Vendredi 10 juillet

Bonjour à tous, je suis Katsumaru Sanjō. Enfin, si vous avez lu les quarante-neuf précédents chapitres de cette histoire, normalement vous devez déjà savoir qui je suis. Mais bref, l'heure n'est pas au cassage du quatrième mur. Je viens tout juste de finir ma dernière heure de cours et je sors du collège en me réjouissant d'être enfin en vacances. Je salue mes camarades et me rends à la gare afin de prendre le train pour rentrer chez moi. Ça ne se voit peut-être pas car je conserve une expression placide sur mon visage en toutes circonstances, mais je suis actuellement impatiente d'arriver à ma maison. Pourquoi ? Vous allez rapidement pouvoir le deviner... Dès que j'arrive chez moi, je me déchausse, je salue mes parents en un coup de vent et je me précipite dans ma chambre. Je m'assois à mon bureau et j'allume mon ordinateur, puis je lance Skype™ et je mets mon casque sur les oreilles. Enfin, je lance un appel à destination de Kun Bae-Long. « Kun Bae-Long ? Qui cela peut-il bien être ? » Si vous réfléchissez un peu, vous devriez deviner de qui il s'agit. Petit indice : le chapitre 16. Mais bref, je me retrouve encore à briser le quatrième mur, ça risque de devenir lassant à la longue...

- Salut ! me lance Kun qui a enfin décroché.

- Salut ~ lui réponds-je alors.

- Ça y est, t'es enfin en vacances ? enchaîne-t-il d'un ton léger.

- Oui, il me tardait d'y être, confirmé-je.

- C'est l'examen qui t'a épuisée ?

- Non, je l'ai réussi les doigts dans le pif. Je suis simplement (très) impatiente d'être lundi.

- Aaah, c'est donc ça, fait-il en comprenant mon insinuation. Moi aussi j'ai très hâte.

- On va passer les meilleures vacances de notre vie. En tout cas je l'espère. Je t'aime.

- Oui, moi aussi. Je t'aime ~

Vous l'avez compris, ce garçon avec qui je parle est mon petit-ami, et lundi il va débarquer au Japon. Nous allons nous voir pour la première hors du monde numérique, et nous allons passer les 2 mois vacances d'été ensemble. Rien que d'y penser je frissonne d'excitation. J'éprouve aussi une certaine appréhension, je ne vais pas vous le cacher. Cela fait plusieurs mois que Kun et moi entretenons une relation amoureuse, mais jusqu'à présent celle-ci n'a été que purement virtuelle. Nous sommes tout de même devenus très intimes, mais pour l'instant il n'y rien eu de concret entre nous. Ce que je redoute, c'est qu'une fois la barrière distancielle rompue le courant ne passe pas. Il y a honnêtement très peu de chances pour que ça arrive, mais pour rester rationnelle, ce n'est pas non-plus impossible. Et ça me fait peur, car j'ai sincèrement envie de croire en les sentiments que ce garçon et moi éprouvons l'un pour l'autre. Je croise donc les doigts pour que ça matche une fois qu'on sera face à face.

- Ça te dit, une petite partie de League ? me propose-t-il. J'attendais que tu arrives chez toi pour qu'on joue ensemble.

- Allez, accepté-je, je me sens d'humeur à mettre des déculottées avec mon Yasuo.

Ainsi, nous avons passé toute la soirée à jouer à League of Legends®. Bien entendu, nous avons gagné toutes nos parties, car nous sommes beaucoup trop forts.


Après ça, nous avons continué de nous parler sous les draps par téléphone.

- Dis, ça fait combien de temps qu'on est ensemble ? lui demandé-je.

- Hmm... Je dirais à peu près 4 ou 5 mois, estime-t-il. Je me souviens plus de la date à laquelle on s'est mis ensemble. C'était en mars, non ?

- Oui.

- Donc c'est bien ça, ça fait 5 mois.

- Pour une relation à distance, c'est plutôt pas mal. Surtout que même après tout ce temps, j'ai absolument pas l'impression que notre relation soit superficielle, je ne ressens non-plus aucune lassitude. Bon, évidemment je me suis beaucoup languie qu'on se voie enfin en chair et en os, mais en dehors de ça j'ai toujours trouvé notre relation stable et sincère.

- Je suis du même avis que toi. Et après tout tant mieux, ça prouve que trouver la véritable âme-sœur sur internet, c'est possible.

- Oui, t'as bien raison.

Un ange passe...

- Tu sais, je me disais un truc. Et si une fois arrivés face à face... nous ne nous plaisions pas ? lui confié-je mes tracas. Je sais, c'est très con de penser ça, car y a aucune raison pour ça arrive, mais je peux pas m'empêcher d'y penser. Comme nous sommes ensemble depuis plusieurs mois et que notre relation suit son petit bonhomme de chemin sans rencontrer de difficultés, je me dis parfois que c'est trop beau pour être vrai. Et du coup j'ai peur qu'une fois qu'on se retrouve l'un en face de l'autre, le feeling ne soit pas au rendez-vous... Tu dois certainement trouver ça très bête comme raisonnement, non ?

- Non, au contraire, je comprends que tu puisses ressentir ça, me soutient-il. Pour tout te dire, moi aussi j'ai un peu peur qu'on ait pas cette même complicité qu'on a actuellement. J'osais pas t'en parler parce que j'avais peur que tu penses que je remettais en doute les sentiments que j'ai pour toi, mais je vois que toi aussi ça te tracasse, et quelque-part ça me rassure de savoir que nous sommes deux à angoisser.

- Hmm... Je ne sais pas ce qu'on doit en conclure, du coup... Doutons-nous tous les deux de nos sentiments ? Ou bien au contraire nous aimons-nous tellement que nous redoutons que tout ne marche pas comme on l'espère ?

- Je ne sais pas, mais je ne pense pas qu'on devrait se prendre la tête avec ça. De toute façon on verra bien le jour-j.

- T'as raison. Allez, bonne nuit, il faut vite qu'on passe les jours jusqu'à lundi.

- Oui, bonne nuit. Je t'aime ~

- Moi aussi, je t'aime.

Nous mettons tous les deux fin à notre conversation et nous mettons en quête de trouver le sommeil.


