Bienvenue à la SHINRA

Chapitre 282)Repartir sur de nouvelles bases

Clay qui était sur le point d'entrer dans la chambre où se trouvaient ses deux fils, s'arrêta net en percevant leur échange orageux. Troublé par ce qu'il entendait, il hésita à poursuivre, était-ce vraiment le bon moment pour se dévoiler à eux ? Probablement pas... au vu du trouble qui semblait être né dans l'esprit de Cloud, il n'était clairement pas temps pour lui de se présenter à eux. Cela ne ferait qu'aggraver le malaise de ses fils, ce qu'il ne souhaitait pas. Il n'avait pas passé tant d'années loin d'eux et de son épouse pour leur faire du mal par simple désir de se trouver auprès d'eux. Il avait patienté si longtemps, il pouvait encore leur laisser un peu de temps, il n'était plus à quelques jours près désormais.

Malgré toute sa bonne volonté, ce fut bien à regret qu'il se détourna et s'éloigna de la chambre, chaque pas lui coutant énormément.

Après tellement d'années d'attente... il avait espéré pouvoir enfin rencontrer ses enfants, leur parler à défaut de les serrer dans ses bras... mais cela n'était toujours pas de l'ordre du possible.

Peut être qu'un autre jour, lorsque ses fils auraient trouvé leur équilibre, surtout Cloud qui semblait être le moins assuré des deux en ce qui concernait sa situation, pourrait il tenter de les approcher et de leur parler, de leur dire qui il était, quels étaient ses sentiments pour eux.

La seule chose qu'il puisse faire pour eux pour le moment était de les laisser suivre leur voie à leur guise.

Il avait à peine tourné l'angle du couloir qu'il suivait que Nael quittait la chambre où était Cloud, fermement décidé à aller trouver leur aïeul afin de le convaincre de venir parler à son frère. Peut être que discuter un peu avec Salomon permettrait à Cloud de faire la part des choses.

Il fut heureux de constater que le vieil homme était conscient à son arrivée et en pleine possession de ses esprits, du moins s'il en jugeait par la clarté de son regard tourné vers lui.

- Je ne vous connais pas encore jeune homme, mais vous ressemblez à l'un de mes précédents visiteurs. Déclara Salomon d'une voix calme.

- Je suis le frère de Cloud en effet. Admit Nael sans hésiter. Ce qui fait de vous mon ancêtre... je viens vous voir afin de vous demander une faveur. Cloud est troublé par la situation, par votre présence ici et par tout un tas d'autres détails qu'ilserait trop long d'énumérer. Vous sentez vous la force d'aller lui parler ? Je crois qu'il a bien besoin que quelqu'un lui fasse comprendre qu'être interné dans un asile ne veut pas forcément dire que l'on est fou.

Salomon inclina la tête avec un sourire.

- Je ne peux vous garantir que je parviendrai à l'en convaincre, dit il doucement, mais je veux bien aller le trouver pour parler avec lui.

Il suivit Nael jusqu'à la chambre et y entra seul, Nael préférant rester dans le couloir et leur laisser le loisir de parler sans témoins.

Salomon vit avec un peu de chagrin son descendant se tendre à sa vue, mais il affecta de ne rien remarquer. Marchant sans hâte jusqu'à la chaise la plus proche il y prit place et laissa à Cloud l'initiative de la conversation.

Comme le jeune homme blond restait silencieux, il se décida finalement à prendre la parole le premier.

- Je me doute que cela ne doit pas être facile pour toi d'accepter que l'un de tes ancêtres ait passé la majeure partie de son existence dans un endroit comme celui ci... je mentirai si j'affirmais que cela n'a eu aucune conséquences. Je ne peux prétendre avoir bien vécu entre ces murs. J'ai souffert, j'ai senti plus d'une fois mon esprit vacciller, mais je crois pouvoir affirmer sans hésiter que j'ai toujours les idées claires. Je ne suis plus celui que j'étais à mon arrivée, mais je suis toujours Salomon Crescent et je n'ai plus de haine pour ceux qui m'ont fait vivre cet enfer. J'ai eu des années pour réfléchir à leurs motivations et pour les comprendre. Je les ai détesté très longtemps, puis l'âge venant, j'ai fini par réaliser qu'ils n'étaient pas les seuls coupables de ce que j'ai du vivre. Eux aussi étaient des victimes... victimes des choix de notre père, de son incapacité à les aimer. Je ne dis pas que je pardonne tout, mais j'ai pris conscience qu'ils n'avaient pas tous les torts. Je n'ai sans doute plus beaucoup de temps à vivre, je ne veux pas gaspiller le reste de mon existence à haïr des personnes qui ne sont plus là. Je veux pouvoir profiter librement et pleinement des jours qui sont encore à venir pour moi, je veux le faire en étant heureux. Je ne vais pas te faire la leçon, je n'ai aucune envie de jouer les moralisateurs, je ne m'en sens ni le droit, ni le devoir. Tu es assez âgé pour choisir ta voie à ta guise et pour en assumer les conséquences, je voulais seulement te dire ce que moi je pensais, ressentais et voulais pour ma vie future.

