Disclaimer : L'univers d'Harry Potter ne m'appartient pas. J'aime juste écrire des histoires tordues !
Merci beaucoup à Amelia-Queen-Black d'avoir accepté d'être ma beta et de me corriger ! Et merci à Eilean Albannach de me conseiller sur le scénario !
Ceci étant ma première fic, n'hésitez pas à laisser des commentaires. Tout avis est le bienvenu ! :)
« On me voit donc je suis »
Jean-Paul Sartre
L'odeur de la viande l'écœurait.
Ce n'était pas étonnant en soi. A seulement une semaine de la pleine lune, ses sens s'aiguisaient jusqu'à le rendre malade. La lumière lui piquait les yeux, la fumée âcre des potions lui enflammait la gorge. Il ne pouvait même plus se rendre en cours de botanique depuis qu'ils étudiaient les mandragores, leurs cris perçants le faisant tourner de l'œil malgré le port du cache-oreille.
Non, vraiment. C'était épuisant.
Mais le pire restait l'odeur de la viande.
Dîner dans la Grande Salle était devenu un fardeau, même en s'éloignant de la table. Il la sentait, derrière les sauces grasses, cette odeur, brute, crue, qui s'ancrait de force tout au fond de sa gorge et venait pénétrer ses vêtements.
Tellement répugnant.
Une farandole de saucisses créée par le sortilège d'attraction d'un troisième année lui passa sous le nez et lui provoqua un vif haut-le-cœur, ses mains lâchant ses couverts pour venir se porter à sa bouche.
Non. Ça n'allait définitivement pas.
-Remus ?
Peter le fixait, penché au-dessus de la table, ses petits yeux ronds le dévisageant nerveusement.
-Remus, ça va ?
Non.
-Oui.
Ils étaient trop loin pour partager leurs souffles mais Remus était sûr qu'il empestait lui aussi. Il l'avait vu s'empiffrer de rôti. Cette simple pensée lui donna des nausées et il se releva maladroitement, se saisissant de sa cape tout en fuyant du regard son camarade.
-J'ai... J'ai juste besoin de faire un tour dehors.
Sans lui laisser le temps de répondre, il s'éloigna de la table des gryffondors d'une démarche chancelante.
La lumière faible des bougies lui donnait l'impression de voir flou et des frissons violents lui parcouraient l'échine. Il savait qu'il devait se rendre à l'infirmerie, qu'il devait aller voir Pomfresh.
Pourtant ses pas l'emportaient dans la direction opposée.
Son corps tout entier lui criait de sortir du château.
Plus il se rapprochait de la sortie, plus il les sentait.
Les effluves entêtantes de l'extérieur.
Il avait emprunté le passage derrière l'un des portraits du 4ème étage, histoire de ne pas se faire remarquer. Il avait bien vu les têtes se tourner sur son passage lorsqu'il avait quitté la Grande Salle, surtout celles des serpentards. Avec eux, un maraudeur seul n'était jamais en sécurité.
Un courant d'air vint caresser son visage trempé de sueur et, durant quelques secondes, il se sentit revivre. Accélérant le pas, il finit par sortir du souterrain, atterrissant dans le hangar à bateaux, près du lac.
Il avait plu et tout scintillait maintenant. Remus posa son regard sur les grands canots suspendus et amarrés, fermant les yeux pour respirer à pleins poumons l'odeur de vieux bois qui s'en dégageait. Il avait l'impression de guérir. Le soleil couchant baignait le lac d'une lumière orangée, automnale, en accord avec les senteurs enivrantes qui venaient maintenant lui chatouiller les narines.
La mousse, les aiguilles de pins, le pétrichor et le géosmine.
Le gryffondor arpenta quelques temps les bords du lac, le nez au vent, avant de finalement remonter vers le château. Il lui semblait distinguer dans l'air comme de la résine, des sucs forts qui le détournaient des sentiers. Il se surprit à apprécier l'escalade périlleuse d'un groupe de rochers, ses doigts ripant contre la pierre humide, ses lèvres frottant le calcaire, un goût minéral venant lui prendre la bouche.
