Children of Fire
De Shikadai à Mitsuha.

- "t'es vraiment pas du matin, toi."

Un petit grognement lui répondit et il ne retint pas le rire sur le bord de ses lèvres. Il se rapprocha doucement d'elle et lui ébouriffa les cheveux avec tendresse. Mitsuha n'avait jamais été réellement du matin, chaque fois qu'il la croisait à une heure un peu trop matinale elle lui semblait sur le point de se rendormir quelle que soit son occupation sur le moment. D'ailleurs, il l'avait réellement trouvé en train de somnoler debout dans la salle de bain, sa brosse à dent dans la bouche.

- "elle tient ça de toi, Shikamaru." lança Temari.

Elle tira une chaise et s'installa dessus, un sourire au coin des lèvres. La petite brune en face d'eux tentait maladroitement de terminer son bol de céréales sans tomber de nouveau dans un sommeil profond. Mais ça, ce n'était pas uniquement parce qu'elle n'était pas du matin. L'état de sa nuit n'aidait pas. Et le simple fait que Mitsuha s'était glissé dans leur lit dans les environs de deux heures du matin soufflait aux adultes ce dont ils se doutaient déjà dans le fond. L'absence de Shikadai se faisait ressentir. Mitsuha s'était tellement habitué à calmer ses cauchemars par la présence du garçon que là tout de suite, elle ne contrôlait plus rien. Un petit soupir s'échappa de ses lèvres, alors que la sonnette de l'entrée la coupait court dans sa contemplation. Shikamaru se hissa rapidement sur ses deux pieds, un bâillement au bord des lèvres et s'évapora dans un couloir hasardeux.

- "je suis malade, je crois."
- "Mitsuha."
- "je ne veux pas aller à l'école."
- "Mitsuha, tu ne peux pas rater l'école pendant un an."
- "c'est nul."

Le front de la brune tapa doucement contre le bois de la table. Temari étouffa un soupir entre ses lèvres. Tous les matins, Mitsuha tentait maladroitement de convaincre ses parents de ne pas la mettre à l'école. Et Sakura avait simplement déclaré que c'était normal, la brune connaissait son tout premier chagrin d'amour. Elle n'était peut-être pas amoureuse de Shikadai, mais ce qu'elle ressentait pour lui était de l'amour.

- "Mitsuha." entendirent-elles.

Shikamaru se glissa dans la cuisine, un grand sourire sur les lèvres et intima silencieusement à quelqu'un de le suivre.

- "bonjour dame Temari. bonjour Mitsuha." salua le jeune garçon, poliment.
- "bonjour Taki." lança doucement la blonde.
- "hm, b'jour." marmonna simplement l'enfant.
- "j'ai un colis pour mademoiselle Mitsuha Nara."

L'annonce arracha immédiatement la brune de son mutisme. Elle releva la tête vers le facteur, les sourcils froncés.

- "moi ?" dit-elle, méfiante.
- "tu es Mitsuha Nara, non ?" souffla le garçon, amusé. "c'est de la part de ton grand-frère."

Il tira doucement un paquet de son sac et le tendit à la petite fille. Mitsuha n'osa pas un geste dans un premier temps, se contentant d'observer silencieusement le paquet. Il n'était pas très gros et recouvert d'un papier marron.

- "pour moi ?" répéta-t-elle.

Un sourire se glissa au coin des lèvres de la unienne, c'était la première fois que Mitsuha recevait quelque chose de cette manière. Elle croisa un instant le regard bleuté de la petite fille et acquiesça. La minute d'après, Mitsuha récupérait doucement le paquet, remerciant celui qui l'avait livré. Le garçon salua poliment les adultes et s'extirpa de la demeure, il avait encore du boulot.

- "tu ne l'ouvres pas ?" interrogea Shikamaru.
- "j'ai le droit ?" souffla-t-elle, le paquet entre les mains.
- "c'est à toi, Mitsuha." rappela Temari. "c'est ton nom sur le paquet."

De l'appréhension naquit dans le souffle de la brune et elle attrapa une inspiration, décrochant doucement les pans du papier marron. Shikadai lui manquait terriblement et quelque part, elle était encore en colère contre lui. Elle avait compris tout ce que Shikamaru et Temari lui avaient dit, mais elle n'était qu'une enfant de dix ans et elle détestait autant l'idée qu'il aille mal que le fait qu'il n'était plus près d'elle. Elle détacha l'enveloppe qui traînait au sommet de la boîte et en tira une feuille de papier.

Bonjour Mitsuha, c'est moi ton grand-frère.

Un frisson s'accrocha à sa peau.

Tu me manques. Être loin de tout le monde, mais surtout de toi, c'est assez dur. Je pense constamment à toi, tu ne quittes jamais mes pensées Mitsuha. J'espère que toi ça va, que Shikae ne t'embête pas trop. Et j'espère que tu arrives à faire des nuits complètes. Ne te gêne pas, dors dans ma chambre, vole moi des tee-shirts, ce qui est à moi est à toi, ne t'en fais pas. L'essentiel est que tu puisses dormir paisiblement.

Être constamment sur les routes, c'est épuisant. J'ai visité quelques villages, certains endroits étaient vraiment incroyable. Je suis tombé sur une chute d'eau, je t'ai glissé une photo dans l'enveloppe. J'ai dormi une nuit dans une grotte près de la chute d'eau et une fois que tu te retrouves là, dans l'obscurité, bercé par le son de l'eau encore et encore, c'est comme si tu vivais un rêve éveillé. On ira toi et moi, je t'emmènerai un jour. Et on sautera du haut de la falaise, tu seras sûrement plus courageuse que moi, mais si je suis avec toi, je sais que ça ira.

Ce qui se trouve dans cette boîte est pour toi. Je suis tombé dessus par le plus grand des hasards. Une vieille dame m'a convaincu de faire un tour dans sa boutique et quand je l'ai vu, j'ai tout de suite su. Prends-en soin. Je t'aime.

Ton frère pour l'éternité,
Shikadai Nara.

Ton frère pour l'éternité, avait-il écrit. Un discret "idiot" lui échappa, alors qu'elle retenait tant bien que mal l'immense sourire qui menaçait de prendre possession de ses lèvres. Elle était en colère contre lui, alors pourquoi se sentait-elle soudainement si heureuse ? Une main effleura le sommet de son crâne et elle se confronta silencieusement au sourire tendre de son père. Elle rangea délicatement la lettre dans son enveloppe et ouvrit la boîte.

Un cerf. Enfin, une peluche en forme de cerf. Mais le plus étonnant était les yeux de ce cerf. Deux billes d'un émeraude presque envoûtant. Un émeraude qu'elle connaissait par coeur. D'un mouvement mécanique, ses yeux trouvèrent ceux de Temari ; la même nuance verte que Shikadai. Un sourire déforma ses lèvres et cette fois, elle ne chercha pas à le retenir. Elle se contenta simplement de serrer contre elle ce cadeau inestimable.