Il lézarde avec discrétion parmi les innombrables couloirs éclatants d'une blancheur à en pâlir.
Il avance avec habilité, contournant le personnel qui grouille tel une fourmilière.
Finalement, il arrive dans un couloir abandonné, aux murs toujours aussi blancs; le coin des oubliés. Le Maître de la Mort se glisse jusqu'à la troisième porte et pénètre dans la pièce avec un silence parfait. Il regarde un instant le malade, dans son lit aux draps propres. Ses boucles châtains reposent autour de sa tête, tel un soleil terne. Son visage pâle est paisible, plongé dans un sommeil artificiel voué à être éternel. Ainsi, il semble déjà mort.
Le Maître de la Mort ôte son capuchon, révélant son visage sous l'éclairage artificiel de la pièce. Il extirpe sa baguette de ses manches invisibles afin d'éveiller le patient d'un sort habilement maîtrisé.
Sa victime ouvre quasi-instantanément les yeux et papillonne un moment.
«Salut toi, lance-t-il quand son regard se pose sur le Maître de la Mort. On se connaîtjolie tête? Où est passé ton corps? Et où sommes-nous d'ailleurs? C'est chez toi ici? C'est un petit peu trop blanc et trop petit, non?
- Vous ne vous souvenez de rien, pas vrai? Dîtes-moi, comment vous appelez-vous?
- Vous êtes ridicule, bien sûr que je me souviens de qui je suis! Je m'appelle... Comment je m'appelle?
- C'est bien ce que j'affirme. Vous avez oublié.
- Je- Comment cela se fait-il?
- Mais c'est trop facile d'oublier. Vous devez vous souvenir du mal que vous avez fait et de l'imposture qu'était votre vie.»
Avec rage, le tueur entaille l'épaule du malade.
«Le temps de la réminiscence est arrivé Lockhart. Ainsi, vous saurez en pleine conscience de vos actes avant que la Mort de vienne vous cueillir.»
D'un mouvement souple du poignet, Le Maître de la Mort énonce le contre-sort du sortilège d'oubli.
Il crible ensuite sa victime de coups, tâches vermeilles venant souiller la pureté des draps. Le sorcier, perdu dans les brumes du souvenir, ne régit même pas au nombre incroyable de blessures qui parent maintenant son corps de mille et une douleurs.
Lassé de son manque de réaction, Le Maître s'enfuit, laissant sa victime récupérer la mémoire avec lenteur.
Gilderoy Lockhart finit par émerger de sa transe après des instants d'une intensité presque insoutenable. Il remarque avec un regard blême l'état actuel de son corps, la souffrance montant peu à peu à son esprit. Et, avec un réflexe de survie, il agrippe fermement la poignée d'alarme au dessus de son lit. Petite bouée de sauvetage, lui donnant l'espoir de sortir des eaux tumultueuses de l'agonie.
OoOoOoO
«Harry nous n'avons pas de temps à perdre, nous nous rendons à Sainte Mangouste. Maintenant.»
Hermione tire son meilleur ami par le bras, réduisant son ouvrage en un tas de pages pliées sur le beau parquet. Drago regarde les deux amis revenir dans le salon en ricanant de la situation du brun. Hermione le foudroie du regard avant de les entraîner tous les deux dans l'imposante cheminée du salon.
Les trois sorciers arrivent dans un bureau aux tons gris, agrémenté de grandes armoires aux centaines de dossiers strictement rangés.
«Nous avons fait aussi vite que possible docteur. Emmenez-nous le voir immédiatement.
- Bien. Suivez-moi dans ce cas.»
La femme aux chignons strict et à la longue blouse blanche les guide parmi les couloirs blancs, jusqu'à une chambre où plusieurs docteurs sont rassemblés.
Dans le lit, au centre de la pièce, gît Gilderoy Lockhart, le souffle court et le corps en sang.
«Nous sommes arrivés trop tard, déclare un des hommes. Le patient a subi un état de transe du à la récupération de souvenirs et était donc dans l'incapacité de nous alerter plus tôt. Si nous avions pu arriver quelques minutes plus tôt, peut-être aurait-il été possible de faire quelque chose. Mais dorénavant, il ne lui reste plus que quelques minutes à vivre. Je vous laisse le soin de l'interroger, bien que son état me semble assez précaire.
- Merci, déclare sèchement Hermione.»
Elle se poste près du malade et demande d'une voix douce:
«Lockhart, vous m'entendez? C'est Hermione Granger.
- Je vous entends, gargouille-t-il piteusement.
- J'ai besoin que vous me disiez, avez-vous vu votre meurtrier?
- Harry Potter... Ronald Weasley... Il faut les oublietter. Ils ne doivent pas savoir! s'écrie-t-il avec des yeux exorbités.»
