Harry, affalé sur son lit, contemple ses mains d'un air morne. Il sait que c'est stupide. Totalement idiot. Mais il ne peut pas. Il a refusé jusqu'au dernier moment d'ouvrir cette lettre. Elle a gentiment pris la poussière durant les deux jours où il passait du bon temps avec Severus sans se soucier de rien. Mais maintenant, il n'a plus le choix.
Entre ses doigts tremblants trône la réponse de Ézéchiel. Dans sa précédente lettre, Harry lui a demandé si il serait possible que les deux sorciers se voient samedi à 14 heures -autrement dit dans 5 minutes- , lui signifiant qu'il était prêt et le laissant libre de définir l'endroit du rendez-vous et même de refuser sa proposition. Mais malgré ce dernier argument, Harry est presque certain que la réponse est positive.
C'est bel et bien Harry qui a lancé cette invitation. Et sa résolution d'aimer Severus dans son entièreté n'a toujours pas changé. Mais pourtant, pourtant, il ne peut pas refouler la vague d'angoisse qui étreint douloureusement son coeur.
Rassemblant tout son courage de Gryffondor, Harry décachette lentement l'enveloppe. Son regard vide parcourt les quelques lignes tracées d'une écriture soignée.
«Content de voir que ton Prince Ténébreux t'as enfin ouvert ses bras. Rendez-vous chez moi à 14h dans ce cas. Je ne voudrais pas que des oreilles indiscrètes entendent ce que j'ai à te dire.»
Harry s'affaisse un peu plus sur son matelas. Il est l'heure, il le sait. Avec un soupir d'appréhension, le Gryffondor se lève de son lit et se dirige lentement jusqu'aux barrières de transplanage. Alors que l'anxiété lui tord l'estomac, Harry transplane.
Le Survivant passe une main nerveuse dans sa chevelure corbeau et frappe à la porte.
«Harry! Quel plaisir de te voir!»
Ézéchiel apparaît, une paire de lunettes rectangulaires posées sur son nez.
«Moi de même, répond Harry un peu crispé. Depuis quand portes-tu des lunettes?
- Je n'en portes pas. Je travail sur un processus de vision nocturne.
- Oh... réplique-t-il très intelligemment.»
Ézéchiel accroche les lunettes à la monture épaisse au col de sa chemise blanche et invite Harry à prendre place.
«Un thé, café, chocolat chaud, jus de fruit?
- Je vais prendre un café avec du lait s'il te plaît.
- Très bien.»
Comme la première rencontre entre les deux sorciers, Ézéchiel fait apparaître de tasses de café fumant.
Un silence chargé d'appréhension emplit la pièce.
Finalement, après plusieurs petites gorgée de sa boisson brûlante, Harry s'exclame:
«Bon allez, dit moi qu'est-ce que Severus a bien pu faire de si terrible qu'on en finisse.
- Oui... félicitations pour vous deux d'ailleurs. Je suis vraiment content pour toi.
- Tu fuis.
- Non. Je tenais vraiment à te le dire, compte tenu de ce qu'il va suivre... Par contre, preuve de ton aveuglement, je n'ai jamais dit que Rogue avait fait quoique se soit de terrible.
- Ah oui? Alors qu'as-tu dit?
- J'ai dit que ce serait insupportable parce que tu prendrais sa défense sans arrêt. Et c'est toujours vrai. Je ne suis pas sûr de supporter que tu défendes ton Sevychou comme la prunelle de tes yeux. En réalité, ce dont j'ai vraiment peur, c'est que tu t'enfuies à toutes jambes pour ne plus jamais revenir. Et je ne veux pas que ça arrive. Parce que je tiens à toi Harry.
- Je ne partirai pas. Tu es mon ami maintenant Ézéchiel. Et même s'il reste quelques ombres sur toi et ta personnalité, j'apprécie ta compagnie.
- Sûr?
- Certain. Maintenant raconte-moi tout.
- Très bien, soupire-t-il. Vois-tu, Jones n'a jamais été et n'est que depuis récemment mon nom de famille officiel. C'est en vérité celui de ma mère. Celui dont j'aurais du me voir gratifier dès lors de ma naissance, si ma mère n'avait pas insisté.
Tout commence lors de ma tendre enfance. Jusqu'à mes six ans, j'ai vécu seul avec ma mère. C'était une jolie sorcière de Sang Pur aux yeux gris et à la peau laiteuse. Pendant six ans, j'ai vécu dans le conte d'un père aux exploits héroïques. Mon père était mon idole, bien que je ne l'avais jamais rencontré.
Puis un jour, Mère est morte. Je n'ai entendu qu'un bref cri étouffé et le temps que je descende les trois étages qui séparaient ma chambre du salon, ma mère était inerte sur le sol du salon, sans la moindre trace du coupable. J'ai appris plus tard que c'était en fait mon père le coupable. Nous n'étions que de la vermine pour lui. Un obstacle sur sa route glorieuse. Une mouche qu'on balaie du revers de la main.
Mais bref, reprenons là où nous en étions. Suite au meurtre, j'ai été placé dans un foyer d'accueil moldu. Ainsi, j'ai commencé à aller à l'école moldue, avec des enfants moldus, qui ignoraient tous de la signification de ce nom qui me collait à la peau. Moi je lexhibais fièrement, croyant toujours au mythe que ma mère avait fait naître dans mon esprit. Je me suis vaillamment accroché à l'idolâtre de la seule figure paternelle que j'avais.