C'était agréable, de glisser sur les pierres et d'avoir froid.
Il grimpa longtemps avant que le sous-bois et ses parfums d'écorces ne se rappelle à lui, le faisant se hâter, quitter les roches pour se diriger vers ce qui semblait être un petit étang en haut d'une butte, non loin du terrain de quidditch. Les arbres qui l'encadraient avaient déjà perdu leurs feuilles, créant un tableau savant, fait de roux et d'ambre autour de l'eau. Les jambes de Remus se plièrent d'elles-mêmes, le faisant tomber à genoux avant qu'il ne s'allonge sur le ventre, le menton et les mains dans la boue, le nez posé sur les lichens dont les notes boisées lui faisaient tourner la tête.
Tout doucement, ses lèvres se retroussèrent, ses dents venant en ronger la surface. La mousse s'empara de sa langue et il se redressa, la frottant contre son palais.
Il vivait un instant exquis.
Des voix se firent entendre au loin. Un groupe d'élèves - il crut reconnaître l'uniforme bleu des serdaigles- se dirigeait vers le stade, balais en main. L'un d'eux leva la tête dans sa direction et s'arrêta. Mince. Est-ce qu'il l'avait vu ? Son instinct lui cria de se jeter au sol et il finit cette fois par s'étaler dans l'étang, l'eau glacée venant submerger son visage. Il glapit, laissant quelques bulles d'air remonter à la surface avant de retenir sa respiration. Personne ne devait le voir. Pas comme ça. Pas dans cet état.
C'était son moment.
Il attendit autant qu'il put, la baille s'immisçant dans ses vêtements jusqu'à venir enrober ses bras, ses épaules et ses côtes. Il tremblait, le nez enfoui dans la vase. Il tremblait de tout son corps, sans oser se relever. Ce ne fut que quand ses poumons furent entièrement vides qu'il se redressa, suffoquant, les yeux fixés sur les branches des arbres. Il hésita un moment avant de regarder de nouveau vers la pelouse. Les élèves avaient disparu. Il était de nouveau seul. Trempé, transi de froid, mais seul.
Il poussa un soupir de soulagement, son corps alourdi par l'eau se rallongeant dans l'étang, ses mains venant soutenir sa tête. L'onde glacée l'endormait, faisait bourdonner ses tempes alors que ses yeux observaient d'un air rêveur les rides concentriques qui se formaient autour de lui. Son ventre trop chaud par rapport au reste de son corps finit par le gêner et il remédia au problème en prenant quelques lapées d'eau gelée. Elle avait le goût et la couleur de la terre.
Quelques gros têtards curieux vinrent lui rendre visite, se frottant à ses lèvres. Remus les fixa longuement, immobile, avant de finir par doucement ouvrir la bouche, laissant les larves passer entre ses dents, venir goûter ses gencives. Il sentait leurs corps flasques contre sa langue, l'intérieur de ses joues.
Tellement jouissif.
Ses mâchoires se contractèrent vivement, en broyant une partie avant d'avaler le tout.
Le bois a ses goûts et ses odeurs intemporelles. C'est le seul endroit qui fait encore comprendre que l'Homme vient de la Nature.
Un jour ou l'autre, il y retournera.
Le voir sourire réveillait en lui toutes sortes de sentiments sordides.
Il n'était pas censé être aussi heureux. Pas avec ce qui s'était passé ce matin en cours de potion. Pas après l'humiliation que lui et Sirius lui avaient fait subir.
