Pourquoi écrire sur cette série alors qu'elle n'est pas géniale?

Et bien justement, elle est naze et je peux pas faire pire. Satan lui-même, il est difficile de voir ses motivations autre que... et bien je veux une Reine. Même Lilith est mal écrite, malgré une actrice de poids! Zelda est ridiculisé dans ses choix, Hilda est rarement valorisé... Les soeurs sont des personnages bâclés, Ambrose sert à rien, sauf quand il sert. Faustus est aussi mal écrit que les autres... Nick et Harvey sont au second plan. Roz et Susie/Théo sont elles aussi traité avec désinvolture... Bref, rien n'allait alors que je m'attendais pas à un truc si nul. Sabrina et les autres personnages n'arrivent pas à trouver une véritable profondeur, ils restent tous des perso superficiels... De plus, les thèmes de l'enfer et du paradis, du bien et du mal, de la pureté et de l'impureté, sont traité avec désinvolture.

Comment j'essaye de revoir ça?

J'écris pour donner un peu de consistance à tous ça...

Repartons à la fin de la saison 2. Sabrina, après être restée quelques heures dans les mains de Satan, convint Lilith de l'aider. Sacrifice de Nick et Victoire. Que s'est-il passé durant ces quelques heures? Rien de bon. Et comment cela change Lilith et l'enfer? Comment cela change Zelda et Hilda? Comment reconstruire la Congrégation de Greendale? Je refuse que la saison 2 se termine avec "Je veux récupérer mon petit ami", c'est pathétique. J'ai commencé à écrire avant de visionner la saison 3, mais j'ai quand même repris quelques petites choses comme le mariage d'Hilda...

Changement :

-Pas de jumeaux blackwood, les enfants et Constance sont morts. Zelda a quand même épousé Faustus.

J'écris à la seconde personne du singulier, je sais que cela en agace certains et certaines... Ne m'en voulez pas.


1. Reconstruire sur des cendres…

()

Sabrina 17 ans

3 semaines après CS. 1999 ap. JC

L'heure était grave.

Et tu étais presque incapable de te tenir droite et de te lever le matin. Incapable de tout. Prostrée… Il n'est plus là, il n'était pas là… il était loin… Prisonnier… Alors, pourquoi ? Pourquoi le sentais-tu toujours sur ta peau, dans ta bouche… en toi… Tu étais terrorisée, tremblante… C'était fini, il était prisonnier… Mais il avait tout anéanti.

Tu trouvais horrible de mieux comprendre le visage et les yeux vaincus de Lilith. Tu avais vomi et vomi encore, tu pleurais et hurlais dans le silence et la solitude quand il en avait eu fini avec toi…

Tu avais supplié Lilith de t'aider, de te sauver, de te sauver de ce monstre. De se sauver elle-même aussi. Tu avais supplié, elle t'avait regardé avec horreur. Lilith sous les trais de Miss Wardwell t'avait regardé avec pitié puis avec compassion et elle t'avait aidé, elle t'avait sauvé.

Elle avait aidé à emprisonner Lucifer…

Après le sacrifice de Nick -tu ne voulais pas y penser…

Tu avais eu si peur…

Terrorisée.

Tellement de porter sa progéniture incestueuse et infernale…

Mais Lilith, te tirant très légèrement à elle, t'avait doucement, presque maternellement, touché le ventre. Tu avais pleuré de soulagement quand tu avais senti sa tendre magie dans tes entrailles souillées. Tu avais sangloté silencieusement alors que sa main quittait ton ventre… elle avait semblé hésité avant de finalement enlever les larmes de tes joues avec la paume de sa main. Elle avait caressé ta joue droite et t'avait embrassé le front.

Elle avait encore l'apparence de Miss Wardwell et ce geste t'avait presque donné l'envie de la prendre dans tes bras pour pleurer et disparaître pour toujours. Elle te semblait si familière, si amicale en cette instant. Malgré ses trahisons, ses secrets… Malgré la robe et la couronne, malgré la porte des Enfers près de vous, malgré le corps de Nick à quelques pas… tu aurais eu envie d'aller avec elle et de ne plus jamais quitté ses bras… Disparaître loin du monde… Loin de tout.

Mais tu ne pouvais pas, tu ne pouvais pas disparaître…

Elle s'était reculée et avait murmuré quelque chose à propos de force et de courage et que ça allait s'atténuer… Tu n'y croyais pas trop… La douleur dans ses yeux ne semblait pas atténuée et elle était la première des femmes, elle était là depuis toujours...

Puis elle était partie. Elle était partie avec Nick dans les bras… Traversant la porte, entrant dans son nouveau royaume.

Nick…Tu ne voulais pas y penser…

Lui, tu ne voulais pas y penser.

Tu voulais t'endormir et ne jamais te réveiller… ne plus jamais sentir toutes les émotions confuses qui battaient furieusement sous ton crâne.

Tu ne pouvais pas disparaître, tu ne pouvais pas t'effondrer…

Parce que la Congrégation avait été assassinée par le Père Blackwood, et qu'elle n'était plus que des cendres… Il fallait réorganiser la Congrégation l'Église de la Nuit sans Lui n'était plus une option.

Tu ne voulais pas penser à Lui. Ni à Nick, quelque part aux Enfers.

Mais ton esprit divaguait et s'enfonçait immanquablement, dès que tu n'étais pas occupée, dans d'affreux ténèbres. Il fallait s'occuper des petits et des jeunes, alors qu'Ambrose et Prudence étaient partis à la poursuite de Blackwood pour l'amener devant la Justice.

Tu ne voulais pas penser aux morts… Tu voulais penser au vivant.

Vous aviez sauvé 21 membres de la Congrégation, sans compter les Sœurs et vous, les Spellman. Il restait donc ta famille et 24 mineurs perdues, le plus jeune avait 5 ans et le plus âgé 25 ans, Prudence. Encore une enfant, selon Zelda. Tu avais pleuré dans ton lit après le bûcher funéraire, après le départ d'Ambrose et de Prudence…

Tu aurais pu te laisser mourir là. C'était de ta faute, en partie ta faute… Tu ne voulais plus jamais voir le soleil, tu ne méritais pas de le voir… Mais Salem t'avait mordu et griffé pour te faire sortir du lit, Zelda t'avait lancé un regard dégouté alors tu étais allée prendre une douche et Hilda ne te quittait pas des yeux avant que tu aies mangé un minimum. Tu gardais la tête hors de l'eau uniquement grâce à eux… Tu te demandais où elles trouvaient la force et l'énergie de tenir tout le monde à bout de bras comme ça.

Hilda et Zelda faisaient des efforts incroyables pour restaurer un semblant de normalité. Des cours avaient repris, des activités étaient organisées à l'Académie.

Tu aurais pu t'effondrer chaque jour, s'il n'y avait pas tant à faire.

Il fallait s'occuper des enfants, il fallait consoler, calmer, cajoler. Tu savais qu'Hilda pouvait être tendre avec les enfants mais tu ne pensais pas qu'Agatha et Dorcas pouvaient être si douces. La Congrégation s'était réfugiée à l'Académie. Zelda et Hilda avait purifié les lieux et tu avais fait explosé la statue de Satan.

