Allez accrochez vous une dernière fois, cette fois c'est la fin !

Réponse aux anonymes :

Morgane-bzh : Naaaan, moi, tuer Mycroft ? Pas mon genre voyons... enfin... presque pas mon genre. Lalalala... Je te laisse lire, merci pour ta review :)

Avril : Je confirme, c'est la catastrophe :D Et oui, pauvre Eurus... Le happy-end, par contre, je crains qu'il ne faille pas y compter de trop ! Merci pour ta review :)

Bonne lecture !

Chapitre 13

Il avait été impossible de cacher la mort de la Princesse, considérant que tout le Palais était déjà au courant. Trois suivantes l'avaient découverte au matin, et malgré l'ordre de se taire qui leur avait été intimé, les bruits couraient dans toute la citadelle. La lettre, heureusement, fut tenue cachée. Les suivantes ne savaient pas déchiffrer les hiéroglyphes.

Les embaumeurs avaient pris le corps, et l'annonce officielle avait été réalisée, plongeant la ville de la liesse au deuil. Le mariage des deux jumeaux était imminent, une poignée de semaines, et Thèbes entière se réjouissait de la nouvelle. Apprendre le décès de la promise avait glacé la cité.

Sherlock, John, le Pharaon Mycroft et Gregory étaient les seuls à être au courant de la lettre de la jeune femme, et de la réalité de l'implication du vizir dans cet acte. Ils n'avaient aucune preuve, cependant, et ils avaient tenu conciliabule toute la journée. Sherlock tentait de faire adhérer son frère à un plan délirant qu'il avait imaginé, ce à quoi ce dernier se refusait totalement.

– Nous avons perdu, tu l'as dit toi-même. Il ne nous reste aucune chance de conserver notre place, notre rang, notre pouvoir.

– Tu veux tous nous tuer, répliqua son frère d'une voix dure.

– Non. Je veux sauver ce qui peut encore l'être.

Le regard de Mycroft papillonna aussitôt vers le chef de la garde. John, par pudeur, n'avait pas osé poser les questions qui lui brûlaient les lèvres. Mais certains regards étaient bien trop équivoques. Toute la journée durant, John avait fréquenté le Pharaon, et avait réellement découvert l'homme derrière la fonction. À l'abri dans les appartements royaux, qu'ils avaient rejoints après que les embaumeurs avaient emmené le corps, Mycroft n'avait été qu'un homme, un frère brisé. John l'avait pourtant vu, tous les jours durant, à moitié nu, sans aucun artifice, et aucune marque de pouvoir. Pourtant, il avait toujours ressenti le Pharaon et le pouvoir en lui. Aujourd'hui seulement, il découvrait le vrai visage de l'homme qui les gouvernait, portait ce monde sur ses épaules.

John aurait préféré ne jamais le voir. C'était un spectacle effrayant, qui lui donnait des frissons d'horreur, et la sensation que le monde tel qu'il le connaissait allait disparaître.

Mais en plus de cet homme fragile, brisé, John avait découvert un lien inébranlable entre le Pharaon et son chef de la garde. Il n'avait pas posé de questions. Il n'avait pas de certitude. Mais il avait eu la sensation de savoir, au fond de lui, ce qu'il en était vraiment.

– Je suis d'accord, Mycroft, murmura Gregory face au regard de son Pharaon. Le plan de Sherlock est...

– Insensé. Et...

– Et je suis d'accord. Il sauvera ce qu'on peut encore sauver.

– C'est faux.

– Je suis prêt à ça. S'il te plaît, Mycroft. Comprends-moi.

