Hello tout le monde!
Voici ma participation pour le [Calendrifinement] lancé par Lae sur L'Éclaireuse!
Le thème d'hier, "Elfe" a fait l'objet d'une fic par Milou-sarcastic-yaoiste qui s'appelle "Les démons qui ont pris mon frère" et le thème de demain, "Formel", sera écrit par Leptiloir!
J'ai donc écrit un petit truc sur le thème "Ragnarök" parce que je suis une fangirl de la mythologie norse, hihi! Je devais écrire un texte comptant entre 500 et 5000 mots - je suis à un peu moins de 4000 ici, donc normalement ça marche!
J'espère que ce sera clair, hehe! Si ce n'est pas le cas, n'hésitez pas à me poser vos questions!
J'espère aussi, naturellement, que ça vous plaira!
Bonne lecture!
Il y a des choses qui, malgré la répétition, ne se perdent jamais.
Par exemple, peu importe le nombre de fois qu'elle devait recommencer, Xion (non, Skuld) n'oublierait jamais l'odeur de l'arbre-monde. La fraîcheur de ses feuilles. L'étrange douceur un peu rêche de son écorce.
Chaque fois que le cycle recommençait, elle reprenait son métier à tisser comme si elle ne l'avait jamais quitté. La texture des fils du destin ne changeait jamais, et inlassablement, elle tissait les mêmes tapisseries que toutes les fois précédentes.
Et pourtant, à chaque fois que le cycle recommençait, il lui était toujours difficile de se rappeler qui elle était. Qui ses sœurs étaient. Pas Xion, Skuld. Pas Naminé, mais Verdandi. Et pas Kairi, Urdr.
Elle est le Futur. La toile invisible du Destin. Elle connaît l'Histoire par cœur, parce qu'à chaque fois que le cycle recommence, leur rôle tourne. Skuld devient Verdandi, qui devient Urdr, qui redevient Skuld.
Et pourtant, certaines choses sont immuables. Comme l'odeur d'Yggdrasil et la texture des fils du destin. Certaines choses ne changent jamais.
Comme l'eau claire du puits du Destin et le sable des prairies infinies autour du Valhalla. Et la couleur sale de la mixture qu'elles étalent, toujours, sur les branches d'Yggdrasil pour ne pas que le frêne du monde ne pourrisse.
Certaines choses sont toujours les mêmes. Comme Xigbar ("Odin" doit-elle encore se corriger même dans le silence de ses pensées) qui, désespéré, supplie les Nornes de lui montrer sa tapisserie.
Bien sûr, Urdr et Verdandi, insensibles à ses charmes, refusent. Mais, Skuld…
Skuld est trop jeune, trop naïve. Skuld ne pense pas à mal, quand elle le lui montre.
Parce qu'à chaque fois que le cycle recommence, celle des trois sœurs qui porte sur ses immenses épaules le rôle de Skuld oublie seulement ça.
Le charme légendaire d'Odin. Et l'envie incompréhensible de ce dernier de tricher, de changer sa destinée.
Pourtant, et Xion le sait, c'est écrit. C'est tissé, brodé dans toutes les tapisseries depuis les temps immémoriaux que cet intarissable cycle existe.
Le Ragnarök, toujours, arrive.
Ymir est toujours vaincu. Odin tombe toujours au combat. Et l'armée du Valhalla, jamais, ne suffit.
Mais, inlassablement, à chaque cycle, il revient. Séduit celle des trois géantes qui porte le fardeau du Futur et tente, vainement, de combattre son Destin.
Et, comme une horloge, il renaît des géants. Et il crée Midgard avec le cadavre du géant originel.
Yggdrasil, lui aussi, renaît de ses cendres, et l'arbre-monde pousse fort, haut, poussé vers l'infini par le pouvoir des Ases.
Et les géantes reviennent, mettent fin au règne des Dieux, et elles tissent. Et elles prennent soin d'Yggdrasil, puis elles tissent encore.
Xion connaît l'Histoire par cœur.
Et pourtant, rien n'est plus douloureux que de tisser cette toile. Celle de la fin des mondes.
