Severus referme doucement la porte de la chambre. Harry et lui sont rentrés la veille au soir de leur séjour de camping et Severus désire laisser à son amant le temps d'émerger tout doucement. À peine la porte est-elle close qu'une voix à sa droite l'interpelle:
«Alors Severus, j'ai appris que tu étais allé faire du camping?
- C'est exact Drago, déclare calmement Severus.
- Je n'aurais jamais imaginé que tu fasses une chose pareille.
- Pour être franc, moi non plus. Les Gryffondor changent les vies que veux-tu. Qui aurait cru que tu pourrais t'entendre avec Granger et Weasley?
- Je suis à peu près sûr, continue-t-il en ignorant la remarque, que jamais au grand jamais, tu n'aurais laissé un Gryffondor te forcer à faire quelque chose que tu ne veux pas...
- Harry ne m'as pas forcé. Cesse de dramatiser les choses ainsi.
- À moins que ce Gryffondor, poursuit Drago, ait-
- Des yeux verts et envoûtants? Ricane-t-il.
- Quelque chose de plus. Quelque chose qui pousserait ton attachement pour lui à se manifester de manière flagrante. Quelque chose comme une maladie hautement grave que se soit sur le plan aussi bien physique que mental.
- Qu'est-ce que tu-, commence-t-il d'un ton menaçant.
- Je me trompe? Insiste-t-il en plantant son regard dans le sien.»
Severus dévisage un instant son filleul.
«Cesse de faire celui qui ne sait rien Drago. Nous savons tous les deux que ce n'est pas vrai.
- Je n'ai eu le droit qu'à des suppositions. J'aimerais entendre l'avis d'un professionnel.»
Finalement, avec un lourd soupir, il finit par lâcher d'une voix lasse:
«Suis-moi. Allons dans un endroit plus calme.»
OoOoOoO
«Ahh! Potty est enfin réveillé! On va pouvoir prendre l'apéro! Ricane Drago alors qu'il est accoudé à un des fauteuils du salon.»
Harry descend les escaliers, pas tout à fait réveillé. Il s'échoue avec un soupir dans le canapé près de Severus.
«Qu'est-ce que tu fais chez moi de si bon matin Malefoy?
- Si bon matin, se moque-t-il. Il est midi passé.
- Ça ne répond pas à ma question.
- Ta femme a eu l'immense gentillesse de nous inviter -Weasley Granger et moi- à dîner même si elle est malencontreusement retenue au travail pour une affaire urgente -des problèmes avec son assistant il me semble. Alors me voilà. Je pense que la belette sera ravi d'apprendre que nous allons pouvoir commencer les festivités. WEASLEY! LA CHOSE QUI TE SERT D'AMI EST ENFIN RÉVEILLÉE!»
Une tête rousse et une brune apparaissent aussitôt dans lentrebâillement de la porte.
«Harry? Demande Ron.
- Lui-même.
- Comment ça va mon pote? Ça a été le camping avec le ba- avec Rogue? se reprend-il en apercevant le concerné à côté de son meilleur ami.
- Oui, c'était merveilleux. Merci de t'en inquiéter, renifle-t-il légèrement hostile.
- Bon ben... tant mieux. On peut manger maintenant?
- Mais très certainement Weasley. Asseyez-vous donc qu'on comble le trou qui vous sert de bouche, raille Severus.
- Je ne vous permets pas de-
- Je blaguais, Weasley. Je suis sûre que toutes les personnes ici présentes l'ont très bien compris.
- Je-
- Allez Ron, asseyons-nous, ordonne gentiment sa femme.»
Le rouquin s'exécute, déstabilisé par la scène étrange dont il vient d'être témoin.
«Alors? Que voulez-vous boire?
- Oh! Vous avez des chips, ou des olives ou...
- Votre ami vous proposait à boire, Weasley.
- Oh euh oui, rougit-il. Hum. Je vais prendre un Punch.
- Pareil pour moi, renchérit Hermione.
- Moi je vais prendre une bière, déclare Drago.
- Et moi du whisky. N'importe lequel, je ne suis pas difficile, décrète Severus.
- Et moi comme Severus! S'exclame Harry en se dirigeant vers la cuisine.
- Harry, l'avertit Severus. On a dit pas d'alcool fort. Tu sais très bien que ça ne fait pas bon ménage avec les potions.
- Mais-
- Pas de mais Harry.