EXPLOSER. EN. MILLE. MORCEAUX.

Personne n'avait rien dit.

Tu ne voulais pas penser à Nick, ni aux morts…

Tu ne voulais pas penser à Nick, ni aux morts, ni à Satan.

Tu avais détruit méticuleusement toutes les effigies de Lui et Zelda avait banni les fantômes après que l'un d'eux ait fait pleurer une petite fille. Dorcas avait mis presque 2 heures à la faire cesser de sangloter.

Tu ne voulais pas penser à Nick. Tu passais des heures dans la cuisine à assister Hilda.

Tu ne voulais pas penser aux morts. Tu passais des heures dans la bibliothèque pour continuer ton éducation magique.

Tu ne voulais pas penser à ton…, à Lui. Tu passais des heures avec les enfants pour les distraire quand les deux Sœurs n'en pouvaient plus.

21 jeunes et très jeunes sorcières et sorciers :7 groupes de trois enfants. Entre 16 ans et 5 ans.

Les trois sœurs. Ambrose, Hilda, Zelda et toi.

C'était tout ce qui restait.

Vous étiez donc 28. 28 sorciers et sorcières, dont Ambrose, 65 ans, Hilda, 398 ans et Zelda, 403 ans étaient les plus âgés.

L'Académie avait été, à coup de sort et de quelques coups de peinture, rendue un peu plus chaleureuse. L'odeur de chocolat chaud et de pain frais aidaient les petits à voir l'Académie comme leur maison. Les enfants avaient chacun récupéré leur affaire chez eux, des vêtements, des jouets, des photos de leurs parents et de leur famille.

Chaque groupe de trois enfants avait un espace personnel, une chambre et deux salles de jeux avaient été créé. Peut-être que tu avais pris le chéquier mortel de Blackwood et tu avais acheté pour des centaines d'euro des jeux, des livres de fiction et des décorations pour tout le monde. Zelda n'avait rien dit alors que les enfants criaient de joie en ouvrant les cadeaux.

L'Académie avait aussi ouvert ses portes à tous les familiers sauvages près à se lier avec un sorcier. Il y avait des dizaines de chien, de chat, de chouette, de rongeur et de lézard qui suivaient comme leur ombre les enfants. Cela les rassurait, leur permettait de faire une sorte de deuil, doucement et surement. Les familiers étaient désormais une partie intégrante de l'Académie.

Salem lui te suivait jusqu'au lycée et restait dans le jardin d'une retraitée qui habitait près du lycée. Tu étais presque sûre qu'il avait environ trois ou quatre repas par jour, parce qu'il avait grossi. Mais son air indigné quand tu lui avais dit et sa réponse très peu élégante sur ta perte de poids t'avaient fait comprendre qu'il était susceptible sur le sujet. Il mangeait ce que toi tu ne pouvais pas avaler. Tu avais dû mal à manger car les aliments avaient goût de cendre dans ta bouche.

Tu ne pouvais pas rester au lit pleurer toute la journée parce que, dès l'aube, tu allais aider Hilda à préparer le petit-déjeuner, puis tu allais en cours au lycée pour revenir le sac à dos plein de bonbons que tu distribuais en douce. Agatha tuerait pour un carambar...

Tu prenais le relais des Sœurs pour les activités prévues afin d'occuper les enfants, tu n'avais jamais autant joué à des jeux de société, de carte, jamais autant raconté d'histoire... Puis tu les laissais aux bons soins de Zelda pour un cours de magie et tu allais aider les sœurs à faire des tâches ménagères ou la cuisine avec Hilda pour le repas du soir. Enfin, quand les petits dormaient blottis les uns contre les autres et contre leur familier, tu restais tard à lire dans la bibliothèque, tu restais jusqu'à ce que tu ne puisses plus voir ni comprendre ce que tu lisais… Tu allais t'écrouler sur ton lit dans le dortoir des sœurs. Tu espérais lamentablement que les cauchemars ne reviendraient pas et tu fermais les yeux, légèrement rassuré de sentir Salem sur toi à ronronner.

Tu ne devais pas t'effondrer. Chaque jour, tu te levais et tu mettais un point d'honneur à sourire. A manger un peu. A tenter de rassurer Hilda et à faire bonne mesure devant Zelda.

Parce que tes tantes avec le départ d'Ambrose avaient besoin de toi, parce qu'Agatha et Dorcas malgré le départ de Prudence restaient fortes… Tout le monde faisait des efforts pour les petits… Tu ne pouvais pas t'effondre et pleurer toutes les larmes de ton corps comme la petite sorcière que tu tenais contre toi, cette petite qui avait tout perdu en un instant. Il fallait faire comme si tout allait s'arranger… Il fallait faire comme si tu ne te réveillais pas toutes les nuits alors que tu hurlais et pleurais parce que tu le sentais encore sur toi. Tu devais faire comme si les douleurs et les angoisses qui enserraient ton cœur ne t'atteignait pas du moins devant les enfants…

Tes tantes n'étaient pas dupes devant ton regard hanté et exténué… Mais Zelda avait presque un regard similaire même si elle le cachait mieux. Hilda vous regardait presque en larme parfois, touchant avec toute la douceur du monde l'épaule de sa sœur qui sursautait ou qui voulant t'enlacer pour un câlin matinal te trouvait crisper dans ses bras pourtant chauds et tendres. Tu détestais lui faire de la peine.

Plus de père, plus de mère, plus de frère, plus de famille… Elle pleurait et ne disait rien… Agatha était étrangement la plus efficace pour aider les enfants à s'en remettre. Comment pouvait-on se remettre d'une telle tragédie… Comment ?

Les enfants s'étaient regroupées, par groupe d'âge souvent mais pas tout le temps… Agatha leur avait appris à communiquer par l'esprit… Des groupes de frère et sœur s'étaient formés… 7 groupes… Les noms de famille n'étaient plus importants, plus grand-chose en avait. Le sang, le rang… Tout cela s'effaçait devant la solitude et elle semblait plus soutenable quand l'esprit d'un autre était près de toi, en toi… Le chagrin semblait plus doux quand un enfant te souriait mentalement et attrapait ta main pour t'emmener à table. Personne n'avait grand appétit. Mais les grands s'obligeaient pour donner l'exemple aux jeunes.

L'Académie ressemblait à un orphelinat, la forêt semblait menaçante et les ombres paraissaient hostiles. Les enfants voulaient une veilleuse et bien souvent, Hilda chantait doucement pour les endormir. Les petits sorciers et sorcières avaient maintenant peur du noir, de la forêt et des ombres.

Tu ne voulais pas penser aux morts, à Nick… Tes cauchemars n'étaient pas les seuls de l'Académie et il n'était pas rare de voir des voir trois petits corps blottis les uns contre les autres quand tu allais dans les chambres.

Personne ne voulait y penser.

Un soir, presque trois semaines après sa chute, alors que l'Académie-Orphelinat, était silencieuse, tu errais dans les couloirs, incapable de trouver le sommeil, terrifiée à l'idée qu'il te trouve, et tu avais découvert ta tante priant Lilith, dans une salle à l'écart, devant une simple bougie.