Ayant dit ces mots, Salomon adressa un sourire à Cloud et se releva.

- Et si on vous donnait l'occasion de recommencer une nouvelle vie, dans un nouveau corps, est ce que vous penseriez encore de même, ou est ce que vous laisseriez à nouveau la rancune prendre le dessus ? Questionna Cloud.

Salomon secoua la tête en soupirant.

- Si j'avait cette chance, je ne la gâcherai pas en me laissant submerger par la rancune, je serai trop heureux de pouvoir vivre libre, je ferai mon possible pour être heureux.

Cloud se leva à son tour et se rapprocha de lui, posant une main sur le bras de Salomon, il le regarda avec gravité.

- Je pense qu'il est possible pour vous de vivre une autre vie, la Shinra a des moyens extraordinaires à sa disposition, des gens capables de vous faire un nouveau corps plus jeune et de vous délivrer des souvenirs désagréables. Ils l'ont déjà fait et peuvent sans doute le refaire pour vous.

Salomon le considéra, n'osant pas croire que cela puisse lui être accordé. Il ne voulait pas remettre l'affirmation en question, mais il ne pensait pas que l'on puisse offrir une telle chose à un vieil homme tel que lui.

Au même instant, Nael toujours dans le couloir, recevait un appel qu'il ne pouvait pas ignorer. Le président en personne. Il décrocha sans tarder et écouta attentivement ce que lui disait l'homme.

- Bien monsieur, je le fais sans tarder, ne quittez pas, ce ne sera pas long. Affirma t'il ensuite.

Il pivota sur lui même et rouvrit la porte de la chambre.

- Vraiment navré de vous déranger, mais le président veut parler à Salomon Crescent. Cloud, tu vas devoir sortir avec moi, il veut le faire sans témoin.

Tendant son téléphone à Salomon qui le reçut avec surprise, il s'écarta légérement afin de laisser Cloud quitter la pièce, il lui emboîta ensuite le pas et referma la porte derrière lui.

Salomon porta l'appareil à son oreille, un peu inquiet de recevoir l'appel de quelqu'un don il ne savait rien. Même s'il avait entendu Nael parler d'un président, il n'était pas vraiment très avancé sur l'identité de l'individu. Il tenait à en savoir plus avant de se lancer dans une conversation hasardeuse.

- Ici Salomon Crescent, à qui ai-je l'honneur ?

- Mon nom ne vous dirait rien monsieur Crescent, inutile donc de vous encombrer l'esprit à ce sujet. Tout ce que vous devez savoir à mon sujet est que je suis à la tête d'une entreprise prospère, en mesure de vous offrir tout ce qui vous fait actuellement défaut, à savoir une nouvelle jeunesse, la liberté et une certaine aisance financière.

- J'imagine que cela aura malgré tout un prix. Répondit Salomon.

- Vous imaginez bien. J'aurai effectivement quelques attentes vous concernant, rien de bien méchant, ni de très difficile. Une fois que vous aurez rajeuni, jusqu'à l'adolescence, l'une des conditions que je tiens à fixer pour votre nouveau départ dans l'existence, vous devrez intégrer un pensionnat pour quelques années, une fois vos études terminées, vous serez libre d'agir à votre guise, vous aurez à votre disposition les moyens financiers et matériels nécessaires.

Salomon resta silencieux quelques instants, ce qu'il venait d'entendre était presque trop beau pour être vrai.

Se rendre dans un pensionnat afin de suivre une scolarité normale pendant quelques années ? C'était comme un rêve devenu réalité. Il avait si souvent eu envie de cela enfant, ne ce fut-ce que pour échapper à l'ambiance du domaine familial qui lui pesait tellement.. mais son père ne l'y avait jamais autorisé, arguant que cela était inutile, qu'il pouvait parfaitement être éduqué à domicile. Privé de tout autre choix, il avait du se résoudre à se plier à la volonté de son géniteur et à rester cloitré chez eux, endroit dont il n'était sorti que pour se retrouver enfermé autre part. Partir en pension, pouvoir fréquenter des jeunes gens de son âge, c'était inespéré pour lui. Il voyait cependant une certaine ombre se projeter sur ce tableau iddylique.