- Je pense qu'il est plus sage que tu prennes quelque chose comme un Perrier Citron, propose prudemment Hermione.
- Je vois. Autrement dit, vous allez tous vous bourrer la gueule pendant que je boirais de l'eau pétillante. Soit.
- C'est pour-
- Mon bien. J'en ai conscience, conclut-il platement. Dans ce cas je reviens avec les boissons. Et la nourriture Ron, glousse-t-il après un coup d'oeil à son ami.»
Harry s'en va dans la cuisine. Un bref silence s'installe dans le salon de la demeure Potter.
Harry revient finalement, un plateau sur chaque bras. Il sert les boissons et pose la nourriture sur la table basse.
«Bon eh bien, trinquons!
- On trinque à quoi?
- Au début de l'été?
- Ça fait trois semaines que l'été a commencé Ron.
- Eh bien je ne sais pas moi, aidez-moi à trouver un prétexte!
- Je propose de dire qu'il n'y a pas de bonnes occasions pour boire! Ricane Drago.
- Avec plaisir.»
Les différents verres tintent en une polyphonie un peu dissonante mais d'une familiarité réconfortante. Chacun porte sa boisson à ses lèvres pour ensuite boire une gorgée plus ou moins grande du liquide. À peine Ron a-t-il fini d'avaler qu'il se jette avec entrain sur les chips, lui valant un gloussement moqueur de la part de sa femme.
L'apéritif se poursuit avec un calme impressionnant, sans la moindre prise de tête hormis quelques piques amusées. Les sorciers bavardent avec calme de divers sujets qui bien que banals, instaurent un climat agréable et détendu.
Les verres se vident doucement et Harry propose avec un sourire doux de passer à table. Tout le monde acquiesce, avec un entrain tout particulier pour Ron. La petite troupe s'attable avec bonne humeur et Severus va chercher une certaine enfant aux yeux verts pour le repas. Harry entreprend de servir tout ce joyeux monde, pour une fois agréablement détendu.
Alors que les conversations emplissent l'air de la cuisine avec entrain et que chacun déguste tranquillement ses pommes de terre rôties, Kingsley débarque avec bruit dans la salle à manger.
«Une nouvelle attaque vient d'être signalée.»
Trois têtes hallucinées se tournent avec brusquerie vers Harry.
«Quand? Demande prudemment Hermione.
- Un incendie a été déclenché il y a cinq minutes.
- Vous êtes absolument certain que-
- Les habitants ont paniqué dès les premiers signes de flamme et leur angoisse a redoublé quand une étrange marque est apparue dans les airs, à la façon de Lord Voldemort lui-même. Je vous laisse imaginer quel est le sigle qui est magiquement apparu...
- Les Reliques de la Mort?!
- Exact. Maintenant, si vous voulez bien prendre la peine d'écourter votre repas, un magasin prend feu.
- Bien sûr, bien sûr.»
Hermione, Drago et Ron se lèvent prestement, non sans une dernière bouchée de pomme de terre pour ce-dernier. Ils s'apprêtent à emprunter la cheminée quand Hermione se tourne vers Harry, légèrement hésitante:
«Tu viens Harry?
- Ah? Parce que ça y est? On a besoin de moi à nouveau ?
- Écoute, je suis franchement désolée.»
Et à sa tête épuisée, Harry devine qu'elle ne ment pas.
«Je n'ai pas envie de me battre avec toi et je sais que ce que nous avons fait n'était pas correct. Je te promets de tout t'expliquer au calme plus tard. Mais veux-tu bien venir quand même? Peut-être que ton point de vue pourrait nous apporter un nouvel angle d'approche.
- Mais il y a Lily-
- Je la garde, assure Severus. Va Harry.
- Tu es sûr?
- Oui imbécile! Dépêche-toi le feu ne va pas attendre bien gentiment à ce que tu te décides pour détruire le bâtiment.
- Merci Severus, soupire-t-il avec soulagement.»
En compagnie de Hermione, Harry se laisse aspirer par la cheminée.
Les Aurors atterrissent dans une maison abandonnée du Chemin de Traverse et Harry s'inquiète un instant pour Ginny qui travaille non loin de là. Cependant, son attention est vite requise alors qu'une forte odeur de fumée emplit ses poumons. Un énorme brasier brûle abondamment devant ses yeux. Harry reconnaît avec horreur le magasin de farces des jumeaux Weasley. Il regarde la charpente du toit se décomposer alors que face à son regard horrifié se tient fièrement le symbole triangulaire des Reliques de la Mort, brillant d'une fumée blanche surnaturelle. Un parchemin lévite également à ses côtés. Mais cela, Harry le remarque à peine car un cri strident retentit à sa droite.
