoncé qu'il souhaitait faire comme le blond : s'inscrire dans une école d'arts. Mais il avait été soutenu de tous les côtés et très vite, elle s'était rendu compte d'à quel point il aimait ce qu'il faisait. Shikadai avait toujours été un garçon las de tout et elle avait été un peu effrayé à l'idée qu'il ne trouve pas sa place, mais le voir avec tant d'enthousiasme dans les yeux, ça lui plaisait.

- "Chôchô, nourris-moi." supplia Inojin, une moue faussement pleurnicharde sur le visage.
- "t'es grand, non ?" répliqua-t-elle. "t'as vingt-deux ans, Inojin. t'as pas besoin de moi pour te mettre un beignet dans la bouche."
- "mais j'ai envie que ce soit toi qui le fasse. allez, s'il te plaît, s'il te plaît, s'il te plaît."

Elle s'attarda une minute sur le visage du blond. Ils se connaissaient tous depuis tellement longtemps, vingt-deux ans pour être exact. Le blond et le brun étaient dans tous les souvenirs de son enfance. Mais récemment, quelque chose avait changé dans cette relation fraternelle. Elle s'était rendu compte que les battements saccadés de son coeur dans sa cage thoracique chaque fois qu'Inojin était là, n'était pas normal. Il était si.. agaçant, mais en même temps, elle ne l'échangerait pour rien au monde. Il prenait soin d'elle, tout comme Shikadai. Il lui souriait tendrement, n'était pas très drôle parfois, s'amusait à la mettre en colère pour son propre plaisir, et faisait constamment l'enfant autour d'elle. Mais-.

- "je suis beau, hein."

La voix du concerné la coupa dans ses pensées et elle lui jeta un regard noir, alors qu'il lui lançait son plus beau sourire charmeur. L'instant d'après, elle enfonçait un beignet entier entre les lèvres du blond, sans une once de douceur. Le rire de Shikadai flotta dans les airs et elle lui jeta un regard amusé.

- "grand-frère !" entendirent-ils.

Une petite fille aux cheveux noirs s'extirpa de derrière un arbre. Elle bouscula maladroitement Shikadai, s'excusa d'une petite voix adorable et reprit sa route, atterrissant dans les bras d'un adolescent. Un grand sourire sur les lèvres, le "grand-frère" la souleva dans ses bras et déposa un baiser sur sa joue. Le bleu des iris du garçon rencontra l'émeraude des prunelles du brun et ils se saluèrent d'un simple hochement de la tête et d'un sourire. Leurs familles se connaissaient et même s'ils n'avaient jamais parlés plus que ça, ils n'avaient rien l'un contre l'autre.

- "on se remet en route ?" proposa Chôchô, en croquant dans un beignet. "oncle Shikamaru a dit qu'on devait les rejoindre au restaurant pour midi et il est déjà onze heures trente, les garçons."
- "qui s'est arrêté acheter des beignets à la boulangerie, rappelle-moi ?" lança le blond, d'un ton moqueur.

La rousse lui fourra un second beignet dans la bouche, sans douceur, lui intimant de se taire s'il ne voulait pas mourir aussi jeune et rejoignit Shikadai qui reprenait sa marche pour rejoindre le restaurant.

Un peu plus loin, au Sabaku Coffee.

Le tapotement incessant de son pied contre le sol flottait dans les airs et elle lança un regard impatient au grand brun, derrière le comptoir. Un simple rire lui vint en réponse et elle leva les yeux au ciel, s'attardant un instant sur les gestes du garçon. Tout était parfaitement calculé et fluide. Il récupéra un gobelet blanc, versa différents liquides à l'intérieur et y glissa deux pincées de sucre, avant de lui tendre, un sourire sur les lèvres.

- "ta commande, madame l'impatiente." lança-t-il.
- "je ne serai pas impatiente si tu ne faisais pas exprès de prendre ton temps chaque fois que c'est moi que tu sers, Shinki." grogna-t-elle, en récupérant le gobelet chaud.
- "oui, mais j'aime assez tester ta patience. c'est mon petit plaisir de la journée."

