La rumeur. C'est ce qui circule le plus vite dans la galaxie. Plus vite que l'information, plus vite que la maladie, plus vite que les armées. Le Mandalorien se méfiait de la rumeur autant que des droïdes. Ce qui c'était passé sur Navarro allait forcément être très vite connu dans toute la galaxie. Une résurgence de l'empire, un enfant valant des milliers de crédits... La réponse raisonnable à la situation aurait été d'abandonner l'armure, de déguiser l'enfant et de disparaître, mais il ne pouvait pas faire ça. L'honneur de Mandalore l'interdisait.
Alors, s'il ne pouvait abandonner l'armure, il devait abandonner tout le reste, à l'exception de son vaisseau, leur seule porte de sortie. Les impériaux avaient déjà son nom, il devait maintenant abandonner ses contacts. Tous ceux qui lui avaient jamais donné du travail, une place ou dormir, de l'aide pour se soigner... Presque tous le vendraient immédiatement à l'empire. Les autres, les rares gens biens de cette galaxie qui était presque dépourvue, il ne pouvait pas les mettre en danger. Les impériaux se mettraient d'ailleurs sur ses traces, et pour ça, ils retraceraient son parcours des derniers mois, voire des dernières années. Certains méritaient d'être prévenus de l'arrivée de l'empire et ce qu'ils risquaient de subir s'ils ne parlaient pas. Le Mandalorien ne pouvait cependant pas perdre de temps pour les prévenir, ni risquer que la communication soit interceptée. C'étaient des gens bien, des gens qui avaient de l'honneur ou du cœur, parfois les deux. Mais il y avait l'enfant dont il devait s'occuper.
Il les abandonna à leur sort, ne s'accordant qu'une seconde pour regretter la nécessité de son geste. Voir les grands yeux pleins de confiance de l'enfant se poser sur lui suffit à l'assurer de la justesse de son choix.
Disparaître donc. Disparaître vite et bien, si profondément dans la galaxie que personne ne se douterait de l'endroit où ils étaient. Plus facile à dire qu'à faire.
Et il y avait l'autre problème. L'honneur lui dictait de partir à la recherche de ceux qui pourraient prendre soin de l'enfant. L'honneur et la nécessité, vu ce que l'enfant avait failli faire à Cara Dume.
S'il voulait trouver les sorciers jedi, ils devaient se mettre en danger. S'il voulait protéger l'enfant, il devaient le priver de la chance de s'épanouir. La deuxième option le tentait davantage. Cet enfant était sien désormais, son devoir de protection devait dépasser le mince espoir de trouver son clan. Le regard vide des enfants de Mandalore chassés à jamais de chez eux s'imposa à sa mémoire. Ce n'était pas pour rien qu'ils avaient décidé de ne plus jamais ôter leur casque. Ils avaient enfermés ces regards à l'intérieur. L'enfant n'aurait pas ces yeux vides de toute émotion et de tout espoir. Ils n'avaient pas le choix. Ils fonceraient en plein danger.
Pas tout de suite, cependant. Ils étaient épuisés, blessés, sans alliés et sans provisions. Il leur fallait se procurer quatre choses de toute urgence : de quoi le soigner, de quoi tenir le coup aussi longtemps que nécessaire pour ne pas avoir à poser le pied sur une planète et surtout, une base de repli et des renseignements.
-Où trouver tout ça ? Tu peux me le dire ?
L'enfant le regarda en souriant doucement. Derrière la visière de son casque, le Mandalorien ne put s'empêcher de lui rendre son sourire, puis il se replongea dans la carte de la galaxie. Tellement de planètes, mais lesquelles étaient sûres ? Lesquelles pouvaient leur fournir ce dont ils avaient besoin, en limitant les risques autant que possible ? S'il en existait une qui correspondait à tous ces critères, le Mandalorien était l'homme le plus chanceux de l'univers, et, ces derniers temps, il n'avait pas vraiment eu de raisons de croire en la chance.
Il exclut de la liste toutes les planètes trop peuplées. Trop de chance qu'un malin un peu informé décide de tester sa chance auprès de l'empire. Il exclut ensuite les planètes pas assez peuplées, où leur duo comme le leur serait trop visible. Puis celle où la guilde était active, celle où des groupes de Mandaloriens se cachaient, celles où pullulaient assassins, voleurs et chasseurs de primes, celles où la sécurité était trop importante et où ils seraient filmés vingt fois avant d'avoir quitté l'astroport. Ce tri là fait, il restait très peu de planètes familières.
-Il va falloir prendre un risque.
Sur ses genoux, l'enfant regardait avec fascination les planètes défiler sur son écran. Tout d'un coup, il pointa l'une d'entre elle et fit mine de l'attraper. Le Mandalorien le tira vers lui en soupirant, puis jeta un deuxième coup d'œil sur la planète.
-Effectivement, les morts ne peuvent pas parler. Est-ce que cela fait aussi partie de la magie de ton clan ?
L'enfant mit ses doigts dans sa bouche pour seule réponse. Le Mandalorien aurait du chercher bien plus tôt des renseignements sur sa race et ses pouvoirs. À trop attendre, il avait rendu sa tâche encore plus ardue, mais il était un peu tard pour se lamenter.
Il mit le cap sur la planète où il avait trouvé l'enfant. C'était un risque minime, tant qu'il faisant attention à ces satanés Jawas. Il n'avait aucune raison de retourner là bas à laquelle pouvait penser l'Empire. La race de Kuiil n'était pas non plus originaire de là. Même s'ils savaient qu'un Ugnaught les avait aidé, ils ne pourraient pas faire le rapprochement. C'était un autre problème. Le Mandalorien ne savait pas quelles étaient exactement les ressources du Moff Gideon. Celui-ci était mort – probablement, le Mandalorien ne croyait pas pouvoir être suffisamment paranoïaque dans cette histoire – mais cela ne voulait pas dire qu'il n'avait pas des complices capables de poursuivre le travail. Tout dépendait à quel point les nostalgiques de l'Empire fonctionnaient comme un tout coordonné, quelles ressources ils avaient, quelles...
