Harry se réveille, la tête lourde et douloureuse, les paupières à moitié collées, des frissons parcourant son corps brûlant et un vertige sourd découlant de son épaule secouée sans douceur par la personne à sa gauche.

«Harry. Harry réveille-toi on va manger chez ma famille aujourd'hui, rappelle-toi.

- Mhli...

- Allez, prends ta potion et on y va, déclare une voix trop aiguë pour être douce.

- 'Ahive.»

Avec un effort surhumain, Harry attrape la fiole posée sur sa table de nuit. Ce simple geste à pour effet d'envoyer des ondes gelées et ardentes dans chacune des parcelles de son être tremblant.

Le liquide sucré glisse dans sa gorge douloureuse et le Survivant ferme ses yeux piquants en attendant que le potion fasse effet.

Il sent lentement chacun de ses muscles reprendre vie et se tonifier. Son mal de tête reflue peu à peu, les martèlements brutaux se calmant au fil des secondes passées. Enfin, son vertige laisse place à une sensation de calme et de plénitude et Harry se lève pour se préparer. Alors qu'il se saisit de ses lunettes, le Gryffondor remarque un petit mot plié à côté de la fiole maintenant vide. Il s'en saisit et déchiffre les lettres fines et bien tracées:

«Voici votre potion que votre femme m'a demandé de préparer pour vous puisque vous êtes visiblement trop tête en l'air pour le faire vous même. Profitez d'une journée aux relents sereins de la potion Potter, j'ai bien peur qu'elles ne soient comptées...

Severus Rogue.»

Harry roule les yeux face aux noms de famille soulignés grossièrement. Quoique pense Severus, il réussira le faire changer d'avis. Oui, c'est certain. Mais reste à trouver de quelle façon...

OoOoOoO

«Harry-Chéri! S'exclame Molly en l'étouffant dans une de ses mémorables accolades.

- Bonjour Molly. Comment allez-vous?

- Bien, très bien. Je suis contente de te voir! Mais toi, comment vas-tu?

- Parfaitement bien et en pleine forme! Comme toujours vous savez...

- Oui c'est vrai que tu en as de l'énergie à revendre! Mais assez parlé! Viens! Le reste de la famille t'attend avec impatience. Même George a fait le déplacement pour te voir.»

Harry sait pertinemment que c'est faux. C'est même le contraire. Ginny a insisté pour qu'ils viennent manger ce dimanche justement parce que George est là. Même si ce n'est pas pour lui déplaire que pour une fois on ne fasse pas des pieds et des mains pour lui rendre visite.

Harry suit la femme rousse dans le salon et entreprend de dire bonjour à chaque personne présente dans la pièce. Arthur, Teddy, Rose, Victoire, Fleur, Ron, Hermione et enfin, George. Harry ne l'a revu que très peu de fois en 10 ans, cependant chaque fois l'allure du roux l'inquiète un peu plus. Sa silhouette s'est sérieusement amincie et ses membres flottent dans des vêtement dix fois trop grands pour lui. Ses cheveux ont perdu leur éclat et leurs reflets, donnant une couleur brune terne, semblable à de l'argile. Son visage est à l'image de son corps, creusé par le temps et le manque d'alimentation. Son regard est vide, vagabondant sans cesse dans un monde qui n'est pas le nôtre. Un monde où Fred existe encore.

Quelque part, Harry a l'impression de se retrouver en lui. Comme lui, la guerre l'a marqué à jamais. Comme lui, elle lui a pris des êtres chers. Comme lui, son cerveau refuse de laisser tomber cette part de sa vie. Comme lui, il ne s'en est jamais réellement remis. La seule différence, c'est que là où Harry se tue à continuer de sourire, George ne cherche même plus à faire semblant.

Harry se contente d'exercer une faible pression sur l'épaule du roux et se laisse choir à côté de lui, seul endroit semblant non-envahit par l'ambiance chaleureusement étouffante du Terrier.

Harry sent son esprit dériver loin de la pièce emplie des rires et des bruits dissonants de la demeure des Weasley. Ses pensées convergent toutes vers un même être. Une personne au cheveux noir de jais, aux iris d'obsidienne et à la peau pâle comme une perle nacrée. Le Gryffondor se demande par quel moyen peut-il bien parvenir à le convaincre d'accepter le droit au bonheur. Harry suppose que pour commencer, il faudrait déjà qu'il trouve pour quelle raison Severus le repousse. La vraie raison.

«Toi aussi ça te semble superficiel n'est-ce pas?»

Harry est tiré de ses pensées par la voix rauque de la personne à sa droite. Il adresse un sourire fatigué à George et lui répond:

«Oui. Mais je fais comme si de rien n'était. Parce que c'est ce qu'ils attendent tous. Des fois je me demande même comment ils font pour ne pas voir à quel point je suis faux. Peut-être qu'ils ne veulent simplement pas s'en rendre compte...

- C'est sûr... Dit, tu trouves que j'ai mauvaise mine? Maman me répète à chaque fois que mon teint est plus vif que la dernière fois mais je ne la crois pas. Elle ne veut juste pas voir que je ne vais pas bien. C'est bien plus simple que d'affronter la vérité.

- Tu leur en veux pour ça?

