prochain chapitre le 10 juillet ! j'espère que vos examens se passent bien :)


Chapitre Cinq ; Infarctus


ATSUSHI resta un instant sans voix, essayant encore et toujours de comprendre sa situation. Malheureusement, tout semblait devenir toujours plus complexe, et il commençait sérieusement à se demander si ce n'était pas lui qui s'était fait tirer dessus et qui se retrouvait dans le coma d'une manière ou d'une autre.

Akutagawa et Dazai le dévisageaient toujours, avec deux expressions si différentes que le jeune homme aux cheveux argentés se sentait tout aussi confus. Si Dazai affichait un petit sourire amusé et avait l'air de trouver tout cela parfaitement normal, Akutagawa semblait, lui, complètement sidéré par sa présence.

« J'ai bien l'impression que Chuuya n'est pas aussi doué qu'il ne le prétend pour convaincre les gens. » Dazai finit par briser le silence presque religieux qui s'était installé avec cette remarque moqueuse.

« Qu'est-ce que ça veut dire ? lâcha Akutagawa sur un ton agacé. Pourquoi est-il là ? Et comment il est arrivé ?

Désolé de ne pas t'avoir averti, lâcha Dazai instantanément. J'avais besoin de ce petit pour quelque chose. J'allais justement te le dire. »

Atsushi ignorait ce qu'insinuait l'homme aux cheveux bruns, mais il décida de le laisser faire pour l'instant. Lui-même ignorait ce qu'avait désiré faire Chuuya en l'envoyant ici. Il avait mentionné « Empêche-le de faire des bêtises. » sans doute en faisant allusion aux pulsions suicidaires de Dazai. Mais il voyait mal comment l'envoyer ici, avec un type qui avait été incapable de l'aider dans un premier temps, allait lui servir.

« Pour faire quoi ? demanda Akutagawa, sur un ton assez abrupt.

Si je ne te l'ai pas dit, c'est que cela ne te concerne pas. »

Cette phrase, toujours prononcée sur un ton moqueur, interpella le jeune homme aux cheveux argentés ― elle lui semblait bien rude et irrespectueuse. Néanmoins, Akutagawa n'y réagit pas, se contentant de faire la moue et de tourner les talons. Après avoir vérifié qu'il partait bien, Dazai ferma la porte derrière lui et se tourna vers Atsushi avec une mine intéressée.

« Chuuya t'a envoyé ici, je suppose donc que même lui n'a pas été en mesure de t'aider.

Où est-ce qu'on est ? demanda Atsushi en ignorant les questions que faisait germer cette déclaration dans son esprit.

Chez Ryunosuke. Enfin, chez ses parents plus précisément. » Le lycéen écarquilla les yeux. Ils étaient… chez Akutagawa ? Cette pièce gigantesque un peu vieillotte, c'était chez lui ?

« Pourquoi… » Il hésita quelques instants sur la formulation de sa question, et Dazai parut encore une fois lire dans ses pensées.

« C'est là que je vis. C'est ma chambre ici. »

Oh. Atsushi aurait aimé dire qu'il comprenait, mais c'était loin de la vérité. Il savait désormais ce qu'il faisait ici, certes, mais en ce qui concernait le reste de la situation… Pourquoi Dazai résidait-il chez les Akutagawa ? Leur était-il lié d'une manière ou d'une autre ? Ni Gin ni Akutagawa n'avaient jamais mentionné que ce type vivait chez eux ― il savait désormais que leur père était décédé, mais rien de plus.

« Tu es quelqu'un qui adore se poser des questions pas vrai ? » La remarque amusée de Dazai prit le jeune homme au dépourvu, et il se sentit obligé de répondre à l'affirmative. Il aurait du mal à prétendre le contraire, quand chacun de ces derniers jours l'avait plongé dans la confusion la plus totale.

« Difficile de ne pas le faire dans ce type de situation, objecta-t-il néanmoins.