La minuscule main de l'enfant se posa sur son bras et, pendant quelques instants, le Mandalorien oublia de s'inquiéter de tout. Les choses étaient très simples, en fait. Se poser sur la planète de Kuiil. Se camoufler. Récupérer. Se faire oublier quelques jours. Partir à la recherche de la famille de l'enfant.
Très simple.
Le Mandalorien enregistra les coordonnées de la planète, planifia le saut et s'endormit sitôt qu'ils furent dans l'hyper-espace. Ce n'était pas prévu. Il fallait qu'il planifie, qu'il réfléchisse à des planques, des voies de sortie et des dizaines d'autres choses, mais son corps ne lui laissa pas le choix. Il dormit d'un sommeil de pierre, sans rêves, mais se réveilla aussi fatigué qu'il s'était endormi.
Les gazouillis de l'enfant le réveillèrent. L'enfant était grimpé sur le tableau de bord et plaquait ses mains et sa tête contre la vitre pour la regarder de plus près. Le Mandalorien soupira et l'ôta de là, soulagé qu'il n'ait pas causé de catastrophe en se déplaçant et commença la procédure d'atterrissage.
Ils restèrent trois jours à récupérer chez Kuiil. S'il n'y avait pas eu l'Enfant qu'il fallait surveiller en permanence, le Mandalorien aurait dormi d'une traite ces trois jours, mais après une journée passée à récupérer, l'enfant avait à nouveau envie de découvrir le monde. Le surveiller était un travail de chaque instant. Au troisième jour, le Mandalorien avait l'impression d'être plus épuisé encore qu'à son arrivée. Seul point positif, sa tête avait cessée de le lancer. Il commençait à guérir.
Même si c'était tentant, ils ne pouvaient pas rester là. L'endroit n'était pas sécurisé, visible de loin et des Jawas rodaient déjà à la limite du campement dans l'espoir de dépecer à nouveau son vaisseau. Il n'allait certainement pas leur en donner l'occasion et cela voulait dire qu'il fallait partir au plus vite. Le troisième jour, le Mandaloiren chargea dans le Razor Crest tout ce qui pouvait être récupéré dans la maison de Kuiil. Le Ugnaught ne possédait pas grand chose, mais il l'aurait donné avec plaisir à l'enfant. La nourriture et le bacta ne dureraient pas, mais ils en feraient bon usage. Il y avait de quoi entretenir et réparer le Razor Crest pour un certain temps, ce qui leur permettrait d'éviter de se poser trop souvent. Enfin, les couvertures offrirent à l'enfant un meilleur lit que tout ce que le Mandalorien avait pu lui offrir jusque là. Il avait été élevé par un clan entier et il réalisait qu'il n'avait pas la moindre idée de la manière de s'occuper seul d'un enfant. Il allait devoir y remédier s'il s'occupait de lui à long terme. Il était son père désormais. Pour un temps. Par acquis de conscience, il vérifia, mais il n'y avait pas de datapad qui aurait pu contenir des informations sur le peuple de l'enfant. C'eut été trop beau.
L'enfant fit des bruits tout triste quand le Mandalorien le ramena dans le vaisseau. Il avait l'air de réaliser maintenant seulement que Kuiil était définitivement parti. Une chose à ajouter à la longue liste de ce que devait faire le Mandalorien, découvrir à quel stade du développement humain était l'enfant. Cela l'aiderait à mieux le comprendre et l'aider.
Une fois installé au poste de pilotage, alors que les moteurs commençaient à vibrer, le Mandalorien resta un moment immobile. Il réalisa qu'après trois jours de repos, il ne savait toujours pas où aller ou ce qu'il pouvait faire pour l'enfant. Il connaissait son devoir, l'élever et le ramener aux siens. Mais par où commencer ?
-Peut être au commencement. C'est peut être pour ça que tu as suggéré de venir ici.
L'enfant tenta de saisir une des manettes en bavant sur sa manche. Voilà ce qu'il récoltait à se prendre à se fier à des pouvoirs mystiques. Un enfant restait un enfant. Mais il avait une idée soudain, et c'était bien la première fois qu'il avait une idée qui pouvait aboutir à quelque chose de concret.
Le Razor Crest s'éleva dans le ciel, mais ne rejoignit pas l'espace. Le Mandalorien le guida jusqu'au seul autre endroit dont il était familier sur la planète, celui où il avait découvert l'enfant. Kuiil avait raison, le chemin était impraticable, mais après quelques essais, il finit par réussir à y poser le vaisseau. Il n'avait après tout plus cette fois à se soucier de l'artillerie qui aurait pu détruire son vaisseau en plein vol.
A première vue, personne n'y avait mit les pieds depuis un certain temps, mais les corps avaient disparu. L'œuvre de Kuiil sans doute, quand il avait récupéré le droïde. Personne d'autre n'aurait pris ce soin. Les Jawas étaient passé aussi. Il ne restait aucune trace de technologie. Heureusement, les Jawas n'étaient des charognards que pour tout ce qui était fait de métal. Le reste avait l'air à peu près intact, mais les Jawas avaient tout laissé sans dessus dessous. Le Mandalorien soupira et se mit au travail, sous le regard inquisiteur de l'enfant. Quand il trouvait quelque chose qui n'était ni dangereux, ni intéressant, il le lui donnait pour qu'il fasse ses dents dessus. L'enfant acceptait chaque cadeau avec des petits bruits de joie.
-On dirait que ce n'était qu'un lieu de passage temporaire, commenta-t-il pour le bénéfice de l'enfant. Ils comptaient t'emmener rapidement ailleurs. Mais où ? Et comment t-ont-ils trouvé ? Que te voulaient-ils si ce n'étaient pas te remettre à l'Empire ?