Tu l'avais regardé, tu en avais eu les larmes aux yeux. Ta tante était un roc pour toi, pour tout le monde, mais ici, là, à genoux, le visage inquiet, les lèvres mouvantes, elle ressemblait à ce qu'Il avait fait des sorciers mais surtout des sorcières, des êtres faibles, dépendants, d'éternels enfants terrifiés.

Et derrière elle, toi qui n'avait jamais prié, tu avais doucement pensé à Lilith.

Tu la remercias d'avoir ressusciter Miss Wardwell, tu la remercias d'avoir trahi Satan pour toi, pour ta famille, pour ta congrégation, pour elle… Tu affirmas qu'elle avait fait au mieux, avait fait ce qu'il fallait. Qu'il fallait l'arrêter, arrêter Satan... mais que tout n'était pas fini, qu'il y avait des créatures, que ce soit les sorciers ou les êtres magiques, qu'ils avaient besoin d'aide, de son aide, de ses conseils.

Tu y mis toutes tes forces, toutes tes émotions, toutes tes peurs, toutes tes espérances. Tu restas là juste derrière ta tante qui elle était à genoux, et qui murmurait dans une langue ancienne. Vous étiez restés là longtemps.

Et puis, tu entendis un mouvement rapide. Et tu trouvas devant toi Lilith, ce ne pouvait être que Elle. La flemme de la bougie était noire et rouge. Ce n'était Miss Wardwell, ni même la première femme… Non c'était, dans une tenue royale et avec sa couronne, Lilith, la Nouvelle Reine des Enfers. Juste devant toi. Lilith était là. Elle était aussi belle qu'on peut l'imaginer, elle semblait tellement impériale. Ses longs cheveux étaient noirs libres, sauvages. L'humanité lui allait bien, elle ressemblait à une jeune femme, mais sans âge. Son corps vibrait de puissance, vibrait d'ancienneté. Sa puissance donnait envie de se soumettre, de se mettre à genoux. Le corps de Miss Wardwell, quand elle le possédait, ne rendait hommage ni à sa beauté, ni à sa puissance. Tu avais presque failli tombé sous l'impact de la surprise, de son pouvoir, de sa colère aussi. Elle semblait difficilement contenir sa fureur alors qu'elle relèva presque brutalement ta tante et susurra violemment :

-N'as tu rien appris, Zelda Spellman ? Ne t'agenouilles devant personne, ni Dieu, ni Diable, ni homme, ni femme !

Zelda, mise debout par Lilith, retrouva sa voix et son mordant :

-Mais vous n'êtes ni le Faux Dieu, Ni le Diable déchu, ni simple Homme, si Simple Femme, vous êtes la première femme, vous êtes notre déesse.

-Une déesse ? Une déesse... je ne suis pas une déesse. Je ne suis qu'une idiote qui a mis une éternité à se débarrasser de son tyran. L'enfer est un foutoir sans nom. Mes enfants veulent festoyer de Satan et ravager la Terre. L'enfer gronde et j'ai fermé les portes, toutes les portes. Et je me bats sans cesse. Et vos prières, vos prières me rendent si forte. Si puissante, le pouvoir de la croyance… de l'espoir, de la dévotion… Comment ne pas se prendre pour un Dieu ? Toi, Zelda Spellman, tu me ressembles tant. Si prompte à t'agenouiller… Est-ce Dieu qui nous a fait ainsi ? Si prompte à se soumettre… Le visage si jeune de Lilith semblait porter toutes les colères du monde. Contre elle, contre son engeance, contre les sorciers, contre le faux-Dieu, contre Lui… Tu me veux en Déesse, Zelda Spellman ? Tu veux te soumettre encore… et toujours… La voix si forte auparavant était désormais si triste.

-Je… Je… Zelda ne savait plus quoi dire.

Tu comprenais la colère de Lilith, mais elle exigeait que ta tante Zelda se libère de tout ce dont on lui avait empli le cerveau, tout ce dont l'Église misogyne de la Nuit lui avait donné comme principes, comme réflexes d'action et de pensée. S'agenouiller pour prier était normal, naturel pour Zelda… S'agenouiller était normal… Le monde des mortels avait ça de différents qu'il n'admettait pas de Dieu, pas vraiment… Ou du moins pas un Dieu unique et réel, comme pouvait l'être Sat… Lui…

C'était ce qu'on lui avait appris toute sa vie… ce qu'il avait appris aux sorcières et aux sorciers.

Alors tu prends la parole :

-Nous avons besoin de votre aide. Pour que les choses changent, pour trouver une autre voie. Lilith te regarde, son regard te brûle. Les fausses doctrines de... Satan sont aussi nuisibles que celles du faux Dieu. Vous dites que les prières vous fortifient. Il faut que nous cessions de prier… de le prier, mais nous ne pouvons pas changer l'entièreté d'une pratique religieuse sans votre aide. Nous ne pouvons pas faire cela seules. Nous demandons votre aide, vos conseils, votre puissance. Car vous êtes la plus savante, la plus puissante, la plus ancienne, la plus éternelle des sorcières. Vous devez nous parler du temps où il n'y avait pas d'Église de la Nuit, pas la sombre Rome… Avant que tout cela devienne une Religion aussi corrompue que celles du faux-Dieu. Pas d'organisation, juste une communauté, juste des frères et des sœurs au cœur de la nuit. Nous sommes de moins en moins nombreux, mais vous Lilith vous êtes la mère de la magie, n'est-ce pas ? La première à l'utiliser, la première à apprendre, à comprendre. Ne soyez pas notre Dieu, soyez notre Mère, notre Guide, notre Première.

Lilith n'avait pas cligné, n'avait pas respiré, ne t'avait pas quitté des yeux. Tu avais envie de t'excuser, de te mettre à genoux et de la supplier de ne pas de brûler sur place, parce que son regard était tellement intense, mais tu serres les dents et tu restes debout, fière et prête à assumer tes mots.

Il y eut un silence angoissant. Ta tante te regardait comme si tu allais enfin mourir de ton insolence avec un mélange de « je te l'avais bien dit », de terreur et d'admiration.

-Mmm, la Première, la Mère de la magie… j'aime ces titres. Tes prières sont si délicieuses, Petite Spellman. Ta mortalité les rend si particulières, si coupables. Elle touche ta joue, et tu te sens presque t'évanouir, ça n'avait rien à voir avec le toucher de Miss Wardwell quand elle possédait son corps. C'était le toucher d'un être sans âge et sans limite. Montre-moi… Montre-moi, s'il-te-plaît. Le dernier mot était murmuré doucement.

Ce n'était pas impérieux. Tu la sens entrer dans ta tête et tu te laisses faire, car elle est autoritaire mais bienveillante et curieuse. Elle n'avait rien à voir avec Lui.

Tu ne voulais pas penser à Nick alors tu lui montrais le monde et les perspectives des Mortels.

Tu ne voulais pas penser aux morts alors tu lui montrais un avenir possible.