Je suppose, oui. Tu sais... » Le jeune homme se laissa tomber sur le sol à côté de lui ― Atsushi ne s'était pas encore relevé ― et posa sur lui un regard pétillant. « On se ressemble sur ce point. Je me pose sans cesse des questions. Et je n'abandonne pas avant d'avoir les réponses que je veux. Néanmoins... » Il agita un doigt devant lui, comme pour imiter un professeur. « Tu ne vas pas assez de l'avant. Tu restes arrêté à tes questions. C'est pour ça que tu te retrouves dans cette situation, vois-tu. Parce que tu n'as pas été capable d'aller plus loin : soit de les dépasser, soit de les oublier. »

Aux yeux du jeune homme aux cheveux d'argent, ce que disait son étrange interlocuteur ne faisait pas vraiment sens. Mais il lui semblait qu'il saisissait vaguement l'idée qu'il essayait de lui transmettre. Très vaguement. Et surtout parce que cela faisait écho à quelque chose qu'il connaissait bien : sa difficulté à prendre des décisions.

« Mais, j'ai essayé de ne plus y penser. Sauf que, navré de vous l'apprendre, mais ce n'est pas évident d'oublier qu'on a vu quelqu'un se faire tirer dessus avant d'être soigné miraculeusement.

Oh, je le sais bien. » Le sourire de son interlocuteur s'agrandit. « Il aurait été plus simple de simplement accepter cette réalité. » Atsushi fronça les sourcils.

« C'est vous-même qui m'avez dit d'oublier tout cela.

Chuuya te l'a dit.

Et vous avez acquiescé.

Evidemment. Il n'approuverait pas ce que je te dis là. Vois-tu, lui et moi avons des points de vue divergents sur certaines questions... Le fait de ne pas être à la même hauteur n'aide pas, tu sais. »

Non, il ne savait pas, songea le jeune homme aux cheveux argentés. Mais il allait prétendre que oui. Si cette conversation était supposée l'éclairer, on était loin du compte. Il décida alors, pour une fois, de prendre les choses en main pour chasser cette confusion qui devenait agaçante.

« Qui êtes-vous réellement ? » demanda-t-il à Dazai. Le jeune homme esquissa un sourire à cette question.

« Tu es sûr de vouloir le savoir ? Je t'encourage à te renseigner, mais une fois que ce sera le cas, ta situation deviendra sensiblement plus difficile.

Ne l'est-elle pas déjà ? » Le brun inclina la tête, pensif.

« Pas nécessairement. L'Ecrivain n'a rien fait, donc on peut supposer que tu es encore en sursis. Peut-être que... »

Dazai ne termina pas sa phrase, interrompu par le bruit de l'ouverture d'une porte. Atsushi et lui tournèrent tous deux un regard surpris vers celle-ci, et y découvrirent alors Fuku Akutagawa qui les dévisageait, les bras croisés sur sa poitrine. Elle resta muette un instant, avant d'ouvrir la bouche :

« Atsushi Nakajima. Je ne pensais pas que nous nous reverrions si vite, et dans de telles circonstances. » Elle porta ensuite son attention sur Dazai et s'adressa à lui sur un ton sérieux :

« Que se passe-t-il ? Clairement et simplement.

Il m'a vu me suicider il y a deux jours. Et hier, Ryunosuke a été sauvé par Chuuya. » Fuku leva les yeux au ciel.

« Je savais que c'était trop miraculeux comme situation. Et je suppose qu'il a vu ce qu'il ne devait pas voir.

Théoriquement... » Dazai détacha chaque syllabe. « Il ne sait pas. Mais, je crains qu'aux yeux de cet Ecrivain, cela ne change pas grand-chose. » Il se tourna vers Atsushi pour lui sourire. « Ravi d'avoir un compagnon en tout cas. » Fuku leva les yeux au ciel.

« Ne dis pas ça, idiot. Ce pauvre garçon mérite mieux que ton sort misérable. » Dazai grimaça devant cette remarque.