Samedi et dimanche sont passés à la vitesse de l'éclair, et nous voilà déjà lundi. Mon impatience m'a fait me lever hyper tôt, alors que j'en ai même pas besoin puisque Kun n'arrivera à l'aéroport de Narita que dans l'après-midi. Je me suis préparée en quatrième vitesse, pour au final me retrouver à tourner en rond comme un cochon malade dans ma chambre. J'ai dû aussi passablement saouler toutes mes potes en les bombardant de messages à base de « C'EST AUJOURD'HUI ! » ou « J'AI TROP HÂTE ! ». Afin d'honorer ma rencontre avec Kun en bonne et due forme, je me suis parée de mes vêtements les plus stylés : un crop top noir sans bretelles et sans col surmonté d'un kimono cardigan coloré d'un dégradé allant du cyan au violet et décoré de motifs en formes de carpes koï stylisées façon estampe un pantalon treillis ample bleu marine dont les manches sont attachées à la moitié par fermeture éclair et dont j'ai retiré celle de gauche des bottes noires à semelles sur-compensées, et enfin, mon fidèle fédora que je porte sur ma tête à chacune de mes sorties.

Plus on se rapproche de l'heure fatidique, plus mon excitation augmente, en même temps que ce sentiment d'appréhension dont j'ai fait part hier. À l'heure du déjeuner, j'engloutis mon repas à presque en être ballonnée tellement je ne tiens plus en place. Finalement, mon attente est récompensée lorsque mes parents viennent enfin me chercher pour y aller. Ni une ni deux, je prends ma valise bien chargée et fonce jusqu'à la voiture pour la mettre dans le coffre et m'installer à l'arrière. Nous faisons route jusqu'à l'aéroport de Narita. Sur place, je descends de la voiture pendant que mes parents m'attendent à l'arrêt-minute le temps que j'aille accueillir Kun. Je l'attends quelques minutes, puis je le vois enfin arriver vers moi. Je le reconnaîtrais en mille avec sa bouille rondouillette, ses cheveux châtain clair rasés sur les côtés et soigneusement peignés sur le dessus, ses yeux d'un beau vert prasin avec ses lunettes rectangulaires noires, et son petit duvet dont il est si fier (car la plupart des coréens sont bien souvent imberbes). Je suis également agréablement surprise de voir que lui aussi est venu habillé dans un style urban streetwear. Il porte un t-shirt à manches longues noir surmonté d'un sweat à capuche zippé également noir qu'il porte sur ses épaules comme une cape. Il porte aussi un pantalon cargo noir et des baskets montantes noires, mi-tissu mi-simili cuir, avec semelles et lacets blancs et les derrières des chevilles bleus.

Dès que nos regards se croisent, il me sourit et nous avançons tous les deux l'un vers l'autre. Quand nous arrivons face à face, nous constatons mutuellement une différence... de taille. Et c'est le cas de le dire : comparé à moi, il est tout petit il ne doit pas dépasser les 1,60 m contre moi et mes 1,75 m. Ajouter à ça mes semelles sur-compensées et je fais quasiment une tête de plus que lui. Devant cette surprenante découverte, nous nous dévisageons d'un air ahuri pendant quelques instants.

- (Il est... TROP MIGNON ! me dis-je alors.)

Ouais, il est même carrément à croquer. Il est encore plus mignon en vrai qu'à travers un écran, et le fait qu'il soit petit en taille le rend même encore plus chou. Sans crier gare, je le chope dans mes bras pour le cajoler sans modération. Le pauvre ne s'y attendait et se met rougir, car c'est la première fois de sa vie qu'une fille le prend dans ses bras ainsi. Après avoir relâché mon étreinte, je plonge mon regard dans le sien. Nos cœurs battent la chamade, mais étonnamment nous nous sentons légers, comme si nous allions tous les deux nous élever vers le ciel. Nous nous regardons fixement, sans dire le moindre mot, faisant abstraction de tout ce qui se trouve autour de nous. Je pose ma main sur sa joue pour la lui caresser il fait de même. Nous rapprochons lentement nos visages l'un de l'autre, et roulement de tambour... nous échangeons finalement notre premier baiser. Je pense qu'il est désormais clair que le courant est passé entre nous. Nous regagnons la voiture de mes parents en nous tenant la main ces derniers sont sortis afin d'accueillir Kun.

- Bonjour, tu es Kun Bae-Long, c'est bien ça ? s'adresse mon père à lui. Je m'appelle Junichi Sanjō, je suis le père de Katsumaru. Et voici ma femme, Karui.

- Ravi de faire votre connaissance, répond poliment Kun en s'inclinant.

- Tu as fait bon voyage ? s'enquiert ensuite mon père. Tu devais avoir hâte d'arriver, je présume ?

- Oui, j'avais très hâte, jubile-t-il. Je me sens on ne peut plus content maintenant que je peux enfin serrer votre fille dans mes bras.

Touchée en plein cœur par cette marque d'affection, lui fait un gâté de la tête pour manifester ma joie.

- Eh bien sache que tu n'es pas le seul, ajoute ma mère d'un ton rigolard. Katsumaru aussi se languissait énormément. Crois-moi sur parole, elle ne pouvait pas rester en place, elle n'avait qu'une seule envie, c'était qu'on aille te chercher. Tu aurais dû la voir, on aurait dit une enfant qui attendait d'aller à la fête foraine, elle était trop mignonne.

- Ça, j'en doute pas une seconde, répond Kun en se tournant vers moi pour me sourire.

- (Bordel, il me fait fondre... me dis-je en voyant son visage rayonnant de bonheur. Je l'aime...)

Il met ensuite sa valise dans le coffre, à côté de la mienne, puis nous prenons tous les deux place sur les sièges arrières. Nous pouvons alors reprendre la route.


Durant le trajet, Kun et moi restons silencieux, nous ne nous disons rien. Nous nous contentons simplement de nous tenir la main et de nous jeter quelques regards complices de temps en temps.

- Dis-moi, Kun, quelles études suis-tu ? l'interroge mon père.

- Je suis des études générales, répond-t-il. Je suis entré au lycée cette année, mais je ne sais pas encore ce que je compte faire de ma vie plus tard. À vrai dire, j'aimerais pouvoir vivre de ma passion, le jeu vidéo.

- Eh bien, je ne peux que te souhaiter de réussir, l'encourage mon paternel, après tout il faut croire en ses rêves.

- Merci, se réjouit alors Kun, ravi qu'on se montre compréhensif avec lui.

- À quels jeux vidéos joues-tu ?

- Je joue à un peu de tout, mais principalement à League of Legends®.

- Ah, c'est donc pour ça que ma fille et toi avez eu le coup de foudre ! badine mon père.