Celle où la dernière guerre fait tomber le frêne, son frêne, et plus rien n'existe. Rien ne survit. Des neufs mondes, il ne reste que le cadavre d'Ymir.
Et de son sang se déversent les océans du monde. De sa chair, naît Midgard et de ce qu'il en reste, remontée par ses os, se dressent les montagnes et les collines.
Son crâne devient la voûte céleste, les cieux que les Hommes appellent le Paradis. De ses cheveux pousse la luxuriante végétation de la Terre, alors que ce qu'il reste de son cerveau décore les cieux de nuages.
Et le monde renaît. Et Yggdrasil a de nouveau son cœur.
Asgård a de nouveau une raison d'exister, et les Æsir la peuplent à nouveau.
Et les Hommes, les nains et les elfes sont créés des mains des Dieux, et les géants de Jötunheim et du Muspellheim, encore, s'assoiffent de sang et se préparent à se battre contre les Æsir et les Vanes.
Et Axel ("Loki", pense-t-elle amèrement) enfante ses enfants, et les prémisses du Ragnarök sont en place.
Dès que Fenrir dévore la main de Tỳr, qu'il est immobilisé par une chaîne faite du son des bruits de pas d'un chat, de la barbe d'une femme, des racines d'une montagne, de la sensibilité d'un ours, du souffle d'un poisson et de la bave d'un oiseau, alors la fin est proche.
Dès que Jörmungandr encercle la Terre, dans la profondeur des eaux qui l'entourent, et mord sa queue, c'est le début de la fin.
Perdue dans ses rêveries, Xion n'entend pas le tonnerre des huits sabots de Sleipnir frappant le sol riche où Yggdrasil prend ses racines. Elle n'entend pas le battement frénétique des ailes de Huginn et Muninn ni la voix tonitruante d'Odin qui appelle les Nornes.
Mais elle sent sa main contre son poignet.
Sa stature est petite, en comparaison avec la sienne. Il a beau être le Dieu de la victoire, elle – eh bien, elle est une géante.
Elle baisse les yeux pour le regarder, surprise, et se trouve soulagée de ne pas être en train de tisser. Personne ne peut voir les tapisseries, après tout.
Il lui adresse un sourire avec de se tourner vers ses sœurs.
"Urdr", gronde-t-il à l'intention de Kairi, "Il faut que je voie. Quelque chose de mauvais se trame. J'ai des yeux dans les neuf mondes et–"
Kairi (non, Urdr, se corrige gentiment Xion) le coupe. Elle est froide et forte, et elle connaît l'Histoire, les Hommes et les Dieux. Urdr n'a peur de rien ni de personne.
"Non."
Sa voix paraît si forte dans le silence, et pourtant les feuilles du frêne sifflent gaiement.
"Tu ne vaux pas mieux que les autres. Ton Destin est aussi scellé que celui de toutes les âmes, Odin."
Urdr ne pardonne pas. Elle connaît l'Histoire. Le Passé, puisque cette histoire n'est qu'une boucle sans fin, c'est aussi le Présent et le Futur.
Urdr, quelle que soit son incarnation, est toujours laide. Le poids de l'Histoire déforme ses traits. Elle porte le poids entier des neuf mondes et du cycle sur ses larges épaules. Urdr, quelle que soit son incarnation, n'a jamais de pitié pour personne et prend son rôle très à cœur.
Ses tapisseries sont toujours secrètes.
Odin se tourne alors vers Verdandi, l'œil suppliant. Il ne parle jamais à Verdandi, dans aucune version de l'Histoire. C'est inutile.
Verdandi, Naminé, est omnisciente. Elle voit tout, elle sait tout ce qu'il se passe dans tous les mondes, et elle n'a besoin ni de corbeaux ni de trône.
Verdandi est toujours fatiguée. Elle, elle doit subir le savoir infini – pas d'un monde, mais de neuf à la fois. Verdandi est fatiguée parce qu'il n'est pas une chose dans les branches d'Yggdrasil qu'elle ignore.
Alors, elle garde le silence. Mais son regard se durcit. Et même Odin ne peut soutenir son regard.