L'enfant n'avait aucune réponse à ses questions, mais le Mandalorien finit par trouver. Il espérait qu'il ne perdait pas de temps ici, mais c'était sa seule piste, et la moins dangereuse à suivre. Ils ne perdaient pas totalement leur temps en tout cas. Ici aussi il y avait quelques petites choses à récupérer qui les aideraient sur le long terme et le Mandalorien commençait à avoir une meilleure idée de ce qui avait pu se passer. Ceux qu'il avait affronté ici étaient un groupe bien organisé et bien équipé, qui s'attendait à un assaut lourd. Leurs armes pouvaient en répondre à ceux de l'Empire. Ils savaient que des mercenaires, des chasseurs de primes, voire même les hommes du client et de Gideon viendraient à leur rencontre. Vu que leur équipement ne parlait pas d'une installation à long terme, ils avaient peut être été de planète en planète pour éviter qu'on ne leur prenne l'enfant. Les chasseurs de primes avaient été appelé à la rescousse parce que cette fois là, le groupe avait mieux camouflé ses traces et que le client estimait avoir dépensé assez de crédits en vain.
Le Mandalorien imaginait deux cas de figure différents. Dans le premier, l'Empire avait été en possession de l'Enfant pendant un temps et ces gens là le leur avait enlevé, sans doute dans l'espoir de le revendre au plus offrant. Dans le deuxième cas, c'était l'Empire qui avait découvert que le groupe possédait l'enfant et avait décidé de le leur prendre. Un instant il s'était demandé si il avait en fait tué les protecteurs de l'enfant, chargés de le mettre en sécurité, mais il ne croyait plus à cette théorie. Dans ce cas, même s'ils avaient été forcés de fuir de planète en planète, l'enfant aurait possédé plus qu'un berceau quand il l'avait trouvé. Même les enfants mandaloriens trouvaient du réconfort dans leurs jouets ou leurs poupées. Il n'y avait rien de tel ici.
Peut être devrait-il trouver un objet de ce genre pour l'enfant, mais ils étaient en fuite désormais. Mieux valait éviter que l'enfant s'attache à un objet qu'il devrait immédiatement laisser derrière lui.
Un bruit derrière lui le tira de ses réflexions. L'enfant était descendu de son berceau et montrait des velléités de partir en vadrouille dans la pièce voisine. Il soupira et partit à sa suite, tout en continuant à réfléchir. L'enfant avait cinquante ans. Il était né avant l'Empire, avant le Mandalorien lui-même. Étrange concept qu'il était difficile de concevoir, mais cela voulait dire qu'il y avait forcément des traces de lui quelque part. Ses parents devaient être morts, mais on devait se souvenir quelque part dans la galaxie d'un bébé minuscule et vert qui mettait une éternité à grandir et aimait deux choses plus que tout, manger les grenouilles vivantes et forcer son gardien à lui courir après.
Le petit était aussi très rapide quand il le souhaitait. Il n'était nulle part en vue dans la pièce voisine. Il faudrait vraiment qu'il apprenne à le garder sous les yeux en permanence. Ils n'avaient pas de temps à perdre ici, ou même nulle part. Le Mandalorien dut à nouveau lutter contre la peur qu'on lui enlève à nouveau l'enfant. Quatre jours, c'était assez pour suivre un traqueur. À l'avenir, ils devraient ne jamais rester plus de quarante huit heures sur la même planète.
L'enfant était en partie allongé sous un meuble quand le Mandalorien le trouva. Il protesta quand le Mandalorien le tira et essaya de se dégager pour y retourner. Le Mandalorien le plaça sur le sol, le retint avec son bras et le tança en accentuant son propos du doigt.
-Ne fait pas ça. Tu ne comprends pas à quel point nous sommes en danger. Je ne peux pas te protéger si tu t'éloignes trop. Je te remercierais de me faciliter la tâche. Tu es un mando'ade désormais. Un enfant mandalorien respecte les règles et les ordres de...
Il s'interrompit. Ils étaient un clan désormais, même si un clan de deux n'était pas grand chose. Le Mandalorien était son père, jusqu'à ce qu'ils trouvent ceux à qui il devrait le confier. Mais il n'arrivait pas à prononcer ce mot. Père. Il se souvenait à peine du sien, juste de son regard avant qu'il ne meure. Lui avait été élevé par un clan entier. Il n'avait aucune idée de la manière d'être un père. Et il ne pouvait pas se permettre de l'être. Prononcer ce mot rendrait seulement la séparation plus difficile.
-Nous sommes un clan, continua-t-il maladroitement. Je te protège et tu m'aide à te protéger tant que tu n'es pas assez grand pour me protéger en retour.
L'enfant tourna la tête vers le meuble d'un air désintéressé. Des fois, il avait l'air assez âgé pour comprendre ce qu'on lui disait. Des fois non. C'était une de ces fois là. Le Mandalorien soupira et décida d'abandonner la leçon pour l'instant. Il y aurait d'autres occasions. Lui avait appris rapidement ces règles, mais il était plus âgé et il avait déjà vu trop de choses pour ne pas comprendre la nécessité d'obéir.
Il allait se redresser avec l'enfant quand il constata que celui-ci avait fermé les yeux et tendu une main en avant. La posture commençait à être familière. C'était celle qu'il adoptait quand il utilisait ces étranges capacités. Le Mandalorien le laissa faire. Il avait besoin d'en savoir plus là-dessus pour aider l'enfant.
Un objet métallique fusa de sous le meuble en direction de l'enfant. Trop vite. Le Mandalorien l'intercepta avant que le petit ne se blesse par erreur.
-J'imagine que c'est ta première leçon. Toujours jauger de sa force avant de commencer quelque chose. Si tu n'en met pas assez, il ne se passe rien, si tu en met trop, tu peux te blesser ou blesser autrui.
