Cela fait très exactement trois jours depuis le dîner catastrophique dont Severus a été la malheureuse victime. Trois jours que Harry a repris le travail. Trois jours qu'il n'a pas eu une minute pour lui.
C'est donc en cette soirée du mois de mai que Harry rentre du travail, fatigué, pour ne pas dire épuisé. Il s'affale peu gracieusement sur le canapé avec un soupir de contentement. Ginny s'installe à côté de lui et lui tend un café fumant. Il la remercie tout en prenant la boisson chaude entre ses deux mains.
La rousse s'appuie doucement contre lui, la tête posée sur son épaule. Elle demande d'une voix douce:
«Tu tiens vraiment à lui n'est-ce pas?»
Harry ne songe pas un instant à demander de qui il s'agit parce qu'il le sait parfaitement. Depuis la dernière visite de Severus, le sujet a été soigneusement évité aussi bien par Ginny que par son mari. Il la regarde dans les yeux avant de déclarer d'une voix douce mais ferme:
«Oui.»
Ils restent ainsi un instant, les yeux dans les yeux, avant qu'un faible sourire vienne éclairer les traits de la rousse.
«C'est tout ce que je voulais entendre.»
Les lèvres de la rousse se déposent brièvement sur celles de Harry dans un baiser doux et chaste. Elle se recule sans laisser le temps à Harry de décider quel comportement adopter et s'en va un sourire à la fois triste et résigné sur les lèvres. A ce moment, Harry songe que malgré le fait qu'il est bien incapable d'aimer cette femme comme il le devrait, il admire sa force de caractère et ne peut s'empêcher de la trouver belle. Pas de la manière qu'un homme aime sa femme, non. Plus comme on admire une amie qui nous est proche.
OoOoOoO
Affalé face contre son oreiller, Harry se sent littéralement vidé de ses forces. Cela fait maintenant une semaine que ses quelques jours de congé a pris fin et il songe qu'il n'a sans doute jamais été aussi épuisé de sa vie. Son quotidien a été dense en travail à un tel point qu'il n'a même pas eu le temps de rendre visite à Severus. Ce dernier point l'attriste d'ailleurs fortement. Il est persuadé que revoir l'homme lui ferait le plus grand bien.
Avec un grognement et un effort surhumain Harry se relève et décide de mettre de l'ordre dans la pièce. Il a été si fatigué qu'il a laissé ses habits débordant du dressing par tous les coins. Et bien que Ginny ne touche jamais à ses affaires éparpillées -contrairement au reste de la demeure qui est dans un ordre impeccable- Harry voit bien qu'elle fronce le nez devant sa pile de vêtements à chaque fois qu'elle pénètre dans leur chambre commune. Il faut dire qu'actuellement, la pièce baigne vraiment dans un joyeux bordel.
Avec un soupir bruyant, Harry sort sa baguette et commence à trier et plier ses vêtements par piles ordonnées sur le lit qui porte encore la trace de son corps allongé. Soudain il remarque un objet qui attire son attention: sa cape d'invisibilité. Cela fait bien longtemps qu'il n'y a plus touché. Après la guerre, ses affaires d'école ont été classé dans un gros carton. Il a été forcé de les ressortir uniquement pour les disposer sur l'étagère la plus haute de son dressing. Et encore, c'est à peine s'il y a prêté attention, cet objet remuant trop de souvenirs douloureux enfouis profondément en lui.
Il a du la faire tomber en tirant paresseusement sur le plaid qui se trouvait à côté. Harry laisse sa baguette de côté et plie sa cape à la main, presque religieusement, comme si un rien suffirait à libérer tous les moments passées qu'elle contient. Il farfouille ensuite parmi les vêtements gisant sur le sol, à la recherche d'un petit objet. Il brandit presque fièrement la Pierre de Résurrection avant de la glisser dans les plis de la Cape d'Invisibilité. Harry les range ensuite en haut du dressing d'un coup de baguette.
Quelques mouvement de poignets plus tard, le sol est enfin délesté de toutes ses affaires et la chambre a nettement meilleure allure. Harry est sur le point de se laisser retomber sur son matelas quand la sonnerie de la porte d'entrée résonne à travers l'immense demeure vide. Avec un grognement d'agacement, Harry abandonne son repos pour se traîner sans enthousiasme vers le hall.
D'un geste las, il ouvre la porte alors qu'il se passe une main fatiguée sur le visage.
«Oui, c'est pour qu- Severus?! S'exclame Harry avec étonnement.
- Potter, répond le concerné d'un ton glacial. Je ne crois pas vous avoir autorisé à employer mon prénom.»