Alors, il passe une main frustrée dans ses longs cheveux poivre et sel, et son cache-œil se fronce alors que son visage se tend.
Et puis, comme toujours, il soupire. Ses épaules se relâchent.
Il lève les yeux vers Skuld, l'air fatigué. Et Xion lui sourit.
Parce que, Skuld, c'est l'innocence, la naïveté. Skuld est toujours jeune et belle, pure, elle fait confiance aveuglément et essaie de ne voir que la beauté du monde. Parce que, Skuld, c'est l'espoir.
Elle ne peut être que l'espoir. Parce que, même si elle connaît l'Histoire, même si elle en connaît la fin, elle est la seule à voir le renouveau. Elle est la seule à connaître la nature du cycle.
Alors elle sourit à Odin.
Et Odin prend sa main, lui dit qu'elle est jolie. Lui demande si elle va venir seule au puits du Destin, un jour.
"Je pourrai te présenter les valkyries. Te montrer le Valhalla, le vrai, pas les prairies. Les guerriers t'aimeraient bien, je crois."
Et Skuld rougit. L'attention lui fait plaisir, la touche. Et puis, le Hall du Valhalla est très beau, dit-on. On ne peut pas lui reprocher de vouloir le constater de ses yeux.
Et puis, la voix de Xigbar est chaude, sensuelle, comme du miel. Et puis, c'est un Dieu, quand même…
La voix d'Urdr gronde, et les huit sabots de Sleipnir frappent le sol avec la même force au départ qu'à l'arrivée.
Et les Nornes reprennent leur tissage, dans le bruissement des feuilles et le brouhaha distants des animaux gardiens des neuf mondes.
Le soir est en train de tomber et Xion n'a toujours pas lâché des yeux l'écran de son ordinateur.
La lumière bleue la fatigue, et les quinze différentes pages ouvertes la narguent. Elle a beau pousser ses recherches aussi loin que Wikipédia lui permet, rien de tout ça n'a de sens.
Un bras se noue autour de sa taille.
"T'es encore là-dessus…?" Roxas a la voix éraillée par le sommeil, ses yeux sont à peine ouverts face à la lumière offensante de l'écran. "Je t'en supplie, dors bébé… Je sais pas pourquoi ça t'obsède à ce point-là, mais on multiplie pas les vacances. J'veux juste en profiter pour dormir, s'te plaît."
Xion retient un soupir. Elle voudrait pouvoir expliquer à son petit ami pourquoi ça l'obsède.
Elle voudrait lui raconter les rêves, peuplés de visages familiers, qui prennent la forme d'une guerre que rien ni personne ne peut arrêter. Elle veut lui dire qu'elle croit, peut-être, qu'elle pourrait être une Norne de la mythologie norse. Qu'elle a vu des choses qu'elle ne connaît pas, dont elle n'a jamais entendu parler, que rien n'a de sens, et que ce savoir l'effraie.
Mais, Xion se tait. Elle sourit dans la pénombre, embrasse les cheveux blonds du garçon qu'elle aime et retourne à la page ouverte sur les Nornes.
Elle lit un peu, puis retourne sur l'énorme pdf sobrement intitulé "Poetic eddas". D'après ses recherches, cette traduction est la meilleure, et elle n'apprendra pas l'ancien norrois en une nuit, donc elle se satisfera de ça.
Odin est furieux.
Ces stupides géantes ne comprennent pas. Il a besoin de voir. Il le sait, les corbeaux le lui ont dit. Il l'a vu sur son trône.
Les géants s'arment, se préparent à la guerre. Et Loki est peut-être enchaîné pour l'instant, mais il finira par être relâché. Et il est presque certain qu'il ne se battra pas avec eux – mais contre eux.
Alors, Odin est furieux. Il ne salue même pas Heimdallr lorsqu'il passe le Bifrost.
Il ne veut pas voir Sleipnir pour l'instant. C'est l'enfant de Loki, après tout. Une nouvelle vague de rage l'envahit lorsqu'il repense à l'air extatique de ce dernier lorsqu'il lui avait annoncé être enceint.