Elle secoua la tête et goûta le café dans ses mains. Et comme d'habitude, il était parfait. Shinki et elle se connaissaient depuis un bon bout de temps, ils avaient étudié le droit ensemble pendant trois longues années, puis un matin il avait déclaré qu'il arrêtait. Et deux mois plus tard, il ouvrait ce petit café et même si elle aurait aimée qu'il continue ses études avec elle, elle était contente de le voir si épanoui.

- "qu'est-ce que tu vas faire de ton week-end ?"
- "retourner à la maison, c'est l'anniversaire de ma mère."
- "oh, ça va lui faire plaisir ça. tu lui souhaiteras un bon anniversaire de ma part."
- "tu veux venir ?" proposa-t-elle.
- "j'aurai adoré, mais j'ai aussi un truc de famille de mon côté ce week-end."
- "un bon truc ou un mauvais truc ?"

Shinki était le fils adoptif d'un politicien. Un homme très bien. Elle l'avait rencontré quelques fois, de brèves discussions, mais il lui avait toujours semblé quelqu'un de formidable, qui prenait à coeur d'aider ses citoyens. Mais elle savait que ce n'était pas le cas de tous les membres de sa famille. Le grand-père n'approuvait pas du tout le choix de vie de son petit-fils et encore moins la bonté de son propre fils. Et c'était parfois dur pour Shinki de se retrouver au milieu de tout ça, avec l'étiquette constante du fils adopté qui n'entrait pas dans les normes, même si son père lui répétait encore et encore qu'il avait le droit de faire ce qu'il désirait, qu'il était fier de lui tant qu'il était heureux et épanoui.

- "un bon truc." lâcha-t-il, un petit sourire au coin des lèvres. "mon cousin a une sorte de petit vernissage à son université, on lui a fait croire qu'aucun de nous n'était disponible. j'ai hâte de voir sa tête quand on va débarquer à vingt."

Un léger rire s'échappa des lèvres de la brune. Elle enviait cette partie là de la vie de son ami. Elle, elle n'avait que ses parents, et encore ; son père était constamment en voyage d'affaires. La plupart du temps, il n'y avait que sa mère et elle. Shinki lui, il avait une ribambelle de personnes à ses côtés.

La petite clochette au-dessus de la porte se secoua doucement à l'arrivée d'un nouveau client et elle tira rapidement son porte-feuille de sa poche, fourrant quelques pièces dans la main du brun.

- "faut que je retourne à l'université, des révisions pour un examen." déclara-t-elle.
- "je t'ai dis une centaine de fois que tu n'es pas obligé de payer à chaque fois que tu prends un café ici."
- "et je t'ai dis une centaine de fois que je paierai chaque café que je prendrais ici." répliqua-t-elle, un sourire au coin des lèvres. "mais merci Shinki. j'y vais. je t'appelle ce soir."
- "okay okay, à la prochaine Sarada."

Il la salua d'un simple geste de la main et reporta immédiatement son attention sur le client qui jetait un coup d'oeil au menu du café.

L'air frais sur son visage lui arracha un petit frisson et elle ajusta l'écharpe noire autour de son cou. Le printemps était déjà bien entamé, mais les rues restaient fraîches. Elle avait hâte de prendre le train demain, elle imaginait déjà le sourire sur les lèvres de sa mère lorsqu'elle se rendrait compte que sa fille était de retour à la maison. Si son "chez-soi" était une personne, alors que ce serait forcément sa mère. Elle en profiterait aussi pour aller voir son meilleur ami. Un petit sourire au coin des lèvres, elle apporta le bord du gobelet à sa bouche et avala une longue gorgée de son café.

Une pétale rose.
Elle se glissa dans son champ de vision et pendant un instant, elle se perdit dans la beauté de celle-ci. Elle virevoltait au vent, accompagnée d'un tas d'autres pétales de fleurs de cerisier. La même couleur que les cheveux de sa mère. Ce qu'elle avait sous ses yeux, c'était un spectacle magnifique. Les pétales ne se souciaient de personne, elles vagabondaient silencieusement, attirant certains regards et coupaient le souffle de certains passants.

