Les jours s'enchaînèrent tranquillement à la prison.
June apprit plus tard ce qu'il s'était passé pendant qu'elle et Daryl étaient enfermés : Rick avait découvert un prisonnier qu'il croyait mort lors de leur altercation avec l'ancien groupe d'Axel et Oscar. À tort. Ce dernier, pour se venger, avait laissé les mordeurs entrer dans la prison et semer le chaos. Axel et Oscar, qui avaient apporté leur aide pour régler la situation, étaient désormais acceptés.
Tout doucement, tout le monde tentait de se remettre, et la vie reprit son cours, sauf pour Rick qui semblait aller de plus en plus mal. Il perdait peu à peu pied.
Même s'il avait désormais accepté de s'occuper enfin de sa fille, le deuil de Lori restait insurmontable.
Hershel avait décidé de s'en charger, et avait demandé aux autres de le laisser faire. Il savait par quoi Rick passait.

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Le visage de June guérissait lentement, passant par toutes les couleurs de l'arc-en-ciel.
Cette dernière était installée tranquillement dehors, à une petite table qu'elle avait aménagée. Daryl, au loin, s'entraînait à tirer sur des cibles à l'arbalète. Le spectacle était plaisant, elle devait le reconnaître, et le beau temps rendait ce moment plus agréable encore. Ce qui n'était pas de refus au vu de ces derniers jours.
Elle voulait profiter du calme pour travailler et se rendre utile. Elle avait déjà réparé quelques objets pour le groupe, des ceintures, des sacs, des vêtements. Mais aujourd'hui, elle décida de fabriquer des brassards de cuir pour Daryl.
Il sortait souvent chasser, et ce petit cadeau pourrait bien le préserver d'une morsure et lui sauver la vie un jour. Elle se dit aussi qu'il avait fait des efforts ces derniers temps, à sa manière, pour améliorer les choses entre eux. Elle avait envie de faire de même.
Elle étendit le grand morceau cuir noir sur la petite table, et commença à tracer le contour des deux pièces d'un geste sûr.

D'un seul coup Beth lui enserra de dos avec ses petits bras.

- Merciiiiii ! C'est tellement gentil !
- T'as trouvé tes chaussures à ce que je vois. Répondit June un petit sourire aux lèvres.
- Oui ! C'est magnifique ! Comment t'as fait ça ? C'est vraiment joli cette fleur en cuir que tu as brodé dessus pour me les réparer.
- Bah on faisait pas que les couillons en costume quand on faisait nos reconstitutions. J'ai aussi appris à travailler le cuir et à réparer à peu près tout ce qui est fait avec. Enfin, dans la mesure du possible, je suis pas magicienne non plus.

Beth fit le tour de la table et regarda de plus près le matériel : du fil, une pince à œillets, des aiguilles, des alènes pour percer le cuir, une petite scie pour le découper et beaucoup d'autres petits outils qui tenaient plus pour Beth d'appareils de torture que de couture. Cela fit sourire June qui lui montra à quoi ils servaient, elle lui fit même faire des essais avec Carl, qui finit par les rejoindre.

A un moment Daryl lui fit de grands signes. Il voulait visiblement qu'elle vienne. Le petit groupe stoppa la cession artisanat et se dirigera donc vers lui.

- Tu tires comme une savate !
- J'ai jamais dit que j'étais bonne archère ! Je touche la cible et c'est déjà pas mal.
- Bah ça suffira pas en cas de problèmes !

Daryl voulait tester les capacités de June avant de l'emmener chasser. Mais apparemment y'avait encore pas mal de boulot.

- Soit moins dur Daryl, faut juste qu'elle s'entraîne ! Déjà qu'elle a fabriqué elle-même son arc et ses flèches... Dit Beth, prenant sa défense.
- Tu as fabriqué ton arc ? Dit-il soudain intéressé.
- Oui avec du bois de noisetier...
- Les flèches aussi ?
- Yep !
- Fais voir ! Dit-il en pointant l'arc de son doigt.