Loki était revenu comme une fleur, après l'avoir trahi, pour une pinte d'ale. La dernière fois qu'il avait demandé l'hospitalité, dans le hall d'Ægir, il avait fini par insulter tous les Ases et Vanes présents et leur femme des pires vices, mettant en doute leur vertu et les accusant d'une immorale promiscuité sexuelle la plus basse.
Il avait, bien sûr, été puni pour ses paroles. Enchaîné avec les entrailles de son fils, Narfi, tué par son frère.
Mais Loki serait libéré.
Et Odin le savait. Alors Odin avait volé les morts. Il montait une armée, une armée entière pour une bataille dont il ne connaissait pas la réalité.
Les guerriers du Valhalla seraient prêts. Si la dernière guerre devait avoir lieu, alors on ne pourrait jamais reprocher à Odin de ne pas s'être préparé.
Il s'était mis à arpenter Midgard. À tromper les Hommes, à les faire s'entretuer pour qu'ils passent les portes du Valhalla et joignent à ses côtés la dernière bataille.
Il était désespéré. N'importe qui ferait l'affaire, n'importe qui capable de tuer, en tous cas.
Il devrait d'ailleurs s'y rendre. Constater que ses guerriers sont heureux, repus, qu'ils boivent, mangent et chantent sans se rendre compte de leur terrible destinée.
La dernière guerre serait terrible.
Et il se tiendrait là, devant un champ de bataille glacial, son armée ténue et faible face aux géants. Il se tiendrait là et il affrontera son Destin. Et il méritera son nom de Dieu de la Victoire et il gagnera la dernière guerre.
Même lorsque le soleil se lève, Xion ne parvient pas à s'arrêter de lire. Ses yeux brûlent un peu, mais elle continuera avec ses lunettes, alors ça ira.
Elle ne range pas son ordinateur lorsqu'elle s'installe à table pour le petit déjeuner, ni lorsque leurs amis s'installent avec eux.
Elle ne lève pas la tête lorsqu'Axel s'installe en face d'elle et la salue, ni lorsque Lexaeus lui ébouriffe les cheveux.
Elle entend à peine la voix frustrée de Roxas.
"Elle y a encore passé la nuit. Je l'aime, hein, putain je l'aime, mais vous avez pas idée comme je déteste quand elle a une obsession."
Axel a un ton rieur quand il répond "Laisse faire, va! Tu vas pas empêcher notre princesse de s'éclater!"
"Et puis c'est pas comme si c'était nouveau." renchérit sobrement Lexaeus, "Y'a deux ou trois ans, tu te souviens? Elle est tombée amoureuse de la Révolution Russe et on l'a plus vue des vacances."
Xion relève la tête un peu agacée.
"Ouais bon, on l'aura compris que je suis une intello et que je gâche vos vacances les gars, merci!" elle gronde, dans l'espoir stupide et infondé qu'ils arrêteront de la taquiner.
Bien sûr ça ne suffit pas, mais les sourires d'Axel et Lexaeus sont doux quand ils lui demandent l'objet de sa nouvelle étude obsessive.
Xion aurait préféré ne pas remarquer l'étrange air flottant sur le visage d'Axel lorsqu'elle leur répond.
Lexaeus était un guerrier viking. Il était grand, il était fort, et, surtout, il venait de mourir.
La valkyrie, avec laquelle il avait chevauché, le dépose devant le portail d'or du Valhalla.
Et elle pousse les portes, lasse, et devant lui s'étendent les prairies verdoyantes et infinies, où se rejouent des batailles sanglantes, et au milieu se dresse le Valhalla, le hall des Guerriers, un immense palais, dont la toiture est de bouclier.
Derrière les impressionnantes portes en chêne massif royalement décorées, il entend chanter, rire, et crier.
La valkyrie qui l'avait accompagnée était déjà repartie, chevauchant un pégase avec l'élégance téméraire qu'on ne trouvait que chez les guerrières.
Il avance et pousse les portes du hall avec assurance.
Devant lui s'ouvre une salle qui semble ne jamais finir, avec une table tout aussi immense et infinie, à laquelle s'entassent des centaines, peut-être des milliers de guerriers qui boivent et chantent et dont les blagues salaces lui rappellent le drakkar sur lequel il avait passé le plus gros de sa vie adulte, de son vivant.