Un rire fort flotta dans les airs. Le son la tira de sa contemplation et elle jeta un coup d'oeil à quelques mètres d'elle, là où trois jeunes adultes se tenaient. Un blond riait aux éclats, sous le regard amusé d'une rousse et le sourire doux d'un brun. Ils s'amusaient en tout insouciance et quelque part, c'était quelque chose de beau à voir. Elle s'apprêtait à reprendre sa marche quand son coeur rata un battement, sans aucune raison logique.

L'ébène rencontra l'émeraude.
L'émeraude rencontra l'ébène.

Il en oublia de prendre une inspiration. Là tout de suite, alors que son coeur faisait un vacarme assourdissant dans sa cage thoracique, il oublia de prendre une inspiration.

Le reste de l'univers s'effaça autour d'eux. Les passants s'évaporèrent, le vrombissement des voitures s'effaça et il ne resta qu'elle et lui, debout l'un en face de l'autre.

Un bras fort attrapa soudainement ses épaules et le contact se rompit. Il tourna la tête vers son meilleur ami, qui le regardait bizarrement.

- "pourquoi tu pleures ?"
- "hein ? de quoi tu parles ?"
- "Shikadai, tu pleures."

La voix de sa meilleure amie lui arracha un froncement de sourcils et il apporta ses doigts à sa joue, rencontrant l'humidité anormale de sa peau. Pourquoi pleurait-il ? Qu'est-ce qui lui prenait soudainement ? Un mouchoir tapota doucement son visage et il remercia Chôchô silencieusement, s'attardant un instant sur le trottoir d'en face.

Un sursaut s'échappa de la silhouette de la brune, au son des voix fortes. Le contact s'était cassé et elle en profita pour reprendre sa marche, le cage thoracique en vrac. Qu'est-ce qui lui prenait soudainement ? Elle ne le connaissait même pas, alors pourquoi son coeur battait-il si fort dans sa poitrine ? Une goutte d'eau s'écrasa sur sa main qui tenait le gobelet de café et elle fronça les sourcils, jetant un coup d'oeil au ciel. Il ne pleuvait pourtant pas. Une deuxième goutte effleura sa peau et elle toucha ses joues du bout des doigts. Elle.. pleurait ? C'était absurde. Elle ne se souvenait même pas de la dernière fois qu'elle avait fondu en larmes. Un grognement s'échappa de ses lèvres et elle tira un mouchoir de sa peau, nettoyant tant bien que mal le gâchis sur son visage. Elle jeta un coup d'oeil à l'écran de son téléphone, vérifiant les rougeurs qu'avait laissé le mouchoir sur son visage et le rangea, reprenant sa route vers l'université. Des révisions l'y attendaient, même si l'examen en question n'était que dans un mois.

- "attends."

Un bruit de pas effréné flotta dans les airs.

- "attends."

Une prise sur sa veste la força à s'arrêter en plein milieu du trottoir et elle fit volte-face. Le garçon de tout à l'heure se trouva là, plié en deux, tentant de reprendre son souffle. Ils restèrent ainsi quelques minutes. Elle ne savait même pas pourquoi elle restait là, mais elle le faisait.

Il se redressa doucement, une fois ses poumons rempli d'air frais et elle se perdit immédiatement dans l'émeraude de ses iris. Elle n'avait pas de couleur favorite, mais cet émeraude.. il pourrait clairement le devenir. Il attrapa une dernière inspiration, quelques nuances pourpre sur les joues. Elle aussi, elle rougissait, elle le sentait. La peau de son visage la brûlait un peu et ce n'était sûrement pas à cause de ses précédentes larmes. Une main se glissa dans son champ de vision et instinctivement, elle l'attrapa, s'attardant un instant sur le contraste de leurs peaux. Elle était pâle, il était hâlé.

- "Shikadai." lâcha-t-il, du bout des lèvres.
- "Sarada." se présenta-t-elle, à son tour.

Un grand sourire déforma la bouche du brun et elle sut à l'instant où il entrouvrit les lèvres que ce garçon serait sa perte.

- "Sa-ra-da."