Tu ne voulais pas penser à Lui alors tu lui offris tout le reste.

Son esprit dans le tien, tu murmures :

-Oh, Sa- Lilith…

Elle fouille ton esprit, elle voit tout et tu la laisses faire encore une fois, parce que tu veux lui montrer qu'elle peut te faire confiante, que tu lui fais confiance à nouveau. Qu'elle peut être votre guide, qu'elle mérite d'être l'objet de prière, qu'elle mérite d'être écoutée. Qu'elle peut guider, elle qui fut jetée dehors par son Créateur et abusée par Satan. Elle se retire de ton esprit, il y a un mouvement sauvage dans ses pupilles…

Ses lèvres sont parcourues d'un doux mais fugace sourire.

-Je vois. Elle se tourne vers Zelda, Oui, je vois. Sabrina, va ! J'ai à parler à ta tante.

()

D'un mouvement, tu te fais congédier magiquement. Tu retombes dans ton lit bruyamment. Tu entends deux personnes qui se lèvent vivement, les mains prêtes à faire usage de magie, de peur de te prendre des maléfices, tu t'écris :

-C'est moi, c'est Sabrina. C'est juste moi.

Dans la pénombre, tu vois presque les sortilèges être ravalés par Dorcas et Agatha. Tu soupires de soulagement… Se prendre un sort des deux sœurs n'était pas des plus agréables. Tu allumes une petite boule de feu bleue pour le prouver. Elles se lâchent les mains et murmurent un peu désolé de leur agressivité.

-Sabrina ? Nous avons senti…

-Une magie très puissante… comme...

-Si c'était Sa… lui… Presque aucun sorcier ou sorcière de la Congrégation n'osait plus dire le nom de S- de Satan, surtout les plus jeunes. Quand Zelda et Hilda avaient expliqué, même au plus jeune, avait-expliqué pourquoi tous les morts, pourquoi tous les changements…

Prudence et les sœurs avaient tremblé. Elles comme les autres avaient hésité entre mettre au bûcher les impies qui avaient emprisonné leur Dieu et ne rien faire. Accepter. Peut-être qu'intérieurement, la soumission affreuse, dans laquelle il les avait plongés, leur était odieuse, à elles, à tous.

Tu bouges la tête de droite à gauche et fait un pas pour les rassurer.

-Non ce n'était pas Satan. Tu les vois frémir, tu pouvais au moins faire semblant d'être brave devant elles. C'était Lilith. Elle… elle a répondu à nos prières… elle est avec ma tante Zelda.

-Vraiment ? Elle a répondu…

-Enfin… Nous prions Lilith…

-Depuis le suicide… et…

-Le départ de Prudence…

Les mots qui passaient de bouche en bouche se tarissent tristement. Tu voudrais les prendre dans tes bras pour les réconforter mais tu sais que ce n'est pas toi qu'elles voulaient. Tu te contentes de prendre leurs mains et de murmurer :

-Elle me manque aussi. Elle va revenir.

-Bien sûr.

-Évidemment.

Elles approchent leur corps du tien et posent leur tête sur ton épaule. Tu frissonnes.

Tu les entends murmurer une prière à Lilith pour la réussite de la mission de Prudence et son retour prochain. Tu ne sais pas trop quoi faire, même si tu te sentais plus proche des deux orphelines, même si vous vous étiez rapprochées, elles ne t'avaient jamais touché comme ça, pour trouver du réconfort… Tu poses tes mains sur la hanche de chaque fille puis tu enlaces leur bassin pour les rapprocher de toi. Tu es plus petite qu'elles, mais tu te sens comme le devoir de les rassurer. Tu te mets à murmurer une prière pour la seconde fois de la soirée à Lilith pour Prudence, pour Ambrose et pour la Congrégation.

Vos prières se mêlent et vos magies se caressent agréablement.

Tu retiens ton souffle pour ne pas frémir. Tu comprends enfin ce qu'était une Congrégation. Tu l'avais refusé jusque-là... Un lien que jusque-là, tu avais refusé de voir, de ressentir… Tu appartenais à ça, à ce lien, à ce groupe. Après la chute de- Après sa chute, après le sacrifice de… Nick, Tu ne voulais pas y penser… Tu t'étais sentie si loin des mortels et si proches de ce qui restait de la Congrégation. C'était la perte qui t'avait réuni véritablement avec la Congrégation mais aussi avec ta tante Zelda. Tu avais enfin compris ce que la Congrégation était. Un véritable lien magique entre les sorciers.

Tu avais enfin compris à quel point la Congrégation était importante aussi importante qu'une famille. Pas un lien du sang, mais un lien magique, émotionnel, presque spirituel.

Tu fermes les yeux et tu te sens entraînée vers un lit. Tu le laisses faire, tu ne veux pas que ça s'arrête, tu ne veux plus être seule tu veux rester près d'elles. Tu entends Agatha susurrer un sort de sommeil et tu t'endors enfin contre les deux orphelines. Tu ne veux pas penser à… Tu ne veux plus penser à rien.

Tu ne voulais pas penser à Nick.
Tu ne voulais pas penser aux morts.

Tu ne voulais pas penser à ton père, à Satan.

Tu te réveilles en sursaut... Avais-tu crié ? Agatha est tout contre toi, profondément endormie. Sans doute avais-tu été silencieuse, cette fois. Sa tête contre ta poitrine, ses jambes emmêles aux tiennes, et tu sens une main qui caresse doucement tes côtes. Lilith soit louée pour ça. Tu soupires doucement de bonheur, malgré les larmes et les cauchemars. Tu te sens si bien, si à ta place.

Tu entends Dorcas demander, sa main légère sur ton flan :

-Un cauchemar ?

Tu ne voulais pas y penser.

-Oui. Tu ne mens pas et elle ne dit rien : un pacte que vous aviez tant de fois renouvelé ses dernières semaines… Elle savait que tu avais des cauchemars. Tout le monde en avait. Ta voix fait bouger les cheveux détachés d'Agatha. Dorcas caresse de sa main ta joue humide.

-Ta tante Hilda est passée pour annoncer que le petit déjeuner était prêt… Tu lui es reconnaissante pour le changement de sujet. Et elle a également indiqué que tu devais te dépêcher…

Tu relèves la tête inquiète :

-Un problème ?

-Peut-être... Elle a dit quelque chose vis-à-vis de Sœur Zelda.

-Oh… Tu te lèves assez brusquement, suffisamment pour faire grogner Agatha et elle bouge comme pour te chercher. Oh...Tu murmures plus doucement. Désolé…

-Ne t'inquiète pas, elle ne se réveille pas facilement…

La main, qui auparavant te cajolait, se pose sur les cheveux noirs, passant dans une douce caresse comme pour chasser un cauchemar. Tu te demandes si c'était un geste habituel... Il l'était certainement.

Tu regardes un instant les doux gestes de Dorcas.

-Tu penses qu'elle m'a pardonnée ? Dorcas lève les yeux, ne comprenant pas la question.

-Agatha m'a-t-pardonné de l'avoir tuée pour un mortel ? Par égoïsme et idiotie purs ?

