Chapitre 5


Janvier 2205, Londres. Temps couvert

Dès lors, Lorelei permit à Dessler de garder plus régulièrement Charles. Elle était toujours inquiète de savoir son fils en sa compagnie, mais elle essayait d'accorder à l'homme la possibilité de se responsabiliser. Il faisait beaucoup d'efforts pour se rendre digne de confiance, et honorer les promesses qu'il lui faisait. Il était toujours aussi fier, hautain parfois, mais il semblait avoir pris vingt ans depuis la fin de la guerre contre Gamilas. Lorelei percevait bien tout ce que l'ancien dictateur faisait pour conserver le peu de confiance qu'elle lui accordait.

Charles était ravi de passer du temps avec son père : l'homme ne comprenait pas toujours comment il devait répondre aux exigences du petit garçon, et avait souvent tendance à céder à ses caprices, lui achetant toujours de nouveaux jouets, malgré les quelques commentaires de Lorelei. Celle-ci lui disait de ne pas le faire, mais d'un autre côté, trouvant attendrissant que l'homme essaye d'être un bon père pour Charles, ne lui en tenait pas trop rigueur.

Elle lui avait quand-même demandé d'arrêter de compléter la collection de vaisseaux gamiliens de son fils, trouvant qu'il était un peu déplacé d'avoir de tels jouets.

Mais il ne pouvait pas s'en empêcher.

L'homme avait peur de ne pas arriver à rendre Charles heureux. Alors s'il s'agissait d'une solution de facilité pour le moment, le gamilien essayait de faire plaisir à son petit garçon du mieux possible.

Bien qu'il ne se fusse pas départi de son sarcasme face aux quelques remarques de Lorelei, il prenait la garde de son petit garçon très au sérieux. Il savait qu'il avait d'énormes efforts à faire. Abelt ne comptait pas se racheter, car il savait très bien que c'était trop grave pour être pardonné. Toutefois, il ne comptait pas trahir la pseudo-confiance que la terrienne plaçait en lui pour le moment.

Mais ce n'était pas chose facile : enfant, ses parents ne s'étaient jamais occupés de lui de la sorte, et même son grand frère qui était l'une des rares personnes à compter pour lui était très peu présent. Il n'avait donc aucune idée sur la façon de se comporter avec son propre fils. L'homme avait bien vu Lorelei faire, mais il se sentait si gauche quand il tentait de l'imiter qu'il préférait éviter.

Cette dernière les trouva pourtant plusieurs fois endormis dans le canapé de son salon, après qu'ils eussent transformé la pièce en véritable terrain de jeu à taille humaine, qu'il soit envahi de figurines pour enfants, ou que Charles ait décidé de construire une forteresse avec les coussins du canapé.

Peu à peu, ils en vinrent à se voir de plus en plus souvent. L'homme venait récupérer le petit garçon après l'école, ce qu'il préférait largement à la garderie. Une fois, le gamilien avait même consenti à aller voir les écureuils au parc.

Et heureusement pour lui que Lorelei n'eût pas été là pour prendre des photos …

La terrienne en vint à le voir plus fréquemment, passant un peu de temps chez lui quand elle venait récupérer Charles. Elle s'agaçait un peu de voir qu'il peinait à faire certaines tâches ménagères, moins par mauvaise volonté que par manque cruel de sens pratique.

Ce fut ainsi qu'elle se retrouva à lui expliquer comment fonctionnaient les machines à laver, puisqu'il ne pouvait en lire la notice.

Parmi les découvertes notables faites par l'ancien monarque figura le café : la femme lui avait montré comment en préparer, pour qu'il s'aperçoive au final qu'il détestait ça. Les moments qu'elle préférait étaient bien entendu les quelques leçons de cuisine qu'elle lui donna : le tyran n'était pas doué. Vraiment pas, et elle peinait beaucoup à cacher ses fous rire lorsqu'il ratait des plats. L'une des seules recettes qu'il parvenait à faire étant les crêpes, Charles était toujours partant pour aller diner chez son père, puisqu'Abelt savait qu'il s'agissait d'une valeur sûre.

Mais ce soir-là, c'était chez Lorelei qu'ils avaient prévu de manger.

