Une petite maison se tient là, emprisonnée dans les filets obscurs de l'astre nocturne. Un rayon lunaire éclaire l'allée bordée de roses aux pétales pourpres. Une légère brise berce la cime des arbres alentours. L'harmonieuse symphonie des animaux noctambules résonne dans l'air emprunt du parfum estival.

Une ombre malfaisante se glisse dans l'épaisseur de la noirceur de la campagne. Elle pénètre avec agilité dans le petit cocon privé de la propriété.

Une porte éclate en un milliers d'éclats tranchants, à l'image de la quiétude des lieux dormants.

Des hurlements stridents, déchirent le voile de minuit de leur chant dissonant.

Du sang souille le parquet et prive de vie des corps pantelants.

Un ricanement, tranchant comme du verre, achève la parade du fou dément.

Et ainsi, un meurtre dans la nuit, guidé par la folie, sous les yeux enorgueillis du monde endormi, se perd dans l'infini.

OoOoOoO

«Harry...»

Hermione se tient devant son ami, un léger pli soucieux venant froisser la peau lisse de son front.

«Allez Granger, crache le morceau, il s'en remettra. Potty a réussi à résister par deux fois au sortilège de mort, après tout. Ce n'est pas une petite mort de rien du tout qui va l'abattre, ricane Drago, nonchalamment appuyé contre la cheminée du salon de Harry.

- Que se passe-t-il 'Mione? Demande-t-il avec douceur.

- Le Maître de la Mort a encore une fois frappé. Il s'est dénoncé lui-même en nous envoyant le coeur de ses victimes dans un colis anonyme.

- Ses victimes...? Il y en a eu plusieurs? Et par Merlin, ce type est vraiment cinglé au point d'envoyer le coeur de personnes mortes...

- Oui...

- Et qui est-ce?

- ...Les Dursley. Les Dursley ont été assassiné, Harry.

- Oh..., répond Harry, avec une répartie fascinante.»

Le brun à lunettes s'assoit avec prudence dans le fauteuil à sa droite. Il prend un instant pour analyser les émotions qu'il ressent.

Il serait un euphémisme de dire que les Dursley n'étaient pas la famille dont rêvait Harry. Pendant des années, Harry a profondément souffert du traitement de ces gens qui étaient supposés être sa seule famille. Cependant, même si c'était inconscient, c'est eux qui ont offert la protection de sang à Harry, lui permettant ainsi d'éviter les dangers certains du monde sorcier. Et somme toute, Pétunia et Dudley n'étaient pas si terribles que cela, juste enorgueillis par leurs principes. Avec le temps, Harry a appris non pas à leur pardonner toutes les injustices dont il était victime -le petit garçon trop longtemps enfermé dans un placard ne le peut pas- mais à éprouver une certaine indifférence à leur égard.

Et pour ces multiples raisons, Harry ne ressent rien à cet instant. Non pas dans un réflexe inconscient de son cerveau pour se protéger de la nouvelle comme le fait Ginny. Juste parce qu'il n'y a rien à dire, rien à penser, rien à regretter, rien à pleurer, rien à fêter, il n'y a simplement rien. Peut-être aurait-il dû être affligé par cette nouvelle. Ou bien alors satisfait de ce contre-coup du sort. Mais le fait est qu'il est juste purement indifférent face à cette nouvelle.

Des inconnus morts dans une campagne déserte, inscrits sur l'épais tableau des victimes de la folie humaine.

«Je vais bien, déclare-t-il après un temps de latence.

- Certain Potty? Tu as l'air anormalement doté de réflexion pour quelqu'un qui va bien.

- Oui, absolument certain, réplique Harry avec un léger sourire pour confirmer ses dires.

- Je suis heureuse de le constater.»

Hermione serre brièvement l'épaule en un geste de soutient amical.

«Bon, eh bien puisqu'il n'y a aucun abattement à gérer, parlons de choses sérieuses, décrète la brune avec un air concentré. J'ai cherché un moyen pour détruire ces reliques, mais elles semblent désespérément indestructibles. Résistantes à l'eau, au feu, à l'acide, au venin, en bref, à toutes les méthodes auxquelles un Moldu pourrait avoir recours... c'en est exaspérant.