L'enfant rit et essaya d'attraper l'objet que tenait le Mandalorien. Celui-ci ouvrit sa paume et la baissa à hauteur de l'enfant pour qu'ils l'examinent tous les deux. Le Mandalorien s'y connaissait en armes. C'était son métier, son mode de vie, sa religion. Il n'en avait jamais vu comme celle-là. Une minuscule capsule, dotée de petites piques d'un côté. Sans doute un dispositif pour endormir une cible, à utiliser en la portant sur la paume pour un contact rapproché, ou, vu sa forme, en la projetant à distance. L'enfant la toucha du bout du doigt avant de retirer celui-ci en constatant la dangerosité des piques.
-Ceux qui te gardaient étaient des Niktos. Cette arme n'est pas nikto. Une idée de sa provenance ?
L'enfant roucoula doucement. Le Mandalorien rangea l'arme et entreprit une inspection de tous les dessous de meubles, de tous les recoins qu'il avait jusque là ignoré, sans rien trouver de plus. L'enfant s'amusa à l'imiter et finit bien vite couvert de poussière, mais même à deux, ils ne découvrirent rien de plus. Sans regrets, le Mandalorien décréta l'heure du départ. Ils s'étaient déjà attardés plus que nécessaire.
Il leur fallut encore un bon moment pour transférer dans le vaisseau tout ce qu'ils avaient pu récupérer dans la base. Une fois qu'ils eurent quitté l'atmosphère de la planète, le Mandalorien recommença à respirer normalement. Ils étaient davantage en sécurité désormais et il était temps de penser à la suite. Les groupes de mercenaires et de truands niktos était chose courante. En général, ils étaient liés aux clans hutt. Ce n'était pas le cas cette fois. Le Mandalorien s'en serait rendu compte s'il avait les Hutt aux trousses en plus de l'Empire.
Il ressortit l'arme de sa poche. Ce n'était peut être pas grand chose, mais c'était le début d'une piste. Il trouverait peut être des réponses sur la planète Kintan, mais c'était un plan risqué. Kintan était en plein territoire hutt, et même si l'emprise des Hutts sur leur secteur était en pleine déliquescence depuis la mort de Jabba et la fin de l'Empire, ce n'était pas vraiment une destination sûre.
Le Mandalorien n'avait pas le choix. Il allait devoir faire appel à ses contacts, malgré les risques. Toute la question était de savoir quels contacts étaient sûrs et combien de temps ils le resteraient. Il avait eu le temps d'y penser ces derniers jours.
Un clignotement insistant sur son tableau de bord lui signala que quelqu'un avait contacté le Razor Crest pendant qu'il était occupé à dépouiller la base. Il déposa l'enfant, déjà à moitié endormi, dans son berceau, puis écouta le message. La figure de Cara Dune apparut devant lui. Elle avait l'air en bonne santé.
-Mando, fit-elle, j'espère que tu vas bien et que tu as trouvé un endroit où te poser et récupérer. Karga et moi avons fini de nettoyer ce qui restait de présence impériale sur Navarro, mais je crains que certains impériaux ne se soient échappés avant que nous ne puissions les clouer à terre. Je suis à peu près sûre que ce Moff Gideon en fait partie. J'ai trouvé le vaisseau que tu as abattu mais il n'y avait aucun corps à l'intérieur ou aux alentours. Il semble avoir découpé son chasseur TIE de l'intérieur pour en sortir, mais je ne saurais pas te dire avec quoi. À l'heure qu'il est, il doit avoir quitté la planète en tout cas. Mieux vaut que tu restes à l'écart encore un bout de temps. On te fera savoir comment la situation évolue. J'ai encore quelques contacts dans la Nouvelle République. Ça mettra un peu de temps, mais je vais tâcher de voir si quelqu'un peut nous renseigner sur l'enfant et les siens. D'ici là, bonne chance.
L'enregistrement se termina, laissant le Mandalorien seul dans le noir de l'espace. Il avait eu raison d'être inquiet. Le pire scénario s'était réalisé. Gideon ne les lâcherait pas d'une semelle. Ce n'était pas le genre du bonhomme. Et cela réduisait d'autant leurs possibilités.
Ce qu'il voulait plus que tout, c'était rentrer sur Mandalore et jusque là, il avait imaginé pouvoir le faire dans un plus ou moins court terme. Il n'avait pas mit le pied sur Mandalore depuis la Purge. La rumeur disait que certains Mandaloriens y étaient retournés et tâchaient de reconstruire. Son clan avait toujours refusé de les rejoindre, déclarant qu'ils ne pourraient y mettre les pieds qu'une fois l'honneur et la puissance de Mandalore restaurés. Qu'ils ne retourneraient pas en rampant s'abriter dans des ruines en espérant qu'elles les protégeraient de leurs ennemis. Mais si les Jedi et les Mandaloriens avaient été ennemis comme le proclamait l'Armurière, alors ceux qui étaient rentrés auraient peut être possédé des réponses. L'avertissement de Cara mettait fin à cet espoir. Si Gideon était sur sa piste, il ne le laisserait pas le suivre sur Mandalore pour y achever ce qu'il avait commencé des années plus tôt.
Plutôt mourir.
Il fallait bien choisir un lieu où se poser, alors il se décida pour Ord Mantell. L'endroit en valait un autre et le Mandalorien n'y avait pas mis les pieds depuis des années. Quand à la personne à qui il comptait demander de l'aide, il était sûr que c'était bien le dernier de ses contacts auquel quiconque penserait.
Le Razor Crest se posa sans problème à l'astroport d'une des villes secondaires d'Ord Mantell. Le Mandalorien observa un moment l'activité autour du vaisseau sans rien déceler de suspect. Ord Mantell était une planète reculée, peu fréquentée par les chasseurs de prime et largement ignorée par l'Empire au temps de sa puissance. S'ils pouvaient être tranquille quelques jours sans s'attirer des ennuis, c'était probablement ici. Avant d'ouvrir la porte du vaisseau, le Mandalorien se tourna quand même vers l'enfant.