- Oui, tout est parti de là, renchérit Kun en gloussant. Enfin, plaisanterie à part, j'aimerais devenir un joueur professionnel de League of Legends®. J'ai le niveau suffisant pour, j'ai déjà gagné plusieurs compétitions amatrices et j'ai aussi du réseau. Mais le hic est que, sans exagérer, le milieu compétitif coréen est rempli de requins prêts à tout pour se faire une place. C'est pourquoi, malgré que je sois un joueur parfaitement qualifié, arriver à sortir du lot est très extrêmement difficile. Mais je ne baisse pas les bras, je persévère en gardant espoir qu'un jour je serai repéré par une structure qui voudra m'engager.

- Je croise les doigts pour que ce jour arrive, mon cher Kun, le soutient mon père.

- Merci monsieur.


Après un peu plus d'une heure et demi de route, nous arrivons à la ville Fujisawa, dans la préfecture de Kanagawa. C'est une ville de bord de mer, située dans la baie de Sagami. C'est ici que se trouve la plage Katase, l'une des plages les plus prisées du Japon, mais aussi l'île d'Enoshima. Nous longeons le bord de mer en voiture, sortons de Fujisawa pour entrer dans Kamakura, passons devant l'entrée du temple Koyurugi, et quelques centaines de mètres plus loin, nous garons devant une splendide maison à deux étages dont la façade est aussi blanche que l'albâtre. Cette maison appartient à mon oncle maternel et son épouse. Ceux-ci nous attendaient d'ailleurs devant leur pallier et viennent aussitôt nous accueillir lorsque nous sortons de la voiture. Ils saluent en premier mes parents, puis se tournent vers moi et Kun, qui regarde la maison d'un air ébahi.

- Ah, quel joli petit couple que voilà ! lance mon oncle avec entrain en s'approchant de nous. Comment ça va, Katsumaru ?

- Tranquille, réponds-je sobrement.

- C'est donc lui, ton petit-copain ? enchaîne ma tante en souriant. Il est mignon.

- Oui, sa mignonneté fait l'unanimité, confirmé-je en passant ma main dans les cheveux de Kun.

Ce dernier, flatté, rougit et mon oncle, toujours aussi jovial, lui tape alors familièrement les épaules.

- T'es un veinard d'être tombée sur Katsumaru, p'tit gars ! lui dit-il. Tu trouveras pas une meilleure fille dans tout l'archipel nippon, crois-moi !

- Jamais dans la demi-mesure, hein Tonton ? répliqué-je alors d'un ton badin.

Et il se met à rire à pleine voix.

- Katsumaru, on vous laisse la maison pour vous tous seuls pendant 2 mois, me rappelle ma tante. On vous fait entièrement confiance quant à sa gestion, d'accord ?

- T'inquiète pas, Tata, lui assuré-je en levant le pouce, on vous la rendra dans un état aussi nickel que celui dans lequel vous nous l'avez prêtée.

Elle me sourit en retour. Kun et moi déchargeons ensuite nos valises puis les adultes repartent de leur côté.

- Allez, amusez-vous bien, les jeunes ! nous souhaite mon oncle.

- Au revoir, Katsumaru, Kun, enchaîne mon père, passez de bonne vacances !

- Et si jamais vous avez un souci, appelez-nous immédiatement ! termine ma mère.

- Ça marche, acquiescé-je en les saluant de la main. Au revoir.

Une fois la voiture partie, Kun et moi nous tournons vers la bâtisse et y entrons. Nous arrivons directement dans un grand salon aux murs de couleur marron crème et au plancher si bien lustré qu'on se reflète dessus. Au centre de la pièce se trouve un renfoncement dans le sol de forme carrée, au milieu duquel trône une table basse où est posé une grande coupe en métal remplie de fruits. Collés aux côtés gauche et droit de ce carré, deux sortes de dossiers triangulaires s'étendent sur toute leur longueur, et avec ces coussins autour de la table, ils font en quelque sorte office de sièges. Sur le mur de droite se trouve un long meuble à tiroirs en bois à côté duquel se tient un lampadaire en bois et papier, et qui est dominé par une grande fenêtre. Le mur du fond accueille un énorme écran de télévision posé sur un meuble bas, et un vase contenant un figuier à caoutchouc décore le coin de gauche. Sur le mur de ce même côté se trouve, près du vase, un grand tableau représentant une œuvre d'art abstrait. C'est aussi sur la gauche que s'ouvre un large couloir au fond duquel se trouve sur la droite l'entrée de la cuisine, et sur la gauche un escalier mural qui monte à l'étage supérieur, où se trouvent la salle de bain et la chambre.

Passé le premier « Waoh... », Kun me suit à l'étage pour que nous allions déposer nos affaires dans la chambre. Cette dernière non-plus n'est pas petite, et la première chose qu'on y remarque est ce grand lit à baldaquin en bois sombre, équipé de fins rideaux blancs, qui orne le mur de gauche. Le matelas est large, assez pour accueillir deux personnes, et épais tout en restant confortable. Il dispose d'une tête en bois, et d'une petite table de chevet à sa gauche, arrivant à sa hauteur, où est posée une lampe à abat-jour violet. À côté de la table de chevet se trouve un petit meuble en bois équipé d'une portière coulissante, et la penderie occupe le mur adjacent. La chambre est éclairée par la lumière du jour, transmise par cette grande baie vitrée qui occupe tout l'espace du mur avant, et qui est équipée d'un store vénitien en bois qui s'étend sur toute sa largeur.

- C'est vraiment splendide, s'ébahit de nouveau Kun.

Nous posons nos valises près du lit, puis lorsque mon amoureux se tourne vers moi, je saisis son visage entre mes mains et l'embrasse, plus longuement, plus langoureusement, plus passionnément. La sensation de ses douces lèvres contre les miennes me fait avoir des palpitations tant c'est agréable.

- Je t'aime ~ lui susurré-je.

- Moi aussi, je t'aime ~ fait-il de même.

Et nous restons là à nous câliner pendant de longues minutes...


Comme l'après-midi est déjà assez avancé et que le voyage nous a fatigués, nous décidons de simplement déballer nos affaires et les ranger, puis de nous allonger confortablement sur le lit pour paresser en attendant l'heure du repas. Kun ayant posé sa tête sur mon ventre douillet, je lui caresse délicatement les cheveux.

- (Il est si mignon... pensé-je. On dirait un petit chat... Je l'aime...)

