Il s'avance parmi la brume encrée de la nuit. Une légère bruine pleure sur Londres, fouettant gentiment les pans de la cape fluide qui le recouvre dans son entièreté. Il erre dans les détritus de l'Allée des Embrumes, calculant avec une délectable précision chacun des pas le rapprochant de sa victime. Il continue sa lente procession, tel un fantôme perdu entre les murs en décoloration, un être en perdition, une âme consumée par la folie jusqu'au moindre soupçon.

La tête volontairement baissée, Le Maître contemple les pavés crasseux, tandis que dans son esprit torturé se joue en boucle une scène de torture qui le consume d'un plaisir difficilement contenu.

Un décompte machinal résonne dans les profondeurs de ses cavités mentales. Un compte à rebours avant que ne sonne le glas de La Mort.

Sa lente démarche finit par se stopper.

Il relève la tête et, avec un sourire triomphal, découvre une habitation à la façade miteuse.

D'un sort informulé, il se débarrasse de l'obstacle qu'est la porte. Le Maître s'engouffre alors dans un couloir aux tapisseries arrachées par le temps et les fous qui peuplent le logement. Il monte les marches de bois avec précaution. Puis, arrivé au premier étage, il se dirige vers la deuxième porte à la peinture décrochée par endroits irréguliers. Avec délicatesse et dextérité, il tourne la poignée poussiéreuse. Il se glisse dans le petit appartement aux relents d'alcool. D'un pas fluide, il pénètre dans le salon.

Après une brève évaluation de la pièce, il remarque que sa victime est avachie dans le canapé troué, buvant goulûment le liquide ambré caractéristique d'une bouteille de whisky.

Il s'approche avec agilité et d'un geste brusque, envoie valser la malheureuse bouteille d'alcool.

Surpris, l'homme chétif face à lui lance des regards suspicieux dans la pièce.

«Qui est là?! s'écrie-t-il.

- Tic, tac, l'heure de la Mort a sonné Macnair, lui chuchote une voix douceureuse au creux de l'oreille.»

Le concerné se retourne vivement, bien que son geste soit ralenti par l'alcool, comme piqué vif.

Le tueur consent finalement à révéler son visage au Mangemort, dans un pur esprit égoïste et vengeur. Il se déleste de sa cape en un mouvement souple et calculé.

«Mais je te connais toi tu n'es qu-»

La fin de sa phrase est coupée par un gargouillis, du à une entaille sur son flanc. Le sang imbibe ses vêtements miteux d'une jolie tâche vermeille alors que ses yeux s'agrandissent de stupeur et il regarde avec surprise la personne face à lui.

«Dis-donc-

- Tais-toi Macnair. Ta voix rocailleuse écorche mes fragiles tympans.

- Mais-

- Tu laissais parler tes victimes toi peut-être? Tu les laissais exprimer un dernier souhait? Une dernière volonté avant de les assassiner lâchement? Je crois que non. Et il est d'ailleurs grand temps que tu saches ce que cela fait. Le tueur tué, ricane-t-il avec un air diaboliquement satisfait. »

Avec un sourire carnassier, le meurtrier s'empare de sa fidèle baguette et tranche la gorge de sa victime, le plaisir enivrant chacun de ses sens détraqués.

OoOoOoO

«Potty! Amène-toi, un nouveau meurtre a été déclaré! Hurle un certain blond depuis la cheminée du salon.

- J'arrive Malefoy!»

Harrydévale les escaliers le plus vite possible. Il passe une main nerveuse dans sa tignasse brune afin d'essayer vainement de la recoiffer. Il s'engouffre avec empressement dans l'âtre brûlant d'une fumée verte.

Harry atterrit dans une maison insalubre. Il se demande un instant pour quelle raison il se trouve dans une demeure en tel état de délabrement. Puis, il remarque le cadavre de Macnair et ses deux amis qui entourent le canapé aux morceaux arrachés. Il s'approche d'eux et observe lui aussi la tête décapitée qui gît pitoyablement au sol.

«Quand est-ce arrivé?

- On ne sait pas. C'est un voisin qui nous a prévenu alors qu'il rendait visite à Macnair.

- Mais... Il n'était pas déjà mort? Il me semblait que Hagrid l'avait catapulté à travers la Grande Salle, non?

- Je le pensais aussi, intervient Hermione. Cependant il faut croire qu'il a réussi à s'échapper...

- Effectivement.»

Harry remarque que son amie paraît un tantinet moins fatiguée que lors de sa visite de la semaine précédente. Cela fait maintenant deux semaines que Ron est décédé et même si les premiers jours ont été un vrai calvaire, Harry se remet étonnamment bien de cet événement tragique. Il faut dire que la présence de Severus y est pour beaucoup. Mais le brun est content d'observer que sa meilleure amie se stabilise doucement elle aussi.