« Que de cruauté, ma chère tante. »

Tante ? Atsushi releva ce qualificatif avec une petite mine surprise. Le lien de parenté semblait pour ainsi dire inexistant quand on les regardait. D'ailleurs, à la réaction de Fuku ― qui leva les yeux au ciel ― il se demanda si c'était la vérité. Mais puisque cela ne semblait pas être la chose à questionner présentement, il garda cette interrogation pour lui.

« Bon, reprit finalement la femme, il faut qu'on fasse quelque chose pour lui. S'il reste avec toi, cela va empirer sa situation.

Je conteste cette accusation.

Conteste-la à ta guise, je te rappelle que c'est moi qui prends les décisions. » le foudroya du regard Fuku. Dazai ne répliqua étonnamment rien, se contentant de lever les bras en signe d'abandon de la partie.

« Bon, Nakajima. On va descendre, et tu vas me raconter ce qui t'arrive.

Ce n'est pas ce que je viens de faire ? fit remarquer Dazai.

Non. Tu aimes raconter tes versions des choses. Moi j'ai besoin de tout savoir. »

Sur cette énième remarque acerbe, la mère d'Akutagawa lui fit signe de se redresser et de la suivre en bas. Après avoir jeté un énième regard confus à Dazai, Atsushi la suivit, désireux de ne pas la perdre de vue pour ne pas se perdre lui-même. L'extérieur de la chambre dans laquelle il était « apparu » était constitué d'un long couloir, qui aboutissait sur un escalier en colimaçon ― son pire ennemi car il était quelque peu maladroit ― puis sur d'autres couloirs et d'autres escaliers.

Ils descendirent environ trois étages avant d'arriver dans ce qui ressemblait au rez-de-chaussée, mais qui avait des airs de grand hall mondain. Le jeune lycéen se demanda si la famille Akutagawa était riche. D'un autre côté, plusieurs pièces semblaient condamnées ― seule l'encadrement de la porte se voyait encore, le reste était couvert de briques ― et aucune décoration n'égayait les murs. La seule chose impressionnante, c'était la surface et le nombre de pièces.

Fuku l'emmena dans un petit salon, dans lequel il trouva avec surprise Ryunosuke, installé sur un fauteuil, une tasse de thé dans les mains. Une théière et deux autres tasses encore vides étaient posées sur la petite table devant lui ; Fuku s'en saisit en s'asseyant et les remplit, avant d'en tendre une à Atsushi.

« Merci Ryu-nosuke. » La façon dont elle avait prononcé son nom laissait suggérer qu'elle avait tenté d'appeler son fils par un diminutif, mais Atsushi ne releva pas. « Tu peux y aller, maintenant.

Non. » répondit simplement le concerné. Il ajouta ensuite : « Je veux savoir.

Tu n'as pas l'âge. » La remarque manqua de faire s'étrangler le lycéen aux cheveux d'argents ― quel était le rapport ?

« Tu avais mon âge quand tu l'as appris. Dix-huit ans.

Parce que mon père n'avait plus l'envie d'assumer ses responsabilités. C'était différent. » Elle prit une gorgée de thé avant d'ajouter : « Ne sois pas impatient. Un jour, tu sauras tout. Mais maintenant...

Je suis déjà impliqué. Tout ça a un lien avec ce qui s'est passé hier, je le sais. Ne me couve pas je suis assez grand pour prendre mes décisions tout seul. » (C'était une des phrases les plus longues qu'Atsushi l'ait jamais entendu prononcer mais il n'osa pas le dire, cela ne semblait pas réellement être le bon moment.)