Nous savourons ces instants de tendresse sans nous dire un mot, et quand vient enfin l'heure de la soupe, nous sortons de la maison pour aller manger en ville. Fujisawa étant une station balnéaire, les restaurants y sont nombreux. Nous en trouvons un qui fait face au bord de mer et nous nous installons à table. Notre repas se passe dans un silence complet de notre part, tout ce que nous faisons, c'est nous jeter des doux regards et nous caresser la main. Et à cet instant vous devez très certainement vous demander : « Mais pourquoi est-ce qu'ils ne s'adressent pas la parole alors qu'ils attendaient depuis des mois de se voir ? ». Je pense qu'en fait nous n'avons pas besoin de nous parler. Au cours de nos échanges virtuels, nous avons appris à tout connaître l'un de l'autre, et à présent que nous avons enfin la chance d'être ensemble physiquement, nous voulons simplement profiter de ces instants. Nous l'avons instantanément compris dès lors que nos regards se sont croisés à l'aéroport, nous n'avons rien à nous dire. Tout ce dont nous avons besoin pour être comblés, c'est de cette affection physique qu'il nous était impossible de satisfaire à travers nos écrans d'ordinateurs. Mais aujourd'hui nous pouvons enfin réaliser ce souhait, et force est de constater que nous sommes en parfaite harmonie, que nous vivons... la parfaite idylle.


Une fois notre repas terminé (que j'ai gracieusement payé à mon amoureux), nous rentrons à la maison. Nous lambinons main dans la main le long du bord de mer, éclairés par la lueur tamisée des lampadaires et bercés par le bruit apaisant des vagues s'échouant sur le rivage. À notre retour, nous montons dans notre chambre et nous déshabillons en vue d'aller nous coucher. À cet instant, je peux sentir un certain embarras chez Kun. En effet, bien que nous ayons déjà dévoilé notre nudité à chacun au cours de nos nombreux appels vidéo, ce n'est pas aussi palpitant que de voir et toucher le corps nu d'une personne du sexe opposé pour de vrai. Ainsi donc, je retire mes vêtements jusqu'à n'avoir sur moi plus que mon top et ma culotte, tandis que Kun enlève tout à l'exception de son caleçon. Il balaye mon corps du regard de la tête aux pieds.

- T-ton corps est si beau... me dit-il en rougissant. Avec tes formes généreuses... Et tes longs cheveux noirs... Tu ressembles à une déesse... Une déesse dont je suis le plus fervent adorateur...

Cette fois-ci, c'est moi qui me mets à rougir. Décidément, ce garçon est passé maître dans l'art de me dire des choses qui me touchent en plein cœur... Ainsi, pour la première fois de ma vie, je troque mon expression flegmatique contre un sourire, attendri et sincère. Il semblerait donc que notre silence complice et notre besoin d'affection physique ne fasse pas tout, ce genre de déclarations affectueuses aussi participe grandement au bonheur... Je m'approche lentement de Kun, pose délicatement mes mains sur son visage, et l'embrasse tendrement.

- Je t'aime ~ lui adressé-je avec douceur.

- Moi aussi, je t'aime ~ me répond-t-il chaleureusement.

Nous nous grimpons ensuite sur le lit et nous glissons sous draps. Kun se blottit contre moi, je le serre alors dans mes bras et lui fais un bisou sur le front. Nous nous souhaitons mutuellement une bonne nuit et nous endormons...


Le lendemain, à mon réveil, la première chose que je vois en ouvrant les yeux est le doux visage de Kun. Je bouge un peu dans le lit, et il ouvre alors les siens à son tour.

- Bonjour... me dit-il d'un ton pas encore tout à fait réveillé.

- Bonjour, lui réponds-je.

Je lui caresse la joue avec ma main il me sourit, passe ses bras autour de moi et se rapproche de moi pour pouvoir m'embrasser. Nous entrelaçons nos pieds et nous faisons moult caresses, cherchant à prolonger le plus longtemps possible ses instants privilégiés... Ainsi, nous sommes restés vingt bonnes minutes à nous câliner sous les draps avant de nous résoudre à nous lever. Nous descendons dans la cuisine, où nous ouvrons le frigo pour prendre de quoi faire notre petit déjeuner. Nous nous servons chacun un verre de lait et allons nous asseoir dans le salon. Kun attrape une pomme qui se trouve dans le panier à fruits, tandis que moi je prends une banane. Au moment de l'éplucher, mon cerveau se met à cogiter, et c'est alors qu'une idée me vient en tête. Je retourne donc dans la cuisine avec ma banane et mon verre de lait. Kun, intrigué, me suit. Mon oncle et ma tante possèdent un robot mixeur j'y introduis ma banane que j'ai préalablement épluchée et coupée en quatre, puis j'y verse mon verre de lait et en rajoute à partir de la bouteille. Je mets le mixeur en marche, et il résulte alors de cette expérience un liquide crémeux que je me sers dans un grand verre. Kun, qui n'a pas manqué une miette de la scène, me regarde d'un air amusé verser ma boisson.

- Eh voilà, conclus-je en soulevant fièrement mon verre, je me suis fait un milk-shake improvisé.

- Bien joué, me félicite mon amoureux en applaudissant.

Je bois une gorgée de ma mixture pour la goûter.

- Hmm, c'est pas dégueu, déclaré-je avant de tendre mon verre à Kun. Tu veux goûter ?

Il acquiesce de la tête et prend le verre pour tremper ses lèvres à son tour.

- C'est vrai que c'est plutôt bon, confirme-t-il en se léchant les badines pour essuyer le trop-plein de liquide.

- Et encore une expérience culinaire réussie, me réjouis-je alors.

- Tu aimes bien bricoler des petits plats comme ça ? me questionne-t-il en gloussant.

- Oui, c'est beaucoup trop amusant à faire. Je suis pas non-plus une pro en cuisine, mais des fois quand je dois me préparer moi-même à manger, j'aime bien me faire des plats à partir de divers ingrédients que j'imagine bien aller ensemble. Des fois ça marche, d'autres fois non, mais dans tous les cas je me régale, au sens propre comme au figuré.

- Alors il faudrait que tu emménages chez moi, me suggère-t-il en plaisantant, car moi je suis un piètre cuisinier, je mange quasiment que des plats déjà préparés et des bols de nouilles instantanées.

- En effet, tu aurais bien besoin d'un petit redressement culinaire, le taquiné-je pour renchérir à sa blague.

Cela dit, ça a beau être une simple plaisanterie, la perspective d'emménager chez Kun ne me déplaît pas, bien au contraire...