-Qu'en dit-tu ? L'endroit te paraît sûr ?
L'enfant tendit les bras en l'air pour qu'il le porte.
-J'espère que ça veut dire que ton instinct te dit d'avoir confiance. Je ne fais pas confiance au mien, d'instinct. La dernière fois que je l'ai écouté, je me suis retrouvé avec toi sur le dos et dans les ennuis jusqu'au cou.
Des petits doigts poisseux se posèrent sur la visière de son casque. Le Mandalorien s'accorda un instant pour profiter de la chance incroyable qui avait mis cet enfant sur son chemin, malgré tout ce qui c'était passé à cause de ça et décréta qu'il était temps de s'aventurer en ville. Il enfila sa plus large cape, qui ne cacherait pas son identité de Mandalorien, mais lui permettrait par contre de cacher l'enfant dans un sac dessous. Avec un peu de chance, il ne serait qu'un mercenaire anonyme.
L'enfant ne protesta pas quand il le mit dans le sac, ni quand il le referma sur lui. Il semblait comprendre la nécessité d'être silencieux, mais le Mandalorien n'en resta pas moins tendu pendant toute la traversée de l'astroport puis de la ville. La plupart des passants ne lui jetaient pas plus d'un regard mais ils seraient trop nombreux à se souvenir de lui. La guilde avait enlevé la prime sur sa tête, mais tout le monde ne passait pas par la guilde pour se tenir informé des cibles valant le plus cher. Il garda une main sur son blaster et l'autre sur la tête de l'enfant tout le long du chemin, mais personne ne les dérangea jusqu'à ce qu'ils approchent des faubourgs de la ville. Le Mandalorien dut demander deux fois son chemin avant d'enfin toquer à une petite maison à la façade aveugle. Un œilleton s'ouvrit et le scanna avant que la porte ne s'ouvre pour laisser passer une Nautolan entre deux âges, à la peau d'un vert bleuté. Son visage était couvert de fines cicatrices et un de ses lekkus était amputé.
-Mando. J'espérais ne jamais te revoir.
-Tu me dois bien ça.
Nok Amtrek soupira et s'écarta en boitant pour le laisser rentrer. Le Mandalorien la suivit jusqu'à une minuscule cuisine où elle servit d'autorité deux verres d'alcool à ras bord avant de lui en passer un. Il l'accepta mais le laissa là où il était et en profita pour examiner Nok à son tour. Elle avait l'air en bonne santé. La dernière fois qu'il avait vu la Nautolan, elle fuyait à la fois l'Empire et la rébellion pour des raisons qu'il n'avait pas tenté d'éclaircir. Nok Amtrek n'était pas son vrai nom. Même les deux camps qui la recherchaient ignoraient son véritable nom. En tout cas, elle valait un bon petit pécule à l'époque, mais elle avait des informations sur une cible qui valait bien plus encore. Quand il l'avait trouvé, elle se faisait torturer par un homme des services secrets de l'Empire. C'était à lui qu'elle devait son boitement et les cicatrices sur son visages. Le Mandalorien avait abattu l'homme et trois stormtroopers, emmené Nok avec lui. Elle croyait qu'il allait la tuer ou la livrer lui-même, mais il l'avait laissée libre et avait même partagé la prime avec elle, ce qui l'avait aidé à disparaître et s'installer ici sur Ord Mantell. Évidemment, le Mandalorien n'avait pas agit ainsi par bonté de cœur, mais parce que Nok était le genre de femme à avoir des contacts partout, avec tout le monde. En échange de sa liberté, il lui avait demandé quelques menus services au fil des années. Elle croyait peut être avoir fini de payer sa dette, mais il n'avait pas oublié.
Incidemment, elle était la meilleur hackeuse qu'il connaissait.
-Que veut-tu ?, finit-elle par demander quand elle eut fini d'engloutir son verre.
-J'ai besoin de renseignements et d'un accès sécurisé à l'holonet. Pour commencer.
-Pour commencer. Quoi d'autre ?
-De tout ce que tu peux me trouver sur cette liste.
Il lui tendit le papier qu'il avait préparé pendant les interminables heures de vol et la regarda la parcourir rapidement.
-Qu'est-ce que c'est que cette liste ?
-Ce que je veux que tu me procure.
-C'est bien la dernière chose que j'aurais attendu d'un Mandalorien. Il y a des jouets pour enfants sur cette liste.
Le Mandalorien écarta son manteau et laissa l'enfant sortir à l'air libre.
-C'est pour lui. Nous sommes recherchés.
On disait que les visages des Nautolans étaient difficile à lire, mais le Mandalorien avait l'habitude d'échanger avec des personnes que leur casque rendait plus impénétrable encore. Elle était complètement perdue, mais n'avait pas l'air de réfléchir à la meilleure manière de le trahir.
-Si tu m'aides cette fois encore, j'efface ta dette. Et je peux même faire plus.
-Comme ?
-Faire annuler ta prime par la guilde. Ça n'empêchera pas les autres primes de rester en place, mais...
-Mais ça me permettrait d'assurer un peu plus mes arrières puisque la plupart des chasseurs passent par vous, conclut-elle. Même avec ton aide, j'ai eu quelques alertes ces dernières années. Mais qu'est-ce qui me dit que tu peux faire ça, si tu es toi même recherché ?
-Pas par la guilde.
Karga lui devait bien ça après que l'enfant lui ait sauvé la vie, mais il ne pourrait plus rien espérer de lui avant d'avoir rempli les poches de la guilde. Il ferait avec. Nok finit par hocher la tête.
-Des renseignements, des courses et un accès à l'holonet contre ma liberté. Par quoi veut-tu commencer ?