Ce brusque excès d'énergie a pour conséquence d'ouvrir un peu plus ses plaies sanglantes. Lockhart est alors pris d'une quinte de toux, crachant des caillots écarlates sur les draps plus si blancs que ça.
«Professeur, insiste-t-elle, je dois savoir.
- Harry... Potter.
- Professeur! Rugit-elle en le saisissant par les épaules. Répondez. Avez-vous vu la personne qui vous as redonné vos souvenirs.
- Oui, siffle-t-il, dans un éclair de lucidité, la voix rauque.
- Comment était-il?»
Le sorcier se redresse, à nouveau saisit par une toux tonitruante.
«Professeur comment était-il?! Le presse Hermione en le secouant.
- Je ne suis pas très sûr, commence-t-il dans un souffle ténu, les yeux déjà éclairés par l'au-delà. Je crois que-»
Nouvelle quinte de toux, venant maculer la cape de la brune.
«Professeur je dois savoir.
- Je suis... fatigué, articule-t-il très laborieusement. Laissez-moi...dormir.»
Et Gilderoy Lockhart rend l'âme sous les yeux foudroyants de Hermione Granger.
La sorcière se relève avec une rage contenue. Elle se tourne vers les deux Aurors et déclare sèchement:
«Partons. Il n'y a plus rien à voir.
- Hum. Mione, si je peux me permettre, tente Harry avec hésitation.
- Quoi? Réplique-t-elle sans douceur.
- Peut-être que... Enfin je dis ça comme ça hein, je ne sais pas si c'est une bonne idée mais-
- Parle Harry, s'agace-t-elle.
- Oui, pardon. Eh bien, nous pourrions utiliser Lockhart comme moyen de pression, propose-t-il en se rapprochant d'elle pour être sûr que personne n'entende.
- Lockhart est mort.
- Je sais bien, merci. Mais Le Maître de la Mort n'en sait rien. Il faut l'utiliser à notre avantage Mione. Imagine un peu. Un sorcier qui a vu son visage, capable de révéler son identité à n'importe quel moment. Ne penses-tu pas qu'il se précipiterait droit sur ce témoin indésirable afin de l'éliminer?Même si Lockhart ne connaissait pas le tueur personnellement, il aurait très bien pu nous le décrire à nous, ou bien nous aurions pu fouiller dans ses souvenirs nous-même. »
La brune l'observe longuement, pesant sûrement le pour et le contre en une lutte intérieure. Finalement, elle déclare d'une voix pensive, où lanimosité précédente n'est plus qu'une intonation légèrement cassante:
«C'est possible. Oui. Ça pourrait marcher.»
Hermione se met à faire les cent pas devant la chambre du mort. Elle marmonne un instant, sous les regards calmes mais curieux de Drago et Harry.
«Oui! C'est même pas bête du tout! S'écrie-t-elle triomphalement tandis que son visage s'éclaire au fil des secondes. Je sais les garçons! J'ai un plan!
- Ah, voilà notre Granger préférée qui est de retour.
- Écoutez-moi bien. Parce que je pense que nous tenons notre chance d'enfin l'anéantir.»
Elle s'approche un peu plus d'eux, afin d'être sûr de la privatisation de ses paroles. Drago se garde bien de rétorquer que, la dernière fois également, le plan avait pour but de l'anéantir, mais concentre plutôt son attention sur Hermione.
«Voici ce que nous allons faire. Nous allons publier un article dans la Gazette comme quoi Lockhart, bien que blessé, n'est pas mort et a été transféré dans une maison de notre choix. Nous indiquerons qu'il n'était jusqu'à une date choisie, pas interrogeable puisqu'il se remettait des séquelles de son attaque. Nous noterons ensuite qu'une date d'interrogatoire a été fixé.
Dans cette maison, nous allons installer un piège -un peu comme les moldus- d'une grande puissance qui immobilisera Le Maître de la Mort dès que son pied invisible franchira le seuil de la porte. Nous n'aurons donc pas à nous inquiéter outre-mesure de son aspect invisible car le sort de détection s'en chargera pour nous. Il sera de ce fait, bien plus aisé de lui retirer les reliques, tout en prenant en compte le fait qu'il soit invisible.
Je pense d'ailleurs que tu devrais y aller seul Harry. Il m'est d'avis que cela dissuadera Le Maître de la Mort de tenter quoique se soit, il aurait bien trop peur de te blesser et tu as l'air de compter particulièrement pour lui.
Toutefois, continue-t-elle avec un air pensif. Nous ne pouvons pas te laisser y aller totalement seul non plus, cela serait négliger ta sécurité. Et il ne faut RIEN négliger. Peut-être que-
- Pourquoi pas Severus? propose Harry. Il est assez neutre dans toute cette histoire. Et puis, matière défense, il sera suffisamment puissant pour me protéger en cas de problème.