Si Sherlock ne s'était pas éloigné, soutenant le regard de son frère, John avait préféré s'isoler. Le plan de son amant était fou, Mycroft avait raison sur ce point. Mais John avait examiné rapidement le corps de Eurus avant que les embaumeurs ne l'emmènent, et il n'avait pas pu en conclure grand-chose : si des blessures apparaissaient bien sur le corps de la jeune femme, pouvant correspondre à une auto-mutilation, John n'était pas convaincu que cela ait causé sa perte. De fait, il était probable que Moriarty ait trouvé un autre moyen, invisible à l'œil nu, pour l'éliminer. Et ils étaient alors tous en danger, pouvant être les prochains sur la liste sous peu. Mycroft, de toute manière, était déjà condamné. Sherlock avait rapporté à son frère la conversation qu'il avait eue avec le vizir, et le Pharaon avait admis, non sans une grimace, que sa mort risquait d'intervenir prochainement. Il ne cherchait pas à se protéger, mais à maintenir en vie ceux qui pouvaient encore l'être, et le plan de Sherlock pour cela lui déplaisait.

John n'osait intervenir. Ce n'était pas sa décision.

– D'accord, céda le Pharaon. C'est une folie. Mais nous n'avons pas le choix.


Le vizir n'avait plus jamais reparu devant eux. Sherlock et Mycroft, officiellement, avait porté le deuil et laissé les affaires courantes à la gestion des conseillers, le vizir en tête. Considérant que le monde n'avait pas arrêté de tourner, ils en avaient conclu que fort de sa réussite, l'homme n'avait pas fui, mais ils ne l'avaient plus vu.

Ils avaient attendu la période nécessaire à l'embaumement et au cortège funéraire pour amener le corps momifié de la Princesse dans sa dernière demeure. L'ironie du sort voulut que cela soit le jour où Sherlock aurait dû renoncer à sa liberté et épouser sa sœur. Au lieu de quoi, il rendit l'hommage demandé et prononça mécaniquement les mots qu'on lui avait demandé de dire. Puis retourna, le soir venu, se blottir contre le corps de John, dans ses appartements.

Ils ne s'étaient pas quittés un seul instant, avait partagé chaque seconde de leur existence chaotique qui s'apprêtait à basculer. Et John n'en était pas rassasié, au point qu'il trouvait cela effrayant. Il avait le sentiment que s'il disait ce qu'il ressentait à son compagnon, celui-ci allait fuir. Et puis Sherlock le regardait, les pupilles enflammées par des sentiments trop brûlants pour être contenus, et John avait l'impression que le Prince lui répondait simplement « moi aussi ».

Et plus effrayant que tout, John voulait passer le reste de sa vie ainsi. C'était ce profond désir qui embrasait son corps et ses sens à chaque fois qu'il croisait le regard de son amant.


Le lendemain, John croisa une dernière fois le regard de son amant, avant qu'il ne quitte la pièce.

– À ce soir, j'espère, murmura Sherlock sur le pas de la porte.

Si tout se passe comme prévu, acheva John mentalement. Il détourna le regard sans répondre. Il ne pouvait pas imaginer ce qui se produirait si le plan imaginé par Sherlock ne se déroulait pas comme convenu.


– Adieu, grand frère.

Mycroft contempla une dernière fois le visage de son petit frère, passé le voir avant de partir pour toujours. Aujourd'hui était la dernière fois qu'il le contemplait. L'étendue de son échec lui apparaissait désormais clairement. Mycroft se souvenait distinctement des mots de sa mère, leur mère, le jour du décès de leur père. Elle était déjà enceinte des jumeaux, et avait posé une main sur son ventre arrondi, avant de faire jurer à Mycroft de toute sa vie protéger ses cadets.

Il avait échoué. Mais Sherlock avait raison. Il pouvait peut-être encore sauver le peu qui pouvait l'être.

– Adieu, petit frère.


John s'était mêlé à la foule bruyante qui se pressait au pied de la grande pyramide. Il était nécessaire qu'il se trouvât dans l'assistance. Les complices du vizir devaient les surveiller, et ils ne devaient pas leur laisser avoir un doute. Depuis désormais plusieurs heures, Sherlock se tenait en équilibre à une hauteur vertigineuse, et haranguait la foule sans cesse plus nombreuse, tenant des propos incohérents, blasphémant sur la mort de sa sœur et l'existence des dieux, bafouant le lieu de repos sacrée de la Princesse, surjouant une folie furieuse très convaincante.

– La garde arrive ! cria soudain quelqu'un.