L'ancienne militaire et son fils vivaient dans un appartement en centre-ville. Les aléas de sa vie avaient sacrifié ses rêves de devenir scientifique militaire, de vivre dans l'espace et de faire des recherches sur le terrain. Mais son emprisonnement sur Gamilas lui avait néanmoins permis d'accéder à un poste dans le gouvernement terrien, au sein du consulat gamilien de Londres.

Ayant fini par accepter un poste lorsque Charles était rentré à l'école, la femme gagnait bien sa vie, et avait pu mettre de l'argent de côté en plus du dédommagement qu'elle avait reçu de la part de l'Etat pour compenser ses années d'enfermement. Propriétaire de l'appartement quand elle aurait fini de le payer, elle s'en tirait à un prix convenable, pour un logement relativement spacieux, bien placé dans une tour en centre-ville, proche des commerces, de son travail et de l'école de Charles.

La terrienne avait repoussé le moment où elle inviterait Abelt chez elle, craignant un peu de lui donner son adresse. Mais elle se sentait obligée de le remercier pour les services qu'il avait pu lui rendre, en récupérant Charles à sa place quand elle l'avait appelé dans l'urgence, et lui avait proposé de venir diner chez elle ce soir-là.

- Charles, tu veux bien ranger tes jouets, s'il te plaît, lui demanda-t-elle pour la troisième fois.

- Attends Maman, je veux montrer la station spatiale à Papa !

- Mais tu pourras lui montrer dans ta chambre, et pas dans le salon … soupira-t-elle, laissant tomber.

- Non, parce qu'elle ne sera plus dans l'orbite d'Akrucyon sinon ! argua le petit garçon.

Il lui désigna un autre plateau de jeu de construction, où un bâtiment en cubes multicolores, rempli de personnages en plastique, était construit.

Elle soupira, ne pouvant réprimer un sourire amusé, et lui fit promettre de ranger dès que son père aurait vu ses jouets. Retournant dans la cuisine pour finir de préparer le repas, elle fit quelques allers-retours entre les deux pièces, pour finir de dresser la table, et de faire en sorte que tout soit prêt.

Quand on sonna à la porte, le garçonnet se rua vers le battant pour ouvrir à son père. Malgré son excitation, il appliqua les recommandations que sa mère lui avait faites avant d'ouvrir : il demanda qui se trouvait de l'autre côté de la porte, et entendit la voix de son père lui répondre. Le petit déverrouilla la serrure, mais la chaîne de sécurité était trop haute pour lui, et il fallut que sa mère la retire pour qu'il puisse sauter dans les bras de l'ancien tyran.

- Bonsoir, les salua l'homme, en rendant son câlin à Charles.

Il était toujours un peu surpris de l'attention que son fils pouvait lui témoigner. Lorelei l'invita à entrer, et il lui remit un paquet avant de retirer sa veste.

- Pour le dessert, indiqua-t-il avec réserve.

- Merci, sourit-elle.

- Papa ! Viens !

L'ancien dictateur n'ayant pas eu tôt fait de poser sa veste sur le porte-manteau, Charles tentait déjà de l'entrainer vers le salon, pour lui montrer ses jouets. Amusée, la femme les laissa faire, et posa les gâteaux dans la cuisine, avant de les rejoindre.

Ils passèrent à table, et Abelt hésitait visiblement à lui poser une question. Amusée, elle l'y invita :

- Dis-moi, lui demanda-t-il, as-tu eu une vision d'un proche il y a deux ou trois ans maintenant ?

La question la surprit, et elle fronça les sourcils.

- Non, il aurait fallu ?

Le gamilien parut étonné, mais détourna sa question. C'était pour ça qu'elle n'avait pas su …

- Oh non, c'était juste une question.

Celle-ci vite oubliée, ils passèrent une bonne soirée, malgré la légère tension ambiante qui régnait. Si le petit garçon détendait l'atmosphère, de l'autre côté, les deux adultes étaient loin d'être aussi à l'aise.


Lorelei avisa l'horloge, et réalisa qu'il commençait à se faire tard pour son petit garçon.

- Charles, on va aller se coucher ?

L'enfant n'en avait pas très envie, mais sa mère insista, et l'amena dans la salle de bain pour le mettre en pyjama et lui faire se laver les dents. Dessler les avait suivis, le gamin ayant demandé que son père les accompagne, et les regarda pensivement faire. Il essaya de se rappeler si quelqu'un s'était déjà occupé de lui avec autant de tendresse dans le regard. Même s'il avait du mal à ne pas s'en vouloir de penser à ce genre de souvenirs, l'homme était attendri de voir à quel point la femme pouvait aimer son petit garçon.