« Ryunosuke. » Fuku s'exprima sur une voix posée mais ferme. « Je sais que tu es assez grand pour tout savoir. Mais, présentement, la situation est trop compliquée pour que je puisse en plus la bouleverser en te révélant la vérité. Je te promets que tu sauras. Mais pas maintenant. »

Il y eut un long silence au cours duquel la mère et son fils se dévisagèrent longuement sans rien dire. Ils semblaient presque être emportés dans un duel de regards, duel qu'aucun d'eux ne voulait perdre. Pourtant, en fin de compte, Akutagawa se leva sans rien dire, posa sa tasse vide sur la table et quitta la pièce sans un regard pour Atsushi. Celui-ci ignorait s'il se sentait soulagé ou non de savoir que son camarade ne saurait pas pour tous ses problèmes.

« Revenons-en à nos moutons, Nakajima, reprit Fuku comme si rien ne s'était passé. Peux-tu me dire ce qui t'es arrivé ? Commence par le moment où tu as aperçu Dazai pour la première fois. »

Alors, Atsushi lui raconta. Il lui parla de cette vision soudaine d'un homme prêt à se jeter dans l'eau, qui avait chuté puis reparu sans la moindre égratignure. Il lui parla de la voix qu'il avait entendue ensuite sans voir la personne à qui elle appartenait. Il lui parla de la fusillade, de la balle qui avait touché mortellement Akutagawa, puis de l'apparition de Chuuya qui l'avait soigné. Et enfin, il lui parla de ce fameux « Ecrivain » qui le suivait depuis la veille au soir, puis de sa deuxième rencontre avec Chuuya qui l'avait expédié ici.

Fuku l'écouta sans rien laisser paraître, sirotant simplement son thé en opinant régulièrement pour montrer qu'elle suivait ce qu'il disait. Quand il eut terminé son résumé, elle reposa sa tasse avant de soupirer en se massant les tempes.

« Il ne me l'avait jamais faite celle-là, soupira-t-elle, et Atsushi se demanda si elle parlait de Dazai ou de Chuuya. Bon. Tu t'es retrouvée dans un beau pétrin, j'en ai peur. » Le lycéen esquissa un sourire un peu jaune. Cela n'allait pas réellement l'aider, il s'en était déjà rendu compte. « Pour limiter les dégâts, pour l'instant, je ne vais te dire que l'essentiel, que tu as sans doute déjà deviné par toi-même. Ce Chuuya que tu as mentionné et l'Ecrivain ne sont pas des Hommes comme toi et moi. Ils sont... » Elle chercha quelques secondes ses mots. « Supérieurs. Ils n'ont ni père ni mère. Ils ne sont nés que des sentiments négatifs des êtres humains. Et leur rôle est de superviser la tâche qui nous effraye le plus.

La mort ? » hasarda Atsushi. Tout y semblait si lié depuis le début...

« Oui. Ils sont les passeurs qui guident les âmes des défunts vers le repos éternel. Ils ne tuent personne, ils viennent juste chercher ce qui subsiste d'eux. Mais leur rôle doit rester secret. C'est pour cela que Chuuya t'a invité à tout oublier, et que l'Ecrivain te traque. Aucun Homme ne doit jamais savoir qu'ils existent, et ce qu'ils font.

Pourtant, vous... » Fuku lui adressa un petit sourire.

« Je suis une exception. Toute notre famille en est une, car nous avons croisé la route de Dazai.

Dazai est comme eux ?

Non, il est un Homme comme toi et moi. A une exception près. Mais cela n'est pas l'important. Je suppose que Chuuya est en train d'essayer d'arranger les choses pour toi. S'il parvient à convaincre l'Ecrivain que tu n'es pas un danger, comme il l'a fait pour mes ancêtres, tu pourras reprendre ta vie d'avant.

Et s'il n'y parvient pas ? » Fuku resta silencieuse un long moment avant de répondre :

« Il nous faut espérer qu'il y parvienne. »

Cette remarque glaça le sang du jeune lycéen de deuxième année, parce qu'il était incapable de saisir ce qu'elle sous-entendait exactement. Il comprenait mieux le sens du message de Dazai quand il lui avait dit que ce serait pour le mieux si l'Ecrivain venait le tuer ― cela signifierait qu'il ne faisait que son travail quotidien. Mais l'opposé alors... Quel serait-il ? Laisser son âme errer pour l'éternité ? Ne pas lui accorder le repos éternel simplement parce qu'il s'était trouvé au mauvais endroit au mauvais moment ?

