Regardant au loin à travers une fenêtre, il lâcha un léger soupir de frustration et se retourna de nouveau vers ses interlocuteurs. La majorité des Lord présents dans la salle étaient les plus vieux alliés de la couronne du Nord. La reconquête de Winterfell fut éprouvante, bien plus qu'il n'aurait pu l'imaginer, laissant la demeure de son enfance en proie aux vilenies les plus effroyables, à la main des Bolton et de leurs horribles traditions. Sa mariée dû mettre au monde un enfant mort-né plus au sud ne lui permettant pas de faire son deuil correctement. Mais qui pouvait se permettre le luxe du deuil d'un enfant – fut-ce t-il héritier de la couronne – lors d'une guerre aussi effroyable et inutile ? Sa chère sœur ne se trouvait pas aux côtés de Bolton le bâtard mais Jeyne la traîtresse se fit passer pour Arya afin de légitimer la perfidie de la moitié des Lord du Nord. Il était parti célébrer l'alliance des Frey et des Stark lorsqu'il eut vent de la prise de Winterfell ainsi que de la boucherie dont furent victimes ses deux petits frères, Bran et Rickon. Tous deux écorchés et brûlés vifs. Deux petites dépouilles impossible à reconnaître et à honorer leurs deux tombes vides comme celles de tant d'autres. Ses deux sœurs portées disparues depuis le meurtre du roi Baratheon à son propre mariage. Catelyn Tully-Stark sa propre mère s'est laissée mourir de chagrin après autant d'épreuves et ses enfants décimés. Ne pouvant compter que sur lui-même il reprit Winterfell et tout le Nord grâce au courage de ses plus fidèles vassaux et l'arrivée inopinée mais salvatrice des dragons.
L'heure de la reconstruction a sonné.
Un raclement de gorge le ramena au temps présent et à la discussion menée jusque là.
Une voix affable brisa le silence « Votre Majesté, ne serait-il pas plus judicieux de promettre la main d'une de vos sœurs à l'héritier du trône de fer, ne serait-ce que pour assurer la stabilité du royaume au moins jusqu'à la prochaine génération ? Vous savez que trop bien comment nous et les petites gens avons souffert. »
Robb se retourna et toisa lord Manderly « Cher lord Manderly, merci de me rappeler à mes devoirs et aux devoirs de mes sœurs envers le royaume. J'avais peur que vous suspectiez mon incompétence dû à mon manque d'action bien que nous ayons repris ensemble le Nord en mon nom, je n'aimerais pas devoir vous rappeler votre position. » Il rajouta d'un air narquois « Et aussi malheureux que cela puisse paraître, je me dois de vous rappeler que sans nouvelles contraires, mes sœurs sont aussi vivantes que mes frères. Spéculer sur leurs noms ne m'apparaît pas adéquat vue la situation. Si le Nord doit apporter son soutien à la couronne du Royaume du Sud cela ne se fera pas avec les Stark. »
L'homme plus âgé laissa passer un moment avant de déclarer son retrait. Peu à peu la salle du conseil se vida et Robb se laissa tomber sur un des fauteuils près du feu. Il soupira de nouveau et regarda dans les flammes. Est-ce que sa famille était vraiment décimée ? Etait-il vraiment le dernier des Stark ? Pourrait-il avoir une descendance avec une femme qui avait subi tellement d'épreuves en si peu de temps ? Une femme qu'il avait épousé par amour peu de temps après avoir pris le commandement des armées du Nord et avec qui il n'avait pas connu de vie maritale en temps de paix. Assurer la survie de sa lignée, la vie de ses vassaux, de ses alliés, des paysans et des habitants du château, remplir ce rôle aussi jeune ne lui avait jamais traversé l'esprit. Il y a encore quelques années il se trouvait dans la cour principale du château à s'entraîner avec des épées de bois avec Theon et Jon. En fermant bien les yeux il pouvait revoir Bran s'essayer au tir à l'arc et se faire battre par Arya. Un peu honteux il réalisa que les rires de ses plus jeunes frères et sœurs résonnaient de moins en moins fortement dans ses souvenirs.