Leur fils.

Il avait été tellement surpris de voir qu'ils avaient eu un enfant ensemble. Cette nuit qu'ils avaient partagée sur Gamilas semblait remonter à tellement loin maintenant, qu'il avait encore peine à croire qu'il était bien là, dans le couloir d'un petit appartement terrien, à observer Lorelei qui aidait Charles à enfiler ses vêtements pour la nuit.

Quand il fut fin prêt à aller se coucher, sa mère l'accompagna jusqu'à son lit, et s'assit contre le sommier pour lui lire une histoire. Le gamilien, lui, était encore resté à la porte, ne se sentant pas légitime pour vraiment prendre part à leur quotidien. Charles était son fils, certes, mais était-il à même d'assurer ce rôle, lui qui avait pourtant détruit des centaines de familles, gamiliennes comme terriennes ?

L'ancienne militaire termina le livre, et essaya de coucher son fils, tout en le couvrant de baisers. Elle était complètement folle de son petit garçon. C'était son unique source de bonheur, et la terrienne ne pouvait s'empêcher de le câliner encore et encore. Charles couché, la femme lui donna un ultime baiser, lui souhaita bonne nuit, et s'apprêta à retourner avec Dessler, mais le petit se redressa, et s'exclama :

- Papa peut venir me raconter une histoire aussi ?

Lorelei lui fit face, et afficha un sourire bienveillant.

- Je vais lui demander, mon cœur, d'accord ?

- Pas la peine, l'interrompit l'intéressé en rentrant dans la pièce. Qu'est-ce que tu veux comme histoire ?

L'enfant sauta du lit, et lui remit un livre. L'ancien tyran fit la grimace, puis sourit maladroitement à l'enfant.

- Tu sais, je ne peux pas lire en anglais …

Lorelei rit doucement en les voyant faire, et préféra leur laisser un moment d'intimité, voyant bien que malgré les airs qu'il se donnait, Abelt n'était pas tout à fait à l'aise quand il s'agissait de jouer les bons pères de famille. Elle sentait bien qu'il était toujours pensif quand elle s'occupait de Charles, et s'interrogeait à propos de ce à quoi il pouvait bien songer dans ces moments-là. Elle retourna dans la pièce à vivre, commença à débarrasser la table, et ramena rapidement les assiettes à dessert jusqu'au lave-vaisselle. Quand cela fut fait, et voyant que le gamilien était toujours avec son fils, la femme s'assit devant le piano holographique qui était installé dans le salon.

Elle avait commencé à jouer assez jeune. Sa mère lui avait appris, au début, mais celle-ci était morte quand la femme était encore petite, et elle avait poursuivi les cours avec un professeur. Si son père avait revendu tous les livres de son épouse, par crainte que Lorelei ne s'y intéresse, il n'avait pas pu se débarrasser de l'instrument, et avait bien vite vu sa petite fille y passer du temps. Même si ça lui coûtait de l'entendre jouer, sur cet objet que sa femme chérissait tant, l'homme avait fait l'effort de le laisser à Lorelei.

A l'époque, c'était peut-être sa façon de compenser l'absence de sa mère, mais aujourd'hui, le piano était juste un moment d'abandon. Cela lui permettait de se vider l'esprit, et de faire une pause dans ses journées au consulat plus ennuyeuses les unes que les autres.

Celui-ci était assez récent, et elle l'avait acheté quand elle avait pris l'appartement. C'était un petit bijou de technologie qu'elle avait eu la chance d'avoir pour moitié prix, dans une boutique qui allait quitter les sous-sols terriens afin de s'installer en surface après la décontamination. Mais elle en avait un deuxième dans sa chambre, un vieux piano droit en bois, l'un des rares objets qui avaient survécu aux bombardements. C'était le sien, celui de sa mère. Il avait fallu qu'elle le fasse décontaminer et réparer, mais s'il restait fragile, elle pouvait tout à fait jouer dessus. Malheureusement, le son n'y était pas réglable, et elle évitait de s'en servir quand Charles dormait, pour ne pas le déranger.