Il y avait un rôle de guerrier, alors que le drakkar emmenait des marchandises et des vivres entre la Norvège et l'Irlande. Il y était mort, d'ailleurs. La mer lui manquerait.
Mais avant toute chose, une pinte d'ale lui semblait indispensable.
Il s'approche de la gargantuesque table, garnie des mets les plus incroyables, et où un sanglier, dont la chair ne semblait jamais s'amenuiser, trônait.
Il s'installa au hasard, au sein d'un groupe d'hommes bourrus et bruyants, et dont les insignes ne lui disaient rien.
L'un d'entre eux, un homme à peine plus petit que lui mais tout aussi fort, agrippait une chope d'hydromel avec beaucoup plus de force que nécessaire.
Il frappa avec force sa chope en bois contre la table après en avoir pris une longue gorgée.
"Tu ne me feras pas changer d'avis, gamin!", disait-il d'une voix forte, mais dénuée de méchanceté, "Les femmes de chez nous sont les meilleures! Elles sont belles, elles sont fortes, et elles savent se battre!"
Il passa un bras autour d'une valkyrie passant derrière lui, à moitié nue et tenant un plateau en or couvert de chopes de lait de chèvre. Elle roula des yeux et se dégagea avec une facilité déconcertante et offrit un sourire amusé à Lexaeus en en déposant une devant lui.
Lexaeus se laissa penser qu'elle était superbe, avec ses courts cheveux blonds et ses perçants yeux bleus. Elle était élancée, mais musclée, et la facilité avec laquelle elle se dégageait des mains baladeuses de ses congénères laissait entendre plus de force encore qu'il n'en avait jamais vu chez une femme – et pourtant sa propre femme (veuve, maintenant) pouvait facilement lui faire face sur un champ de bataille.
Il prit quelques gorgées de sa propre pinte avant d'éclater de rire.
"Mon ami, les femmes de chez nous sont peut-être les plus fortes, mais, crois-moi, les irlandaises sont les plus téméraires!" déclara-t-il avec amusement.
Les guerriers autour de lui éclatèrent de rire, et ils discutèrent un moment, leur voix toujours plus grondantes pour couvrir le brouhaha ambiant.
Et puis, soudainement, le silence.
Un silence que Lexaeus connaissait peu. C'était un silence révérencieux, celui que les prêtresses et les anciens réservaient aux prières. Le silence qui envoyait les morts en mer.
Les chansons s'étaient tues, les débats et les récits de batailles aussi.
Et puis, deux corbeaux volèrent au-dessus de l'assemblée, leur battement d'ailes semblables aux chocs d'un marteau dans le silence assourdissant.
L'immense hall lui sembla d'un coup bien étroit, alors qu'il vit, au bout de la table qui lui paraissait jusqu'à lors infinie, le trône d'Odin. Massif, énorme et magnifique.
Odin lui-même venait de s'y asseoir, tandis que les deux corbeaux étaient perchés sur le dossier du siège.
Le Dieu observa l'attablée, s'attardant sur les visages des nouveaux arrivants, et parcourant les guerriers tombés qu'il appelait siens.
Sa voix, grave et puissante, trancha le silence avec la même brutalité que ce dernier était tombé.
"Une guerre se prépare."
Lexaeus ignorait si les morts pouvaient respirer, mais si tel était le cas, aucun souffle ne se faisait entendre.
"Et vous, guerriers, la combattrez à mes côtés."
Cette déclaration fut accueillie par des cris de guerre et victorieux assourdissants.
Il suffit qu'il lève la main pour que le silence se fasse, immédiatement.
Son œil doré brille. Il y a quelque part de la détermination, de la haine, peut-être.
C'est difficile à dire, exactement, mais Lexaeus ne prétend pas être capable de comprendre un Dieu.
En revanche, s'il y a une chose qu'on comprend bien, c'est la guerre. Il sait se battre. Comme la plupart des Hommes ici, sans doute, et il a entendu les légendes.
Les anciens parlent de la fin des temps, du Ragnarök pour forcer les enfants à apprendre tout ce qu'ils peuvent, pour motiver les jeunes adultes à savoir manier une arme.