Un ange passe durant lequel les trois Aurors contemplent d'un il morne le cadavre sanglant, tandis que chacun est perdu dans ses propres réflexions. À la surprise générale, c'est Hermione qui finit par briser le silence:

«Bon. Vous savez, j'ai beaucoup réfléchi ces derniers-temps.

- C'est donc à ça que tu passes tes nuits! Non parce que tes cernes sont si grandes que je me demandais ce que tu faisais de tes nuits. Aurais-tu un a-»

La boutade de Drago est coupée par le brutal coup de coude qu'il se reçoit dans les côtes. Harry apprécie énormément le sarcasme du blond. Mais parfois, il faut savoir faire la part des choses. Et en loccurrence, Harry doute que sa remarque aurait été bien prise. Après un petit toussotement sec, Hermione reprend:

«Je disais donc. J'ai beaucoup réfléchi et je pense que notre technique d'approche n'est pas la bonne. Le Tueur a raison. Depuis le début, on se contente de tenter de découvrir son identité avec les maigres indices qu'il veut bien nous laisser voir. Si on veut en venir à bout, il faut agir et cesser de se cacher derrière des excuses à la noix.»

Harry admire un instant l'aura de force et de détermination qui se dégage de la brune. Il ne se trompait pas quand il affirmait qu'ils ressortiraient transformés et plus forts de la mort de Ron. Le vent du changement a visiblement commencé à souffler.

«N'oublions pas non plus qu'il y a deux semaines on pensait encore que c'était-»

Cette fois-ci, le coup de coude vient de la part de Hermione qui lui lance un regard tranchant d'avertissement.

«Hé! C'est pas bientôt fini ces coups de coude? Je suis pas votre punching-ball humain non plus.

- Si tu n'essayais pas de dire des âneries, il n'y en aurait pas, ricane Harry.

- Les garçons concentrez-vous s'il vous plaît. Il faut que nous réfléchissions à un moyen de l'arrêter une bonne fois pour toutes. Pris sur le fait ou pas. Qu'avons-nous comme indices qui nous permettent de deviner ses faiblesses? Questionne-t-elle à voix haute en faisant les cent pas sur le parquet vieilli.

- On sait qu'il est possiblement détraqué mentalement, commence le Serpentard.

- Qu'il en veut aux Mangemorts.

- Rectification, à tous ceux qui ont atteint Potter d'une quelconque façon.

- Excepté l'incendie de la semaine dernière qui ne rentre pas dans cette logique.

- On peut donc en venir à la conclusion que ce magasin représentait quelque chose de symboliquement haineux pour lui, avance-t-elle.

- Peut-être quelqu'un serait-il jaloux d'une certaine Weaslette.

- C'est absurde Ginny et moi...

- Oui. Je sais. Mais cette information n'est pas publique.

- Vrai...

- Nous savons aussi qu'il est assez proche de toi pour savoir où tu habites et pour pouvoir te voler juste sous tes yeux endormis, continue Drago.

- Par extension, nous savons qu'il détient les Reliques de la Mort...

- Mais oui!! C'est ça sa faiblesse! S'exclame la brune en se stoppant brutalement devant la fenêtre sans vitre.

- Tu développes...? Je ne vois pas vraiment en quoi des Reliques surpuissantes peuvent être une faiblesse...

- Justement! Bien que se soit sa plus grande source de pouvoir, c'est aussi sa plus large faille. Admettons qu'il tire son pouvoir de ces trois objets, il nous suffirait de les détruire pour qu'il se retrouve totalement impuissant. Je ne sais pas exactement comment fonctionne ces Reliques et ce qu'il se passe si elles sont réunies par une seule et unique personne, décrète-t-elle en regardant le ciel qui pleure maintenant sur Londres.

- Hum. Au dernières nouvelles, j'ai été le possesseur de ces trois objets Mione.

- Mais tu n'as pas eu l'occasion de t'en servir à ce moment-là.

- D'ailleurs je te rappelle que j'ai cassé la baguette de Sureau avant de la lancer dans un gouffre. On est même pas certain que le tueur soit en possession de cette dernière.

- C'est vrai. Mais c'est quasiment certain. Lui-même a déclaré l'avoir. Et l'état des victimes est souvent déplorable, il faut posséder une grande puissance magique pour réaliser des sorts de découpe aussi précis avec une baguette.

- À moins qu'il utilise des méthodes moldues.

- Je ne sais pas... Il y a quelque chose que je ne parviens pas à cerner. Quoiqu'il en soit, si la baguette de Sureau est en sa possession, cela signifie qu'elle n'est pas destructible rien qu'en la brisant en deux. J'irai faire des recherches là-dessus. En attendant, réfléchissez-y aussi de votre côté.

- Oui Chef! Réplique Drago en ricanant.»