- Est-ce que je devrai rester en permanence dans ce pensionnat, jusqu'à la fin des études dont vous parlez ? Questionna t'il sans tarder.

Il tenait à être fixé sur ce point avant de prendre une décision.

- Non, répondit son mystérieux interlocuteur. Vous aurez l'occasion d'en sortir lors des périodes de vacances. Il n'est pas question de vous garder à nouveau enfermé pendant des années monsieur Crescent, seulement de vous offrir une éducation soignée, dans un cadre adapté et sécurisé. Je ferai en sorte que vous ayez de nombreuses sorties durant les années à venir qu'il vous faudra passer au pensionnat. Ne craignez rien, vous n'allez pas échanger une prison contre une autre. Vous n'avez rien à craindre à accepter, vos attentes seront satisfaites, je vais vous faire parvenir un contrat établi en bonne et due forme, qui nous garantira à tous deux que tout est en ordre. Une fois que vous l'aurez étudié et signé, si toutefois vous décidez de le faire, alors nous pourrons lancer la procédure.

- Je vous remercie de votre compréhension et j'attends votre document. Croyez bien que je vais l'examiner en détail.

- Je n'en attends pas moins de vous. Le contraire me serait un déplaisir certain. Je vous tiens pour quelqu'un de censé, qui saura faire les meilleurs choix. Je vous souhaite une fin de journée agréable monsieur Crescent.

Devinant que son interlocuteur allait mettre un terme à leur échange et raccrocher, Salomon se hâta de l'en empêcher.

- Attendez ! Ne raccrochez pas je vous prie, j'ai encore une question pour vous.

Le silence qui suivit ses propos lui indiqua nettement que le président était pris au dépourvu.

- Je vous écoute. Dit il cependant au bout d'un moment. Posez votre question, j'y répondrai peut être.

- Je voudrai savoir si j'aurai le plaisir de rencontrer mon bienfaiteur.

Un nouveau silence s'installa, un peu plus long que le précédent.

- Je ne crois pas que cela sera possible. Je ne fais que remplir des obligations dont j'ai hérité de mon père, je ne suis en rien un bienfaiteur monsieur Crescent. Je ne suis que l'héritier des devoirs de celui à qui je dois d'être né. Il aurait sans doute aimé vous rencontrer, malheureusement, il est mort avant de pouvoir atteindre les buts qu'il s'était fixé. Je m'efforce depuis longtemps de les atteindre pour lui, vous retrouver et vous rendre une existence convenable en faisait partie. Ne perdez pas votre temps à voir en moi un bienfaiteur, ce serait une perte de temps.

Malgré la sécheresse du ton, Salomon ne manqua pas de percevoir une certaine félure et pas mal d'amertume. Le président était visiblement un homme tourmenté, sans doute chargé très jeune, trop jeune, d'un fardeau bien trop lourd pour lui. Il n'insista pas, ne voulant pas braquer l'homme qui tenait son avenir entre ses mains.

Il n'en était pas moins intrigué par les affirmations.

Pourquoi donc le père de cet individu tenait il autant à le retrouver et à lui donner une meilleure existence ? Le saurait il un jour ? Il espérait que oui, il n'aimait pas l'idée de rester à jamais dans l'ignorance à ce sujet.

Il ne cessa d'y penser qu'une fois en possession des documents qu'on lui avait promis. Il prit tout son temps pour les étudier, les relisant à plusieurs reprises afin d'être certain de ne rien manquer. Même si son éducation comportait des lacunes, son père lui avait appris très jeune à se défier des offres trop alléchantes. Il décortiqua donc le document autant que cela lui était possible, sans rien trouver qui soit de nature à lui nuire. La proposition était indéniablement sérieuse et des plus avantageuses pour lui. Elle lui assurerait tout le confort souhaitable pour le temps de sa scolarité en pensionnat, tout avait été scrupuleusement indiqué, chaque dépense était prévue, depuis celles liées aux études, jusqu'aux frais de divertissement, d'habillage, d'alimentation et même de transport. Les sommes allouées pour cela lui donnaient presque le vertige. Le président de la Shinra avait beau affirmer ne pas être un bienfaiteur, il était disposé à lui verser une petite fortune pour les années à venir et plus encore par la suite. C'était indéniablement un homme riche... ou du moins persuadé d'avoir les moyens de cela.

Salomon espérait qu'il l'était vraiment, et qu'il ne serait pas dupé au final, mais il n'avait qu'un moyen de le savoir.

Il signa les documents avec le sentiment d'être en train de jouer son existence, mais après tout, qu'avait il donc à perdre, lui qui était déjà si âgé et qui avait été enfermé si longtemps ?

À suivre