Avec tendresse, il se rappelle la voix de sa grand-mère, qui lui disait avec fermeté de ne jamais faire confiance à un saumon.
Lexaeus ne savait pas à quoi s'attendre, mais s'il devait se battre aux côtés d'Odin, alors ça serait sa plus grande et sa plus belle bataille. Il mourrait mille fois si cela engendrait la victoire des Dieux.
Ou en tous cas, c'est ce qu'il croyait, quand il a mis les pieds dans ce hall pour la première fois.
Aucune légende ne fait justice au Ragnarök.
Il se cachait dans les entrailles d'un des géants de glace qu'il venait de tuer. L'armée d'Odin était peut-être immense, mais des Hommes morts ne peuvent pas faire face à une armée de géants.
Loki était parmi eux. Ses cheveux rouges et son regard amusé avaient donné envie à Lexaeus de lui faire bouffer son sourire avec une hache.
Mais ce n'était pas sa destinée. Cette géante le lui avait dit, après tout.
Il brandit sa hache et se jette contre un énième géant, il lui arrive à peine à la cheville, mais il frappe de toutes ses forces. S'il a de la chance, il va s'effondrer et il pourra percer son crâne et le tuer.
Mais, Lexaeus n'a pas de chance. Alors quand le pied immense d'un géant tout aussi immense s'abat sur lui, sa dernière pensée va à sa femme, qu'il espère revoir dans une prochaine vie.
Axel ne peut empêcher le sourire qui fend son visage. Xion est sortie de sa coquille et parle avec animation, ses yeux brillent comme des lucioles et ses mains s'agitent avec enthousiasme.
Elle raconte tout ce qu'elle a pu lire avec l'excitation d'une petite fille, sous le regard attendri de son petit ami.
Bien sûr, il écoute attentivement. Parce qu'Axel sait, lui. Il n'a jamais douté de son identité, il sait qui il est, et il n'a jamais eu besoin de se rassurer en se plongeant dans des recherches sans fin.
Axel est Loki. Ou, une de ses incarnations, en tous cas. Et s'il connaît son identité, il sait que ce moment, autour d'une table et d'un petit déjeuner, est le seul moment qu'il aura pour apprendre de Xion, de Skuld, sa destinée.
Alors, il ne dit rien quand il remarque que Xion, emballée dans son récit, parle de choses qui ne sont écrites dans aucun texte, quand elle raconte ce que seule une Norne peut connaître.
Il se tait et il écoute, parce que même s'il ne verra jamais les tapisseries, il connaîtra son Destin et il pourra se battre pendant le Ragnarök, et peut-être, tricher.
S'il sait ce qui est écrit, il pourra toujours réécrire et changer la donne.
Alors il se tait, et il sert un nouveau café à ses amis, silencieusement heureux que Xigbar ne soit pas encore levé et ne connaisse jamais sa destinée à lui.
Odin ne gagnera pas.
Skuld tremble.
À cet instant précis, elle ne se sent pas Skuld, d'ailleurs, elle est juste Xion, en pleurs, enfouie dans les bras de sa grande sœur, Kairi.
Naminé est là aussi, elle lui caresse les cheveux avec tendresse et Xion pleure. Elle pleure toutes les larmes de son immense corps, quitte à créer un nouvel océan.
Elle pleure parce qu'elle sait. C'est son cadeau et sa malédiction.
Elle savait que Jormungandr lâcherait sa queue.
Elle savait qu'une fois le Léviathan de Midgard libre de sa propre mâchoire, le Ragnarök serait enclenché.
Et que Sól et Máni, les loups portant le soleil et la lune, se dévoreraient mutuellement.
Elle savait que, au début de la fin, toutes les chaînes et les entraves des neuf mondes se briseraient - libérant ainsi Loki ainsi que son fils, Fenrir.
Elle savait aussi que, le jour de la grande bataille, les Nornes mourraient. Et avec elles, Yggdrasil.
Elle le savait, parce qu'elle le subissait à chaque nouveau cycle, qu'elle soit Urdr, Verdandi ou Skuld.