John ne vit pas qui, mais le cri se répercuta à travers la foule médisante et agressive qui accablait le Prince délirant, l'accusant de devenir fou. Le peuple accompagnait les gardes avec des exclamations de joie. Ils étaient ravis de l'intervention des forces de l'ordre pour calmer le fou en haut de sa pyramide.

John savait qu'il ne devait pas détourner les yeux, pour la crédibilité de son personnage. Sherlock, à mi-voix, avait avoué à son amant qu'il avait envisagé ne pas le mettre en courant de son plan délirant et dangereux, pour lui permettre de jouer son rôle sans fausse note, mais John en avait été plus horrifié. S'il y avait cru, il serait probablement mort de chagrin.

Être au courant, de toute manière, ne changea pas grand-chose. Quand Sherlock glissa, chancela, tangua, quand la foule retint son souffle et braqua son regard sur lui, et quand finalement il sauta sans une hésitation, John eut la même expression horrifiée, le même bruit de déglutition étranglé, et les mêmes yeux clos que tous les autres au moment de l'impact.

Les hurlements commencèrent après un dixième de seconde. John refusa de s'approcher, et se mêla dans la foule, disparaissant dans le mouvement de panique. Le reste du plan tenait sur les épaules de Gregory.


Le corps de Sherlock avait été transféré chez les embaumeurs. Partout, dans tout Thèbes, on parlait de la mort du frère et de la sœur. Les médisances allaient bon train sur la folie des jumeaux, le mauvais œil qui avait atteint la lignée royale. L'incapacité du Pharaon Mycroft était de plus en plus pointée du doigt.

John, Mycroft et Gregory étaient persuadés que Moriarty avait assisté à la scène, d'une manière ou d'une autre. S'il ne l'avait pas fait, le peuple se chargerait de lui apprendre.

Et comme ils l'avaient prévu, le vizir ne put résister à la tentation de venir voir le corps mort, aux bons soins des embaumeurs. Il se faufila, silencieux comme un chat, à travers la nuit, jusqu'à pénétrer dans la pièce où reposait le cadavre.

Cette même pièce où l'attendait, arme à la main, Gregory. Pour la première fois de sa vie, le vizir fut surpris. Il eut à peine le temps de franchir le seuil que sans préavis, la lame du glaive du chef de la garde s'enfonçait dans son cœur, dans un mouvement fluide et maîtrisé.

Il n'y eut, d'abord, aucun bruit. Puis un des prêtres présents pour les soins mortuaires à apporter au cadavre constata le vizir mort sur le sol, et la lame rougie de sang du chef de la garde, et il hurla, donnant l'alerte.


– Vous êtes reconnu coupable d'avoir assassiné Moriarty, notre vizir, et d'avoir fait disparaître le corps de Sherlock, notre Prince, le privant à jamais du repos éternel auprès d'Osiris. Pour ces crimes, vous serez mis à mort au matin.

Gregory, les poings liés, le visage tuméfié par les coups reçus lors de son arrestation, les vêtements déchirés, ne cilla pas lorsqu'il regarda droit dans les yeux son Pharaon qui prononçait les mots fatals.

Le plan de Sherlock nécessitait de sauver ce qui pouvait l'être. Mycroft était condamné, la maladie qui rongeait ses poumons en étant rendu à un stade bien trop avancé. Et il leur fallait sacrifier un pion, pour ôter la vie au vizir.

Gregory avait été ce pion. Il l'avait accepté en son âme et conscience.

Mycroft le savait. Pourtant, quand la lame du bourreau trancha la tête de son amant et lui ôta la vie, le savoir ne fit pas moins mal.


La cour entière était réunie. Mycroft toussa une nouvelle fois, constatant une fois de plus le sang qui tâchait ses doigts à chaque expectoration. En quelques jours à peine, moins d'un mois, la maladie avait progressé à vitesse grand V. Ou peut-être qu'en avoir conscience avait favorisé les symptômes. Ou peut-être que son envie de rejoindre le royaume d'Osiris, et d'y retrouver Gregory éternellement avait finalement abaissé les barrières inconscientes que son corps dressait en rempart face à la maladie.

