«Harry. Harry réveille-toi, il faut que tu ailles au travail.

- Mmmmh.»

Harry se retourne difficilement et entrouvre ses paupières lourdes pour voir sa femme penchée au dessus de lui. Elle lui sourit et s'écarte pour le laisser se réveiller en douceur. Le jeune homme bascule ses jambes sur le côté et s'élance maladroitement sur ses deux pieds. Un mal de crâne violent le percute de plein fouet et un vertige puissant le force à se rasseoir sur son matelas, la tête entre les mains.

«Ça va Harry?

- Mrphf.»

Ginny s'approche du Survivant et pose une main fraîche sur son front. Elle remarque immédiatement la chaleur émanant du corps de son mari.

«Oh mais tu as de la fièvre! Recouche-toi je vais te chercher une ou deux potions.»

Harry s'exécute avec un faible grognement plaintif.

La rousse revient quelques instants plus tard, une fiole dans chaque main.

«Tiens.

- Merci, croasse-t-il.

- Tu as besoin d'autre chose?

- Rogue.

- Pardon?

- Amène-moi Rogue.

- D'accord... Je vais prévenir Ron et Hermione que tu es malade et je l'appelle.»

Harry hoche faiblement la tête et repose sa tête douloureuse sur son oreiller moelleux.

«Monsieur Potter.

- Rogue.

- Que faîtes-vous cloué au lit?

- Je suis malade?

- Qu'avez-vous?

- Mal de tête et fièvre apparemment.

- Est-ce quelque chose qui vous arrive souvent?»

Harry secoue la tête négativement.

«Je vois... Pourquoi m'avez-vous demandé?

- Nous devons parler.

- Est-ce vraiment raisonnable vu votre état?

- Arrêtez de fuir la discussion.

- Je ne fuis pas. Je suis simplement rationnel.

- Et bien envoyez votre rationalité se faire foutre et asseyez-vous bordel!

- Serait-on en colère Monsieur Potter? Demande Severus en s'asseyant sur une chaise près du lit.

- Il se pourrait oui. Je n'arrive pas à vous cerner.

- Et pourquoi tenez-vous donc tant à me cerner?

- Parce que je ne sais pas si je peux vous faire confiance...

- A quel sujet?

- N'importe quel sujet.»

Severus observe le malade un instant, se demandant si sa propre personne est digne de confiance. Les deux orbes verts posés sur lui le perturbent bien plus qu'il ne l'avouera jamais tandis qu'il répond:

«Je ne peux pas vous apporter de réponse objective à cela Potter. A votre place, je ne me ferais pas confiance non-plus, quelle que soit la raison qui vous pousse à penser ceci.

- Par pitié non ne croyez pas que je ne vous fait pas confiance.

- C'est pourtant ce que vous venez de dire Potter. D'ailleurs pourquoi tenez-vous tant à vous appuyer sur ma personne? Je ne représente pas grand chose à vos yeux.

- Combien de fois devrais-je vous répéter que vous êtes mon ami, quoi que vous en pensiez, et c'est ainsi. Vous avez cet espèce d'effet étrange sur moi qui-qui... Je ne sais pas. Et puis, ces histoires avec votre famille et l'enquête et-

- Attendez Potter. Que vient faire ma famille dans cette discussion? Se crispe Severus sans prendre la peine de s'attarder sur le reste des paroles du Survivant.»

Le visage de Harry prend une teinte encore plus blême alors que Severus croise résolument ses bras sur sa poitrine.

«C'est Jones n'est-ce pas? Il vous a dit quelque chose sur la famille Prince.

- Il se pourrait...

- Et vous, vous le croyez sans preuve... Et vous faîtes le lien avec ma personne et... Juste ciel Potter. Ne me dîtes pas que vous êtes assez idiot pour croire que c'est moi qui ai tué Lucius?!

- Je ne sais pas... J'ai quelques doutes...

- Par Merlin vous êtes un parfait crétin vous- Comment avez-vous pu croire ça?!

