Children of Fire
De Sayaka à Shikadai.
Une bourrasque de vent frappa la tente.
Il ne retint pas le bâillement qui s'échappait de ses lèvres et réajusta la couverture qui couvrait son corps. Le temps n'était pas des plus cléments cette nuit. La pluie avait commencée à tomber quelques heures en arrière, en milieu d'après-midi et ne s'était pas arrêté depuis. Il avait réussi à monter sa tente en début de soirée dans un bout de forêt un peu plus épargné grâce aux arbres immenses qui y logeaient, mais les gouttes d'eau s'écrasaient malgré tout sur le tissu de son abri de fortune. Il ferma les yeux un instant, bercé par le son de la pluie. Il appréciait plutôt bien cette mélodie, ça avait un petit quelque chose d'apaisant et là, tout de suite, il avait bien besoin de cet apaisement. Le village caché de la feuille était derrière lui depuis une bonne dizaine de jours, et ses parents lui manquaient déjà terriblement. Le parfum de tabac froid de son père. Le ton sévère de sa mère. Les bêtises de son frère. Les sourires de sa soeur. Il se retenait tant bien que mal de faire demi-tour depuis deux jours. Il avait pris la décision de s'en aller pour se concentrer sur lui-même, pour apprendre à se connaître, pour se comprendre. Mais c'était dur.. beaucoup plus dur que ce qu'il avait imaginé.
Un éclair éclata dans le ciel baigné d'obscurité et il rouvrit les yeux, à l'instant où la soudaine lumière illumina un bloc d'enveloppes dans un coin. Le sac qui l'accompagnait depuis son départ était légèrement renversé sur le côté et avait laissé apparaître un peu de son contenu.
- "lis les quand tu auras le mal du pays ou quand tu te sentiras triste et seul."
D'un geste presque mécanique, il attrapa le bloc d'enveloppes, tira doucement sur la ficelle qui les gardait les unes contre les autres et attrapa la première entre ses doigts. L'écriture de Sayaka traînait sur l'enveloppe. Il la reconnaîtrait entre mille ; la blonde paraissait si douce, si raffinée aux premiers abords, mais son écriture.. un sourire amusé déforma le coin de ses lèvres. Elle écrivait vraiment mal. La première fois qu'il lui avait fait la remarque, elle lui avait envoyé une boulette de papier froissé en plein visage. Elle lui manquait, elle aussi.
Il extirpa la lettre de l'enveloppe et s'attarda sur les mots qui se dévoilaient, au rythme des battements effrénés de son coeur.
Prince de Suna.
Tu quittes Konoha dans quelques jours et j'appréhende, c'est idiot n'est-ce pas ? Tu me manques déjà. Je me suis peut-être un peu trop habituée à ta présence ces dernières années.
Tu sais, c'est la première fois que j'écris une lettre. Et j'ai eu cette envie idiote de t'écrire le plus de lettres possibles avant ton départ. Tu t'en vas seul, mais ça ne veut pas dire que tu dois te sentir seul pendant ce voyage. Je veux que tu puisses emmener un peu de Konoha et un peu de moi avec toi, pendant cette année. Je ne sais pas combien de lettres il y aura et je ne vanterai sûrement pas la qualité de celles-ci, mais j'espère qu'elles t'aideront un peu dans les moments durs. Reviens vite. Ça ne sera pas pareil l'hôpital sans toi.
De mon côté, je me concentrerais sur mon travail et sur ma formation aux côtés de Sakura et Ino. J'envie un peu le lien entre elles, tout semble plus facile lorsqu'elles sont l'une avec l'autre. Elles ressemblent à deux héroïnes arpentant les couloirs de l'hôpital. Je sais d'avance que tu es en train de rire en lisant ça ; moque-toi, vas-y.
Un petit rire s'échappa effectivement des lèvres du garçon. Sakura et Ino, c'était quelque chose. Elles se connaissaient depuis toujours et même si souvent elles se lançaient des vacheries, le lien entre elles semblait indestructible. Et comme Sayaka l'avait écrit dans la lettre, lorsqu'elles marchaient l'une à côté de l'autre, elles laissaient véritablement un arrière-goût de super-héroïnes dans la bouche de ceux qui croisaient la route qu'elles empruntaient.
Elles sont vraiment incroyable. J'ai l'habitude de travailler avec Sakura, mais ta tante m'intimide beaucoup. Elle dégage une telle force que ça me déstabilise. Tu crois qu'un jour on sera aussi invincibles et incroyables qu'elles ?
Il l'espérait de tout coeur. Le massacre de la nation du feu lui avait ouvert les yeux sur tout ce qui l'entourait, sur toutes ces personnes époustouflantes près de lui. Et il désirait du plus profond de son âme être un jour quelqu'un d'aussi génial. Concernant Sayaka, il n'avait aucun doute. Elle n'était sûrement pas au courant, mais elle faisait déjà parti de ces gens là.
Toi, tu l'es déjà. C'est à moi de tout faire pour pouvoir marcher à tes côtés.
Quelle idiote.
J'attends ton retour avec impatience. Et tu sais, si tu te sens vraiment seul à un moment et que tu veux un peu de compagnie sur les routes, je serai là. Je ne te l'ai pas proposé, parce que je pense qu'une partie de ce voyage ne doit concerné que toi, et parce que ça aurait été gênant, j'aurais sûrement eu les joues rougissantes et j'aurais bégayé, et tu te serais moqué. La lettre rend les confessions beaucoup plus facile et moins gênantes.
Prend soin de toi, Shikadai. Tu as tant de personnes qui attendent ton retour et qui espèrent que tu iras mieux. Profite à fond, fais des rencontres, amuse-toi. Mais ne m'oublie pas, d'accord ?
A la prochaine, prince de Suna.
Sayaka.
Le brun replia délicatement la lettre et la rangea dans l'enveloppe, en tirant le second bout de papier qui traînait à l'intérieur. Son coeur rata un battement et il retint difficilement le sourire qui se glissait sur ses lèvres.
Un dessin.
Mitsuha traînait sur les épaules du brun, elle riait aux éclats et lançait tant bien que mal de l'eau sur Sayaka, alors qu'ils traînaient au bord du lac des terres du clan Nara.
Il se souvenait encore parfaitement de cet instant. Il avait été un simple adolescent cette après-midi là, entouré de sa soeur, de son meilleur ami et d'elle. Inojin était le seul absent de ce dessin, mais il reconnaissait les coups de crayons du blond. Un éclair éclata dans le ciel nuageux et il déposa doucement le dessin contre son sac, il éteignit la lumière de sa lampe et se glissa sous les couvertures, le regard perdu sur ce dessin.
