Echo ; Guerre


Le jeune homme aux cheveux flamboyants laissa échapper un profond soupir mêlé de douleur. Il pressa une main gantée sur sa hanche, observant quelques secondes ensuite la paume et le tissu teinté de sang. Quelle plaie, songea-t-il en chassant la douleur de son esprit pour conserver son attention à peu près complète sur la situation autour de lui.

Il était la risée des messagers ― ils étaient censés être des créatures surnaturelles, pas se faire blesser comme de vulgaires humains. Enfin, encore une fois, cette vilaine blessure était indépendante de sa volonté tout était encore et toujours de la faute de cette abrutie de momie qui était un gâchis d'oxygène. Un jour ou l'autre, il allait avoir leur peau à tous et Chuuya était certain que c'était le but secret de cet idiot.

Il balaya les environs du regard, cherchant trace de ceux qui avaient tiré. Ne percevant personne, même avec ses capacités lui permettant de ressentir les auras des gens, il s'autorisa à se laisser aller contre le mur et à poser son gant une nouvelle fois contre sa plaie. Inspirant profondément, il concentra toute sa force dans sa main pour se soigner ― il pouvait aussi attendre un peu, la blessure se serait sans doute régénérée seule, mais il avait présentement besoin de mettre fin à tout ce qui se produisait autour d'eux, ou des innocents allaient finir par périr.

Et là, il n'était même pas question de fatalité du destin ― même l'Ecrivain était dépassé par ces événements imprévisibles. C'était quelque auquel le Conseil n'avait pas pensé au moment de condamner l'autre idiot à la vie éternelle : les immortels étaient imprévisibles. Eux, messagers de la Créatrice, étaient supposés prédire le destin des humains et se charger d'aller les trouver quand le moment était venu. Mais, quand ils échappaient à la mort, comme l'autre abruti, les prédictions devenaient plus incertaines et ils se retrouvaient parfois dans cette situation merdique, où des humains mouraient à cause de la momie suicidaire alors que leur heure n'était pas venue.

(L'Ecrivain était de plus en plus à bout de nerfs depuis qu'ils avaient pris conscience de cela, et Chuuya était certain qu'un jour ou l'autre, il allait trouver un moyen de pallier ce problème. Il n'y a pas de précédent quand on en venait à prédire les mouvements des immortels, mais il n'y avait pas vraiment de précédents aux immortels non plus, donc tout était possible.)

Une fois que la douleur se fut estompée, le jeune homme aux cheveux flamboyants se redressa et balaya les environs du regard. La situation semblait s'être calmée, même s'il entendait encore des coups de feu au loin. Pourquoi les Humains avaient-ils décidé d'inventer des armes à feu ? Les épées ne leur suffisaient plus, pour s'étriper ? Il fallait qu'ils inventent des armes encore plus dangereuses, des moyens de destruction encore plus massifs pour s'entretuer ?

Il se demandait parfois pourquoi l'humanité cherchait à ce point à se détruire.

Il avisa soudainement, en contrebas, une silhouette immobile sur le champ de bataille abandonné. Il la reconnut sans mal il pouvait la reconnaître entre mille. Ainsi placés, il avait l'impression de revoir une scène qui avait eu lieu des siècles auparavant. La première mort de cet imbécile ― qui aurait dû rester la seule. Pourquoi avait-il fallu qu'il transgresse l'interdit ? Le jeune homme aux cheveux flamboyants le détestait pour sa stupidité.

Il aurait pu avoir une vie simple, comme tant d'autres de ses semblables. Mais non, il avait fallu qu'il croise dans son enfance Osamu Dazai, et qu'il mette sa vie en dessus dessous. Les choses auraient-elles été différentes, s'il avait pu lui parler avant de partir ? Peut-être qu'ainsi, Dazai ne l'aurait pas attendu comme il l'avait fait. Peut-être qu'ainsi, il serait mort des siècles plus tôt, emportant avec lui tous les sentiments qu'il faisait naître au sein du jeune homme aux cheveux flamboyants.

Il faillit ignorer la silhouette allongée, jugeant qu'il valait mieux qu'il ne lui adresse pas la parole pour sa propre santé mentale, mais aperçut la mare de sang qui s'étendait autour de lui, et ferma brièvement les yeux. Murmurant une insulte à lui-même, il les rouvrit et tourna brusquement les talons pour le rejoindre.

Le brun gisait en effet dans son propre sang, mais il semblait complètement satisfait par cette situation ― et de toute manière, la plaie allait se refermer dès que son cœur cesserait de battre. Le rouquin était néanmoins surpris que le jeune homme ne se plaigne pas après tout, il détestait souffrir généralement.

Pourtant, il souriait alors qu'il venait dans sa direction, et ce sourire ne faiblit pas alors que le jeune homme aux cheveux flamboyants posait un genou à terre à ses côtés. Il se dévisagèrent un long moment, en silence, avant que le rouquin ne le rompe en soupirant.

Très sincèrement, il n'y avait plus rien qu'il pouvait dire à son interlocuteur. Ils avaient tout épuisé, bien des siècles auparavant.


Tu me manques.

Pas toi.

Je sais que tu mens.

Arrête de croire me connaître.

Je ne le crois pas, je le sais.

Tu es juste imbus de toi-même.

Mieux vaut être imbus que se déprécier sans cesse.

C'est ce que tu dis.

Ne le penses-tu pas non plus ?

Je pense que si tu n'avais pas été ainsi, les choses seraient meilleures.

Meilleures pour qui ?

Le monde entier.