Mais il y a des choses qui, malgré la répétition, ne se perdent jamais.
Comme par exemple la peur.
La peur de mourir.
La peur que cette fois, le cycle soit le dernier et que plus rien, jamais, ne vive.
La peur que cette fois, Loki ne tue pas Ymir.
Mais, Skuld est l'espoir.
Alors malgré la peur, la terreur indicible qu'elle ressent, malgré le chagrin infini qui est le sien à l'idée de perdre ses sœurs, malgré tout, lorsqu'Odin arrive, chevauchant victorieusement Sleipnir, au pied d'Yggdrasil, Skuld lui sourit avec tout l'amour et la douceur qu'elle ressent pour le monde et tout ce qu'il contient.
Et, malgré la douleur ineffable qui est la sienne, elle espère, dans son dernier souffle, que son sang irriguera les racines d'Yggdrasil et qu'il repoussera aussi grand et fort et fier qu'elle le connaît.
Axel sourit.
Xion ignorait tout de ce qu'elle venait de faire.
Skuld venait de changer la donne, et enfin, les géants gagneraient peut-être la dernière guerre et les neuf mondes seront laissés à Loki pour qu'il gouverne.
Peut-être que cette fois, enfin, il pourra sauver ses enfants.
Il a réussi. Il a berné les Nornes en se cachant à Midgard, parmi les Hommes.
Il cache à peine son excitation lorsqu'il propose à ses amis d'aller se balader.
Il a juste besoin de trouver une rivière. Il changera de forme, et il retournera à Jotunheim et il gagnera la dernière guerre.
Il espère qu'à ce moment précis, Xion – non, Skuld, se rendra compte de sa grave erreur et comprendra qu'elle fait partie du cycle et qu'elle est impuissante.
Cette fois, l'espoir ne sauvera personne.
Alors Axel s'approche de la rivière et se transforme en saumon sous le regard ébahi de ces pauvres petits Hommes.
Et le saumon remonte la rivière, jusqu'au mur de glace du bout du monde et se faufile, d'une branche à l'autre, jusqu'à Jotunheim, niché entre les racines d'Yggdrasil.
Et bientôt, les Nornes reviendront à ces racines, et l'ère des Dieux prendra fin.
Et le Ragnarök, enfin, aura lieu.
Voilà!
Alors, pour ceux que ça intéresserait, quelques précisions :
D'abord, je me suis permise de prendre quelques libertés - à aucun moment il n'est dit que Skuld montre ses tapisseries à Odin, c'est juste un élément que je trouvais intéressant pour la caractérisation de ce personnage, que je voulais présenter comme très naïf.
Ensuite, le seul edda que je référence ici est un poème qui s'appelle "Lokasenna" et dans lequel Loki, bani pour avoir trahi les Dieux en tuant Baldr, demandent l'hospitalité au cours d'un festin et insulte tous les invités et leur femme en les traitant, peu ou prou, de pêcheurs (ils auraient eu des relations sexuelles multiples et variées avec tout plein de gens différents). C'est un peu ironique de la part de Loki qui lui a eu plus d'enfants que tous les autres Dieux en changeant de forme (oui, il s'est transformé en jument pour se taper un cheval géant, mais je ne vais pas kinkshame ici).
Enfin, dans cet OS, j'ai décidé de jouer sur un truc cher à Kingdom Hearts : la réincarnation. C'est donc un mélange entre l'histoire classique, et un UA moderne. Les personnages font tous partie des héros de la mythologie norse, mais ne s'en rendent pas forcément compte.
Bref, j'espère que ça vous aura plu, et mieux encore, que ça vous aura donné envie de vous intéresser un peu à cette mithologie incroyable!
Je l'ai dis au début, mais je le répète, si vous avez des questions, je serai ravie d'y répondre!
Sur ces bonnes paroles, je vous embrasse, je vous aime, et je retourne à mes révisions.
ET AUSSI, ALLEZ LIRE LES AUTRES HISTOIRES DU DEFI. C'EST DES GENS EXTRAORDINAIRES, NOYEZ-LES D'AMOUR. MERCI.
Love,
~paopu.