Seulement, quand, quelques jours après mes onze ans, un vieux sorcier à la barbe blanche est venu me tirer de ce foyer, ma vie a encore une fois, radicalement basculé. J'ai donc fait ma rentrée à Poudlard, du haut de mes onze ans fraîchement atteints, et les problèmes ont commencé. Je l'ai su dès la Répartition quand mon nom a été énoncé à voix haute devant toute l'école réunie. Il y a eu un froid glaçant et des murmures horrifiés. J'ai vu le professeur McGonagall trembler légèrement en posant le Choixpeau sur ma tête innocente. Moi, naïf comme j'étais, je pensais qu'ils étaient sous le choc et ébahis d'admiration de voir que mon père était aussi influent et important. Mais je me trompais fortement.
J'ai été réparti à Serpentard. Les sorciers de ma maison me regardaient avec un mélange de crainte et d'admiration et moi je profitais crânement de ce que je pensais être ma célébrité. Il faut dire qu'après ma vie au foyer, je ne rechignais pas un peu d'attention... Quelle stupide erreur. Je chantais les exploits de mon père à qui voulait l'entendre et dès le deuxième jour, cela m'a valu de sérieux problèmes avec une troupe de Gryffondor de cinquièmes années. Il m'ont isolé, et se sont mis à me lancer toutes sortes de sorts en me traitant de monstre.
Dès lors, j'ai compris que ce nom qui m'avait été collé à la peau, n'était peut-être pas la bénédiction que je croyais. Mais je m'en fichais. Pour moi, mon père restait ce héro que j'admirais dans l'ombre. Cette personne qui était la seule qui aurait pu m'apporter l'affection à laquelle j'aspirais tant. Cruciale erreur.
Et ce nom Harry, j'ai appris à le haïr autant que je l'ai chéri. Peut-être l'as tu deviné, ce sorcier que j'admirais dont le sang impur coule dans mes veines, c'est Tom Elvis Jedusor.»
Les derniers mots de Ézéchiel contenaient tant de venin que Harry en reste un instant bouche-bée. Il reste sonné face à la quantité incroyables d'informations qui lui tombent soudainement sur la tête. Choqué, ne serait sans doute pas approprié pour décrire le vertige qui embrume son cerveau.
«Tu veux dire que... Voldemort était ton...
- Oui. C'était mon Père.
- Mais... sans vouloir te vexer... quel rapport avec Severus? Demande-t-il timidement.
- Ah oui, ton cher Severus. J'y viens. J'ai donc fini ma scolarité chaotique avec soulagement. C'est ainsi que je me suis tourné vers les Mangemorts. Je me suis précipité comme jamais personne ne l'avait fait sous le joug de cette personne qui était mon Père. Cependant, je n'ai jamais dit à aucun Mangemort que j'étais son fils. Le malheur de Poudlard était trop récent et quelque part, le garder pour moi renforçait son importance et son exclusivité. C'est à ce moment là que j'ai commencé à me présenter sous le nom de Jones. Et savoir que seul lui et moi savait ma véritable identité m'emplissait d'une joie presque malsaine.
J'ai donc joué activement mon rôle de Mangemort pendant trois ans. Trois ans à essayer d'attirer l'attention d'un père qui se fichait de moi comme de son premier Impardonnable.
Puis, tu es arrivé. Et tu as réduit le seul être qui m'étais cher en cendre.
Lorsque qu'il a ressuscité à la fin de ta quatrième année, je me suis à nouveau jeté à ses pieds comme son plus fidèle servant. C'est à ce moment-là que Lucius est entré dans ma vie. Je le connaissais déjà, bien évidemment. Mais c'est à cette période qu'un véritable rapprochement s'est opéré entre nous.
Et puis, nous avons commencé à sortir ensemble et j'ai totalement succombé à son charme. Peut-être que quelque part, c'est grâce à lui que j'ai réussi à prendre du recul sur la personne qu'était mon père. Il m'a donné l'affection et l'attention dont j'avais besoin. Et j'ai compris que même si une force irrésistible me poussait toujours dans les bras de l'ignoble chose qu'il était, je souhaitais aussi ardemment sa défaite. Pour me libérer de tout ça. Libérer tout ces innocents. Que la vie reprenne son du sur son âme infâme.
Au fil du temps, je me suis rendu compte que finalement, Lucius non plus ne m'aimait pas autant qu'il le prétendait. Il mexhibait aux yeux des Mangemorts comme un trésor. Et j'ai compris que cette action n'était vouée qu'à une seule chose, rendre jaloux un autre. Rendre envieux cette homme qu'il avait toujours voulu, le beau et insaisissable Severus Rogue.
- Quoi?!
- Ah, quand ça parle de Rogue, tu réagis tout de suite... Mais oui. Lucius voulait ardemment Severus. Et je n'en voulais même pas à mon pseudo amant. Quelque part, il était comme moi avec mon père, une obsession dont il n'a jamais pu se défaire. Mais rassure-toi, Rogue n'était nullement intéressé.
- Ouf, soupire-t-il malgré lui.
- Oui, oui, ton petit Sevynouchet est entièrement à toi. Bref. Arrive maintenant ta sixième année. Cette année où Rogue a tué Dumbledore. Cette année où mon père s'est mis à lui réserver une place encore plus particulière qu'auparavant. Cette année où Rogue a gagné ce que j'ai toujours souhaité. Cette année où Rogue m'a dérobé l'amour du deuxième être auquel j'ai jamais tenu.
Tu vois, Harry, même si ce n'était pas voulu, Severus Rogue m'a volé la moindre once d'amour de ma misérable vie.»
Les révélations sur Ézéchiel sont ENFIN tombées !
RAAAAAH j'ai tellement aimé écrire ce chap !
J'espère qu'il vous plait autant qu'à moi :)
