Salut ! Et c'est parti pour une nouvelle histoire ! Celle-ci sera plutôt courte. Moins de 10 chapitres. J'espère qu'elle va vous plaire !

Je ne sais pas encore avec quel rythme je vais la publier. Un chapitre chaque semaine ? toute les deux semaines ? Une alternance avec une autre histoire ? Bref, on verra bien samedi prochain :)

disclaimer : les personnages et l'image de cover ne sont pas à moi.

Bonne lecture !


Héritage

Partie I : Seppuku

Akashi Seijuro met son kimono de cérémonie. Il le fait mécaniquement, l'esprit préoccupé par des choses bien plus importantes. Il noue le obi, met ses chaussettes et soupire lourdement une fois sa préparation terminée. Il se regarde une fraction de seconde dans le miroir.

Seijuro sort ensuite de sa chambre et va rejoindre son père dans le salon. Celui-ci est assis sur le canapé, penché sur la table basse en verre, en train d'écrire la fin d'une lettre. En entendant son fils arriver, Masaomi Akashi dépose son pinceau et se tourne vers lui.

-Tu es prêt ?

Masaomi Akashi est lui aussi habillé avec un kimono traditionnel. Il aussi élégant qu'à son habitude, le dos droit, le menton haut. Seijuro sent sa gorge se serrer.

-Ce serai plutôt à moi de vous poser cette question.

Masaomi Akashi ne répond pas et retourne à sa calligraphie. Il dépose son pinceau une fois la lettre achevée. Puis, il la plie et la glisse dans une enveloppe. Masaomi Akashi regroupe les trois lettres qu'il a écrit et se lève du canapé.

-Allons-y.

Seijuro regarde son père sortir du salon. Il a du mal à le suivre, il sent son cœur de plus en plus lourd. Ils se dirigent tous deux vers le dojo de la demeure. Masaomi entre le premier. Il retire ses chaussures et avance sur le tatami. Son fils l'imite. Il vient s'asseoir à genoux. Son père aligne les trois lettres devant lui et s'assoit à son tour, face à son fils. Les deux hommes dévisagent le tanto posé à côté de Masaomi.

-Tu te souviens de toutes les consignes ? Demande Masaomi.

-Oui, père.

-Récite-les moi.

Seijuro baisse les yeux et regarde le tatami.

-Je dois partir au plus vite avec les lettres. Ouvrir la première avant de quitter la maison pour savoir où je dois aller. Je dois me déplacer le plus discrètement possible, ne parler à personne. Je dois disparaître le temps que tout se calme.

-Exact.

Un silence pesant envahit le dojo. Les deux hommes ne savent plus quoi se dire. Masaomi regarde son fils. La ressemblance avec Shiori Akashi est frappante. Seijuro a son visage fin et un peu féminin, son nez légèrement retroussé, sa peau pâle et ses cheveux roux. A vrai dire, Seijuro n'a de son père que les yeux.

Les secondes s'écoulent. Masaomi tend finalement la main vers le tanto, le saisi et le soupèse. Des flashs de la mort de son père lui reviennent en mémoire. Il aurait aimé ne pas faire subir ce traumatisme à Seijuro.

Seijuro regarde le tanto. Il ne sait pas quoi dire. Il tremble. Il sait qu'il est impossible de faire revenir son père sur sa décision. Dans la famille Akashi, depuis des temps immémoriaux, les hommes déshonorés se font seppuku. Et dans une famille aussi influente que celle des deux hommes, les trahisons et déshonneurs sont fréquents. Seule une vingtaine d'héritier de la lignée Akashi ne se serait pas suicidé. Mais ce n'est pas pour autant qu'ils sont morts de vieillesse... Assassinats, guerres et accidents ont clairsemé les rangs de la famille au fil des générations. L'espérance de vie est courte quand on naît avec le patronyme Akashi. Les femmes ne sont pas épargnées : obligées de se suicider à la suite de leur mari, ou assassinées pour divers motifs.