Elle joua un instant un morceau un peu complexe, laissant juste ses mains se balader sur les touches noires et blanches, s'amusant un peu du rythme endiablé puis beaucoup plus mélancolique de Liszt.

Ayant couché le petit garçon, Dessler s'avança dans le couloir, et fut surpris de trouver la terrienne assise sur un banc, face à un appareil étrange, dont les petits affichages holographiques émettaient couleurs et sons lorsqu'elle appuyait dessus.

- Qu'est-ce que c'est ? demanda-t-il, intrigué, tout en s'appuyant contre le montant de la porte.

Coupée dans son morceau, Lorelei s'arrêta, surprise. Elle le fixa une seconde avant de lui répondre.

- Un piano.

- Tu ne m'avais pas dit que tu faisais de la musique.

- Je ne comptais pas devenir votre concertiste personnelle, sourit-elle.

- C'est bien dommage que tu ne me l'ais pas dit, j'aurais fait donner des concerts plus souvent sur Gamilas …

- Très peu pour moi de devoir jouer la petite fille sage lors d'un concert.

L'attention du monarque déchu se reporta sur le piano. Avec le recul, il aurait pu faire ça pour elle lorsqu'elle était sur Gamilas … Il se rappela la façon qu'elle avait de bouger les mains quand elle était anxieuse.

Il aurait dû s'en douter.

- Joue-moi quelque chose.

Elle posa les mains sur les touches, sans les faire sonner pour autant, fixant l'homme avec un sourire provocateur.

- Je me demande bien où on vous a appris la politesse, ajouta-t-elle, voyant qu'il ne comptait pas réagir.

Le gamilien pouffa, et reprit un sourire carnassier.

- Joue-moi quelque chose, s'il te plaît, répéta-t-il en insistant sur les derniers mots.

- Vous voyez, ce n'est pas si compliqué, rit-elle.

Ses premières notes sonnèrent en même temps qu'elle disait ces mots. Schubert résonna naturellement dans la petite pièce, à un volume assez bas pour ne pas réveiller Charles.

Tout comme ses mains couraient avec agilité sur le clavier holographique, elle jeta de temps à autres un œil vers Dessler, qui l'écoutait en silence, toujours appuyé contre le cadre de la porte du salon. Elle plaqua les derniers accords de la Sérénade.

- Je sais que tu fais exprès de jouer médiocrement pour que je ne t'en demande pas plus, se moqua-t-il.

- Qui vous dit que je sais en faire plus ?

- Parce que je ne me laisse plus avoir depuis longtemps.

Elle échangea un regard plein de défi, et sans regarder ses mains, elle plaqua sur le clavier les premières notes de la Toccata de Bach. Ses doigts frappèrent avec légèreté les touches, puis petit à petit, elle fit courir ses mains de part et d'autre du clavier, mettant à rude épreuve les cases holographiques, plaquant ensuite avec force les successions effrénées de notes qui s'envolaient progressivement. Elle jouait vite, et s'efforçait de ne faire aucune faute.

Il la regarda faire, amusé qu'elle ait relevé le défi. Quand elle entama le passage le plus célèbre du morceau, elle était entièrement concentrée sur ses mains, et appuyait avec détermination sur les touches, ses doigts volant d'une note à l'autre en sachant exactement où se poser. Elle avait paramétré le clavier pour qu'il sonne comme un orgue. Le gamilien n'avait jamais entendu rien de pareil, habitué à la musique savante de sa propre planète.

- Ça c'était impressionnant, dit-il quand elle plaqua ses dernières notes.

- Merci, sourit la femme, amusée.

Il se redressa, et passa derrière elle, pour appuyer sur les petites cases holographiques qui s'affichaient. Il obtenait des sons assez peu intéressants, et réalisa soudain combien cela devait être difficile de synchroniser les mouvements de ses deux mains de la sorte.

Légèrement penché sur le clavier, son intérêt piqué, il essaya de retrouver assez maladroitement les premières notes de l'hymne gamilien. Il entendit son ancien otage pouffer, et se tourna vers elle pour voir ce qui l'avait fait rire.

La terrienne soutint une seconde ses yeux, puis revenant à son clavier, ébaucha en quelques secondes ce qu'il avait cherché à obtenir.

- Je vous apprends ? proposa-t-elle en se décalant légèrement sur le petit banc.

