On approche de la fin... Merci à tous ceux qui suivent encore cette histoire, j'espère que ce chapitre vous plaira !
Chapitre 14 : Sola – de juillet 1945 à mars 1946
« Salut, ma belle », ronronna une voix à mon oreille.
Je sursaute et manque de renverser tout mon plateau par terre. Je grogne en reconnaissant le sourire béat de Liciano, et entreprend de repositionner mes tasses correctement. Je travaille à temps partiel dans un joli petit restaurant sorcier en tant que serveuse, et pour l'instant, mon patron est très content de moi. Je ne tiens pas à ce que cela change. Mr Bardhi est fasciné par la bonne vieille Angleterre, et ne perd jamais une occasion de me faire déblatérer sur mon pays natal. Il me répète sans cesse que je devrais envisager de rester définitivement en Albanie, qu'il pourrait m'engager à temps complet ou me recommander à des clients.
J'avoue apprécier beaucoup ce pays, et ses voisins que nous avons déjà eu l'occasion de découvrir, mais Mr Bardhi ne sait pas que c'est loin d'être mon préféré. En vérité, j'ai eu un petit faible pour l'Asie, et sa culture si riche et si différente de la nôtre. Avec Alphard, nous avons décidé d'y retourner très bientôt. Quelques mois ne sont pas suffisants pour en faire le tour. Il y a tellement à découvrir. Ngaye n'avait fait qu'effleurer le potentiel de la magie traditionnelle chinoise. Et peu d'autres sorciers occidentaux se sont par la suite intéressés à ces pays. Le Japon, la Corée, l'Inde, et bien d'autres, restent encore bien empreints de mystère.
Je tiens un journal de bord détaillé de mes découvertes, et j'ai bien l'intention d'écrire des livres dans les années à venir. Alphard s'intéresse particulièrement aux potions, à la botanique, à l'arithmancie. Il a l'esprit plus scientifique que moi, et peut passer des jours à écrire des lignes et des lignes d'équations sur son petit carnet, ou à répertorier des informations sur la croissance des plantes locales. Mon propre domaine de prédilection est moins tangible. J'aime ce qui est mystérieux, ce que l'on ne peut pas voir. Ce qui repose à moitié sur du conte, et à moitié sur la réalité. Mon travail consiste beaucoup à démêler le vrai du faux, à faire des séries d'expériences pour essayer d'étayer des hypothèses. J'ai un faible pour les différentes branches de la divination. Certaines valent plus que d'autres, mais tout n'est pas forcément bon à jeter. En Inde, j'ai rencontré une vieille sorcière dans un pauvre village du Sud qui était capable de prédire sans aucune erreur -à ce jour- combien d'enfants naîtront de chaque union, ainsi que leur sexe. Elle utilisait une sorte d'ardoise quadrillée, de bonnes vieilles bougies, et de l'encens. Rien de plus. Et j'ai eu beau me renseigner, jamais, en quatre-vingt-six ans, elle ne s'est trompée. Si ça, ce n'est pas de la vraie magie… L'astronomie, les charmes, l'histoire de la magie, l'art ont également tendance à m'intéresser beaucoup.
Alphard et moi sommes complètement complémentaires. En ce mois de mars 1946, cela fait près de trois ans que nous parcourons le globe, lui et moi, et c'est tout aussi excitant qu'au premier jour. La machine est mieux rôdée, nous avons muri, appris de nos nombreuses erreurs de débutants, mais au final, rien n'a changé entre nous. L'amour est tout aussi fort qu'au premier jour, et notre désir commun d'aventure également. Nous ne sommes pas un couple traditionnel, en ce sens où il nous arrive de ne pas nous voir pendant plusieurs semaines, explorant chacun de notre côté les domaines qui nous intéressent, perdus dans nos propres mondes. Mais finalement, nous revenons toujours l'un vers l'autre.
Des sorciers de tous horizons, j'en ai rencontrés au cours de mon périple. Aucun n'a allumé un feu en moi, aucun ne m'a poussée à donner le meilleur de moi-même. Dans mon cœur, il n'y a de la place que pour un seul homme, et j'ai déjà trouvé celui qui me suivra jusqu'au bout du monde.
« Liciano ? », chuchotai-je furieusement en vérifiant que personne ne m'observe attentivement. « Tu n'aurais pas pu choisir un meilleur moment ? »
« Tu as dit 'dès que tu le trouves'. J'ai pris tes mots à cœur. », répondit-il en levant un sourcil. « Je n'aurais pas dû ? »
Je soupire et ramène mes tasses dans la cuisine à l'arrière du restaurant. Je m'éclipse dans l'arrière cour discrètement, saluant le cuisinier au passage. Une fois assurée que je suis seule, je me tourne vers l'Ombre qui m'accompagne, lui offrant un petit sourire d'excuse.