Dorcas ne répond pas immédiatement, mais un sourire doux apparaît sur ses lèvres. Elle pose sa main sur ta joue et murmure :

-Brina, tu es pardonnée.

-Vraiment ? Tu n'es pas sûre de mériter ce pardon.

Elle affirme avec force :

-Tu l'es. Nous... comprenons... Agatha comprend, elle sait que tu n'avais jamais voulu la laisser morte. Tu avais toujours pensé la ressusciter. Personne n'aurait fait cela, penser à ressusciter une orpheline qui n'aurait manqué à personne.

-Ce n'est pas suffisant.

C'était une excuse de merde. Tu avais posé le couteau sur sa gorge, tu l'avais tuée, égorgée et tu n'avais aucune excuse.

-Elle t'a pardonné, à l'instant où elle a compris à quel point tu étais compatissante. Tu ouvris la bouche pour répliquer mais la main sur ta joie se fait plus ferme pour te faire taire et elle continue. Nous avions tenté de tuer tes amis, nous étions responsables de la mort de six mortels, mais tu n'avais jamais eu l'intention de nous tuer, tu ne pensais pas qu'on était des êtres sans importance, juste bon à sacrifier.

-Jamais. Tu ancres tes yeux dans les siens. Jamais, je n'ai pensé et jamais je ne penserais ça. Toi et tes sœurs même si vous étiez particulièrement odieuses et désagréables, vous n'avez jamais, vous n'êtes pas, vous ne seriez jamais des êtres à sacrifier pour moi. Tu es, vous êtes importantes.

Dorcas sourit un peu plus et ses yeux se font si tendres. Sa main te touche dans un va-et-vient tendre.

-Tu vois. Compatissante.

Tu aurais pu passer des heures à la contempler.

La tension de la pièce disparaît quand Zelda entre sans frapper. Elle pose un instant les yeux sur la scène : Agatha toujours endormie, Dorcas et toi dans le même lit, mais la chose ne semblait pas valoir une explication pour ta tante.

-Sabrina, descend rapidement. Nous avons à faire.

-Oui, ma tante. Tu poses sans y penser un baiser sur la joue de Dorcas avant de quitter la chambre.

Tu trouves Zelda dans son bureau. Tu avais dû négocier avec force pour qu'Hilda accepte que tu ailles voir directement Zelda. Tu avais dû prendre avec toi un plateau débordant de victuaille et faire promettre de faire manger Zelda et de manger toi aussi.

Zelda est en pleine réflexion. Elle a un plan de la forêt de Greendale devant elle et ses sourcils sont froncés. Tu poses difficilement le plateau sur un coin relativement inoccupé du bureau et tu te penches sur la carte.

Avant que tu ne puisses parler, Zelda t'informe :

-J'ai décidé que nous allions faire un autel à Lilith. Elle m'a indiqué que plusieurs des nôtres la priaient déjà… Quelque chose de petit, d'humble. Juste… Juste un lieu de rendez-vous… Un lieu pour se réunir.

-D'accord. Elle semble étonnée.

-Juste d'accord ?

-Oui, ma tante. Tu mets suffisamment de gentille ironie dans le « ma tante » pour qu'elle comprenne que tout va bien. Que tu penses vraiment que c'était une bonne idée.

-Bien. Je pensais quelque part dans les bois… Elle montre deux points. Je veux aller faire du repérage, tu vas venir avec moi.

-Euh… C'est mardi…

-Et alors ?

-Bah… Le lycée…

-Ridicule. J'ai déjà appelé pour dire que tu es souffrante. Allons-y.

-Zelda ?

-Quoi encore, Sabrina ?

Tu montres le plateau.

-Il faut que l'on mange, sinon Hilda va s'énerver.

Autrefois, Zelda Spellman n'avait que faire de l'énervement de sa sœur. Mais maintenant, elle savait que sa sœur était plus que vitale pour elle et pour la communauté.

-Oui… Prenons une tasse de thé et un petit quelque chose pour la route. Elle s'assoit et se sert. Tu fais de même en face de ta tante et tu hésites à lui demander ce qu'il s'est passé avec Lilith. Zelda semble apaisée et elle sourit presque devant sa tasse. Tu regardes ta tasse. Je pense que c'est une bonne chose. Tu lèves les yeux vers ta tante, elle te sourit de toutes ses dents. Je pense que nous allons reconstruire quelque chose de beau, de juste.

-Oui. Tu lui souris en retour. Oui, je l'espère vraiment.

Vous n'étiez jamais allée au deuxième point. C'était parfait.

Une grande clairière, en plein cœur de la forêt, entourée d'arbres vieux et sains. Parfait.

Zelda prend ta main sans attendre et murmurer des mots. Malgré ton sursaut, tu laisses ta tante puiser dans ta magie. Elle crée une sorte d'autel, tu ne sais pas les mots qu'elle murmure, tu ne penses même pas connaître la langue qu'elle utilise. Pas de trône, pas d'effigie. Non juste une sorte de haute table comme si on avait entassé des pierres pour en faire une sorte de tas. L'autel semble à première vue en pierre, simple, normal. Mais tu sentais que c'était autre chose, vraiment autre chose.

Il vibrait comme vibrait la porte des Enfers… Mais la vibration était… douce, moins menaçante. Une invitation pas une agression.

L'autel n'était ni blanc, ni noir. Les pierres semblaient être capable de prendre bien des couleurs, bien des reflets. C'était beau, apaisant, accueillant.

L'autel, sorti du sol, semblait encore y être attaché, comme si les pierres à la base prenaient racine très loin dans la croûte terrestre.

C'était la première fois que tu faisais un sort avec ta tante. La première fois que tu goûtais à sa magie douce malgré son impériosité. Tu souriais quand ta tante lâcha ta main. Contente d'enfin faire attention à ce genre de chose, tu affirmes :

-C'est magnifique.

-Oui. Ou du moins ça va l'être.

Le sérieux de ta tante te prend au dépourvu. Tu pensais qu'elle allait être heureuse, contente, satisfaite, mais il n'en est rien.

-Qu'est-ce qui va l'être, Tante Zelda ?

-Ça. Ce que l'on va créer avec Lilith. Mais… Il y a tant à faire, Sabrina. Je suis tellement fatiguée et tout ça... Cela semble presque impossible.

Tu la prends doucement dans tes bras, tu serres fort. Tendre dans ta prise. Tu veux qu'elle voit ton soutien indéfectible, ton soutien désormais total.

-Tu vas y arriver. Tu vas être extraordinaire comme Haute-Prêtresse. Lilith va être parfaite comme Guide.

-Première, Première des sorcières, Mères des Démons, Nouvelle Impératrice des Enfers… Lilith… Oui. Elle sera parfaite, je le pense aussi.

Ta tante est courbée tout contre toi, sa tête contre ton épaule. Tu renchéris :

-Hilda va t'aider et moi et les sœurs aussi. On va faire quelque chose de beau et de juste. Comme cet autel.

-Oui. Comme cet autel, comme ce lieu.

Tu sursautes quand tu vois une ombre près de l'orée de la clairière. Tu quittes les bras de ta tante et jettes un sort d'attraction. Tu es prête à défendre ta famille.