Elle le lui confia. Il en testa l'équilibre, tendit la corde et acquiesça silencieusement.
Il encocha une flèche et visa la cible. La flèche arriva en plein centre de la cible sous le regard ébahi de June.

- C'est du bon matos, t'es douée ! Et maintenant, on est sûr que tu tires comme un cul.
- Hé ! Répondit-elle vexée.
- Tu penses que tu pourrais faire des munitions pour mon arbalète ? Dit-il en coupant court à ses protestations.
- ... Je suis pas certaine... Tes flèches sont en carbone, je sais pas si le bois peut fonctionner. Ça coûte rien d'essayer. Dit-elle en haussant les épaules. Faudrait aller chercher différents bois et faire des tests... Dit-elle en haussant les épaules.
- Ça serait bien, ça voudrait dire qu'on aurait des munitions à volonté... Murmura-t-il songeur. Bon, en attendant que tu ailles mieux et qu'on sorte, tu vas t'entraîner à tirer.

June prit un air dépitée mais ne dit rien. Elle savait que le chasseur avait raison. Elle était bien meilleure artisane qu'archère.

- Si je vise juste, j'aurais le droit à un bisou ?
- Plutôt mon pied au cul si tu vises mal...
- C'est pas très motivant... On peut négocier une petite fessée ? Dit-elle en lui faisant un petit sourire éloquent, tandis qu'il levait les yeux au ciel.
- Concentre-toi andouille...
- Oui professeur Dixon !

Elle ne perdit donc pas de temps, et commença à s'entraîner, sous l'œil amusé des deux plus jeunes, et sur les instructions impitoyables de son nouvel enseignant.

Deux longues heures plus tard, June s'entraînait toujours, seule.

- Tu as besoin de quelque chose ? Demanda Glenn, interrompant momentanément sa séance de tir. On part en ravitaillement avec Maggie, on va faire des réserves pour Judith.
- Je veux bien de la pommade ! Dit June en pointant son visage du doigt.
- C'est noté ! Rien d'autre ?
- Non, rien qui me vienne à l'esprit.

Glenn repartit en direction de la voiture où l'attendait Maggie, tout en griffonnant sa liste.

June reprit son entrainement avec sérieux.

En milieu d'après midi, elle prit une pause bien méritée en compagnie de Carl qui était revenu l'encourager. Soudain le petit garçon l'interpella :

- Regarde ! Là bas !

Elle tourna la tête et aperçut devant les grilles, une jeune femme noire étrange, qui semblait les fixer.

- Va chercher ton père ! Je vais voir !

Elle s'approcha lentement des grilles, l'arc à la main. Elle vit que la jeune femme était blessée et couverte de sang. Fait étrange, les rôdeurs semblaient ne pas la voir. Elle avait l'air hagard et tenait un panier à la main rempli de pots de lait en poudre pour bébé. Les deux femmes s'observèrent silencieusement, longuement. Soudain troublées par l'arrivée en trombe de Rick. Ce dernier se plaça devant June et observa sans parler la nouvelle venue. June lui chuchota quelque chose à l'oreille, il dirigea son regard vers le panier.
Hélas, les morts commencèrent à se rendre compte de la présence de la jeune femme et se dirigèrent vers elle pour l'attaquer.

- On va pas l'aider !? Demanda Carl inquiet, son regard allant de la femme à son père.

L'inconnue commença à se battre. June vit clairement qu'elle n'allait pas bien, elle donnait des coups en titubant à moitié. Elle finit par tomber au sol. Rick et elle eurent juste le temps d'ouvrir la grille et de lui porter secours avec l'aide de Carl. Le shérif vérifia si elle avait été mordue à la demande d'Hershel qui s'était approché entre-temps, puis l'emmena en catastrophe à l'intérieur de la prison, non sans que Carl récupère le précieux panier.