- Oh, je ne sais pas. Peut-être parce que vous déboulez comme ça chez moi alors que vous ne feriez jamais une chose pareille. Ou encore parce que vous traînez à rentrer chez vous, ce qui n'est certainement pas dans vos habitudes. Ou alors parce que vous connaissez ce Ézéchiel qui prétend être un ami d'un détenu d'Azkaban! Ou peut-être parce que c'est l'anniversaire de mort d'un membre de votre famille tué par quelqu'un qui n'est autre que Lucius Malefoy! Oui on se demande vraiment pourquoi je vous soupçonne!

- Vous ne savez rien Potter. Rien du tout.

- Hé bien pour une fois dans toute votre foutue vie expliquez-moi au lieu de me dire que je ne suis qu'un bon à rien!!

- Harry? A qui tu-ROGUE?!»

Ron et Hermione se tiennent dans l'encadrement de la porte, les yeux agrandis par la stupeur.

«Tu-Mais-Ce-Il est mort.

- Au vu des circonstances, peut-être pourriez vous revenir sur cette dernière affirmation Monsieur Weasley.

- Mais alors... C'EST LUI L'ASSASSIN! Harry éloigne-toi de lui, il est dangereux!!

- Je crois qu'il est préférable que je vous laisse vous entretenir avec vos amis, Potter. Je repasserai plus tard.

- Mais-On-Que quelqu'un fasse quelque chose!

- Calme-toi Ron, grimace Harry sous les cris de Ron qui ont pour effet d'accentuer son mal de tête. Laissez-le partir, je m'occuperai de lui plus tard.

- Merci pour votre sollicitude Potter, réplique Severus avec sarcasme.»

Et l'homme en noir quitte la pièce, sans un regard de plus pour quiconque.

«Vieux... Tu nous dois des explications là.

- Oui... Asseyez-vous.»

Ses deux amis obéissent, Hermione sur le lit et Ron sur la chaise précédemment occupée par Rogue.

«Nous t'écoutons, déclare Hermione d'une voix douce.

- Eh bien... Pour commencer, vous voyez cet ami à qui j'allais rendre visite quand j'étais en congé?

- Oui.

- C'était Rogue...

- Mais, comment est-ce que vous vous êtes rencontrés?

- Comment a-t-il fait pour survivre surtout?

- On s'est rencontrés quand Kingsley m'a demandé d'aller chercher des ingrédients pour lui la semaine dernière. Il se trouve que c'était le village où il habite. Il m'a raconté par la suite qu'il avait survécu grâce à l'anti-venin qu'il avait ingéré quelques années auparavant. Fascinant, non?

- Bouleversant serait le mot le plus juste, répondit Hermione.

- Je ne comprends toujours pas ce que tu trouves au bâtard graisseux.

- Ron. Écoute-moi bien parce que je ne le répéterai pas. Rogue est mon ami. Et que tu l'acceptes ou non, ça ne changera rien.

- Grmlml... En attendant, il est impliqué dans le meurtre de Malefoy.

- Il était justement entrain de m'expliquer que non, quand vous l'avez brusquement coupé.

- Et puis, d'abord, Ézéchiel a évoqué la famille Prince et non Rogue. De plus, il nous reste encore un suspect à aller interroger, réplique Hermione

- À ce propos... Cette Susan Thompson... C'est celle qui a écrit l'article pour la Gazette du sorcier. Je ne pense pas qu'elle soit coupable mais peut-être qu'elle a des indices que nous n'avons pas.

- Probable, nous irons lui rendre visite tout à l'heure ainsi qu'à la famille Prince.

- Non. Je veux être là pour les interroger moi aussi.

- Mais Harry... Tu es malade.

- Ce n'est pas grave, c'est pas une petite fièvre qui va m'arrêter, je serai sur pied cet après-midi.

- Non Harry. Ce n'est pas prudent, nous avons besoin de toi en forme si on te veut entier à la fin de cette enquête. Nous aviserons tout à l'heure en fonction des informations que tu obtiens de Rogue mais je refuse de mettre ta santé en danger, déclare fermement Hermione.

- Si tu le dis..., soupire Harry.

- Et maintenant nous allons te laisser te reposer, reprend-elle plus doucement. Tu nous tiens au courant.

- Bien sûr.

- Au revoir Harry.

- Au revoir, grommelle Ron.

- A plus tard.»