Seijuro a grandit sachant que ce sort lui pendait au nez. Son grand-père s'était fait seppuku sous les yeux de son fils, Masaomi, alors âgé de vingt-six ans. Seijuro n'était qu'un bébé à cette époque. Sa grand-mère était morte à la suite de son mari. La mère d'Akashi Seijuro, Shiori, étant morte dans un accident treize ans auparavant, elle n'aura pas à subir ce sort. Seijuro sait qu'il n'aurait pas supporté de voir sa mère mourir sous ses yeux de cette façon. Il aurait tout fait pour la convaincre de déroger à la tradition.

Seijuro sait qu'en cet instant, son père pense à la même chose. Tous deux ont les pensées tournées vers Shiori, heureux qu'elle ne soit pas présente.

Dans la pièce flottent des centaines de non-dits. Seijuro aimerait confier ses pensées à son père. Mais il ne l'a jamais fait avant. Jamais ils n'ont discuté de leurs sentiments. Leur lien père-fils est proche de celui employé-employeur. Mais à cet instant qui s'étire à l'infini, Seijuro se rend compte qu'il souhaite plus que tout créer ce lien qui aurait dû exister depuis longtemps. J'ai peur, père. Je ne veux pas vous voir disparaître. Que va-t-il m'arriver ? Puis-je espérer une vie longue et paisible ? Vais-je devoir courir pour échapper à la mort ou bien, comme vous, l'embrasser avant mes cinquante ans ?

-Seijuro, finit par dire Masaomi. J'espère que tu comprends les raisons qui me poussent à faire ça.

-Oui, père, répond son fils à mi-voix.

-Fera-tu ce que je t'ai demandé ? Jusqu'au bout ?

-Oui, père.

-Il y a beaucoup de choses que je ne t'ai pas dit... J'aurai voulu te transmettre plus, mon fils.

-Vous m'avez déjà beaucoup appris, père.

-Pas assez... Je te souhaite, Seijuro, de ressentir ce que je ressens. Cela signifiera que tu aura eu des enfants et que tu les aura vu grandir. Tu réalisera que le temps a passé trop vite et qu'ils vont prendre leur envol. Tu vas avoir peur qu'ils ne puissent s'en sortir sans toi. Tu vas te rendre compte qu'il y a des choses que tu aurai voulu leur dire.

Seijuro a conscience du double sens du discours de son père. Il le regarde droit dans les yeux. Son père a peur. Son père a beau s'y être préparé, il ne veut pas mourir. Pas pour comme ça, pas si tôt.

-Tu ressemble tant à ta mère...

Cette pensée semble donner courage à Masaomi. Il serre fort le tanto dans sa main et d'un geste vif, précis, enfonçe la lame dans ses entrailles avant de s'ouvrir le ventre. Seijuro ouvre la bouche, il veut crier. Mais aucun sons ne sort de sa gorge. Il ferme les yeux quand le corps de son père s'effondre sur le sol. Masaomi se tourne de telle sorte que son fils puisse le moins possible voir la blessure.

Le sang se répand sur le tatami du dojo. Seijuro reste assis à genoux, les mains fermement serrées. Il pleure en silence. Il faut qu'il reste ainsi jusqu'au dernier soupir de son père. Il l'entend lentement mourir, gémissant de douleur.

Seijuro attend une dizaine de minutes. Les larmes trempent ses joues. Ce moment sera le dernier où il pourra se permettre de craquer. Ensuite, il faudra qu'il soit calme et solide.

Les râles de son père cessent. Seijuro ignore s'il est mort ou s'il a perdu trop de sang pour garder conscience. L'odeur de sang a empoissonné toute la pièce. Seijuro récupére les trois lettres placées devant lui et se leve. Ses jambes tremblent. Il quitte d'un pas rapide le dojo et ne regarde pas en arrière. Il ferme la porte, remet ses chaussures et part en courant vers le manoir.