- Et un sortilège?

- Eh bien oui, je suppose que cela marcherait. Mais je n'ai pas vraiment d'idée concrète concernant son identité. Il n'est pas courant de vouloir détruire des objets résistants aux moyens de destruction basique. Habituellement, les sorciers se contentent d'extraire la magie malfaisante de l'objet en question. Or, je ne crois pas que ces reliques contiennent une quelconque magie noire, bien qu'elles soient considérées comme maléfiques.

- Et si, nous utilisions la magie noire justement pour réduire ces foutues reliques en poussière? Propose Drago.

- J'y ai pensé. Et premièrement, la magie noire est une force dangereuse avec laquelle il ne faut pas jouer. J'ai peur qu'elle engendre des conséquences désastreuses sur celui qui lance le sort.

Deuxièmement, j'avance la possibilité que les Reliques de la Mort absorbent ce sort et ne deviennent encore plus dangereuses... Je m'explique. Ces objets, déjà séparément, sont d'une extrême résistance et puissance. Mais réunis, c'est encore pire et de ce que j'ai pu analyser, ils forment une sorte de cohésion avec leur possesseur, quel qu'il soit, et possèdent donc une grande adaptabilité. De ce fait, je suppose que ces reliques feront tout pour contrecarrer la moindre chose qui viendrait entraver la montée en puissance de leur maître. J'avance donc la théorie qu'elles seraient en mesure d'absorber de la magie noire en quelque sorte et de se l'approprier. Et je pense pouvoir affirmer que nous n'avons pas besoin qu'elles deviennent encore plus maléfiques qu'elles ne le sont déjà.

Bien sûr, tout cela ne reste qu'une supposition. Mais je ne préfère pas courir un tel risque.

- Tu as raison Hermione... seulement, comment allons-nous faire?

- J'ai continué mes recherches. J'ai dérivé sur les procédés pour extraire la magie noire et suit tombée sur une incantation qui pourrait nous intéresser.

- Et pourquoi tu ne l'as pas dit plus tôt Granger!!! Ça nous aurait évité de nous faire croire que ces reliques étaient venues à bout de l'acharnement d'une Granger déterminée.

- J'y viens Malefoy, lui répond-elle en lui lançant un regard noir. Donc, cette incantation consiste à extraire la magie d'un sorcier. C'est un procédé très ancien qui était utilisé au temps du Moyen Âge, quand être un sorcier était terriblement mal vu.

- Mais 'Mione, on parle d'objets et non de personnes.

- Et tu ne vas pas me faire gober que ce truc ne contient pas une once de magie noire!!

- Justement, non, aucune magie noire, bien que je ne saisisse pas comment cela est possible. En fait ce sort consiste simplement à canaliser sa magie dans un objet-

- Attends. Et si c'était ce que sont ces objets? Des réceptacles de magie? Cela expliquerait leur extrême puissance! S'exclame Harry.»

Hermione hoche lentement la tête, le regard grave.

«C'est ce à quoi j'ai pensé également. Ou tout du moins, une technique qui y ressemble.

- Donc tu penses qu'en effectuant le contre-sort -s'il existe- cela rendrait ces objets inoffensifs? S'interroge Malefoy.

- Oui, il serait possible que cela redevienne des objets magiques quelconques. Mais je ne sais pas. Le problème étant qu'il faudrait une personne pour recevoir ce gain magique. Or, acquérir toute cette puissance d'un coup serait bien trop dangereux...

- Je pensais que tu avais trouvé l'incantation Granger! Franchement tu aurais pu faire mieux! Raille-t-il. Maintenant on tourne en rond...

- Je sais. Je pense tout de même que le contre-sort pourrait nous aider. Mais il faudrait le modifier... et aucun de nous n'a des capacités et des connaissances suffisantes en magie pour y parvenir...

- Il faudrait en parler à Kingsley, peut-être connaît-il quelqu'un apte à nous aider, suggère le Sauveur.