Quelque chose le titillait aussi dans ce que Fuku avait dit. Elle avait mentionné que Chuuya avait convaincu l'Ecrivain que ses ancêtres n'étaient pas un danger. Pourtant, le jeune homme avait l'apparence d'un étudiant à peine diplômé du lycée. Il l'admettait, il n'aurait pas été entièrement surpris d'apprendre que le mystérieux jeune homme ne vieillissait pas comme eux du fait de sa non-mortalité. Mais tout de même... Quand elle disait « ancêtres », à combien de générations auparavant cela renvoyait-il ?

« Tu peux rester ici pour le moment, reprit Fuku. Cet endroit est un lieu de paix. L'Ecrivain ne viendra pas te poursuivre et te maudire ici. Peut-être désires-tu prévenir tes parents ? Je peux leur parler pour les convaincre. » Atsushi esquissa un petit sourire embarrassé.

« Je vais juste prévenir mon colocataire, il sera content d'avoir l'appartement à lui tout seul. »

Prévenir ses parents n'aurait eu aucun sens, puisqu'il n'avait plus de contacts quotidiens avec eux. Il passait un weekend par mois en compagnie de son père, mais cela ne justifiait pas qu'il l'avertisse ― quant à sa mère, il ne la voyait que ponctuellement. Leurs rapports restaient tendus malgré le temps passé.

Il joignit donc le geste à la parole et contacta Mark pour le prévenir de son absence provisoire. Le jeune étudiant ne décrocha pas ― peut-être était-il encore en cours, réalisa-t-il en regardant l'heure et s'apercevant qu'il n'était pas si tard, quinze heures seize à peine. Il lui laissa donc un message vocal lui expliquant qu'il avait été invité par un camarade de classe à rester chez lui pour un temps car ils avaient un gros projet de groupe à réaliser. Il lui promit de le tenir au courant avant de raccrocher, espérant que Mark n'en ferait pas tout un foin comme hier et qu'il n'appellerait pas la police avant de le recontacter lui.

Fuku était restée perdue dans ses pensées pendant tout ce temps, réfléchissant sans doute à ce qu'elle allait bien pouvoir faire maintenant qu'elle se retrouvait avec une personne en plus. Elle ne partagea cependant aucune de ses réflexions avec Atsushi, se contentant de lui dire :

« On te préparera une chambre d'ami au même étage que Dazai. Je crois qu'il a dit que tu devais l'aider pour quelque chose ? On s'en tiendra à cette version. Comme tu l'as sans doute compris, mes enfants ne savent pas tout ce que je t'ai dit. Ils sont conscients que Dazai n'est pas un homme normal, mais pour eux, il est un membre de leur famille qui a toujours été présent dans leur entourage. Ils ne sont pas en âge de connaître tous les problèmes sous-jacents à sa présence, et les tiens. Et je préfèrerai le leur expliquer calmement quand le temps sera venu plutôt que dans l'urgence parce que les choses se passent mal, grimaça-t-elle finalement.

Je ne leur dirais rien, promit Atsushi.

Tant mieux. Il vaut mieux que tu oublies toi aussi, mais je suppose qu'on te l'a déjà dit, ça. » Plus d'une fois oui, songea le jeune lycéen. Comme si c'était simple comme bonjour. Sa tête devait être explicative, car Fuku esquissa un sourire. « Va te reposer. Chuuya reviendra sans doute nous donner des informations.

Très bien.

Demande à Ryunosuke de te préparer une chambre, ajouta la femme alors qu'il s'apprêtait à partir. Il doit être dans le coin. »

Sans doute Fuku avait-elle un sixième sens, car en effet, son fils était dans le couloir, adossé comme à son habitude à un mur. Il avait l'air de profondément s'ennuyer, nota le jeune homme aux cheveux argentés avec un peu de crainte. Il leva les yeux dans sa direction quand Atsushi sortit et vint se planter en face de lui.