« Désolée. Je suis un peu stressée. », avouai-je avec un air contrit.
« Je sais. », répondit-il en rallumant son cigare. « Mais comme Alphard te l'a répété, tu n'avais pas à t'en faire. Ton garçon va bien. Il erre dans une forêt pas loin d'ici apparemment. J'ai cru comprendre qu'il cherche…un diadème ? Je n'étais pas au courant que Jedusor avait de tels goûts…spéciaux. », ricana-t-il en s'appuyant contre le mur.
« Un diadème ? », répétai-je, perplexe. L'illumination ne tarde pas à venir. « Oh. Pas un diadème. Le diadème. Le diadème de Rowena Serdaigle. La Dame Grise a dû lui raconter son histoire, à lui aussi. En fuyant Poudlard, Helena Serdaigle a volé quelque chose à sa mère, un bijou très précieux censé apporter sagesse et intelligence à quiconque le porte. Elle l'aurait abandonné dans une forêt albanienne, juste avant que le Baron Sanglant ne la kidnappe. J'imagine que c'est celle-là. », déclarai-je, rassurée. « Il aurait pu laisser un mot avant de se volatiliser comme ça. Al, lui, a au moins la décence de me le dire, avant de disparaître de la surface de la Terre ! »
Liciano renifle.
« Tu devrais être habituée. Il t'a déjà fait le coup au moins…quoi, six fois ? Il n'a pas l'habitude d'avoir des partenaires celui-là. C'est un loup solitaire. »
Je soupire profondément, mais acquiesce.
« J'ai le sentiment qu'il ne restera plus longtemps avec nous, de toute façon. »
« Pourquoi ça ? », demanda l'Ombre, un peu surprise. « Il a l'air de se plaire, avec vous. »
« Oh, il s'amuse bien, mais ça n'a jamais été son rêve, de voyager comme ça. Tom aime la Grande-Bretagne, et il commence à avoir le mal du pays. Et de tout ce qu'il a laissé derrière lui. »
Liciano a l'air douteux, mais je sais que j'ai raison. Depuis juillet dernier, mon frère a décidé de nous rejoindre, Alphard et moi, alors que nous étions perdus dans une contrée reculée en Hongrie magique. Il m'a annoncé, sans plus d'explications, qu'il comptait nous suivre quelques temps dans notre voyage. J'ai accepté de tout cœur et depuis, il explore à nos côtés. Il visite rarement les mêmes lieux que nous, et mène ses propres recherches de son côté, disparaissant parfois des jours entiers sans donner de nouvelles. Tout récemment, il s'est éclipsé dans la nuit, et ça fait des jours que je m'inquiète, me demandant s'il va bien.
Ca ne peut pas être bon pour ma tension artérielle.
En tout cas, s'éloigner un peu des problèmes qu'il a laissés en Angleterre semble avoir fait du bien à Tom. Mais de plus en plus, je le retrouve à lire la Gazette du Sorcier, à répondre à des lettres de ses disciples, du Ministre de la Magie ou même d'elle.Je ne suis pas idiote. Je sais bien que Greengrass est en grande partie la raison pour laquelle il s'est éloigné ainsi. Elle a parlé d'engagement, et il a pris peur. Rien d'étonnant, en connaissant son personnage. Mais mon frère n'est pas lâche. Lorsqu'il sera persuadé d'avoir toutes les réponses, il rentrera et prendra sa décision.
Ca ne saurait tarder, désormais.
Je finis mon service l'heure suivante, et lorsque je retourne dans la petite maison que nous avons louée tous les trois, mon jeune frère est assis dans la cuisine, serrant un parchemin dans sa main droite si fort qu'il commence à se déchirer.
Je pose mon manteau sur la table, me sers un thé et m'asseois en face de lui, gardant le silence.
A la place, je l'observe. Il a tellement grandi. Il n'était déjà pas petit, il y a quelques années, mais maintenant, il a presque atteint la taille d'Al. Ses cheveux sont d'un noir bleuté, ondulant légèrement sur les pointes. Son visage est fin, son nez droit, ses cils exceptionnellement longs, recouvrant des yeux que je sais d'un noir profond. Tout comme les miens.
Il ne met pas longtemps à parler.
« Elle se marie. », grogna-t-il. La fureur dans sa voix est palpable.
Ma bouche s'ouvre contre ma volonté. La surprise laisse vite place à l'amusement.