Tandis que Rick commença à interroger l'afro-américaine une fois qu'elle eut reprit conscience, June partit avertir Daryl. Ils arrivèrent quand elle expliquait à Rick que le lait en poudre qu'elle avait était à des petits jeunes qu'elle avait vu en ville. Elle fit leur description rapide et tout le monde comprit rapidement qu'elle parlait de Maggie et de Glenn. Ils avaient été enlevés par un petit groupe armé. La tension monta d'un cran.
Les menaces commencèrent à pleuvoir et la jeune femme se referma comme une huître.
Rick calma le jeu et lui parla plus gentiment. Il leur fallait des réponses. L'inconnue finit par leur donner :
Ils avaient été emmenés à Woodburry, une ville pas très loin d'ici dirigé par un homme qui se fait appeler le "Gouverneur".

June à son grand désarroi, sentit que tout allait de nouveau partir en vrille...

- Tu restes ici ! Dit Daryl fermement. T'es pas en état.

Le petit groupe avait décidé de monter une expédition pour aller chercher Maggie et Glenn à Woodburry. June voulait les accompagner.

- Daryl a raison, en plus il faut du monde ici en cas de problèmes... Rajouta Rick. Si elle a pu trouver la route, d'autres le pourront.

Elle dut encore se résigner. Elle finit par accepter de mauvaise grâce, sachant pertinemment qu'elle n'était pas au mieux de sa forme. Elle leur créerait plus de problèmes qu'autre chose. Elle regarda donc le petit groupe composé de Rick, Daryl, Oscar et la nouvelle, se préparer à partir, et rongea son frein.

Les autres étaient partis depuis plusieurs heures maintenant et le calme régnait sur la prison. June était dans la salle principale, travaillant sur ses bracelets de cuir pour s'occuper, tout en surveillant Axel du coin de l'œil qui discutait avec Beth. Il ne faisait rien de mal mais cela avait quelque chose de bizarre. Elle se dit qu'elle allait voir ça de plus près, quand Carol la devança, et le prit à part.
Après une petite discussion il souriait bêtement et semblait regarder Carol d'un autre œil. Cette dernière le laissa sur place et rejoignit June.

- Alors ? Tu as stoppé les élans de notre Don Juan ?
- Il cherchait de la compagnie, ce que je comprends. Mais pas Beth... Elle est bien trop jeune.
- Tu m'étonnes, y'a quand même de quoi faire ! Ajouta June en faisant un clin d'œil à Carol. C'est limite vexant.
- Il pensait que j'étais lesbienne ...
- Sérieux ?! Alors comme ça, tu as opéré un grand changement dans ta vie de femme et tu nous en parle même pas ... Lui lança-t-elle avec un sourire joyeux.
- T'es bête. Et te concernant, Il a trop peur de Daryl pour t'approcher.

June secoua la tête en rigolant.

- N'importe quoi ... Crétin.
- Il a pas totalement tort... Y'a quoi entre vous ? C'est vrai qu'on vous voit souvent traîner ensemble ces jours-ci...
- Rien de croustillant ma bonne dame, à mon grand désespoir. Sous ses airs de gros dur super viril, c'est un grand timide... Mais j'y travaille. Ajouta-t-elle avec un sourire malicieux.

Elles pouffèrent.

Une fois leur rire passé, June se dit en l'observant qu'elle aimait bien Carol. Elle la trouvait douce et agréable, elle était comme un baume. Et l'air de rien, elle trouvait toujours les bons mots et semblait veiller sur le groupe et prendre soin de tous.
Elles restèrent ainsi toutes les deux dans un silence momentanément apaisant. Et chacune finit par reprendre ses activités.

June patientait en travaillant sur les bracelets de cuir. Mais malgré son esprit qui tentait de la rassurer, le temps passant, son angoisse refit surface et son ventre fit à nouveau des nœuds...
Elle avait un mauvais pressentiment et son impuissance la torturait.

Elle espérait que ce n'était que de la peur, que les autres allaient bien.