– Thoutmôsis, viens, ordonna-t-il de sa voix la plus forte, après avoir demandé le silence.

L'homme, combattant émérite de la garde et un de ses proches et fidèles conseillers, une des rares personnes que Mycroft savait encore fidèle au peuple d'Égypte, et n'avait jamais rejoint les tentations de Moriarty. Depuis la mort de ce dernier, les choses s'étaient délitées, déréglées. Mycroft avait réellement découvert l'étendue du pouvoir qu'avait pris cet homme à son insu.

– Moi, Pharaon, par ma puissance, te nomme héritier de la Haute et la Basse Égypte.

Il ne lui restait plus qu'à mourir. Mycroft espérait que cela viendrait rapidement. Il n'avait plus la force de lutter.


C'était de ces jours où le chagrin disputait à la liesse, dans les rues de Thèbes. Le Pharaon Mycroft était mort, et tous pleuraient le décès de celui qui fut, vingt ans durant, à la tête de leur pays. Mais la liesse de voir accéder au trône Thoutmôsis III, brisant la lignée maudite, éclatait un peu partout en ville.

Sur la place principale, deux hommes, la peau pâle, les yeux clairs, les cheveux courts et une barbe clairsemée sur les joues, se regardaient.

– C'est fini... Tu vas bien ?

– C'était prévu.

– Ça ne répond en rien à ma question. C'était ton frère. Tu as le droit d'être triste.

La main du plus petit vint naturellement se posa sur la joue de l'autre, qui se pressa contre la paume tendre et réconfortante.

– Je ne sais pas, murmura-t-il. Je lui avais fait mes adieux il y a un mois. Ça devient juste un peu plus réel pour tout le monde, désormais.

John lui sourit tristement. C'était la manière de son amant d'exprimer sa tristesse.

– Et maintenant, on va où ? Nous ne sommes plus qu'un médecin boiteux, et un Prince déchu...

Les blessures infligées par Moriarty à John avaient eu des conséquences dommageables. Le genou du médecin ne serait plus jamais le même, et il boitait parfois, une douleur sourde s'insinuant dans son corps.

– Mais tu es toujours le médecin le plus formidable et merveilleux que je n'ai jamais rencontré, et je suis toujours aussi génialement intelligent. Et ce génie, je te l'offre. Je t'offre le monde et sa liberté. Allons où nous voulons. Plus rien ne nous est impossible, ensemble, John. Je t'en fais le serment.

John lui sourit bêtement. Et l'embrassa passionnément pour toute réponse.

FIN


Et voilà ! Je vous avais prévenu que ça se terminerait pas franchement bien ! ;p Mais bon, à mon sens, ça se termine pas spécialement mal non plus xD Après tout, Sherlock a gagné ce qu'il voulait le plus au monde : sa liberté (d'où le titre, au cas où vous auriez pas encore compris !), et en bonus, il a récupéré John ! Bon, pour ça, il a dû sacrifier son frère, sa soeur, son titre, ses richesses... Après, ça reste une fic courte, plutôt simpliste par certains côtés, j'allais pas chercher trop loin !

J'espère que ça vous a plu, n'hésitez pas à me laisser une review si ça vous fait plaisir :)

Pour la suite du programme... Eh bien, j'ai quelques trucs à publier, mais certains ne dépendent pas que de moi, ou ne sont pas corrigés. Il est possible que je relance une publication dans deux ou trois semaines, mais si ce n'est pas le cas, ce serait sans doute dans plus longtemps, je ne peux malheureusement pas vous dire quand. Mais je vais faire de mon mieux pour vous publier quelque chose. J'écris beaucoup en ce moment (enfin, très régulièrement), ce serait quand même dommage que ça se perde ! ;)

Merci à tous de votre enthousiasme tout au long de cette fic, comme toujours, je suis très reconnaissante et étonnée que mes petites bêtises vous plaisent et que vous soyez si passionnés à les lire ! Merci du fond du coeur ! Portez vous bien, et prenez soin de vous et de vos proches ;)

Reviews, si le coeur vous en dit ? :)