-Oh, doucement jeune sorcière. La voix est âgée et la figure que ton sort amène est celle d'une sorcière à l'apparence d'une grand-mère-gâteau.

Elle se laisse entraîner par ton sort paisiblement et elle attend que tu le dissipes, ce que tu fais, après que Zelda t'en ai fait signe.

-Et vous êtes ?

-Gisèle Ketpel. Elle sourit et ajoute : Je viens en paix.

-Vous vous baladez dans notre foret sans y avoir été invité et vous nous espionnez.

-Non, je ne vous espionnais et j'ai été invité. Les sourcils haussés de ta tante la pousse à continuer. Une voix qui me guide ici depuis quelques heures… Une voix… promettait un changement, un accueil… Elle regarde l'autel. Une nouvelle voix pour les rejetés de la Sombre Rome…

-Oh. C'est plutôt rare que Zelda Spellman soit surprise.

-Oui, oh en effet. Gisèle pousse le vice à la moquerie.

Mmm, tu préférerais n'avoir personne à enterrer dans la fosse de Caïn aujourd'hui.

Tu interviens.

-Bonjour, je suis Sabrina Spellman et voici ma tante, Zelda Spellman, la…

-La Haute-Prêtresse de Lilith.

Gisèle nous regarde puis tourne les yeux vers l'autel.

-Un changement de poids, en effet… Son murmure s'éteint. Elle regarde un instant Zelda dans les yeux et affirme : J'aurai bien besoin d'un petit verre, bien fort.

Tu fronces le nez, il est 8h pour l'amour de Di…, de Lilith.

-Et moi donc ! Zelda s'enthousiasme.

Tu te rappelles que demander un verre à son hôte sorcier est un moyen traditionnel de demander asile et aide. Et l'acceptation et la proposition de boire avec était la promesse de toit pour la nuit et de l'hospitalité.

L'arrivée de Gisèle, la première étrangère à entrer à l'Académie, avait presque figée la salle à manger. Les petits enfants s'étaient instinctivement rapprochée des plus âgés et Hilda s'était immédiatement levé alerte, tout comme les deux sœurs.

Zelda avait d'un sourcil moqueur sorti la liqueur d'une haute étagère et deux verres. Le geste avait calmé les plus âgés, même si des yeux inquisiteurs et encore un peu angoissés s'attardaient sur la nouvelle venue. Hilda avait laissé la cuisine à une Dorcas et à une Agatha pas du tout contentes et Zelda t'avait élégamment mais très clairement demandé de disparaître.

Toute penaude et crevant de curiosité, tu t'étais retrouvée à faire le service du petit-déjeuner puis le rangement de la cuisine et comble de tout, tu avais dû gérer 10 enfants surexcités, pour prendre la relève d'Hilda. Tu aurais préféré aller au lycée.

Le lycée était un endroit sans magie, sans deuil et sans mort. C'était agréable bien qu'étrange de passer des journées à s'inquiéter de tel ou tel interro alors que tu avais parfois du mal à mettre un pas devant l'autre. Tu n'avais plus aucun scrupule à utiliser la magie pour faire en sorte que ton lycée soit un environnement agréable pour tout le monde. Harvey et Théo étaient dans l'équipe de basket alors que Roz avait rejoint les Pom-Pom girls. Tu avais hésité mais finalement tu l'avais rejointe. C'était amusant et ça te permettait de danser. Les sœurs comme certains autres sorciers et sorcières avaient levé un sourcil devant ta mini-jupe. Ça t'avait fait monté le rouge aux joues et une étrange chaleur avait empli ton cœur au regard aguicheur des sœurs. Zelda avait haussé les sourcils, sarcastique et Hilda t'avait gentiment félicité.

Gisèle était la première d'un grand nombre de sorcières et de sorciers que Lilith menait ici. Bien vite, votre Congrégation avait doublé, presque triplé en nombre.

De nouveaux adultes, des anciens, très peu de jeunes ou d'enfants, mais la Congrégation reprenait vie. Tu trouvais ça merveilleux. Et la nuit, juste avant de t'écrouler, tu priais Lilith, tu la remerciais de tous les bienfaits qu'elle apportait ici. Près de toi, près de vous.

La journée était de plus en plus occupée et tes nuits étaient toujours aussi hantées. Le jour, des jeux d'enfants, des cours au lycée et à l'académie, du ménage, de la cuisine, des discussions avec les nouveaux adultes et surtout les heures à parler avec Zelda de l'avenir de la Congrégation.

La nuit, alors que tu en passais de plus en plus dans le lit d'une deux sœurs -tu n'avais même plus honte de te lover contre les douces formes d'Agatha- était toujours emplie de cauchemars. Sang, violence, douleur, viol… Aucun cauchemar ne se ressemblait vraiment mais il finissait toujours dans un réveil en sursaut, en larmes, parfois en hurlant.

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Sabrina 18 ans

2 après CS. 2000 ap. JC

Tu aimais ça.

Silence, il n'y avait que des murmures et les feuillages bougés par le vent.

Tu aimais le silence calme et serein, recueilli.

Vous étiez bien souvent silencieux, presque songeurs. Réunis, tous ensemble pour prier, pour communier, partager un moment. Tous ensemble, mais seul face à Lilith. Tous ensemble dans la même voie, mais seul dans son propre chemin.

Vous aviez brûlé l'église, il y a quelques temps… Tu n'imaginais même pas y mettre les pieds après le suicide... Le feu magique avait purifié le sol des morts, des orgies, des sacrifices… Vous ne pouvez plus vous réunir là-bas, il fallait un nouveau lieu. Et surtout pas une église. Tu ne voulais pas penser aux morts.

La clairière et l'autel étaient parfaits.

Et maintenant vous y alliez deux ou trois fois par mois, tous ensemble. Certains y allaient plus souvent. La pleine lune était un moment privilégier… C'était non loin de l'entrée de l'enfer, à une bonne demi-heure de marche de l'Académie. Cela permettait aux enfants de se familiariser avec la forêt, avec ses créatures, avec la nuit et les ombres... C'était bon pour eux…

La première fois, Zelda avait parlé de la chute de Satan

Tu ne voulais pas y penser.

Tu n'avais rien dit, ce n'était plus ton histoire, c'était désormais l'Histoire de la voie de Lilith… Pas une église, pas un temple, juste une voie… une proposition… un apprentissage… Toujours la promesse de ne pas être soumis à la justice du faux-Dieu, mais plus de soumission, plus de baptême, plus de messe, plus de cannibalisme…

Juste un simple autel, primitif, humble… dans une belle et grande clairière… Pas de supplication, pas de genoux au sol, à peine une tête baissée… ou juste pour regarder les enfers, sous nos pieds si proches… Juste pour être un peu plus près de Lilith… Certains s'étaient simplement allongés, les yeux fermés, les lèvres mouvantes dans d'intimes confessions.