Harry décide qu'il est temps pour lui de prendre congé des deux Aurors. Il les salue avec la promesse de se revoir bientôt, puis transplane.

Il arrive aux barrières de protection et commence sa marche habituelle jusqu'à sa demeure. Il aurait très bien pu user de la cheminée, mais il a besoin d'un petit moment pour enregistrer toutes les informations qui viennent de lui être données. Harry tourne encore et encore les moindres détails de leur conversation dans son cerveau. Si bien que cela finit par lui donner un mal de tête conséquent.

Il arrive avec soulagement à la porte d'entrée et s'empresse de se réfugier dans la chambre après un sort de séchage pour se débarrasser des résidus de pluie sur sa cape.

«Enfin rentré? S'enquit Severus.

- Oui. J'ai discuté un peu avec Malefoy et Hermione.

- Et qu'en avez vous conclu?

- Je n'ai pas envie d'en parler maintenant, soupire-t-il. J'ai juste envie de... souffler un peu.

- Je comprends... Tu veux un bon moyen de te détendre? Demande-t-il soudainement inspiré.

- Oui! s'exclame-t-il bruyamment.

- Dans ce cas suis-moi.»

Severus entraîne son amant par la main. Il le fait dévaler une fois de plus les marches de marbre. Et sans se laisser le temps de réfléchir, Severus ouvre la porte et attire son Gryffondor dehors.

Depuis quelques instants, la pluie s'est intensifiée. Harry observe l'eau se déverser sur leurs corps immobiles avec incompréhension.

«Qu'est-ce que tu fais Severus? On va attraper froid.»

Un faible sourire agite les lèvres du potionniste alors qu'il rapproche son amant jusqu'à ce que ses lèvres soient au niveau de son oreille.

«C'est moi le rationnel alors si je te dis de te laisser aller c'est que tu peux me faire confiance, lui murmure-t-il.»

Severus retourne son amant avec douceur et plaque son dos contre son torse. Il saisit les deux bras du Survivant et les étend de chaque côté de sa cage thoracique, paumes vers le ciel.

«Allez, laisse-toi aller. Tourne ton visage vers le ciel et imagine que la pluie te lave du moindre de tes soucis.»

Le Gryffondor s'exécute silencieusement, les yeux fermés. Harry sent le martèlement irrégulier des gouttes sur son visage. Elles roulent sur sa peau hâlée et le délestent du poids de ses réflexions. La fraîcheur de la pluie contraste avec la migraine qui martèle son crâne et provoque un effet grisant.

Les lèvres de Harry finissent par s'étirer joyeusement et il ouvre ses yeux. Il observe l'orage qui se dépose sur le verre flou de ses lunettes. Et alors, spontanément, il éclate de rire. Un rire enfantin. Un rire joyeux. Un rire libérateur. Il se décolle de Severus pour se mettre à tournoyer avec euphorie, son corps épousant la colère du ciel.

Severus l'observe faire, les bras croisés, un sourire inébranlable peint sur ses lèvres fines. D'ordinaire, Severus n'est pas quelqu'un qui aime la pluie. Bien au contraire. Mais en voyant l'orage dehors, il s'est dit instinctivement que c'est ce qu'il fallait à son amant. Et il avait raison.

Harry tourbillonne pendant que le ciel déverse sa rage liquide sur le monde des mortels. L'eau épouse sa peau juvénile avec délicatesse et roule le long de son corps emporté par l'ivresse. L'immensité gronde de colère et crache sa foudre venimeuse tandis que Harry rit de plus belle. L'averse torrentielle s'infiltre dans chacun de ses pores.

Finalement, au bout de plusieurs minutes, Harry baisse sa tête pour adresser un regard heureux à Severus. Il l'aperçoit quelques mètre plus loin, les cheveux collés par la pluie. Il se met alors à courir vers lui, les bras tendus, comme un enfant se réfugie dans les bras de sa mère. Severus décroise ses bras pour se préparer à recevoir son amant.

Harry se jette avec tellement de force sur son potionniste que celui-ci profite de son élan pour le faire tournoyer dans les airs, l'espace d'un court instant. Cette action à pour effet de provoquer un nouvel éclat de rire fugace chez le Survivant. Harry se réceptionne, le regard pétillant. Il pose ses doigts glissants sur la peau pâle de la mâchoire de Severus.

Et les deux sorciers s'embrassent, d'un amour enflammé par la tristesse des cieux.


Hello !

J'ai pris la liberté de choisir la version du film où Harry "détruit" la baguette de Sureau et non celle du livre où il la remet dans le tombeau de Dumbitch. Les deux collaient mais je me suis dit que ce serait plus compréhensible et concret pour vous.

Bref voilà, j'espère que ça vous plait et que le suspens n'est pas trop long et ennuyeux...