« Pourquoi t'es là ? » Essayant de ne pas se sentir blessé plus que de raison par cette attitude quelque peu désagréable, Atsushi répondit posément à côté de la plaque :

« Ta mère veut que tu me prépares une chambre au même étage que monsieur Dazai. » Akutagawa fronça les sourcils, mais lui fit signe de le suivre sans rien dire. Il ne reparla que lorsqu'ils furent dans l'escalier.

« T'as rencontré Dazai hier. Pourquoi vous travaillez ensemble ?

Oh, euh… » Atsushi ne savait pas mentir, malheureusement, surtout quand on le prenait au dépourvu. Il essaya malgré tout de sonner convainquant : « On s'est recroisés hier soir, et il m'a proposé de lui donner un coup de main. Et comme j'ai besoin de subvenir aux charges avec Mark, mon colocataire, j'ai accepté.

Hum. Je ne vois pas pour quoi il pourrait avoir besoin de toi, fit remarquer Akutagawa.

Je ne sais pas encore, il a été assez évasif, tu devrais lui demander. »

Autant tout remettre sur le dos de Dazai puisque c'était de toute manière en partie sa faute. Le jeune homme aux cheveux bicolores sembla d'ailleurs accepter cette remarque, puisqu'il hocha la tête en le menant jusqu'au dernier étage. Il lui désigna ensuite une porte au fond du couloir :

« Dazai est là. Je te déconseille de t'installer dans la chambre voisine, quand il se dispute avec Chuuya, c'est du sport. » Atsushi n'était pas sûr de vouloir savoir ce qu'il entendait par là.

« D'accord…

Tu peux te mettre là. » Il désigna une autre porte un peu plus loin. « Je pense que la pièce n'est pas en trop mauvais état. »

Encore une remarque qui laissa le jeune homme perplexe, mais qu'il décida de laisser couler. Il savait originellement depuis longtemps qu'Akutagawa ne répondait pas aux questions quand il ne les jugeait pas essentielles, et il se doutait qu'il n'apprécierait pas celles-ci plus que d'autres. Et puis, Atsushi n'était pas sûr de vouloir savoir les choses sous-entendues encore une fois.

Akutagawa lui ouvrit la porte et le jeune homme aux cheveux argentés détailla l'intérieur du regard. La pièce était tout aussi vieillotte que la chambre de Dazai, mais elle semblait habitable, et de loin. Si le jeune homme se sentait un peu gêné de s'installer ainsi chez son camarade qui n'avait rien demandé, il était soulagé de voir qu'il n'était visiblement pas si mal accueilli que cela.

« Tu dois repasser chez toi pour chercher tes affaires ? »

Une autre question d'Akutagawa, une autre surprise pour lui. Surtout qu'encore une fois, il ne savait pas quoi répondre. Sans doute, mais Fuku lui avait indiqué l'importance de ne pas trop sortir d'ici pour l'instant. Il allait pourtant bien lui falloir rentrer chez lui pour récupérer des affaires.

« Il ira plus tard. » Dazai apparut miraculeusement sur le pas de la porte alors que le jeune homme cherchait une autre explication mensongère, et lui adressa un sourire amusé. « Il faut d'abord qu'on règle quelques points. »

Akutagawa lui adressa une œillade agacée, visiblement peu satisfait d'être encore renvoyé loin de cette conversation. Les deux hommes se défièrent un bon moment du regard, puis Dazai finit par rompre le contact visuel dramatiquement.

« Tu es aussi buté que ta mère, commenta-t-il.

J'entends tout. » rétorqua soudainement la voix de celle-ci un peu plus bas. Les trois jeunes hommes eurent un petit sursaut de surprise, avant de se reprendre une fois celle-ci dissipée.