Vous étiez presque 60 désormais, à croire dans le chemin que proposait Lilith. Tu ne voulais pas penser à Nick… Votre nombre avait doublé avec les exclus de l'Église de la Nuit, que Lilith avait guidés jusqu'ici. Les rumeurs dans le silence des marginaux forcés, des reclus, des incompris avaient été tentants et beaucoup, presque tous étaient restés ou revenaient. Ils trouvaient un lieu d'accueil ici, et même si certains aimaient la vie de nomade, beaucoup restait, trouvant enfin un endroit qui les acceptait.

Tu étais juste adossée à un arbre, un peu plus loin Hilda et Zelda parlaient aux enfants et aux quelques visiteurs, surtout des visiteuses, qui avaient entendu parler de tout ça. Ces visiteurs arrivaient incertains et repartaient souvent encore plus hagards, quand ils repartaient. Souvent ils restaient, car c'étaient des excommuniés de l'Église de la Nuit, et ils trouvaient ici un endroit qui les acceptait, un endroit où ils pourraient appartenir de nouveau à un groupe. C'était ça qu'ils venaient chercher. Et vous ne les aviez pas déçus. Ils y avaient eu tant d'enfant à adopter, tant de maison à repeupler..., tant de vie à ramener dans votre Congrégation assassinée.

Les enfants avaient trouvé des nouvelles maisons, même s'ils dormaient de temps et temps à l'Académie quand des cours commençaient tôt ou finissaient tard… Cependant, il restait les deux orphelines, qui demeuraient dans votre dortoir, que tu n'avais pas quitté. Tu ne voulais pas les laisser seules. Tu ne voulais pas non plus être seule, tu dormais presque chaque nuit dans le lit de l'une ou de l'autre, et même quand tu n'y allais pas… Quand tu te réveillais, tremblante et terrifié, tu trouvais deux corps chauds et réconfortant près de toi. Pas que vous en ayez vraiment discuté… Mais… c'était juste comme ça.

Les cours avaient repris de manière plus systématiques, plus organisés. La vie de la Congrégation avait repris… Tu ne voulais pas penser à Nick… Dorcas avait repris le cours de sortilège pour les jeunes et un nouvel arrivant Hikar s'occupaient des sortilèges plus avancés. Tu ne voulais pas penser aux morts. Une certaine Pandia avait pris le cours de botanique avec Agatha, les potions étaient la passion de Hilda et tout ce qui était herboristerie était géré par une certaine Zyxi, une sorcière très belle qui avait la passion de plantes de la forêt. Tu ne voulais pas penser à Satan.

Zelda, avec un certain Abelus, avait repris les cours plus spécifiques, comme la démonologie et les runes, mais les cours les plus avancés n'étaient plus nécessaires car les plus âgés étaient soit morts, soit se débrouillaient entre eux comme toi et les sœurs…

Toi, tu étais toujours entre deux mondes et tu pensais que c'était une bonne chose. Réveillée aux aurores, tu assistais aux cours crépusculaires de l'Académie, puis tu allais en cours avec les mortels. Tu faisais rapidement tes devoirs humains avec l'aide de la magie, quelques sorts de mémoire et le tour était joué. Ensuite, tu essayais d'assister au plus de cours possible avant d'aller en cuisine aider ta tante Hilda et quelques autres sorciers et sorcières à préparer le repas du soir de toute la Congrégation qui mangeait à l'Académie. Après le repas, tu travaillais la magie avec les deux sœurs ou avec un adulte qui voulait bien te donner un cours particulier. Tu t'endormais généralement dans les bras des deux orphelines. Tu en aurais pleuré de reconnaissance si tu n'avais pas eu peur qu'Agatha te vire pour cela.

Tes journées diurnes étaient banales, ordinaires humaines… Tu ne voulais pas penser à Nick. Tu essayais d'être humaine avec tes amis : rire à leur blague, te préoccuper de leur problème… Mais qu'importe tout cela, qu'importe tel ou tel chanteur… Théo était le seul qui avait un vrai problème… Tu ne voulais pas penser aux morts. Théo se sentait toujours assez mal dans sa peau, et tu n'avais encore rien à lui proposer de suffisamment sûr pour l'aider… Mais tu cherchais… Quand à Harvey et Roz… et bien si Harvey voulait aller à l'université, il devrait prendre un travail à mi-temps pour mettre de l'argent de côté, de même que Roz dont le père ne voulait pas lui payer des études de lettres. Tu ne voulais pas penser à Satan. Tu n'avais plus de scrupule à utiliser la magie sur ceux et celles qui embêtaient Théo et tu faisais toujours en sorte d'être près de lui en cas de soucis. Tu refusais de le voir se blesser. Théo s'améliorait grandement au basket et depuis que son père l'avait plus ou moins accepté comme un garçon, il emmenait Théo le week-end à son travail. Adrien Putman était un homme simple avec une entreprise de bûcheronnage et de maçonnerie, Théo était terriblement doué pour la seconde partie. Il sculptait et façonnait le bois avec facilité et adresse. C'était un véritable artiste. Tu lui commandais pour l'Académie des amulettes et autres outils… Il se faisait un peu d'argent et les sorciers.ères s'entraînaient à enchanter du bois pour la protection. Théo était de plus en plus apprécié par la Congrégation. Bien sûr, il ne priait pas Lilith, mais Théo était le plus ouvert d'esprit. Roz comme Harvey était plus… orthodoxe. Plus figé dans leur conception du bien et du mal. Et il était difficile pour eux d'envisager que tu sois véritablement heureuse dans ton culte.

Mais, toute la journée, même pendant les cours passionnant de Miss Wardwell qui semblait encore plus fragile qu'avant, tu avais surtout hâte de rentrer à l'Académie… Étudier et vivre parmi les tiens… On y étudiait bien sûr mais surtout on y mangeait, discutait. C'était une communauté qui se formait. Les sorciers et sorcières qui arrivaient et qui décidaient de rester devenaient des membres à part entière de la Congrégation… On parlait surtout de magie, des enfants, de Lilith, de l'histoire de le magie… Mais parfois le sujet de la ville humaine de Greenville qui mourait lentement faute d'activité économique venait troubler le calme relatif des repas.

Si Greendale mourait vous n'auriez bientôt plus de protection, de bouclier humain pour vous cacher… Tu avais des idées… Du tourisme, mais les sorciers étaient si secrets, si isolés… Ton idée était de s'exposer, juste un peu… Juste entrer, un tout petit peu, dans la lumière du monde humain pour mieux rester dans l'ombre et vivre en paix… Qui croit en la magie de nos jours… Tu te demandes si une prière à Lilith par des mortels, des touristes, auraient de l'effet.

Tu veux être utile à ta Congrégation… Tu veux être forte pour ta congrégation et la rendre forte. Intouchable par Rome l'Impure et la Rome papale. Tu ne voyais que la solution de la lumière. Chaque enfant devait être répertorié, avec un certificat de naissance… Tu avais été horrifié que 40 personnes puissent mourir sans que personne ne vienne voir, aucune police humaine…

Il suffisait, il suffirait de presque rien... Quelques petites machinations… Juste un petit sort sur l'acte pour que les dates changent, même sur les photocopies… Rien de plus… des dizaines de personne protégés par la loi humaine… Il le fallait… Tu en avais parlé à Agathe et à Dorcas… pour qu'elles t'aident pour les sorts… Et Zelda avait été d'abord réticente puis totalement pour. Ça avait été facile… Tu te demandais si Lilith avait intercédé en ta faveur.