-Par un repas pour le petit et un lit. Pour les renseignements, j'ai besoin de savoir qui exactement a mis une prime sur ma tête et de combien et de toutes les informations que tu peux trouver sur le Moff Gideon, en particulier ses ressources. Aussi, tout ce que tu peux trouver sur l'espèce de l'enfant.
-Est-ce que j'ai envie d'en savoir plus ?
-Non. J'ai aussi besoin que tu effaces les traces de mon passage sur l'holonet dès que j'en aurais finit.
-Tu commences à me rendre très curieuse, mais d'accord. Je peux faire ça. Nous avons un accord, Din Djarin.
Alors elle avait déjà cherché à en savoir plus sur lui. C'était probablement légitime et il aurait de toute façon du lui donner son nom pour qu'elle commence ses recherches. C'était un risque acceptable.
Et s'il se le répétait assez souvent, il arriverait à s'en convaincre.
L'enfant bailla. Protégé par son casque, il se permit de faire de même. Ils étaient debout et sur leurs gardes depuis trop longtemps. Le Mandalorien ne dormirait cependant que d'une oreille cette nuit là encore. Il se fiait à Nok, relativement. Elle avait trop à gagner avec ce qu'il lui proposait. Se fier à la faune d'Ord Mantell, c'était autre chose.
Le Mandalorien réussit à rester éveiller pendant le repas de l'enfant et à se nourrir avant de s'effondrer sur la couche offerte par Nok. Sa tête le lançait encore, mais au moins il n'avait plus d'éblouissements. Il se réveilla malgré tout aux petites heures du matin, l'enfant blottit au creux de son bras. Il s'étira. Malgré la sécurité relative de la maison de Nok, il était à peine moins fatigué que la veille. Autant utiliser son insomnie à bon escient. Le Mandalorien se leva et s'approcha du terminal de l'holonet.
Très vite, il réalisa qu'il aurait probablement mieux occupé sa matinée en entretenant ses armes. En venant chez Nok, il espérait qu'un accès sécurisé à l'holonet lui permettrait d'en savoir plus sur les Jedi. Comme un idiot, il oubliait que l'holonet était un produit de vingt ans d'Empire. L'essentiel des informations non autorisées avait été expurgé depuis longtemps et rétablir une banque d'informations certifiée était tout en bas des listes de priorités de la République. Les Jedi, visiblement, faisaient partie des sujets non-autorisés, ou tout du moins sévèrement contrôlés. Les rares informations disponibles à leur sujet était visiblement de la propagande. Seulement, il y avait parfois un soupçon de vérité au cœur de la propagande, aussi le Mandalorien continua-t-il à lire.
Les Jedi étaient des monstres d'égoïsme. Des tueurs sans cœurs uniquement soucieux de leur puissance. Pour eux, la seule forme de justice valable était la mort. Ils avaient tenté de détruire la République de l'intérieur pour s'emparer du pouvoir et d'assassiner le Chancelier, forçant celui-ci à instaurer l'Empire pour rétablir l'ordre et la justice. Ils ne se souciaient pas des lois et des vies sentientes.
Ils enlevaient des enfants qu'ils décrétaient arbitrairement spéciaux à leurs parents pour les embrigader dans leurs rangs et interdisaient aux parents de les revoir.
Le cœur du Mandalorien se serra. Tout le reste, il pouvait l'accepter sans peine pour ce que c'était, de la propagande. Les vrais Jedis étaient probablement aussi égoïstes et avide de pouvoir que n'importe qui. L'accusation était aussi valable pour l'Empire et certains clans mandaloriens. Mais l'accusation concernant les enfants... Le Mandalorien savait qu'il ne devait pas y prêter trop de foi non plus. Il n'était pas le plus au courant de l'histoire de son propre peuple car la tribu s'intéressait plus au présent et à l'avenir qu'à pleurer sur un passé glorieux, mais révolu. Il savait tout de même qu'on avait souvent accusé les Mandaloriens de voler les enfants de ceux qu'ils attaquaient. C'était faux, ou plutôt, c'était une question de points de vue. Ils ne volaient pas, ils choisissaient d'élever les enfants de leurs ennemis abattus. C'était la bonne manière de montrer à l'ennemi tombé qu'on reconnaissait sa valeur, élever son enfant pour qu'il soit plus fort encore que ses parents. C'était la Voie.
La Voie des Jedis était peut être semblable. Ou bien ils refusaient vraiment tout lien entre l'enfant et ses parents. Le Mandalorien jeta un regard vers l'enfant toujours endormi sur le canapé. Il s'y était attaché. Il ne savait pas s'il pourrait renoncer à l'enfant, mais il le faudrait, pour son bien. L'idée lui déchirait les entrailles.
L'enfant gémit et s'agita dans son sommeil. Le mandalorien se leva et le prit dans ses bras pour le bercer. Quand il fut certain que le cauchemar était passé, il s'installa à nouveau devant le terminal avec l'enfant sur ses genoux et continua ses recherches. Encore et encore, il retomba sur les mêmes poncifs assénés par l'Empire. Voleurs, menteurs, assassins, voilà qui étaient les Jedi. C'était d'eux que Dark Vador protégeait l'Empire. Quelques noms de Jedis persistaient, dans des listes de traîtres chassés par l'Empire et jamais ôtées de l'holonet. Certains avaient donc survécu. Ou étaient morts dans l'anonymat sans que l'Empire le sache. Il s'en passait des choses en vingt ans.
Toute information sur les croyances des Jedis avait disparu. Leur langue, leur culture, leurs armes, leurs coutumes, rien ne restait. De toute évidence, les Jedis avaient eux aussi subit une Purge. Les enfants comme celui sous sa garde avait été privés de leur héritage. Pour un Mandalorien, c'était un crime sans nom. Les orphelins étaient élevés dans la culture mandalorienne, mais on ne les privait pas de leur passé.