- Espérons que tu seras meilleure professeur que danseuse, se moqua-t-il en prenant place à côté d'elle.

- Et que vous ne soyez pas trop mauvais élève.

Sans le laisser répondre, elle posa sa main sur le clavier, et joua quelques notes, suffisamment lentement pour qu'il puisse l'imiter.

- A vous.

Il reproduisit ce qu'elle avait fait, ne s'en sortant pas trop mal. La femme lui montra progressivement un morceau assez simple, sachant bien que si elle ne pouvait pas lui apprendre à jouer par lui-même, il était toujours faisable de lui montrer un air facile à interpréter.

L'homme parvint assez facilement à reproduire chacune des parties qu'elle lui fit jouer, mais cela se corsa quand elle lui demanda, avec un grand sourire taquin, de tout lui jouer depuis le début. Magnanime, elle le lui fit écouter en entier, et s'il manqua quelques notes, il parvint à l'imiter.

- Jouez-le deux ou trois fois de plus, lui dit-elle.

De mauvaise grâce, il se plia à l'exercice. Quand il arriva à la fin de sa troisième reprise, elle posa ses mains sur le clavier, dans la partie plus grave.

- Faites un tour de plus.

Comme il reprenait, un peu surpris, son morceau depuis le début, elle entama une contre-mélodie. Leur quatre mains avait pris forme assez maladroitement du côté de Dessler, mais il ne s'en sortait pas si mal. Il fit un deuxième tour quand elle le lui demanda, puis s'arrêta, elle poursuivit, et s'il rata sa reprise, la terrienne s'arrêta pour lui permettre de recommencer.

- Vous n'êtes pas si mauvais finalement.

Il lisait clairement son amusement. Pourquoi semblait-elle si joyeuse ? Cela lui paraissait étrange, tout à coup, de la voir baisser sa garde ainsi.

- Mais je vais quand même compter sur toi pour être ma musicienne attitrée, sache-le.

L'homme aimait bien la taquiner, il avait toujours adoré la voir se défendre contre ses piques. Assis sur ce tabouret, devant le piano, ils étaient tous deux très proches l'un de l'autre, et même si Lorelei en était mal à l'aise, elle essayait de ne pas le laisser transparaître.

Le silence se fit un instant.

La terrienne pianota quelques accords dans le vide, sans appuyer sur les touches, s'amusant juste à laisser courir ses mains sur le clavier. Dessler se tourna vers elle, la regardant pensivement. Il n'exprimait rien, retenant ce qu'il pouvait penser pour ne pas le laisser paraître sur son visage. Voyant qu'il la fixait, la femme s'arrêta, et croisa son regard, s'inquiétant pour lui.

- Il y a un problème ?

Sans répondre, l'homme leva la main et caressa doucement sa joue du bout des doigts. Se figeant, Lorelei ne parvint pas à se dégager, tétanisée. Ces moments finissaient toujours mal. Elle saisit l'état de détresse dans lequel il pouvait être, et c'était peut-être que sa façon de réclamer son aide. Mais à cet instant, la femme s'était crispée, craignant pour son fils et pour elle-même.

- Pourquoi es-tu si agaçante ?

Sa main alla se perdre dans ses cheveux, et pour fuir l'accusation de son regard effrayé, il l'enferma dans ses bras. Il détestait se sentir aussi faible, aussi impuissant face à des resurgissements des pensées qu'il s'échinait à ne pas faire transparaître. Il avait besoin d'elle contre lui, il savait pertinemment qu'il allait tout gâcher, et il serait le seul à blâmer.

Alors pourquoi était-ce si difficile de reconnaître et d'accepter que c'était de sa faute, et uniquement la sienne ? Pourquoi voir Lorelei aujourd'hui lui semblait aussi nécessaire qu'insupportable ?

Pourquoi avait-il tant de mal à encaisser la culpabilité qu'il s'était promis d'endosser ?

Etait-il seul et perdu à ce point ?

Lorelei sentait sa main contre sa nuque, dont la prise s'était resserrée, pour l'empêcher de bouger. Elle avait peur, mais ne voulait pas le brusquer en se dégageant.

- Lâchez-moi s'il-vous-plaît.


On aime quand ça dégénère ... Moi j'ai hâte en tout cas ^^

Prenez soin de vous !