Echo ; Amour


Le jeune homme aux cheveux flamboyants laissa échapper un profond soupir, avant de se masser l'arète du nez. Il le détestait. Il le détestait tellement. Rien que sa vision lui inspirait une profonde envie de le frapper ― même si cette envie devenait parfois confuse, mélangée à une autre envie plus sourde et incontrôlable de frapper son interlocuteur d'une autre manière.

En face de lui, le concerné affichait son habituelle mine mérpisante et moqueuse, qui l'agaçait tellement. Il mourait autant d'envie de le tuer que de partir ― et en soi, en temps normal, il aurait pu réaliser les deux en même, si l'autre idiot n'avait pas été immortel. Le tuer relevait d'une uotopie impossible à réaliser pour le moment, ême pour lui qui possédait des capacités extraordinaires.

(Il aurait dû transgresser beaucoup trop d'interdits pour y parvenir, et il était déjà dans une situation assez instable comme cela. Les anciens ne cessaient de lui jeter des regards désobligeants quand il passait à leur niveau, comme pour lui rappeler qu'ils n'appréciaient pas son attitude désinvolte vis-à-vis de ce qu'il avait fait. Il mourait à chaque fois d'envie de leur crier qu'il n'était pas responsable des actes de cette foutue momie suicidaire. Qu'est-ce qu'il y pouvait, lui, si elle avait décidé de s'accrocher à lui jusqu'à la fin de ses jours ? Rien, rien du tout, et il aurait mille fois préféré qu'elle fasse l'inverse.)

Il finit par se détendre un peu en songeant qu'il n'avait plus rien à voir avec cet abruti, et qu'il pouvait s'en aller promptement pour rejoindre son propre univers. Mais, alors qu'il s'apprêtait à tourner les talons, une main se posa sur son épaule, et il sentit un frisson le parcourir ― il détestait cette façon systématique qu'avait son corps de réagir quand l'autre le touchait. Il le détestait.

« Laisse-moi, souffla-t-il d'ailleurs avec moins de conviction qu'il ne l'aurait espéré cependant. Je ne veux pas te voir, ni te parler. »

L'autre ne retira pas sa main cependant, mais ne dit rien. De la sorte, les conditions posées par lui-même étaient respectées ― il ne le voyait ni ne lui parlait. Mais cela ne suffisait pas à apaiser les nerfs désormais à vif du jeune homme aux cheveux flamboyants, et il finit par se dégager avec force de l'étreinte de l'autre.

« Juste, va-t-en. »

Il répéta ces quelques mots pour ce qui devait être la millionième fois de leur histoire ― avant de se détourner de nouveau. Et pour la millionième fois de leur histoire, les choses suivirent leurs cours il ne partit pas. Le brun resta près de lui, silencieux mais présent, ses orbes bruns fixés sur le dos du jeune homme face à lui. Ce dernier sentait leur détermination dans sa nuque, une sensation qui le dérangeait autant qu'elle lui plaisait.

Il savait qu'une part de lui se leurrait quand elle répétait qu'il haïssait ce type. Il savait qu'il ne parvenait à convaincre personne, pas même lui-même, quand il répétait qu'il méprisait cet abruti du plus profond de son être. Une part de lui l'appréciait. Une part de lui était sensible à sa présence ― et il la détestait.

Il faisait tout pour faire taire cette part de lui, et il y arrivait plutôt bien en réalité. C'était simple de fuir cette voix horripilante dans son esprit. Simple de prétendre ne pas l'entendre.

« Refuseras-tu donc toujours de l'admettre ? » La voix de l'autre s'éleva de nouveau, ferme, inhabituellement sérieuse. « Je ne t'ai entendu le dire qu'une fois.

Et il s'agissait déjà d'une erreur.

C'est ce dont tu essayes de te persuader. »

Le jeune homme aux cheveux flamboyants fit volte-face, et attrapa le col de son interlocuteur avant de le secouer comme un prunier. Il se retenait avec virulence de lui envoyer son poing dans la joue, pour effacer ce sourire horripilant qui ne quittait jamais ses lèvres. Il avait tellement envie de le frapper. Il avait tellement envie de l'embrasser.

Ces deux envies n'avaient absolument rien de compatible.

Il hurlait cela à son cœur qui s'emballait, et à son cerveau qui les lui soufflait.

« Nous ne sommes pas faits pour être ensemble.

C'est ce que tu as décidé.

C'est ce que le monde a décidé. Je ne suis pas humain. » Chuuya détacha chaque syllabe avec force, en appuyant ses propos d'un regard glacé.

« Je ne le suis plus totalement non plus. »

Il n'entendrait jamais raison, le messager le savait. Mais il ne pouvait pas s'empêcher de le répéter encore et encore.

Comme si c'était pour se donner bonne conscience.

Et puis, soudainement, les barrières erigées se rompirent.

« Je me fiche de toutes ces questions d'humanité ou non, reprit le brun. Je veux juste t'aimer. » Sans crier gare, il se pencha et posa ses lèvres sur les siennes. Le jeune homme aux cheveux flamboyants sursauta et se recula soudainement, dans une attitude hostile.

« Je ne peux pas. » cracha-t-il.

L'expression de douleur qui traversa les orbes noisettes de son interlocuteur le retint ― il ne l'avait jamais vu si sincère. Cela le poussa à rester quelques secondes ― et à finalement céder. Parce qu'on ne pouvait pas lui mentir et qu'il savait que l'autre était sincère. Parce que lui aussi abritait les mêmes sentiments.

Parce que parfois, c'était plus simple de ne pas fuir cette voix.


Ils le regretteront.

Ne commence pas.

Tu sais ce qui se passe.

Je ne les en empêcherai pas.

Pour l'amour du ciel, Kôyô… !

Je ne ferais rien.

Tu veux qu'ils reproduisent tes erreurs ?

Je veux qu'il soit heureux.

Ce n'est pas…

Vous n'en savez rien.

les choses changeront le moment venu.

Eh bien qu'elles le fassent.