Premier texte de fiction écrit depuis (il me semble) 2014, premier texte de fiction écrit et publié depuis (apparemment) septembre 2012, dans le cadre de la 29ème nuit du FoF. Ça ne nous rajeunit pas…
J'ai eu envie de m'atteler de nouveau à cet exercice des Nuits suite au quizz organisé par les copines pour les dix du forum, un peu curieuse de l'effet que cela pourrait avoir sur moi. Pour être honnête, je n'avais pas vraiment envie d'écrire de la fanfiction, le premier thème (et la chanson qui passait à ce moment-là) m'a immédiatement dirigée vers d'autres univers, musicaux plus que purement narratifs, mais finalement, ça a bien fonctionné — dans ma tête en tout cas. Retour à Harry Potter donc, pour un nouveau recueil d'OS qui s'articulent les uns avec les autres. Ce n'est peut-être pas très évident à ce stade, ça le sera peut-être plus si je poursuis sur ce chemin lors d'une éventuelle future nuit.
Bon, ce n'est pas grand chose, mais ça m'a fait plaisir de me replonger dans l'atmosphère d'une Nuit. J'ai écrit "honnêtement" et sans trop me poser de question, une heure environ par thème (ça explique aussi la très faible longueur de chaque texte), et je publie dans la foulée pour ne pas être empêchée de dormir par d'inévitables questionnements existentiels.
Pas sûre que quiconque me lise, mais si jamais : une pinte ou un jus de fruit (ou un gif de pinte ou de jus de fruit) à cellui qui trouvera les deux albums qui se retrouvent en sous-texte derrière la trame narrative tirée, elle, d'Harry Potter. :)
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Eden
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Il n'y avait pas eu d'élément déclencheur, d'avant-après violent et évident, pas de réalisation soudaine, d'eurêka salvateur. Elle ne s'était pas regardée dans le miroir, un jour, et avait décidé de partir. Elle était simplement partie.
C'était les mêmes petits éclats, les mêmes petites fractures, une douleur fantôme et familière.
La veille, elle avait dîné au restaurant avec Ron, sans trop parler, sans trop se parler, sans trop manger non plus. Quand elle avait réalisé que son plat était devenu froid, elle avait demandé l'addition, s'était levée, était rentrée chez elle.
Elle avait longtemps essayé de rester, là, avec lui, avec Harry aussi, et Ginny, et toute leur petite famille dysfonctionnelle, rassemblée par la force des choses — bel euphémisme pour parler d'une guerre, même s'il n'y avait pas eu que ça, bien sûr. Mais elle savait bien, elle le savait depuis longtemps, s'acharner à maintenir la situation en l'état n'en ferait que plus mal lorsque l'illusion volerait en éclat.
Parfois, c'est abandonner qui est marque de force, courir qui est courageux, s'en aller qui…
Elle s'en alla dans les hauteurs qui surplombent le lac Windermere, dans le nord-ouest de l'Angleterre ; elle avait lu les poètes des Lacs lorsqu'elle ignorait encore tout de la magie et de son monde, était tombée bien plus tard, un peu par hasard, sur le Grasmere Journal de Dorothy Wordsworth, qui lui avait paru tellement plus intéressante que son plus célèbre frère. Elle partit dans la région des Lacs, donc, là où tant de poètes étaient partis vivre, écrire, mourir. Il lui semblait que cette région montagneuse serait le parfait endroit pour pleurer. Tout le monde s'attendait, bien sûr, à ce que la guerre soit désormais derrière elle. En réalité, celle-ci avait pris racine jusque dans sa chair, jusque dans son esprit, familière, comme le flux et reflux de l'eau sur un rivage. Et, franchement, Hermione n'avait-elle pas suffisamment donné, suffisamment perdu, pour ne pas être supervisée par la société sorcière tout entière ?
Elle avait des envies d'aurores et de poésie, elle voulait voir et sentir la glycine pousser entre ses pieds jusqu'à toucher le ciel, ne jamais repartir, se baigner dans les bassins à flanc de falaise avec son chagrin et sa peine, et trouver, là, enfin, un petit coin d'Eden.