Et alors que Kingsley s'efforce de jeter des sorts pour contenir le feu, Harry songe qu'il devrait sûrement l'aider. Mais le temps semble se ralentir quand il voit une tâche rousse courir à toute vitesse vers le magasin encore décoré de flammes vives sur son toit. Harry sent sa gorge se serrer alors qu'il tente de crier. Mais, pour une raison inexplicable, ses lèvres restent désespérément closes. Il sent l'effroi l'envahir petit à petit et une plainte sourde parvient à ses tympans:
«George!»
C'est alors que Harry perçoit une silhouette immobile au milieu des cendres, les mains tendues vers le ciel comme s'il invitait l'incendie à venir le cueillir. Il devine une chevelure rousse flamboyante à la lumière du feu restant.
Ron continue sa course effrénée jusqu'à son frère aîné. Harry le voit avec une sorte de détachement franchir le seuil carbonisé. Comme s'il vivait la scène de l'extérieur, comme si ce n'était pas réel. Alors que Ron tente de parcourir la maigre distance qui le sépare maintenant de George, Harry la voit. Il voit cette poutre de charpente tomber. Il voit la chute mortelle qu'elle effectue. Il la voit écraser sans plus de pitié son meilleur ami. Il la voit lui ôter la moindre parcelle de vie et réduire son corps en cendres.
Il se demande un instant si tout cela n'est pas un rêve. Après tout, c'est une scène des plus improbables, n'est-ce pas? Tout est si flou et éloigné que durant l'espace d'un merveilleux instant, Harry parvient à se convaincre qu'il va gentiment se réveiller dans les bras de Severus.
Puis, une poigne de fer se crispe sur son avant-bras. Un cri de douleur lui vrille le cœur et les tympans. Il se tourne, assommé par le trop plein d'action, vers sa meilleure amie aux traits contractés par la douleur, le choc, et l'effroi.
Puis ensuite, tout se passe trop vite pour lui. C'est comme si quelqu'un avait soudainement remis le monde en marche. La transition entre ces deux états le fait tituber. Il voit brièvement Ginny arriver en courant, un tablier encore autour de la taille qui demande à Hermione ce qu'il se passe. Il n'entend que sommairement la réponse désespérée de Hermione qui montre la bâtisse maintenant dépouillée de toute flamme. Il ne fait pas plus attention au ricanement dément et amer qui sort de la bouche de George à la vue de la poutre qui a réduit son frère en cendres. Pas plus qu'il ne se formalise des pleurs et des cris provenant des deux femmes à sa droite. Il ne tient pas non plus compte de Drago qui lui lit avec une voix plate le parchemin qui flottait quelques instants plutôt dans le ciel:
«Chers Aurors,
Je dois vous avouer que cette petite flambée ne faisait point partie de mes plans. Mais j'ai vu ce magasin se dresser de toute sa splendeur alors même qu'il y a longtemps qu'il aurait du être réduit en poussière et j'y ai vu une occasion excellente de vous faire passer mon message.
Je vous avez mis en garde, de ne pas traîner dans mes affaires. Vous ne m'avez pas écouté. Vous vous entêtez à découvrir qui je suis en bons Aurors stupides et curieux que vous êtes. Ce que vous êtes crédules. Ils sont beaux les rescapés de guerre, incapable d'apprendre de leurs erreurs.
Pendant que vous faîtes mine de fouiller sans trop oser y toucher, je vous montre ma pleine puissance, histoire de bien vous faire comprendre à qui vous vous attaquez. Comment espérez-vous m'arrêter? Je suis invisible, agile, et doté d'une ruse que vous ne possédez visiblement pas. Vous pensez encore, en bon petits héros, pouvoir sauver d'odieux criminels de leur sort funeste. Car vous, les "gentils", vous considérez par votre héroïsme écoeurant que tout le monde mérite une vie peu importe à quel point les crimes commis sont graves. Vous êtes pathétiques.