Aujourd'hui, nous profitons du beau temps pour aller nous baigner à la plage de Koshigoe. J'ouvre ma valise pour en sortir mon ensemble de bikini blanc, composé d'un haut sans bretelles et d'un string. Chacune des pièces est tenue nouée par de la ficelle. Je vais dans la salle de bain pour me changer, mais après m'être mise en maillot je constate un problème fâcheux : j'ai acheté ce bikini quand je suis entrée au collège, mais j'ai oublié de prendre en compte le fait qu'entre temps j'ai eu une grosse poussée de croissance et que j'ai aussi beaucoup forci. Résultat, je me retrouve avec un bikini beaucoup trop petit, si bien que la chair de mes seins déborde du soutien-gorge. J'ai l'impression de porter un bikini pour enfant... Je desserre les ficelles au maximum pour éviter que celles-ci me serrent, mais maintenant j'ai l'air de porter un maillot aguicheur. Qu'à cela ne tienne, j'ai la flemme d'aller m'en acheter un nouveau aujourd'hui. En sortant de la salle de bain, Kun, qui s'est changé dans la chambre, ne manque pas de remarquer que ce bikini dévoile pas mal mes formes, il se met alors à rougir. Et moi aussi, car c'est tout de même un peu inconfortable. Mais bref, nous prenons quelques affaires et nous partons.

Arrivés sur la plage, nous choisissons de préférence un coin où peu de monde s'est installé. Nous déplions nos transats, plantons notre parasol dans le sable et nous badigeonnons de crème solaire, avant de nous diriger vers la mer. Alors que la plupart des gens autour de nous restent près du bord, l'eau ne leur arrivant qu'aux genoux ou aux hanches, Kun et moi décidons d'aller un plus loin, jusqu'à ce que l'eau nous arrive juste en-dessous de la poitrine. Je m'immerge complètement, nage quelques mètres sous l'eau, puis ressors ma tête en secouant mes longs cheveux qui éclaboussent alors tout autour de moi. Je tourne la tête en direction de Kun, et je le vois en train de me dévisager, le visage tout rouge d'embarras. Intriguée, il me faut plusieurs secondes pour réaliser ce qui cause sa réaction : en ressortant brusquement de l'eau, le haut de mon bikini, tenant mal sur ma poitrine à cause de sa taille inadéquate, a glissé et est tombé. Ce qui fait que je me retrouve momentanément avec les seins à l'air comme Sabrina dans le clip de « Boys boys boys ». Au moment où je m'en rends compte, je rougis à mon tour et m'empresse de le remettre correctement, tout en jetant des regards autour de moi pour vérifier que personne ne m'ait vue.

- Tu t'es bien rincé l'œil, petit pervers ? taquiné-je ensuite Kun en dépit de ma honte.

- J-je... Désolé... se repend-t-il en baissant les yeux d'un air tout timide. S-si ça peut te faire plaisir... ils sont très beaux...

- (Le pauvre, il a réagi au premier degré alors que je ne faisais que plaisanter... me dis-je en le voyant se sentir coupable. Il est beaucoup trop mignon ~ )

Je m'approche de lui pour le réconforter à coup de gros câlin, lui offrant au passage la sensation agréable de sentir ma forte poitrine s'aplatir contre la sienne, ce qui le fait encore plus rougir. J'aime bien charrier ce garçon, car après tout, je l'aime.


Après avoir passé un peu de temps à batifoler dans l'eau, nous en sortons pour retourner sur la plage. Nous nous essuyons sommairement avec nos serviettes, buvons une gorgée d'eau de notre bouteille dans la glacière, puis nous allongeons sur nos transats pour glandouiller tout en écoutant un peu de musique. Nous restons environ une heure ainsi avant de remballer nos affaires et de rentrer au bercail. Il est midi passé dès notre arrivée notre prenons chacun une douche puis nous préparons à manger pour le déjeuner. Je fais encore montre à Kun de mes talents de savant fou de la cuisine en préparant une recette inédite qui, après verdict, se révèle assez savoureuse.

- Finalement, j'aurais peut-être dû m'inscrire au club de cuisine de mon académie, dis-je d'un ton badin.

- Il n'est pas trop tard, m'encourage Kun en souriant.

- Nah, si je le fais, mes camarades Ritsuko et Carolina vont me suicider de trois balles dans le dos en me voyant faire mes expériences cheloues dans mon coin, me désisté-je en m'imaginant leur réaction d'un air amusé.

Après avoir mangé, nous remontons dans notre chambre pour nous poser une petite heure le temps de digérer, puis nous allons nous changer en vue de retourner à l'extérieur pour nous balader. Lorsque je sors de la salle de bain après m'être changée et que Kun pose ses yeux sur moi, son petit cœur fait un bond. Pour aller nous promener par ce temps magnifique, j'ai décidé de revêtir ma somptueuse robe jaune pastel aux bretelles fines, décorée de motifs floraux bleus, que j'ai accompagnée d'un chapeau de paille serti d'une fleur de tournesol et de sandales plates blanches (si avec cet ensemble ça fait pas assez "été", franchement je sais pas quoi rajouter). Effectivement ça peut surprendre, car il est vrai que d'ordinaire j'adopte plutôt un style urban streetwear, qui est aux antipodes de ma tenue actuelle, mais sachez que j'ai une affection pour la mode de façon globale et que je possède tout une panoplie de tenues diverses et variées. Kun, lui, s'est habillé d'une chemise légère bleu clair à carreaux, d'un short treillis marron et de tongs de la même couleur.

- Woh... fait-il en étant hypnotisé par mon allure élégante. Tu es magnifique...

- Merci ~ jubilé-je en esquissant un sourire.

À présent que nous sommes prêts, nous pouvons sortir.


Nous partons vers l'est pour nous rendre au cap d'Inamuragasaki. Là-bas se trouve un parc qui est pas mal fréquenté de nombreuses personnes, des touristes pour la plupart, y sont venues pour admirer la vue imprenable sur l'île d'Enoshima et sur mont Fuji, qu'on aperçoit clairement au loin par ce temps dégagé. Kun et moi nous accoudons à une rambarde pour observer nous aussi la montage.

- C'est la première fois de ma vie que je vois le mont Fuji de mes propres yeux... me dit Kun, qui est saisi par la beauté du paysage qui s'offre à lui. Il est encore plus beau en vrai que sur les fonds d'écran d'internet...

- C'est vrai... acquiescé-je.

Maintenant que j'y pense, j'ai beau être habituée à cette vue du mont Fuji depuis le cap d'Inamuragasaki, je ne m'étais jamais vraiment attardée dessus. Et je dois effectivement reconnaître que Kun à raison, il est bien plus beau en vrai que sur les fonds d'écran d'internet. À cet instant, lui et moi avons la même idée : nous sortons nos portables de nos poches pour photographier la montagne au loin. Nous décidons ensuite d'en faire une seconde pour immortaliser ce moment mémorable. Nous nous tournons dos à la mer, nous positionnons de façon à ce qu'à l'écran le mont Fuji soit pile entre nous deux, et nous prenons chacun un selfie. Après ça, nous allons explorer le parc d'Inamuragasaki en flânant main dans la main, puis nous descendons sur les rochers pour nous asseoir et contempler l'horizon. Enfin, nous terminons par une petite marche sur la plage de Shichirigahama. Le temps est passé beaucoup plus vite que je l'aurais imaginé, car voilà que le soleil se couche déjà. Marchant dans le sable en nous tenant la main, les pieds nus caressés par l'écume des vaguelettes, nous longeons la plage en observant l'astre solaire disparaître peu à peu derrière le mont Fuji, son déclin colorant le ciel d'un orange flamboyant. Nous nous arrêtons pour observer ce spectacle, puis lorsque le soleil disparaît complètement derrière la montagne, nous nous embrassons.