« Si tu entends tout, pourquoi ne pas dire à ton fils de s'en aller comme tout à l'heure ? marmonna ensuite le jeune homme aux cheveux bruns interrompu. Cette fois, personne ne lui répondit.

« Je vais vous laisser, finit par lâcher Akutagawa, mais je n'en resterai pas là. »

Dazai ne répondit à cet avertissement qu'avec un demi-sourire, avant de le saluer de grands gestes de la main tandis qu'il quittait la pièce. Il déclara ensuite à l'intention d'Atsushi :

« Chuuya t'apportera tes affaires. Enfin, il va sûrement les propulser dans ma chambre comme toi auparavant, mais l'idée est là.

Comment savez-vous aussi bien ce qu'il va faire ? » Les yeux de Dazai étincelèrent légèrement.

« Chuuya et moi, on se connaît depuis longtemps. Très longtemps, si tu vois ce que je veux dire. J'ai appris depuis longtemps comment il fonctionne. » Atsushi resta quelques secondes songeur.

« C'est la première fois que vous faites face à ce genre de situation ?

Tu veux dire, un type qui découvre notre identité et qui se retrouve poursuivi par l'Ecrivain ? » Atsushi opina. « C'est la première fois de cette manière, oui. On a déjà fait face à des situations tendues, mais jamais de la sorte. Pourtant, parfois, on a frôlé le drame. Mais il est vrai que c'est un vilain coup du sort que tu te sois trouvé deux fois sur mon chemin en peu de temps. Ou peut-être que c'est ce que le destin voulait. » s'amusa-t-il légèrement.

Atsushi n'était pas sûr de vouloir partager cette opinion. Il préférait s'imaginer que le destin avait de meilleurs projets pour lui que de passer sa vie à fuir un être surnaturel qui ne lui voulait pas du bien. Et il espérait que la vie lui sourirait de nouveau en temps voulu.

« Dans tous les cas, la situation se débloquera d'une manière ou d'une autre, reprit Dazai. Elle se débloque toujours quand ce type s'en charge. » Son ton légèrement dédaigneux informa Atsushi qu'il n'aimait pas beaucoup cet Ecrivain, qui qu'il soit.

« Mais je veux qu'il me laisse tranquille, fit-il observer en réponse.

Ça ne dépend que de Chuuya, ça. Il est bon pour convaincre les gens, tu devrais t'en sortir

Mais pas pour vous convaincre vous, visiblement. » La remarque lui échappa, mais elle sembla amuser son interlocuteur qui pencha la tête à son intention.

« Qu'est-ce que tu veux dire ? »

Atsushi hésita légèrement, il avait plus parlé en suivant son instinct que par réelle conviction de ce qu'il avançait. Mais il poursuivit néanmoins sur sa lancée :

« Je pense que Chuuya veut que vous arrêtiez de vous suicider mais que vous ne l'écoutez pas. » Il avait bien deviné que le jeune homme aux cheveux flamboyants supportait mal les tentatives incessantes du brun en tout cas. Dazai laissa échapper un petit rire amusé.

« Pas mal. J'ai mes raisons de ne pas l'écouter par contre. Et elles sont plus valables que tu ne le penses. »

Le jeune homme aux cheveux argentés fronça les sourcils. Il était vrai qu'il ne comprenait que partiellement la situation dans laquelle se trouvaient les deux hommes, mais les informations données par Fuku l'aidaient à saisir un peu mieux ce qui pouvait se tramer entre eux.

La femme lui avait en effet indiqué que Chuuya n'était pas un mortel et qu'il guidait les âmes des morts. Il pouvait donc deviner que Dazai cherchait à se suicider pour le rejoindre. En revanche, il n'était pas sûr de comprendre pourquoi il n'y parvenait pas. Une hypothèse avait germé dans son esprit, mais il se refusait à la formuler pour l'instant, la trouvant un peu invraisemblable malgré toute la situation encore plus invraisemblable dans laquelle il était déjà plongé.