Vent Gris rentra dans la pièce et s'allongea à ses pieds, sa chaleur lui redonna du baume au cœur. Il se rappela de cette jeune fille aux cheveux couleur corbeau, aux yeux gris comme la pluie et de sa fidèle Nyméria. Il se rappela de son doux sourire et de sa joie de vivre. Il se rappela aussi de ses vêtements crottés peu importe les châtiments promis par leur mère. Son incapacité à garder des vêtements propres, à ne pas les trouer à cause d'une de ses aventures était la cause de fous rires intenses entre les garçons et de soupirs frustrés de la part de Sansa. Leur adolescence fut douce comparée à ce qu'ils ont vécu en si peu de temps. Encore hier ils se baignaient tous aux sources chaudes et s'ils étaient vraiment courageux ils allaient au bois-aux-loups pour se baigner dans la fraîcheur des lacs les plus proches du château. Les garçons se trouvaient toujours flanqués des petites sœurs jusqu'à ce que Sansa décrète qu'elle était trop âgée et que se baigner avec des garçons n'était pas digne d'une lady. Depuis lors elle jugeait fortement sa petite sœur qui ne voyait pas pourquoi elle devrait se priver elle aussi de baignades aussi délassantes et joyeuses en compagnie de ses garçons préférés. Le problème se fit sentir lors d'une énième sortie avec les trois plus âgés et Arya. Le souvenir d'un Theon tout troublé par la vue du corps nu de sa petite sœur le fit pouffer du nez. Theon qui se pensait être le tombeur de ses dames n'avait pas pu contrôler son corps malgré le froid de l'eau lorsqu'il se rendit compte que la petite tête de nœud était en train de se transformer en véritable jeune fille, ses formes se faisant de plus en plus présentes. Après un fou rire et quelques moqueries bien senties il fut décidé que les escapades nues dans l'eau se termineraient à partir de ce moment évitant d'autres moments embarrassants. Il fallu des explications alambiquées et des promesses envers leur petite tête de nœud pour qu'elle accepte ce changement inopiné, son caractère innocent n'ayant pas compris l'ampleur de la situation. Expliquer que ce n'était pas un manque d'amour envers leur crotte préférée qui leur faisait prendre cette décision. Le petite fille très sensible, se remettait en question constamment lorsqu'elle pensait être mis en dehors des activités fraternelles. Des années d'harcèlement de la part de sa sœur et de Jeyne avaient mis bien à mal sa confiance en elle. Encore à ce moment ses surnoms naturels accentuaient sa nature sauvage et ne la mettaient pas en valeur du point de vue de leur noblesse. La cruauté fraternelle la fit passer pour une enfant sans amour propre et peu consciente d'elle-même. Bien sûr elle aussi s'était moquée de Theon, imitant ses grands frères mais du haut de ses douze ans la nature du changement de taille du sexe du grand garçon lui avait complètement échappé son rire pouvait se traduire par une tendance à vouloir faire pareil que ses modèles de référence, une manière à elle de s'intégrer.
Penser à Theon le refit se concentrer sur les flammes mourantes du foyer devant lui. Il se retourna, frissonnant, vérifiant que la pièce se trouvait bien vide. Il pensa au lendemain et au jour d'après. Dans peu de temps sa femme sera de retour à Winterfell et peut-être que la vie retournera comme avant. Même si l'absence de sa fratrie lui laissait un trou béant à la place du cœur, il se devait de penser au futur pour le bien de tous. Pour le bien de tous...
[ Sans toi je me sentais perdu,
comme :
Sans toit dans ma propre demeure
Quand tu n'es pas là
Ton odeur me hante
Je ne peux m'arrêter de penser à toi
Car je t'aime malgré tout ]
[ Mon âme se meurt
L'idée même de ta peau fait battre mon cœur un peu plus fort
Ils peuvent dire ce qu'ils veulent, nous ne ferons qu'un
Nous nous unissons et nous nous battrons
Tu es l'ombre de mon âme
Tu es la lumière de mon cœur
Car je t'aime malgré tout ]
[ Sans visage tu étais dans mes songes
Si longtemps sans ton rire et je me perdais
Perdu dans une mer de désespoir
Toi seulement peut me sauver
Toi seulement peut réparer ce qui a été cassé
Car je t'aime malgré tout
Qu'en es-t-il de toi ? ]
[ Te rappelles-tu de notre jeunesse
Quand nos malheurs se résumaient à des trous dans nos vêtements ?
Te rappelles-tu de notre enfance
Nos yeux rieurs cachés
Nos mots non dits
Notre amour interdit
Te rappelles-tu, mon amour ?
Car je t'aime malgré tout ]
Il se réveilla en sursaut, les membres engourdis et la nuque raide, le foyer éteint. Cela faisait plus de deux semaines qu'il avait reçu la réponse qu'il attendait tant, la cour de sa femme était en marche et devrait arriver à la fin du mois à Winterfell. Le manque de chaleur le fit frissonner, il se leva, fit entrer Vent Gris dans sa chambre et l'autorisa à monter sur le lit pour réchauffer ses pieds. Encore une journée de passée, sans humanité.
- 900 Miles - The Avener