Au moment de partir, nous passons par la grande place pour sortit en face d'un grand restaurant servant des spécialités occidentales.

- On y va ? propose Kun. J'ai jamais goûté à des plats occidentaux, j'aimerais bien essayer.

- Allez, ça me va, accepté-je.

Ainsi, nous pénétrons dans le restaurant, et alors qu'il paraissait déjà bien somptueux vu de l'extérieur, une fois à l'intérieur nous sommes frappés par sa constitution faite en majorité de bois qui lui donne tout un aspect cosy et chaleureux. Par chance, nous trouvons une table libre sur le balcon, ce qui nous permet de profiter à la fois de l'air frais du soir et de la vue sur la baie. Nous ouvrons la carte pour commander, et découvrons alors des plats dont nous ne connaissions pour la plupart même pas l'existence.

- Pâté de campagne ? Carpaccio de dorade ? Assortiment de jambons ? Pasta pescatore ? Pâte à la napolitaine ? Ragoût de bœuf ? Bouillabaisse ? énumère Kun en esquissant un sourire amusé. Qu'est-ce que c'est que tout ça ?

Hormis quelques plats qui nous rappellent un peu notre pays, tout le reste de la carte est assez dépaysant, et le choix s'en révèle fastidieux, d'autant quand je vois que non-seulement les plats ont l'air assez pauvres en quantité de nourriture contenue, mais en plus les prix sont exorbitant, ce qui nous suggère que nous sommes entrés dans un restaurant gastronomique. Cependant, il serait irrespectueux de partir pour aller voir ailleurs alors que nous nous sommes déjà assis, alors quitte à payer une note salée, autant rester et goûter ces plats atypiques.

- Hmm, je vais prendre du pâté de campagne en entrée, choisis-je après une longue et intense réflexion, du steak d'aloyau de bœuf en plat principal et une glace à la vanille en dessert.

- Moi j'ai envie de goûter la quiche aux pommes de terre et champignons en entrée, choisit Kun à son tour, le hamburger italien en plat de résistance, et le cheesecake fait maison en dessert.

Aussitôt choisi, aussitôt commandé. Et après un peu d'attente, nos entrées arrivent. Notre premier réflexe est d'abord d'inspecter nos plats sous tous les angles, fascinés par ces nouvelles découvertes culinaires. Puis quand vient le moment de goûter, force est de constater que la saveur est au rendez-vous. Moi qui n'avait jamais mangé, ni même entendu parlé de charcuterie, je dois bien avouer que je ne suis pas déçue, et Kun non-plus d'ailleurs, à en juger par son air ravi à chaque bouchée qu'il prend de sa quiche. Viennent ensuite les plats de résistance, et la encore c'est un sans-faute. Mon steak d'aloyau de bœuf, baignant dans son jus de viande, fond dans ma bouche tant il est cuit à la perfection idem pour le hamburger italien de Kun qu'il se régale de dévorer. Et enfin, quand arrive le tour des desserts, c'est la touche fraîche et sucrée qui sublime le tout. Au final, malgré que notre repas n'ait pas été donné et que nous soyons restés sur notre faim à cause du manque de consistance des plats, nous nous en acquittons sans regrets car nous nous sommes régalés. C'est donc l'esprit serein que nous regagnons la maison.


Arrivés dans notre chambre, nous nous câlinons et nous embrassons tendrement pendant un petit moment. Puis sans crier gare, je pousse Kun en arrière il atterrit le dos sur le lit en rebondissant un peu sur le matelas, et avant qu'il n'ait le temps de comprendre ce qui vient de lui arriver, je m'assois sur lui en position de cow-girl, le bloquant au niveau du bassin et le dominant complètement du regard. Cette position tendancieuse le fait rougir et je vais enfoncer davantage le clou en me penchant sur lui pour lui susurrer à l'oreille :

- Je envie de faire du sale ~

Donc là je viens de balancer toute forme de subtilité à la poubelle, et Kun devient aussitôt rouge comme une tomate. Collée à lui, je peux entendre son souffle haletant s'engouffrer dans mon oreille, et cela m'excite beaucoup, je dois dire. Je lui roule langoureusement un patin tout en plongeant mon regard devenu de braise dans le sien afin de faire davantage monter la température. Manquerait plus qu'à rajouter la musique éponyme de Sean Paul et ce serait le jackpot. En déliant mes lèvres de celles de Kun, un fin filet de bave s'entend entre nos langues et finit par se rompre au moment où je me redresse. Je le domine à nouveau de toute ma hauteur et lui lance un regard de femme fatale tout en titillant ma lèvre inférieure de façon licencieuse avec mon index. Je caresse la joue de Kun, puis je m'affaire à défaire sa chemise, lentement, bouton après bouton, tout en le dévorant des yeux pour accroître toujours plus la tension sexuelle entre nous. Une fois sa chemise complètement ouverte je lui caresse sensuellement le torse, ce qui semble lui procurer un certain plaisir, en témoigne son regard de merlan frit et sa bouche à demi-ouverte. En réponse à ça, il glisse ses mains sous ma robe pour me caresser les cuisses (on peut même carrément parler de cuisseaux dans mon cas), puis les dirige lentement vers mes fesses pour me les peloter. Je me mordille la lèvre inférieure pour signifier que j'apprécie ce geste, puis je retire mon couvre-chef et le pose sur son visage. Il glousse de façon amusée, mais après se l'être enlevé, ses yeux s'écarquillent lorsqu'il voit que j'ai retiré ma robe pendant qu'il avait la vue obstruée. Le tempo de son cœur redouble alors de vitesse. Je me penche ensuite légèrement pour faire pendouiller mes appendices mammaires au-dessus de lui.

- Qu'est-ce que t'attends pour jouer avec ? ~ l'incité-je en les agitant un peu pour attiser son envie.