Remus n'avait pas pu participer au contrôle de Slughorn, les laissant en panique devant leur chaudron. D'habitude il se mettait derrière eux avec Peter pour les aider avec leur préparation et minimiser les dégâts. Mais là, les deux compères s'étaient retrouvés en roue libre et bientôt leur potion tourna en une bouillie nauséabonde qui finit par leur éclater au visage pour le plus grand plaisir des serpentards. Et plus particulièrement de Severus Rogue qui ne se gêna pas pour éclater de rire et leur jeter à la figure quelques remarques acides dont lui seul avait le secret.
-Rigole encore et je te noie dedans, Snivelus ! aboya Sirius en fusillant Rogue du regard.
Ce dernier répondit avec un sourire narquois :
-Je vois que quand le cerveau de la bande est absent c'est de suite le foutoir. Moi qui pensais que vous étiez les leaders James et toi. Pourquoi Remus n'est pas là, d'ailleurs ? Il est encore malade ? Tu ne penses pas que c'est votre bêtise qui l'épuise ? Si c'est le cas vous allez finir par le tuer.
-Snivelus ! Je te jure que je vais te...
Les menaces de Sirius furent interrompues par Slughorn qui sortait de la réserve, des fioles plein les mains.
-Allons, allons les enfants ! Je vous entends crier de là-bas, qu'est-ce que...
Son nez se fronça, humant un instant l'air avant qu'il ne cherche du regard la cause de l'odeur affreuse qui se répandait dans le cachot, tombant finalement sur James et Sirius recouverts du liquide visqueux.
-Oh mon dieu ! Mais c'est une infection ! Comment avez-vous pu rater à ce point cette potion ? Rien qu'à l'odeur je peux vous dire qu'aucun, je dis bien aucun, des ingrédients n'est bien dosé !
-Désolé professeur, tenta James, si vous voulez bien nous laisser une autre chance…
-Oh non. Je crois que vous en avez assez fait comme ça. Plus de magie pour aujourd'hui ! Tenez, il y a des serpillères au fond de la classe. Soyez gentils et nettoyez-moi ce bazar.
Des ricanements se firent entendre de toute part et James crut apercevoir Slughorn rire durant quelques secondes. Sirius rougit de colère.
-Sales serpents de merde, murmura-t-il pour lui-même.
Les deux durent se lever et passer entre les rangs. James leva par réflexe ses yeux vers Evans et vit que la jeune fille se moquait allègrement de lui, elle aussi. Ce fut à son tour de virer au rouge, un sentiment profond de honte venant lui tordre le ventre. Et pour couronner le tout, Rogue lui jetait des regards hilares pendant que Slughorn complimentait sa préparation.
-Regarde-moi le, murmura James à Sirius. Je suis sûr que cet enfoiré a fait la meilleure potion.
Ce ne serait pas une surprise, il excellait en la matière. Sirius eut l'air dégouté, observant le noiraud, son bureau, puis l'étagère à côté avant que son visage ne s'illumine. James ne connaissait que trop bien cette expression. Il avait une idée.
-Que proposes-tu, Patmol ?
Ce dernier ne répondit même pas, sa baguette déjà discrètement pointée sur l'étagère. Il jeta un sort, juste un tout petit sort, silencieux, qui fit à peine bouger les cartons surchargés au-dessus de l'étagère. Cartons qui dégringolèrent, emportant avec eux les niveaux inférieurs, tous recouverts d'ingrédients en tout genre qui finirent par tomber dans la potion du serpentard.
Il y eut d'abord une étrange lumière, puis une explosion et, enfin, des flammes. Elles étaient d'un bleu vif, grandes, belles, scintillantes.
Et elles dévoraient le corps de leur Némésis.
Ce dernier se débattait, hurlant, ôtant frénétiquement les pièces de son uniforme devant toute la classe.
Les élèves se poussaient dans tous les sens, formant une cohue tumultueuse.
Slughorn s'époumonait, baguette en main, lançant des dizaines de sorts pour tenter d'éteindre les flammes qui ne semblaient n'en vouloir qu'à Rogue, épargnant le mobilier et ses camarades.