Il est déjà dix heures du soir. Seijuro doit faire vite. Il monte jusqu'à sa chambre, retire ses vêtements et enfile une tenue plus citadine. Un jean droit noir, des baskets, un t-shirt et un sweat. Le tout sans motif ni marques apparentes. Rien ne doit le rendre reconnaissable.

Pour passer le plus inaperçu possible durant sa mission, Seijuro efface le rouge de ses cheveux. Il applique une teinture noire sur sa chevelure. Il voit de cette manière disparaître l'héritage de sa lignée. Les cheveux rouges des Akashi... Se contenter d'effacer cette couleur peut-il pardonner tous leurs péchés ?

Le scandale a éclaté il y a quelques mois. Des fouilles dans un vieux villages de provinces ont ramené de la surface des archives. La province en question appartenait aux Akashi à l'ère d'Edo, l'époque où la famille était composée de samouraï au service du Shogun. Les archives décrivent les conquêtes sanglantes de la famille et tous les massacres qu'ils ont perpétrés. De nombreuses familles voisines ont été envahies. Les Akashi n'ont pas toujours agit selon les ordres. Certains de ces massacres n'ont eu lieux que pour le profit et le gain de territoires.

La famille Akashi a toujours eu deux facettes : les guerriers, près à tout pour la gloire, pour conquérir, peu importe ce qu'on sacrifie pour cela et les commandants, ceux qui planifient minutieusement les choses, ceux qui agissent dans la finesse, selon les ordres et qui préfèrent une union plutôt qu'une conquête. Au collège, Seijuro avait dû choisir entre ces deux facettes de lui-même. Il était alors capitaine de l'équipe de basket. Il avait dû choisir entre chercher à unifier les forces de ses amis pour atteindre la victoire, ou bien les écraser pour les diriger. Après un combat intérieur, il a opté pour la première méthode, plus proche de ses valeurs. Mais son père, par exemple, utilise la seconde dans son travail.

Quand les massacres des Akashi ont été révélés, le déshonneur tomba sur les derniers survivants de la lignée : Masaomi, son fils et Nagasuke, le cousin de Seijuro. Mais celui-ci, jeune drogué emprisonné depuis peu pour trafic, s'est déshonoré tout seul. Les familles qui ont été victimes de ces massacres demandèrent réparation. On déterra alors la vieille légende qui dit que les cheveux des Akashi sont devenus rouges au fil des générations à cause du sang de leurs victimes.

Face aux accusations et à la pression de la famille Nakasawa, une puissante famille dirigeant une entreprise rivale et ayant d'étroits liens avec les yakuzas, Masaomi décida de se faire seppuku pour rétablir son honneur.

Mais il reste encore un Seijuro. Et Masaomi sait parfaitement que les Nakasawa n'en resteront pas là.

Pendant que le teinture agit, Seijuro ouvre la première lettre.

Seijuro,

Face au scandale qui touche notre famille, aux menaces et j'ai reçu et aux informations qui m'ont été donné, j'ai décidé d'honorer la tradition de notre lignée. Tu es désormais le dernier Akashi, avec ton cousin. Je te demande d'aller voir la famille Nakasawa et de remettre à leur dirigeant, Hiro Nakasawa, le document qui accompagne cette lettre.

Mes espions m'ont informé qu'il avait prit contact avec les yakuzas de Kyoto pour qu'ils m'éliminent si je ne suis pas mort ce soir. J'imagine qu'ils ne feront pas dans la dentelle et te tueront également.

Quitte le manoir au plus vite.

Ne te retourne jamais.


Bonne ambiance, hein ? Bah, ça change pas de d'habitude ! Je ne me souviens plus quelle a été mon inspiration pour cette histoire...

Je pense qu'il y a un problème de temps dans ce chapitre... Il est rare que j'écrive au présent et lors de passages explicatif, je ne savais pas trop quel temps utiliser (la concordance des temps a toujours été mon principal problème).

Sinon, ce que j'aime dans cette histoire, c'est le lien qui unis Masaomi et Seijuro.

Bref, bisous !

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