Hypnotisé par mes charmes naturels, Kun dirige lentement ses mains vers me nibards, comme si elles étaient inexorablement attirées. Il me les malaxe généreusement, m'envoyant des ondes de plaisir à chacun de ses pétrissages qui m'arrachent quelques légers gémissements. Depuis tout à l'heure, je peux clairement sentir la bosse au niveau de son entre-jambes, alors après qu'il ait suffisamment tripoté mes seins, je me penche à nouveau pour coller mon torse contre le sien, je l'enlace entre mes bras et je fais un roulé-boulé avec lui pour qu'il se retrouve au-dessus de moi. Je le pousse pour qu'il se redresse, et délicatement je retire ma culotte. À ce moment-là, l'excitation est à son paroxysme, mais il n'ose pas prendre l'initiative, il attend que ce soit moi qui donne le top départ, alors je vais abréger sa patience.

- Allez, fous-toi à poil et baise-moi ~ lui ordonné-je d'une voix aguicheuse.

Il acquiesce en secouant frénétiquement la tête et s'exécute immédiatement. Une fois qu'il s'est débarrassé de ses vêtements, je le laisse librement disposer de mon corps...


Nos deux mois de vacances en amoureux, à Kun et moi, se sont merveilleusement bien passés. Au cours de ceux-ci, je n'ai pas ouvert une seule fois les réseaux sociaux, j'ai simplement donné des nouvelles à mes proches de temps en temps et je leur ai partagé mes photos souvenirs. Avec Kun, nous avons pris le temps de visiter l'île d'Enoshima et de faire toutes ses attractions : les sanctuaires Enoshima-jinja et Koyorugi, le jardin Samuel Cocking, la grotte d'Iwaya et l'aquarium. Le reste du temps, ou bien nous sommes allés à la plage, ou bien nous sommes restés à la maison pour glander (et faire l'amour, aussi).

Le matin du dimanche 30 août, nos corps nus allongés sur les draps témoignent que nous avons passé une nuit particulièrement torride, sans doute la plus torride de tout notre séjour (et j'entends par-là que nous avons niqué très fort). Au moment où j'ouvre les yeux, j'ai comme la boule au ventre, et pour cause, c'est notre dernier jour ensemble. Dans quelques heures à peine, Kun et moi devrons nous séparer afin qu'il rentre en Corée. Le simple fait d'avoir cette pensée en tête me donne le cafard. D'habitude je ne me tracasse jamais pour rien, mais là c'est différent, là je me sens terriblement déprimée à l'idée que ce garçon que j'aime si fort reparte dans son pays et que nous ne nous revoyions pas avant plusieurs mois. Ces deux longs mois m'ont paru avoir passé à la vitesse de la lumière, et je suis actuellement en train de prier très fort pour que le temps remonte et que nos vacances reprennent depuis le début, et que cette boucle durent à l'infini... Kun ouvre les yeux à son tour et, en voyant mon visage, me sourit. Il ne remarque pas mon amertume dissimulée derrière mon expression flegmatique, et c'est tant mieux car je n'ai pas envie de lui transmettre ma mauvaise humeur dès le réveil. À la place, je le prends dans mes bras et le serre fort contre moi pour l'imprégner de tout mon amour... Nous finissons tout de même par nous lever et nous préparer, car mes parents vont bientôt arriver pour nous récupérer. Lorsque je vois leur voiture arriver devant la maison, je soupire intérieurement, démoralisée.

- Alors, les jeunes, nous lance familièrement mon oncle, fidèle à lui-même, vous avez passé de bonnes vacances ?

- Oui monsieur, confirme Kun en brandissant un large sourire.

- J'espère que vous avez eu le temps de bien profiter ? m'adresse ma mère.

J'ai à la fois envie de lui répondre oui et à la fois envie de lui répondre non.

- Oui, me contenté-je de répondre sobrement.

- Dis-moi, Kun, vous avez fait des cochonneries, hein ? le taquine mon oncle.

Trop gêné pour répondre à cette question d'ordre privé, Kun esquisse un sourire forcé et se gratte derrière la tête.

- C'est bon, vous êtes prêts ? demande ensuite mon père.

- Oui, répond Kun d'un ton serein.

Moi j'ai très envie de répondre non, mais je me force à acquiescer pour ne pas plomber l'ambiance, car contrairement à moi, Kun a l'air de n'avoir aucun regret, ce séjour en ma compagnie l'a semble-t-il comblé. Au moment de partir, c'est à contre-cœur que je place ma valise dans le coffre de la voiture de mes parents et que je m'installe sur le siège arrière côté passager. Mon père démarre et nous partons pour l'aéroport de Narita en étant salués par mon oncle et ma tante.


Durant tout le trajet, ma boule au ventre ne fait que s'accentuer, à tel point que j'en ai la nausée. Mais personne ne s'en rend compte, car vue de l'extérieur, je reste imperturbable. Plus les kilomètres défilent, plus je me sens mal, plus j'ai envie de faire demi-tour pour revivre ces deux mois idylliques passés avec ce garçon que j'aime tant. Ce dernier me caresse délicatement la main et se penche pour appuyer sa tête contre mon épaule. Je glisse alors mes doigts entre les siens et serre fermement, comme dans une tentative désespérée de l'empêcher de partir au moment fatidique... Lorsque nous arrivons enfin à l'aéroport, mon appréhension est telle que j'hésite plusieurs secondes avant de me résoudre à lâcher la main de Kun, mais hélas je n'ai pas le choix... Ainsi, nous sortons tous les deux de la voiture, il récupère sa valise et je l'accompagne à l'intérieur jusqu'au hall de départ. Il se tourne alors vers moi.

- Merci pour ces moments, m'adresse-t-il avec sincérité en souriant chaleureusement, j'ai passé les vacances les plus merveilleuses de ma vie.

- Moi aussi, réponds-je sobrement.

Nous nous embrassons une dernière fois avant qu'il parte. Il commence à s'éloigner, mais à peine a-t-il le temps de faire quelques pas que je m'empresse de le rattraper et de lui agripper le bras pour le retenir. Surpris, il se retourne et voit sur mon visage une expression de grande détresse, une expression que je n'avais jusqu'à présent jamais montrée.

- Je ne veux pas que tu partes... lui avoué-je d'une voix désespérée.

Attristé de me voir si mal à l'idée de lui dire au revoir, il plonge à son tour dans le chagrin et les regrets.

- Désolé... me dit-il en baissant les yeux. Tu vas profondément me manquer...

Nous nous prenons à nouveau dans les bras.

- Je t'aime... déclaré-je d'un ton abattu. Je t'aime si fort...

- Moi aussi... répond-t-il de même.