Sirirus tenta de prendre le poignet de James pour l'écarter de la scène mais celui-ci se dégagea, allant au contraire au plus près du feu. La vision l'horrifiait mais il n'arrivait pas à détourner le regard.
Poussant des cris inhumains, le serpentard arrachait ses vêtements, chaque centimètre de tissus enlevé révélant une peau certes brûlée mais surtout recouverte de cicatrices. Il y en avait de toutes les formes. De toutes les couleurs aussi.
Bordel.
Mais qu'est-ce qu'il lui était arrivé ?
Sa lutte désespérée contre le feu l'avait amené à enlever sa cape puis son pull. Sa chemise puis son tricot.
James observa son dos zébré de marques onduler vers la sortie alors que les flammes continuaient de lui brûler les cuisses.
Rogue lui échappait.
Tout en poussant des glapissements de douleur, il avait ouvert la porte du cachot pour s'enfoncer dans le couloir, ses plaintes attirant bientôt de nombreux élèves qui purent l'observer se tordre, ramper au sol alors qu'il tentait désespérément de se défaire de son pantalon.
James lui avait emboité le pas sans réfléchir. C'était plus fort que lui. Il voulait comprendre. Il voulait voir.
Rogue qui après avoir retiré maladroitement sa ceinture se roulait au sol.
Rogue qui après avoir arraché son pantalon geignait sans s'arrêter.
Severus qui après avoir glissé son boxer le long de ses jambes maigres sinuait à quatre pattes sur les pavés humides.
Sa peau blanche et rose. Sa peau blanche et rose qui frémissait alors qu'il serpentait le long des murs. Ses jambes fines. Son fessier plat. Et puis tout le reste...
Cette image, cette image dégoutante qui venait de s'ancrer tout au fond de ses pupilles.
Il avait envie de vomir.
-SEVERUS !
Lily était passée à côté de lui en le bousculant. Sa cape en main, elle se précipita jusqu'à son ami pour recouvrir son corps d'un geste vif.
- Ne t'en fais pas Severus ! Je suis là !
Ses cris ramenèrent James à la réalité. Son regard se posa une nouvelle fois sur le brun avant d'observer la foule qui s'était rameutée dans le couloir.
Putain.
Putain.
Ils étaient dans la merde.
Il se tourna, ignorant Slughorn qui se ruait à son tour sur son élève pour chercher Sirius du regard. Ce dernier se tenait devant la porte de la salle de classe, l'air paniqué. Putain. S'ils se faisaient démasquer, ils étaient cuits.
Il espérait sincèrement que personne ne les avait vu.
Suite à ça, le serpentard avait été transféré d'urgence à l'infirmerie.
Sirius et James ne discutèrent pas de l'évènement, que ce soit avec les autres ou entre eux. Malgré leur haine pour Rogue, l'incident semblait avoir été directement classé dans les sujets tabous, qu'il valait mieux oublier.
Et voilà que, contre toute attente, après s'être retrouvé nu devant la moitié de sa maison, Snivelus était de nouveau là, tout pimpant, à faire comme si rien ne s'était passé avec ses petits camarades.
Non mais, vraiment, comment c'était possible ?
Gros Nez avec son corps maigrelet et couvert de cicatrices.
Sa peau blanche et rose.
La scène tournait en boucle dans sa tête depuis ce matin, jusqu'à parfois lui emplir la bouche de bile.
-Hé, James ? Tu as vu comment Remus est parti précipitamment ? Je crois qu'il ne va pas très bien.
James ne répondit même pas à Peter, les yeux toujours fixés sur Rogue.
Il avait soudainement l'impression que, malgré leurs brimades perpétuelles, il avait réussi à s'ouvrir aux autres, à se faire une place dans sa maison, à s'épanouir.
Une petite fleur fétide et repoussante.
Il fallait qu'il l'arrache.