Tout ça ne l'avançait à rien. Il allait abandonner quand il songea à un nouvel angle d'approche. Un des textes qu'il avait pu consulter disait que les Jedis avaient des temples un peu partout dans la galaxie, sans en citer aucun. Il n'en nommait aucun bien entendu, mais avec l'interdiction du culte jedi, ces lieux avaient du être fermés. Certains subsistaient peut être encore.
C'était une piste. Le Mandalorien éteignit le terminal.
Comme il entendait du bruit dans la pièce voisine, il se leva en gardant l'enfant au creux de son bras. Nok faisait la cuisine à côté. Sans quitter des yeux ce qu'elle préparait, elle le salua en baillant.
-J'ai tes informations. Il y a huit primes sur toi et ce gamin et une neuvième sur toi tout seul. Celle-là vient de la Nouvelle République, pour intrusion dans une prison et libération d'un prisonnier. J'imagine que ça te dit quelque chose.
-Oui. Et les autres ?
-Huit primes pour huit Moffs encore en activité. Le montant de la prime varie selon le Moff, de même que l'état dans lequel ils veulent vous retrouver. À part Gideon, tous te veulent mort. Pour l'enfant, c'est moitié-moitié. Je t'ai fais une liste par écrit et j'ai ajouté tout ce que j'ai trouvé sur leurs ressources et positions actuelles. Malheureusement pour toi, même les services spéciaux de la Nouvelle République ne savent pas grand chose. Ces Moffs et généraux impériaux passent plus de temps à se poignarder dans le dos et à se voler les ressources les uns des autres qu'à ennuyer le reste de la galaxie. C'est bon pour le citoyen lambda, mais du coup la situation change trop vite pour que les renseignements soient à jour.
-Merci. Tu peux supprimer les traces de mon passage sur l'holonet.
-Dès que j'ai fini mon déjeuner, et sans y jeter un regard, je peux te le dire. Je me suis déjà fourrée dans les ennuis, mais toi tu as décroché le gros lot. Il y a quelqu'un dans la galaxie que tu n'as pas vexé ?
Il dut réfléchir un moment pour trouver la réponse.
-Les Hutts. Pas récemment, en tout cas.
Elle renifla et secoua ses lekkus avec dérision.
-Ce qui est sûr, c'est que tu me reverra pas ici de sitôt. Quelque chose me dit qu'il ne va pas faire bon d'être associé à toi, et je ne voudrais pas que ma tête dise quelque chose à ceux qui pourraient te pourchasser. Je vais t'acheter ce que tu voulais et toi et ton gosse, vous dégagez aussi sec. C'est entendu ?
-Entendu. Tu as trouvé quelque chose sur l'enfant ?
-Rien. Quelle que soit sa race, elle n'a pas laissé de traces dans la galaxie.
Il sortit l'arme récupérée la veille.
-Et ça, ça te dit quelque chose ?
-Rien. Les armes ne sont pas ma spécialité. Tu dois impérativement rester caché ici ou je te livre tes courses à ton vaisseau ?
Il avait dépassé les limites de sa bienveillance, même avec ce qu'il lui offrait en échange de son aide. Le Mandalorien n'insista pas. Le vaisseau, c'était tout aussi bien, et s'ils devaient fuir en vitesse, c'était même mieux. Il réveilla l'enfant pour le nourrir et prit son congé aussitôt après. Lui même pouvait tenir. Il se nourrirait dans le vaisseau.
Nok avait promis de leur faire livrer ses achats en moins de deux heures. Cela faisait quand même un bon bout de temps à occuper avant de quitter la planète. Le Mandalorien décida de ne pas rejoindre directement le vaisseau, même s'ils y seraient plus en sécurité. Ils n'avaient toujours pas d'objectif, mais tôt ou tard ils auraient besoin d'argent. Cela voulait dire qu'il avait besoin de travail. Ord Mantell était un endroit aussi bien qu'un autre pour trouver ça. Et si ça ne marchait pas, ils retenteraient ailleurs, en cherchant les temples jedis.
Les cantinas étaient toujours de bons endroits où se renseigner. Le Mandalorien camoufla une fois de plus l'enfant dans son sac et se rendit à la plus proche de l'astroport. Malgré l'heure matinale, elle était déjà pleine des clients habituels. Contrebandiers, marchands, mercenaires, repris de justice... Un zabrak borgne dans le coin était recherché, mais la prime sur sa tête ne valait pas le coup. La devaronienne aux cheveux rouges qui discutait avec lui valait un peu plus, mais même en additionnant les primes, le jeu n'en valait pas la chandelle. Le Mandalorien décida de parler au tenancier pour voir les rumeurs intéressantes à suivre et c'est là qu'il les vit.
Deux Mandaloriens, un homme et une femme aux cheveux orange vif qui parlaient à une table autour d'un verre. Leurs casques étaient posés sur la table et ils n'avaient pas l'air perturbés de montrer ainsi leur visage à découvert. Il pensa à faire demi-tour, mais la femme l'aperçut et leva son verre pour lui faire signe d'approcher.
-Salut à toi, vod ! Tu as le temps pour un verre ?
Il s'approcha et s'assit en prenant garde à ce qu'ils ne voient pas le sac et l'enfant, mais déclina le verre proposé d'un geste de la main. L'homme renifla.
-Tu es un de ceux là. Tu crois vraiment mieux défendre le souvenir de Mandalore comme ça ?
-Paix, lui ordonna la jeune femme. Nous ne sommes pas là pour discuter idéologie. Je suis Sabine Wren, du clan Wren, et voici Kalau Cab, du clan Wren. Il est jeune, il ne pense pas ce qu'il dit.
-Tu es plus jeune encore, nota le Mandalorien.
Elle rit doucement.
-J'ai connu plus de batailles et depuis plus longtemps que lui. Qui es tu ?
-Din Djarin, du clan Djarin.
Voilà ce qu'il aurait souhaité éviter. Donner son nom était la dernière chose à faire en ce moment, même à des Mandaloriens. Sabine leva un sourcil d'un air inquisiteur, mais ne posa pas de questions. Son compagnon murmura dans sa barbe qu'il n'avait jamais entendu parler d'un clan Djarin, mais les deux autres l'ignorèrent.