Maintenant, laissez-moi ouvrir vos petits yeux fragiles. Voici venue l'heure de la justice. De mes pleins pouvoirs, j'orchestrerai ses étapes avec soin. Il est temps que la Mort reprenne son droit sur la Vie. Chers Aurors, chers citoyens, nous entrons dans une nouvelle ère.
Je vous souhaite la bienvenue dans l'Éveil de la Mort.
Bien cordialement, Le Maître.»
Drago finit sa lecture, la voix légèrement tremblante. Mais Harry est incapable d'enregistrer la moindre parole qui est sorti de sa bouche. Il trébuche loin de Drago, la situation l'embrasant avec une intensité suffocante. Sa poitrine se comprime violemment et il se met à haleter. La tête se met à lui tourner et il suffoque.
Et alors, il fait la dernière chose dont il est capable: il transplane.
Harry s'appuie contre le mur et remarque avec détachement qu'il se trouve devant le Moonlight Paradise. Il ne pense pas un instant à se préoccuper que des potentiels Moldus aient pu le voir apparaître de nul part et s'engouffre dans le bar. Il titube avec maladresse jusqu'au comptoir et renvoie d'un geste vague la salutation d'Amélie.
«Qu'est-ce que je te sers mon petit Ryry? Demande chaleureusement Alan, le barman.
- N'importe quoi. Mais quelque chose de fort, ordonne-t-il avec lassitude.
- Une peine de cœur?
- Non Al'. Juste une envie très forte de se saouler.
- Je vois, je vois.»
Al' se retourne sans plus de question et commence à préparer un cocktail avec une bonne dose d'alcool. Harry s'accoude sur le plan de travail, abattu. Il repasse avec hantise les derniers événements de la journée. Il est tellement absorbé par ses souvenirs qu'il n'entend pas la personne qui s'approche de lui.
«Alors alors, mais ne serait-ce pas le grand Harry Potter dans un bar Moldu?»
Harry se retourne en sursaut vers son interlocuteur. Ses traits retrouvent immédiatement une expression d'épuisement profond.
«Oh la ferme Ézéchiel. Laisse-moi juste me bourrer la gueule dignement.
- Mais avec plaisir! Al', tu me prépareras la même chose que Harry.
- Dac' Zéké!»
Le sorcier se hisse sur le tabouret à la gauche de Harry et le contemple silencieusement. Leurs deux boissons arrivent alors et Ézéchiel remercie le barman d'un hochement de tête. Il entreprend ensuite de siroter lentement la liqueur tandis que Harry l'imite d'un air penseur.
«Dois-je deviner que ton état à un rapport avec cet incendie qui a été déclaré il y a peu de temps?
- Mmmoui...
- Je m'y attendais.
- Suis-je si- Mais. Attends une minute, comment es-tu au courant?
- Haha, il se trouve que j'ai un ami Ministre qui me tient au courant de l'enquête.
- Et pourquoi- Non. Laisse-tomber, je n'ai pas envie de savoir.»
Ézéchiel opine doucement et prend une autre gorgée d'alcool. Les deux sorciers restent ainsi à siroter leur boisson et contempler le vide.
Au bout d'un certain moment, Ézéchiel se lève et époussette légèrement ses vêtements. Il se racle la gorge avec un air théâtral:
«Hum. Hum. Très cher Monsieur Potter, me feriez-vous l'immense honneur de m'accorder cette danse?»
Harry pense un instant à décliner l'offre fermement mais sa volonté vacille quand il voit le sorcier aux gris qui lui lance un énorme sourire. Après une brève hésitation, il finit par accepter.
Harry se laisse entraîner sur la piste de danse. Ézéchiel collent leurs paumes de main ensemble. Contrairement à la dernière fois, la musique n'a rien de douce et langoureuse et est même plutôt festive. Ézéchiel entraîne alors Harry dans une danse endiablée aux mouvements désordonnés et peu esthétiques. Cependant, malgré ce drôle de rythme, Harry se laisse peu à peu aller. Au bout de plusieurs chansons, Ézéchiel a même droit à un petit sourire détendu et soulagé.
Harry est tellement pris dans ce cocon de joie innocente, son dos collé au torse de son partenaire de danse après un mouvement de toupie, qu'il ne remarque pas l'homme aux longs cheveux noirs qui pénètre sans douceur dans le petit bar.
Vous avez donc -enfin- une explication claire du titre.
Vous avez également, une aide flagrante pour trouver le meurtrier.
Sur ce, je vous souhaite une merveilleuse journée.