- Avant oui. Je leur en voulais de réussir à être heureux sans lui. De faire comme s'il n'avait jamais existé dans un besoin égoïste de se sentir mieux. Maintenant j'ai compris. Ils sont simplement humains. Et comme chaque humain dans ce monde de merde ils ont leur défauts. Je n'ai pas le droit de leur tenir rigueur de croire encore au bonheur. Ce qu'ils font ou pensent me passe bien au dessus de la tête. Ils ont construit leur monde. Tandis que je stagne dans le mien. Rempli de fantômes, d'un fantôme. Le sien. Fred.

- Tu sais, moi aussi je suis prisonnier de ce monde à feu et à sang. Quelque part, je ne suis qu'un imposteur dans cet autre univers de joie et dinsouciance. Mais récemment, j'ai rencontré cette personne. Celle qui me tire dans le monde des vivants et qui me force à me détacher petit à petit de cette guerre mortelle. Et tu vois, je crois que si elle ne me ramenait pas progressivement, j'y resterais à jamais. Mais elle est là. Et c'est sans doute la meilleure chose qu'il me soit arrivé depuis longtemps. Je suppose que ça te paraît risible toute cette histoire. Mais j'espère que toi aussi tu rencontreras une personne capable de t'ancrer dans le présent. Parce que même si c'est douloureux, c'est le seul moyen de continuer à vivre sainement.

- Et si personne ne vient...? Si je reste coincé?

- Alors je suppose que tu disparaîtras. Et que tu finiras par rejoindre pour de bon ce monde oublié...

- Je vois... Dans ce cas Harry, ne laisse pas filer cette personne. Quelque part, c'est ton passeport pour une vie meilleure alors ne le perd pas. Ou tu finiras comme moi.

- J'essaie, j'essaie. Mais elle n'est pas si facile à retenir.

- Alors prouve-lui par tous les moyens à quel point elle est nécessaire dans ta vie. L'humain a le cœur fragile. Et même le plus impassible des Hommes ne peut rester de marbre face à une preuve d'amour. Surtout si les sentiments sont réciproques...

- Merci du conseil.

- Maintenant, dis-moi, reprend George avec l'écho de sa voix enjouée d'autre fois, qui a réussi à voler le cœur de l'élu du monde sorcier? Je suppose que ce n'est pas ma soeurette, alors qui?

- Personne, répond Harry avec un sourire en coin. Juste un ange déchu et oublié.

- Un? Ouuuh, tu m'intéresse.

- Laisse George, rigole doucement Harry. Son nom risquerait de t'éblouir de sa prestance.

- D'accord, j'abandonne pour le moment. Mais je découvrirai qui à fait chavirer le Sauveur, foi de Forge, s'exclame-t-il alors que sa voix s'étrangle sur le dernier mot, dans un réflexe inconscient de protection.»

OoOoOoO

Alors que le dessert vient tout juste d'être servi et que Harry mange avec un entrain feint sa part de gâteau au chocolat, sa maladie pointe le bout de son nez avec tous les symptômes désagréables qui l'accompagne. Harry sent la panique l'envahir alors qu'il ressent les effets caractéristiques indiquant que la potion arrive au terme de son efficacité. Pourtant, il a ingurgité le liquide il y a à peine deux heures et d'habitude il fait effet tout au long de la journée.

Il n'a pas le temps de trouver une explication rationnelle qu'un vertige insistant se fait sentir et Harry est forcé de lâcher brutalement sa fourchette dans son assiette. Le Gryffondor se raccroche à la première chose qu'il trouve, à savoir, le bras de son épouse. Cette dernière tourne un regard interrogateur vers lui et semble comprendre à sa mine anormalement pâle que quelque chose ne va pas. La rousse se lève vivement de table et s'excuse auprès de l'attablée entière, prétextant que les deux époux ont oublié un rendez-vous important, justifiant leur besoin immédiat de retraite. Elle ordonne brièvement à ses parents de garder Lily durant leur absence.

Et Ginny transplane, Harry faiblement pendu à son bras.

La rousse soutient son mari et l'entraîne dans une marche soutenue jusqu'à leur chambre partagée. Harry se laisse tomber lourdement sur le lit et ne prend même pas la peine de bien se réajuster dans le sens de la longueur. Il reste en travers du matelas, trop faible et mal en point pour faire quoique se soit.

«Ha-Potter! Bon sang qu'avez-vous encore fait?»

Severus se précipite auprès du malade et le retourne sur le dos, avant de l'allonger convenablement dans le lit double.

«é'olé...

- Chhhhhut. N'essayez pas de parler, ça ne fera qu'empirer la douleur. Je vais vous ramener une potion qui agit comme un somnifère pour que vous puissiez récupérer.»

Harry ne répond pas, se contentant d'essayer d'arranger sa température corporelle qui oscille dangereusement entre le froid polaire et la canicule assommante.

«Buvez, ordonne Severus en lui versant un liquide glacé dans la gorge.»

Dans un dernier effort, alors que Harry sent déjà ses paupières tomber d'elles-mêmes, lourdes d'un sommeil réparateur, il murmure avec un sourire fiévreux:

«e'em eve'us.»


Hum J'espère pour vous que vous avez saisi l'ambiguïté de la dernière phrase Sinon, eh bien, tant pis pour vous !

Bref, dans la suite on va retrouver notre ami le meurtrier :D

Passez une bonne fin de journée petits snarrystes !