-Et que fais-tu dans ce coin de la galaxie Din Djarin ?
-Je cherche des primes, répondit le Mandalorien en fabriquant une histoire dans sa tête. Et des réponses.
-Pour les primes, je ne saurais trop te dire. Je ne suis que de passage dans le secteur et je ne suis pas du métier. Quelle est la question à laquelle tu cherches une réponse ?
-Je cherche un temple jedi.
Kalau ne réagit pas, mais Sabine fronça les sourcils.
-Et pourquoi un temple jedi ? Il y a longtemps qu'il n'y a plus rien à y piller.
-Je ne suis pas un pilleur. La cible que je cherche se cacherait près d'un temple jedi. Mais je ne sais pas où il y en a dans le secteur et je ne trouve personne pour me renseigner.
Sabine l'examina un long moment du regard. Son visage fermé refusait de révéler ce qu'elle pensait. Quand au Mandalorien, il avait rarement été aussi soulagé de porter un casque même en présence des siens.
-Il y a un temple jedi dans le secteur, sur Genassa.
-Je ferais bon usage de cette information. Vous retournez sur Mandalore ?
-Peut être. Après un détour. La reconstruction ne fait que commencer, mais le clan Djarin serait le bienvenu si tu souhaite t'y installer.
-Est-ce sûr, avec Gideon toujours actif ? L'homme est du genre à retourner finir ce qu'il a commencé.
Les visages des deux Mandaloriens s'embrassèrent, allumés par la haine. Sabine fut la première à se reprendre.
-S'il essaie, il sera bien acceuilli. J'aimerais savoir où il se terre celui-là pour lui transmettre nos hommages à tous.
Le Mandalorien n'hésita qu'une seconde.
-La rumeur dit qu'il aurait été vu sur Navarro il y a quelques jours. Mais il en est déjà parti.
-Navarro ?
Il hocha la tête en silence. Il faudrait qu'il contacte Cara et Korga pour leur demander d'ignorer tous les détails si une Mandalorienne venait se renseigner et de ne parler que de Gideon. Il espérait ne pas regretter d'en avoir parlé mais Mandalore méritait de connaître la menace sur sa tête, même si ceux qui y vivaient avaient en partie oublié la Voie. Et Mandalore méritait sa revenche. Il espérait la lui offrir un jour, mais s'il échouait, ce serait le clan Wren ou le clan Rau ou n'importe lequel des autres qui s'en chargerait.
Sur son flanc, il sentit l'enfant remuer légèrement. Il s'ennuyait. Le Mandalorien décida de couper court à la conversation, mais il avait encore une question à poser.
-Les Jedi. Que sait-tu d'eux ?
Le visage de Sabine se ferma complètement cette fois.
-Qu'est-ce que ça peut te faire ? Ta cible est un Jedi ?
-Je ne chasse pas les Jedi, répondit le Mandalorien en omettant le fait qu'il l'avait fait récemment, même si une seule fois. C'est seulement que je n'ai jamais entendu que des rumeurs.
-Qu'ils enlevaient les enfants, qu'ils étaient les ennemis de Mandalore et que le meilleur jedi ne peut surpasser un mandalorien, même avec le soutien de la Force ? J'ai entendu les mêmes et je n'en sais pas plus.
Elle mentait, mais elle ne dirait rien de plus. Le Mandalorien accepta la réponse sans protester. Il n'avait de toute manière pas beaucoup d'espoir. Il ne demanda rien non plus sur l'arme trouvée près de chez Kuiil. Il avait déjà dévoilé trop de choses devant ces gens. Son casque, au moins, le protégeait un peu sur ce plan là.
Avec un luxe de précautions infini pour ne pas déranger l'enfant, il se redressa.
-Vor entye, salua-t-il.
Sabine secoua la tête. Son énervement s'était transformé en inquiétude.
-Il n'y a pas de dette entre nous. L'information sur Gideon valait bien plus que ce que j'ai pu te dire. Mais tu es sûr que tu n'as pas besoin d'aide ?
Son regard se dirigeait vers le torse du Mandalorien, là où l'enfant était caché par la cape. Elle avait confondu sa précaution avec une blessure.
-Je n'ai besoin de rien.
Elle ne le croyait pas, mais ne protesta pas.
-Au cas où, tu sais où nous trouver. Ret'urcye mhi.
Peut être se reverraient-ils, oui. Ou peut être pas. Le Mandalorien hocha la tête en silence et sortit de la cantina. Cette rencontre lui laissait un goût amer dans la bouche. Mentir à des non-mandaloriens ne le dérangeait pas. Mentir aux siens... Il aurait voulu pouvoir faire confiance à Sabine Wren. Mais l'enfant était sa priorité. Le clan avant ces faux Mandaloriens. Plus que jamais, il aurait voulu avoir son vieux clan à ses côtés. Mais même s'il y avait des survivants dispersés après l'attaque de Gideon, il n'était plus des leurs. Il leur avait apporté la mort et son clan, c'était l'enfant désormais. Il faudrait qu'il en aille ainsi jusqu'à sa réunion avec les siens. Ensuite, le Mandalorien serait seul. Les sans clans duraient rarement longtemps.
L'enfant protesta dans son sac, comme en réponse à ses pensées. Le Mandalorien se pressa vers l'astroport, pressé de le libérer. Il avait hâte de recevoir la livraison de Nok Amtrek. Maintenant, ils avaient un temple jedi à explorer. C'était plus concret que tout ce qu'il avait découvert depuis le matin.
Il restait à espérer que ce serait assez pour les mettre sur la bonne piste. Il devait bien ça à l'enfant. Tant pis si l'idée de le remettre aux mains des siens lui faisait si mal.
C'était la voie. Il n'avait pas à la critiquer.