Les deux amis quittent la chambre du malade et Harry s'autorise un petit soupir de fatigue. Tous ces événements le submergent et sa drôle de maladie n'arrange rien. Quelques minutes plus tard, alors que Harry commençait à se laisser aller dans un sommeil cotonneux, Severus pénètre dans la pièce. Il s'assoit sans attendre sur la chaise et regarde le Survivant qui le contemple en papillonnant des paupières.

Severus doit bien avouer que cette image a quelque chose d'affectueux de voir ce jeune homme si plein de vie réduit à un état si simple par une maladie. Cependant, cela a quelque chose d'effrayant aussi. Que le Gryffondor que Severus a connu, bravant tous les dangers, soit si facilement affaibli par un petit virus de passage. Cela rappelle à Severus combien l'être humain est vulnérable et il ne peut réprimer un frisson.

«Je crois que je vous dois des explications, Potter.

- Oui. Je crois aussi.

- Bien. Il n'y a pas tellement à dire, pour être honnête. Voyez-vous, je comprends parfaitement que vous ayez pu prendre peur et imaginer toute sorte de scénarios délirants en entendant le nom de famille de ma mère. Cependant, lorsque ma mère a choisi d'épouser mon moldu de père, sa famille l'a en quelque sorte reniée. Vous savez, ils faisaient partie de ces gens qui accordent une importance monstre à la pureté du sang. Elle n'a gardé aucun lien avec eux. Et moi non plus. L'histoire de ce qu'a pu faire Lucius ce jour-là me passe bien au dessus de la tête, du point de vue familial du moins...

- Je comprends... Vous n'avez donc aucune information qui pourraient être utile à l'enquête?

- Hélas non. J'ai exactement les mêmes informations que vous Potter, j'en ai bien peur.

- D'accord... Pardon d'avoir douté de vous dans ce cas.

- Ça ne fait rien. J'ai l'habitude...»

Un moment de latence se fait avant que Severus ne pose la question qui lui brûle les lèvres:

«Je ne comprends pas Potter... Quel est cet attachement tordu que vous me portez?

- Je vous l'ai déjà dit Rogue. Je me sens bien avec vous. Vous êtes le seul à me voir comme je suis, ou tout du moins, pas en tant que Sauveur du monde sorcier. Et puis j'aurais voulu faire tellement de choses pour vous... Les remords tissent des liens voyez-vous.

- Dois-je comprendre que vous aimez être traité avec mépris?

- Non. J'aime être traité comme vous le faîtes. Et entre nous, je vois bien que vos remarques sont plus machinales qu'autre chose. Vous êtes même drôle quand vous voulez.

- Je ne crois pas être un clown Monsieur Potter.

- Harry. Appelez-moi Harry s'il vous plaît.

- Comme vous voudrez, Harry.

- En tout cas Rogue, même si je sais que vous ne me considérez pas comme votre ami, je veux que vous sachiez que vous comptez pour moi. Vraiment. Et que, peu importe la situation dans laquelle vous vous trouvez, pour pourrez toujours compter sur moi. Toujours.»

Severus observe un instant Harry, pas pour jauger de sa sincérité, parce que Severus ne doute pas une seule seconde que Harry lui dit la vérité. Non. Il l'observe simplement. Mémorisant les traits détendus et confiants du Gryffondor alors qu'il le regarde avec une sorte de douceur inédite. Et malgré ce que le malade vient de lui expliquer Severus ne comprend toujours pas comment Harry en est venu à éprouver une telle affection pour sa personne.

Le Maître des Potions finit par s'arracher de sa contemplation pour opiner d'un hochement de tête entendu. Sans un mot de plus, il quitte la chambre, laissant Harry se reposer comme il se doit. Et même si Severus est resté stoïque face aux paroles du jeune homme, elles ont touché un point sensible chez lui et remué tout un tas d'émotions contradictoires en son cœur indécis.


Hello ! Voici donc notre chapitre du dimanche :)

Le prochain chapitre permet d'être... particulier. On va exploiter un nouveau point de vue. Vous verrez très vite de quoi je parle XD Entre nous, j'ai vraiment adoré écrire cette partie !

En tout cas j'espère que ce chapitre vous a plu !

Bonne semaine à vous :)