Nous prolongeons cette dernière enlaçade le plus longtemps possible, avant que nous nous résolvions tous les deux à nous lâcher. Le temps de nous faire un ultime baiser, et Kun s'en va pour de bon... Je le regarde partir jusqu'à ce qu'il soit sorti de mon champ de vision et je retourne ensuite à la voiture de mes parents.

- Pas trop dur, ces adieux ? me demande mon père.

- Tu n'as pas idée... lui réponds-je évasivement en reprenant mon expression de façade.

- Le plus important c'est que vous ayez passé un bon moment ensemble, me dit alors ma mère pour me réconforter.

- Ta mère à raison, approuve mon père, et puis tu auras l'occasion de le revoir.

Accoudée à la corniche de ma portière, je regarde le paysage défiler d'un air songeur et mélancolique.

- Hmm... C'est vrai... admets-je alors. (Mais le temps va être si long...)


De retour chez moi, je monte directement dans ma chambre. Je suis si déprimée que ça m'a coupé l'appétit. Je m'affale sur mon lit, fixant le plafond du regard en m'apitoyant sur mon sort. Je reste comme ça pendant plusieurs minutes sans bouger d'un orteil, puis je me décide à prendre mon portable pour passer un appel.

- Allô ? me répond la voix de Yumi à l'autre bout du fil.

- Yumi... Tu pourrais passer à la maison, s'il-te-plaît ? la sollicité-je.

- Pas de problème, Katchan ! accepte-t-elle naturellement. Je me mets tout de suite en route !

- Je te remercie. À tout à l'heure.

- À tout à l'heure ~

Le temps du trajet, Yumi arrive chez moi. Elle monte jusqu'à ma chambre, toque et entre après que je l'aie autorisée.

- Katchan ~ s'exclame-t-elle joyeusement. Alors, comment ça s'est passé avec ton...

Mais elle se fige lorsqu'elle me voit fondre en larmes.

- Il me manque déjà... sangloté-je.

Aussitôt alors, mon amie se précipite auprès de moi pour me prendre dans ses bras afin de me consoler.

- Ça va aller, Katchan, je suis là, me réconforte-t-elle.

- Yumi... Je l'aime tellement... lui confié-je. C'est la première fois que ça ressens ça... J'étais si sereine avec lui, je vivais la parfaite idylle... Mais dès que nous avons dû nous quitter, j'ai eu le cœur brisé... Ça fait même pas 2 heures que nous sommes séparés mais son absence me fait déjà terriblement souffrir...

- C'est normal que tu sois triste en étant séparée de la personne que tu aimes, m'assure-t-elle. Je comprends parfaitement ce que tu ressens car j'ai été dans la même situation que toi. L'an dernier, durant les vacances d'été, Himawari s'est absentée pendant 2 semaines pour partir en voyage avec ses parents. Ces 2 semaines ont été les plus longues de ma vie, sans elle j'étais complètement désemparée et démoralisée. D'ailleurs, Himawari aussi était très triste de ne pas me voir, à tel point qu'on s'envoyait des « je t'aime » par téléphone à longueur de journée. Dans ce genre de situation, malheureusement, y a de pas de remède miracle, il faut prendre son mal en patience. Je sais, c'est dur, mais tu n'y peux rien, tout ce que tu peux faire c'est attendre et essayer de t'occuper pour ne pas y penser et ne pas déprimer.

- Ouais... T'as raison... soupiré-je par dépit.

Yumi s'assoit à mes côté et me caresse affectueusement le dos pour me soulager.

- T'en fais pas, Katchan, me rassure-t-elle, moi et les autres on est là pour t'aider, on va tout faire pour que tu te sentes mieux.

- Merci Yumi, lui adressé-je alors d'un ton reconnaissant.

Elle me prend ensuite dans ses bras et me cajole avec tendresse, comme elle sait si bien le faire.


Pendant ce temps-là, dans un recoin perdu au cœur du monde des failles, Reginald Albert Loki Tusknorth reçoit une visite impromptue.

- Bonjour Reginald, le salue cordialement son visiteur.

Ce dernier a l'apparence d'un enfant aux longs cheveux clairs dont une mèche lui cache le côté gauche du visage. Ses yeux jaunes aux pupilles en fente luisent d'un éclat mystique en ce lieu égaré, et il est vêtu d'une longue bure noire et d'une cape déchirée.

- Tiens tiens, mais ne serait-ce pas ce cher Baal ? s'étonne Loki d'un air amusé. Cela faisait belle lurette que je ne t'avais pas vu ! Quel bon vent t'amène ?

- J'ai besoin de toi, Reginald, le sollicite son confrère Pure Souche.

- Ah bon ? s'intrigue davantage ce dernier. Et en quoi pourrais-je t'être utile.

- Toi et moi avons un point commun, Reginald : nous aimons profondément l'Humanité.

- En effet. Mais je ne vois pas où tu veux en venir ?

- Reginald, j'aimerais que tu t'associes à moi afin que nous sauvions l'Humanité.

Le silence se fait, puis Loki se met à éclater de rire.

- Allons, Baal, qu'est-ce que tu me chantes-là ? s'enquiert-il en ayant perdu tout son sérieux. L'Humanité n'a pas besoin d'être sauvée.

- Je ne plaisante pas, Reginald, maintient l'autre Pure Souche. Si nous ne faisons rien, l'Humanité va courir à sa perte. Nous devons libérer Yolda Baoth pour sauver l'Humanité de son funeste destin grâce au sort du "Monde Parfait".

Le silence se fait à nouveau et l'atmosphère devient alors plus pesante.

- Je refuse, répond finalement Loki d'un ton insolent. Tu as raison sur un point, Baal : j'aime l'Humanité autant que toi. Cependant, je ne saurais tolérer de recourir au sortilège du Faiseur de Vie.

- Tu laisserais donc l'Humanité disparaître ? réplique alors Baal.

- Tu sais, Baal, l'Évolution nous a appris une chose : même lorsqu'une espèce dominante disparaît, une autre finit par prendre sa place, tel est son cycle perpétuel. Si le destin de l'Humanité est de disparaître, alors qu'il en soit ainsi, car c'est ainsi que les choses doivent être. Employer le sort du "Monde Parfait" reviendrait à priver l'Humanité de son destin, et ça, jamais je ne le permettrais. Baal, si jamais tu faisais quoi que ce soit qui nuirait au destin de l'Humanité...

Loki tourne lentement son regard vers son congénère, ses prunelles sont devenues toutes noires.

- Je t'anéantirais de mes mains.

Voyant que sa tentative de négociation a échoué, Baal se retire.

- Nous nous reverrons, Reginald... conclut-il avant de disparaître dans les ténèbres.