- C'est possible... J'irai lui en faire part...»

OoOoOoO

Sur la pointe des pieds, Harry se faufile dans le laboratoire de Severus. Il prend un instant pour observer son amant de dos. Les rayons brûlants de l'été offrent un éclat doux à ses cheveux soigneusement coincés derrières ses oreilles. Et la légère fumée que dégage son chaudron met en relief son dos courbé par la concentration et sa silhouette élancée.

Harry s'avance, un air attendrit plaqué sur le visage. Il se place derrière son amant et vient l'enlacer par derrière avec douceur. Il se love dans son cou et lui murmure:

«Bonjour Severus. On travaille dur à ce que je vois.»

Severus frémit imperceptiblement à la soudaine étreinte. Il continue cependant à ajouter des ingrédients, comme si la présence du Gryffondor ne le perturbait pas outre mesure.

«Oui, nous ne sommes pas tous des Gryffondor paresseux, ricane-t-il.

- Je ne suis pas paresseux! Je peux être très utile quand je veux!

- Ah oui? Prouve-le! défie-t-il en lui fourrant un tas d'herbe entre les mains.

- Mais- je- Quoi?

- Toujours aussi éloquent. Allez, dépêche-toi d'effiler ces plantes! On va vérifier que ta formation d'Auror ne t'as pas été aussi inutile qu'il n'y paraît.»

Passé la surprise, Harry s'avance aux côtés de Severus et dépose son précieux fardeau sur le plan de travail. Il se met alors au travail et commence à effiler les tiges devant lui.

«Puis-je savoir ce qu'on prépare?

- Ta potion.

- Ah... d'accord.»

Harry résiste à l'envie d'ajouter un commentaire. Il doute de sa capacité à rester suffisamment concentré le cas échéant.

Une fois qu'il a fini, Harry tend les filaments à Severus. Ce-dernier les évalue avec un hochement satisfait de la tête. Il les ajoute à la mixture qui dégage une légère tiédeur. D'un geste du poignet, Severus fait venir à lui six paires d'ailes de scarabées et Harry comprend qu'il est supposé les concasser. Il se munit alors du pilon au bout de la table et entreprend de réduire les ailes en poudre.

Après plusieurs minutes de travail, une mince poudre blanche et brillante trône fièrement au fond de son bol de pierre. Severus la récupère d'une main habile et en saupoudre le liquide bleu pétrole.

Severus indique à Harry de venir se placer entre lui et le chaudron d'un geste vague de la main. Le jeune homme s'exécute. Severus prend le dos de la main de son compagnon dans la sienne et entremêle ses doigts aux siens. Il amène leurs mains jointes à l'agitateur et remue consciencieusement la potion.

Une douce fumée s'élève du chaudron et vient envelopper les deux amants d'une vapeur tiède. Une senteur fraîche de menthe pommelée envahit l'atmosphère et berce Harry de son odeur familière. Il se laisse aller contre le torse de Severus alors qu'ils continuent à mélanger dans le sens des aiguilles d'une montre. Severus dépose un tendre baiser dans ses cheveux tandis que leur potion vire doucement au vert.

Après quelques minutes, Severus force son amant à lâcher l'agitateur, regrettant vaguement de briser leur bulle de quiétude.

Le Maître des Potions fait venir à lui une rangée de fioles vides. Il se redresse légèrement et se décolle de Harry pour lui laisser la tâche de verser le liquide vert pomme dans les réceptacles. Severus se poste un peu plus loin pour observer son amant concentré dans sa tâche. Un rictus amusé joue sur ses lèvres alors qu'il contemple le petit plissement de concentration logé dans le creux des deux émeraudes vertes.

«Peut-être que tu n'es finalement pas si inutile que ça, décrète-t-il.»

Un léger sourire vient orner ses lèvres fines que son amant lui rend chaudement, les yeux teintés de la lueur tiède du soleil et de la tendresse de leur amour.


Bon les amis, on avance !! Lentement... Mais sûrement ! Avez-vous de nouvelles théories ?