Et puis, il trouvait cet acharnement de Dazai un peu étrange. Quelles que soient ses raisons, chercher à se suicider sans cesse semblait être un peu étrange comme obsession. D'autant plus si cela avait un lien avec quelqu'un qui ne le désirait pas.

Mais ce n'était sans doute pas ses affaires… N'est-ce pas ?

Dazai semblait réfléchir à quelque chose à dire, mais une valise lui tomba soudainement sur le crâne, avec une telle force que le jeune lycéen eut peur que cela le blesse. Il reconnut ensuite après une seconde sa propre valise de voyage usée. En l'ouvrant, il y trouva plusieurs de ses affaires empilées dedans, dont les essentiels vêtements, affaires de toilette et chargeurs. Il se demanda brièvement comment le rouquin avait trouvé tout cela, avant de décider qu'il valait mieux ne pas s'en préoccuper.

Le jeune homme aux cheveux bruns se frotta le crâne un moment après avoir été heurté, puis jeta un regard noir à la valise, puis à l'espace au-dessus de lui. Le tout était si cocasse qu'Atsushi ne put retenir un gloussement, qui se changea bien vite en un rire franc. Peut-être était-ce l'expression outrée de Dazai, ou peut-être était-ce simplement la pression qui retombait de ses épaules. En tout cas, il y avait bien longtemps qu'il n'avait pas ri de la sorte, soudainement très, très amusé.

« Je ne vois pas ce qui est si drôle, marmonna Dazai d'un air vexé. Il ne sait pas viser. » Atsushi était plutôt convaincu que le concerné l'avait plus ou moins fait exprès, mais ne dit rien, essayant de réprimer son rire. « Et depuis quand sait-il aussi bien où je me trouve ? » Le brun continua de marmonner un moment dans sa barbe inexistante.

« En tout cas, vous pouvez être heureux que ma valise ne soit pas du tout en métal, fit-il remarquer en la refermat.

Si elle l'avait été, j'aurais peut-être pu mourir. » rétorqua son interlocuteur avec un air rêveur qui inquiéta un peu plus que de raison Atsushi. Était-ce réellement sain, désirer mourir à tout prix ? ― d'une certaine manière, il connaissait déjà la réponse : non.

« Monsieur Dazai... Pourquoi voulez-vous mourir à ce point ? »

Même si la question pouvait sembler indiscrète, il la formula, parce qu'il estimait que sa curiosité finissait par être justifiée après avoir été entraîné dans tous ces soucis à cause d'un suicidaire. Et puis, peut-être qu'il n'en avait pas besoin, mais il s'inquiétait un petit peu pour cet étrange homme. Vivre en ayant l'envie de mourir, ce n'était pas vivre ― la phrase sonnait si idiote ainsi, quand bien même beaucoup de gens ne réalisaient pas sa triste réalité.

Dazai, lui, resta silencieux un bon moment, son regard posé sur un point que le jeune homme aux cheveux argentés ne pouvait pas distinguer. Un point qui ne devait exister que dans son esprit, mais qui semblait l'attendrir d'une étrange manière ; les orbes noisettes du jeune homme, habituellement si moqueurs et taquins, semblaient désormais étrangement affectueux. Atsushi n'osa pas prononcer un seul mot, attendant simplement que l'autre sorte de ses pensées ― et espérant obtenir une réponse malgré tout.

« Parce que... »

Quand Dazai reparla, sa voix n'était plus qu'un chuchotement étouffé, et son regard ne semblait pas vouloir se décoller de ce point invisible qu'il fixait intensément. Même après cette amorce de phrase, il parut chercher ses mots, avant de finalement déclarer, en esquissant un sourire triste :

« On m'a donné le droit de tout faire, sauf de trouver le bonheur. Et ce bonheur... » Atsushi sentit un petit frisson parcourir sa nuque alors que l'autre terminait : « Mourir me le redonnera. »