Tom est jaloux. Il ne l'avouera jamais, mais ça se voit comme un sorcier au milieu d'une troupe de moldus.
« Tu devais bien te douter que ça finirait par arriver, n'est ce pas ? », lui demandai-je en essayant de garder mon ton le plus neutre possible. S'il pense que je me moque de lui, il se fermera totalement et disparaitra encore pendant des jours. « Ce n'est même pas comme si elle avait le choix. C'est une jeune femme de Sang-Pur, âgée de dix-neuf ans, presque vingt. C'est déjà tard pour se marier dans la haute société. Ses parents n'allaient pas être patients éternellement. »
Il marmonne quelque chose d'incompréhensible, que je choisis d'ignorer au profit de boire une gorgée de mon thé chaud.
« Qui est l'heureux élu ? »
« Andreas Yaxley. », cracha-t-il en lâchant le parchemin comme s'il était porteur de la peste. « Il était une année au dessus de toi à Poudlard. »
J'acquiesce. Je me souviens de lui.
« Elle pourrait faire pire. Il est plutôt beau garçon, et pas trop bête. », dis-je sur le ton de la conversation.
Tom a l'air sur le point d'exploser comme un ballon de baudruche à la rencontre d'une aiguille.
« Beau garçon ? Pas trop bête ? Il a raté deux de ses ASPIC, et a à peine réussi le reste. », rouspéta-t-il, les yeux lançant des éclairs. « Elle mérite bien mieux que Yaxley. »
Je pourrais sourire de toutes mes dents. Je l'ai amené exactement là où je le voulais.
« En effet. Imagine ça. Ca pourrait être toi à ses côtés, plutôt que Yaxley. »
« Moi ? », chuchota-t-il en blanchissant un peu. « Qu'est ce que tu racontes ? Je ne suis pas du type à me marier. Rosalind le sait très bien. »
« Si tu envisages plutôt une carrière politique, ça devra finir par arriver. », répliquai-je en haussant les épaules. « Aucun Ministre n'a jamais été célibataire. Ca ne se fait pas, malheureusement. Et si tu es obligé d'épouser quelqu'un, autant que ce soit quelqu'un que tu aimes, non ? Enfin, tout cela, c'est si tu choisis d'emprunter la voie légale, bien sûr. », dis-je l'air de rien.
« Tu es moins subtile que tu ne le crois, Sola », déclara-t-il en roulant des yeux.
« Je me suis inquiétée pendant des jours depuis que tu es parti au milieu de la nuit, Tom Jedusor. J'ai bien le droit de ne pas être subtile. », rétorquai-je en le fusillant du regard. « J'espère que ton escapade en valait le coup. »
Il n'a même pas l'air désolé. Petit insolent, va.
A la place, ses yeux s'éclairent et il retrouve un peu de bonne humeur.
« J'ai mis la main sur le diadème de Serdaigle ! », me lança-t-il en posant l'objet sur notre table. « Il n'était pas si perdu que ça, finalement. J'ai mis quatre jours à le retrouver. », se vanta-t-il, sa voix dégoulinant d'arrogance.
Je ne dois pas avoir l'air suffisamment surprise, car son visage se crispe. Au bout de quelques secondes, il lève les yeux au ciel.
« Dis-moi que tu n'as pas envoyé l'alcoolique m'espionner, encore une fois ? »
Je serre fermement les lèvres, refusant de m'excuser. « Tu ne peux pas me le reprocher ! Je me suis fait un sang d'encre ! »
Il grogne un peu, mais il commence à avoir l'habitude et sa colère n'est plus aussi forte que lorsqu'il a découvert que j'utilisais mes Ombres pour le retrouver. Il avait été si furieux contre moi. Je l'avais rarement vu dans cet état. Il a mis des jours à m'adresser à nouveau la parole.
Au bout de quelques secondes de silence, je me lève pour mettre nos tasses dans l'évier. Lorsque je me retourne, la lettre de Greengrass est à nouveau dans la main de Tom. Il la fixe comme si elle allait lui donner toutes les réponses aux mystères de l'univers.
« Je ne sais pas trop quoi te dire, Tom. », murmurai-je finalement, ayant retrouvé mon calme. « C'est ta décision, bien sûr. Mais réfléchis bien. Pourras-tu supporter de voir Greengrass avec Yaxley ? Qu'elle porte ses enfants, son nom de famille ? Qu'elle partage son lit, son avenir, ses rêves ? Je sais que j'aurais été beaucoup moins heureuse, sans Alphard. J'aurais survécu. Mais il m'aurait manqué quelque chose. »
« Heureux de le savoir, chérie. Me voilà rassuré. »
Je me retourne, un sourire étirant déjà mes lèvres. Je me lève tout de suite, me tenant sur la pointe des pieds pour serrer mon petit ami dans mes bras. Il me rend facilement mon étreinte. Je caresse doucement ses beaux cheveux bouclés, tandis que sa main trouve naturellement place dans mon dos.