- Je- Je n'y avait pas pensé, mais oui. C'est une bonne idée, approuve-t-elle. Oui, cela pourrait réellement marcher, déclare-t-elle alors qu'elle repasse dans sa tête le plan sous toutes ses coutures. Oui. Voyez-vous quelque chose à ajouter? Une faille que j'aurais oublié?
- Juste une dernière chose, ajoute gravement le blond. Que comptes-tu faire à propos de ces informations qui filtrent? Comment s'assurer que cette fois, le Tueur n'en saura rien?
- Je ne vois qu'un seul moyen. Nous n'en parlons à personne. Absolument personne. Sauf Severus, évidemment.
- Pas même Ézéchiel? Demande Harry, sourcils froncés.
- Pas même Ézéchiel, répète-t-elle, avec un ton catégorique accompagné d'un regard suggestif.
- D'accord.
- Dans ce cas, je commande des pièges et je vous tiens au courant dès qu'ils sont arrivés.
- Ok Granger mais pense à ajouter l'option peinture fluorescente pour être sur que ce bigleux de Potter puissent bien voir Le saucisson de la Mort!
- J'y penserai Malefoy, merci, lâche-t-elle avec un petit sourire.»
Les trois Aurors se dirigent vers la sortie, l'esprit déjà plus léger qu'à leur arrivée.
Avant de se séparer, la brune les retient un instant pour leur déclarer:
«On va y arriver, vous savez. On en viendra à bout. Je le sais.»
Elle leur adresse un sourire confiant avant de disparaître avec le craquement caractéristique d'un transplanage.
«Bien sûr qu'on va y arriver, on à Saint Potter avec nous, comment voulez-vous faire meilleur porte-bonheur? Même un trèfle à quatre feuilles ne rivalise pas avec Celui-Qui-A-Survécu-À-Deux-Putains-De-Sortilèges-De-Mort, raille le blond avant de s'éclipser lui aussi.»
Étrangement, les paroles de ses deux amis ne le rassurent pas du tout, loin de là, il sent la boule de l'angoisse se nouer un peu plus dans sa gorge.
OoOoOoO
«Bon, maintenant puis-je savoir pourquoi j'ai le droit à un amant qui tire une tête pareille? Demande Severus en retombant sur le matelas, avec la tête caractéristique de quelqu'un qui vient joyeusement de s'envoyer en l'air.»
Harry grimace contre son cou, mi-amusé, mi-agacé par la question.
«Puis-je profiter de mon moment post-orgasmique en paix?
- Non, tu ne peux pas, rétorque le Potionniste en mordillant doucement son épaule.Allez, crache le morceau. Avoir un Gryffondor maussade est encore moins appréciable qu'un Gryffondor tout court -c'est pour dire.»
Harry sourit faiblement et roule sur le côté, la tête tournée vers le plafond. Severus s'accoude à ses côtés, passant une main distraite sur le torse de son amant.
«C'est le plan de Granger, pas vrai? Il te chiffonne, je le vois bien.
- Non, ça n'a rien à voir avec le plan en lui-même.
- Avec ce tueur alors?
- Oui, soupire-t-il. En vérité, ça m'angoisse de plus en plus de découvrir qui est sous cette cape. J'ai un mauvais pressentiment Severus. Un très mauvais.
- Cesse de te tracasser et agis en bon petit Gryffondor, fonce tête baissée.
- Mais j'ai l'impression que cette découverte va... faire éclater certaines choses... notamment des relations. C'est forcé. Ce tueur est proche de nous Severus. Je suis probablement ami avec ce meurtrier. Comment veux-tu que tout aille bien après ça?
- Je ne sais pas, soupire-t-il. Mais ce dont j'ai conscience, c'est que te faire un sang d'encre à ce sujet ne changera rien. Ce qui arrivera arrivera, nous y ferons face à ce moment-là... Ensemble, ajoute-t-il après un léger temps d'hésitation.
- Tu me promets de rester à mes côtes, toi au moins? Je ne supporterais pas que tu me laisse...
- À jamais Harry. À jamais, murmure-t-il.»
Severus dépose un baiser rassurant sur les lèvres de Harry. Il entoure ensuite son corps de ses bras puissants, l'attirant dans une étreinte protectrice. Comme si elle avait le pouvoir de le préserver des sombres songes et de la lourde vérité qui pèse au dessus de sa tête, attendant le moment propice pour s'abattre sur sa silhouette frêle, sans pitié aucune.
Voici donc un nouveau petit chap !
Que pensez-vous de leur plan cette fois-ci? Vont-ils réussir à votre avis?