Harry fronce les sourcils devant ce manque flagrant de chaleur. Il songe un instant que c'est peut-être parce qu'il n'a pas eu le temps de rendre visite à Severus cette semaine. Cependant, il n'a pas le temps d'aller au bout de sa pensée qu'un mal de tête conséquent s'installe brutalement dans son crâne. Dans un geste instinctif Harry lâche la poignée pour s'emparer à deux mains de sa tête douloureuse. S'ajoute à cela un vertige violent sous le choc de la douleur. Il lui semble que l'homme devant lui lui parle mais il n'entend pas sa voix et sa vision se trouble doucement.
Et, tous ces facteurs additionnés combinés à sa récente fatigue, Harry tombe dans l'inconscience, s'affalant par mégarde sur le torse de son ancien professeur de Potions.
OoOoOoO
«Potter. Potter réveillez-vous.»
Une voix grave envahit les sens de Harry alors qu'il reprend doucement conscience. Il se rend compte qu'il est allongé sur son lit et se demande un instant comment il s'est retrouvé à cet endroit. Ses yeux se fixent ensuite sur la forme sombre à côté de lui. Petit à petit, sa vision se précise et il se rend compte que la masse à côté de lui n'est autre que Severus.
«Severus?
- Par pitié Potter, cessez de m'appeler par mon prénom.
- Mais-
- Il n'y a pas de mais. Nous ne sommes pas amis et vous n'avez aucun droit de me nommer ainsi.
- Mais Sev- Rogue. Vous m'avez dit vous-même que je pouvais vous appelez Severus.
- Je ne crois pas qu'une chose aussi sotte soit sortie de ma bouche.
- Mais si-
- Taisez-vous Potter. Cela vaut mieux pour vous et moi.
- Je ne comprends pas...
- Il n'y a rien à comprendre. Vous avez simplement besoin de repos. Prenez la potion sur la table de chevet, elle vous assurera un sommeil réparateur. Je crois pouvoir affirmer que cela vous fera le plus grand bien.»
Alors que l'homme s'apprête à quitter la pièce, Harry le retient par le poignet.
«Attendez... Ne partez pas...
- Je ne vais nul part Potter. Je vais simplement informer votre femme de votre petit malaise. Maintenant veuillez retirer votre main répugnante de mon poignet.
- Vous serez là à mon réveil?
- Je ne sais pas, grogne-t-il.
- Faîtes en sorte de l'être dans ce cas. S'il vous plaît...
- Je verrai Potter...
- S'il vous plaît...»
Severus ne répond et arrache simplement sa main de la prise fébrile de Harry. Il s'en va de la chambre sans plus attendre, se sentant oppressé par le regard pénétrant de son ancien élève. Severus descend vivement les escaliers et se dirige vers le salon.
A son arrivée, Ginny bondit hors du canapé et s'exclame:
«Comment va-t-il?
- Il va bien, n'ayez crainte Miss Weasley.
- Ouf... Tant mieux, soupire-t-elle en se rasseyant dans le canapé. Venez donc vous asseoir Rogue, il me semble que nous devons parler.
- Je ne m'assoirai avec vous en aucun cas, je quitte cette maison sur le champ.
- Mais vous ne pouvez pas faire ça! Harry a besoin de vous!
- Laissez-moi repartir sans faire d'histoires Miss Weasley. Je ne veux pas être la nounou d'un gamin moralement et physiquement instable.
- Harry n'est plus un enfant... Vous le verriez si vous le vouliez bien. Il a beaucoup grandi et changé. Et il s'ouvre rarement aux gens, il a beaucoup de mal à faire confiance... S'il vous plaît, restez.
- C'est fort dommage pour le Sauveur du Monde sorcier mais j'ai d'autres choses à faire que de recoller les morceaux brisés de son âme.
- Vous ne pouvez pas partir, pas tant que je ne vous en donne pas le droit.
- Oh que si je peux, Miss Weasley.»
Les deux sorciers échangent un regard lourd en sous-entendus.
«Soit. Partez. Mais il vous rattrapera. Harry est malin.»
Severus plisse les yeux pendant un long moment, jaugeant le pour et le contre d'une telle décision. Dans un grincement de dents, les yeux toujours plissés, les bras résolument croisés, il grogne:
«Très bien je reste. Mais dès que Potter se réveille, je fiche le camp de cette maudite maison.
- Marché conclu.»
Un rictus étire les lèvres de Ginny alors qu'elle regarde l'homme en noir remonter les escaliers en ronchonnant car elle sait pertinemment qu'au fond, elle vient de gagner une étape décisive.
Bon eh ben j'ai finalement opté pour l'option 1 chapitre le mercredi et 1 le dimanche... je crois que je n'aimerais pas beaucoup en donner deux d'un coup, ça gacherait un peu le suspense... ;) Mais peut être augmenterais-je plus tard à une publication d'un jour sur deux, quand j'aurai un peu plus de temps !
Le prochain chapitre fera avancer considérablement l'histoire et il faudra vraiment faire attention aux petits détails que vous avez :). Même si je doute que vous trouviez ce qui se cache dans mon diabolique esprit.
Un grand merci pour vos retours !