« Comment s'est passée ta journée ? », me demanda-t-il, sa voix grave à peine assez audible pour que je l'entende.
C'est mon Alphard. Toujours sérieux, toujours discret. Toujours inquiet pour moi.
Mon cœur se serre. Je ne le mérite vraiment pas.
« Mr Bardhi a encore essayé de m'enrôler. J'ai dû m'enfuir avant qu'il n'essaie de me présenter à son nouveau client.», plaisantai-je. « Et toi ? »
« Ma Droséra est morte. », dit-il avec tristesse. « Chagrin d'amour. Ne m'en demande pas plus. C'est une histoire sordide. »
Je glousse légèrement, mais place un air peiné sur mon visage pour le bénéfice d'Al.
« Mon pauvre Al… Ces plantes auront raison de toi, un de ces jours ! »
Il acquiesce en faisant la moue. Tout d'un coup, il semble remarquer Tom, toujours assis à la table de la cuisine.
« Oh, Jedusor ! Te voilà de retour. Nous avons à peine remarqué ton absence ! », lança-t-il avec sarcasme, me lâchant pour prendre un verre d'eau dans le frigo.
« Très drôle, très drôle », grommelai-je.
« Je te taquine, tu le sais bien. », rigola Al en posant un baiser sur le haut de ma tête. « Et sinon, on peut savoir pourquoi tu es revenu Jedusor ? »
« Sa petite amie se marie ! », dis-je joyeusement.
« Oh, oh, oh. Je vois. », rétorqua Al en réprimant vainement un petit sourire amusé.
« Vous ne voyez rien, tous les deux. », s'énerva Tom, se mettant à faire les cent pas dans la petite cuisine. « Je ne suis pas follement amoureux ou je ne sais ce que vos esprits romantiques ont pu inventer… »
« Mais tu l'aimes bien. », lançai-je astucieusement.
« Oui ! Non ! Je ne sais pas. »
« Eh bien, tu ferais mieux de savoir vite. Ou elle prendra la décision pour toi. », intervint Al, se renfrognant lorsque mon frère le fusille du regard en réponse.
« Nous savons tous ici que tu vas bientôt revenir en Angleterre, de toute façon. Ce n'était qu'une question de temps. Il ne te restait que le diadème, non ? Pour clore ton voyage ? », demandai-je, l'air de rien.
Tom reste silencieux, attendant de voir où je veux en venir.
« Que vas-tu en faire ? Du diadème ? »
Il hausse un sourcil.
« Oh, tu sais bien ce que je veux dire ! Est-ce que tu vas le transformer en… ce que je t'ai conseillé d'éviter à tout prix ? »
J'essaie d'éviter de prononcer le mot Horcruxes devant Al. Si Tom décidait d'en créer, je protégerais ses secrets malgré mes sentiments envers ces choses. Il reste mon frère. Je ne le trahirai jamais.
Mon frère lève les yeux au ciel, mais je vois bien qu'il apprécie mes efforts pour rester discrète. Il finit par secouer la tête.
« Non. Tu m'as convaincu. C'était un défi personnel que je m'étais promis de relever. C'est tout. Et oui. Tu as raison. J'avais prévu de finir mon périple par cette quête. Il est temps que je rentre. »
Sur ces mots, il se lève, et se dirige visiblement vers sa chambre. Je l'arrête en chemin.
« Attends, Tom. »
Il se retourne vers moi, son visage impassible.
« Je suis sérieuse, cette fois. Qu'as-tu décidé ? »
Tom s'approche de moi. Sa main trouve la mienne et y dépose quelque chose. Je ne détourne pas le regard du sien mais je n'arrive pas à le lire. Finalement, le coin de sa bouche se soulève légèrement.
« Merci pour tout. », dit-il simplement.
Cette fois, il part et je ne l'arrête pas.
Lorsqu'il a définitivement disparu, j'ouvre la main et mon regard trouve une petite carte protégée par un encadrement en plastique.
Tom Jedusor
Sous-secrétaire d'Etat auprès du Ministre de la Magie
Je souris pleinement. Je suis si heureuse que mon cœur pourrait exploser.
Finalement, je crie de joie et serre un Alphard étonné dans mes bras. Ensemble nous rions jusqu'à n'avoir plus de voix.
oOo