La vie, la magie reprenait une forme normale…

Tu te demandes si Zelda en avait parlé aux autres adultes, prendre pied dans le monde des humains. Tu le voulais, tu voulais que la lumière protège les enfants.

Tu étais adossée à un arbre et l'esprit perdu tu sens une caresse sur ta joue. Parfois, tu as la folle impression que Lilith est près de toi. Mais c'était trop fugace, trop égocentrique pour que tu y crois vraiment.

Tu soupires en ouvrant les yeux, et tu trouves les deux orphelines, elles s'étaient allongées, l'une très proche de l'autre. Tu adorais leur intimité, tu voulais les rejoindre, tu le voulais terriblement, mais… les yeux d'Agathe s'ouvrent et trouvent les tiens. Défi ? Tu as le souffle coupé, elle te lance un défi… de les rejoindre… tu en meurs d'envie… Tu fais un pas vers elle, mais tu entends ta tante t'appeler. Les yeux d'Agathe se voilent de colère et de déception. Elle ressemble à une enfant capricieuse, Lilith, qu'elle est belle. Et tu vois Dorcas faire une moue adorable.

Tu lui offre un sourire d'excuse avant de te tourner vers ta tante, pour l'assister.

Miss Wardwell t'avait fait venir dans son bureau et elle avait murmuré qu'elle espérait que tu aies des informations sur Adam.

Tu la regardes interloquée :

-Adam ? Le premier homme ?

C'était la mauvaise réponse visiblement, car elle prend sa tête entre ses mains et sanglote.

-Non ! Adam, mon fiancé ? C'était une mauvaise blague, la personne dont Lilith avait pris le corps avait un fiancé du nom d'Adam. Tu en aurais ri si elle n'était si triste, si désespérée. Ça va faire deux ans que je ne l'ai pas vu…

Oh, merde.

Ça faisait deux ans, tu ne pouvais pas dire que tu t'en étais vraiment remise… mais Miss Wardwell ne semblait pas du tout avoir tourné la page.

Tu tentes :

-Je ne sais vraiment pas, Miss Wardwell.

Ton visage doit trahir quelque chose, parce qu'elle insiste :

-Sabrina, il faut que tu m'aides. J'ai demandé à tout le monde. Et ils m'ont dit que je t'avais pris en tant que tutrice pour… pour je ne sais quoi et… pour une école où… J'ai des souvenirs, des rêves… D'affreux cauchemars… Dans les bois… Une sorte de monstre et un… un livre…

Adam n'est plus. Il l'a tué. Fais-la venir à moi. Près de l'autel.

Lilith. C'était la première fois depuis des lustres, tu trembles presque de cette voix dans ta tête, dans tout ton corps.

Miss Wardwell se coupe dans sa triste description de ses derniers mois :

-Tu vas bien, Sabrina ?

Cette femme était vraiment compatissante, même dans son désespoir, elle s'inquiétait de toi. Tu ne le méritais certainement pas.

Tu ne voulais pas faire ça. Égoïstement, tu ne voulais pas que Miss Wardwell soit au courant de tout, de toi. Mais tu supposes que tu lui devais bien ça.

-Vous n'allez pas aimé les réponses que j'ai à vous donner…

-Pardon ? Elle semble interloquée par mon ton, ce n'est pas le ton de Sabrina, la lycéenne mais de Sabrina, la sorcière.

-Miss Wardwell, tu prends une grande respiration, vous n'allez pas aimé les réponses que j'ai à vous donner. Aucune d'entre elle ne vous rendra Adam. Ça fait deux ans… Ne pensez-vous pas qu'il faut l'oublier ?

-Quoi ?

-Si vous voulez des réponses, je vais vous amener vers la personne qui les as. Mais ça ne vous apportera aucune paix.

-Je… Tu es sérieuse, Sabrina ? Tu… Je ne comprends pas. Elle tremble. Elle semble épuisée, dévastée. Incapable de tourner la page. Les rumeurs disaient qu'elle était tombée dans l'alcool. Mais tu savais qu'elle était juste perdue. Incapable de dormir, incapable de se reposer. Elle tremblait d'épuisement pas à cause de l'alcool.

-C'est simple. Soit vous obtenez les réponses que vous désirez, mais elles ne vous plairont pas. Soit nous en restons là. Qu'est-ce que trois mois dans une existence, un amant perdu ?

-Adam ? Tu la regardes dans les yeux. Tu ne cilles pas, tu ne trembles pas. Tu ne bouges pas. Tu attends sa réponse. Je veux savoir ce qu'il s'est passé !

-Bien.

Tu attrapes sa main et tu vous fais apparaître devant l'autel. Elle tombe presque et elle regarde autour d'elle.

-C'est… C'est impossible. Comment…

-La magie. Tu réponds simplement.

-La magie… mais…

-Je suis une sorcière… Elle écarquille les yeux. Je n'ai pas tous les détails de ce qui vous ai arrivé mais… Tu prends une grande inspiration... Ce que je sais c'est que… C'est que vous êtes morte. Elle me regarde toujours sans un mot. Et que votre corps a été utilisé, possédé par Lilith, la première de toute.

-Quoi ?

-Comme je vous l'ai dit… je ne sais pas…

-Sabrina, soyons sérieuse… Je… Tu délires ?

-Je ne délire pas. Voici l'autel de Lilith. Le seul pour l'instant. Tu lui montres l'humble amas de pierre. Comme je vous l'ai dit cela ne va pas vous plaire. Tu la regardes dans les yeux. Vous êtes une fervente catholique et… et bien Lilith est Lilith, la première à désobéir, la première sorcière. Si vous voulez les réponses à vos questions, il faut qu'elle vienne. Et bien, ce n'est pas très bon pour une âme de mortel de vouloir la venue d'un Démon, de la Mère de tous les démons... Elle ouvre les yeux, horrifiée. Donc… vous êtes sûre de vouloir continuer ?

Elle me regarde toujours incrédule.

-Sabrina, tout cela est une vaste plaisanterie et…

Tu attrapes ses mains.

-Écoutez… Non plutôt regardez ! Tu te mets à l'éviter doucement. Vous devez comprendre que le monde est bien plus grand, bien plus beau et bien plus dangereux que ce qu'on apprend à l'école, à l'église du faux-Dieu, ce que les mortels apprennent. Tu la fais décoller d'un petit sort silencieux. Elle crie de surprise mais tu la tiens. Tu la tiens et tu lui assènes : Lilith vous a tué et elle vous a ressuscité. Elle a la gentillesse de vous donner de son temps pour vous expliquer. Tu vous fais atterrir. Elle est la Reine des Enfers, elle a d'autres chats à fouetter que vos états d'âme alors Mary Wardwell choisissez !

Tu ne voulais pas être méchante mais il fallait qu'elle choisisse, qu'elle décide. Miss Wardwell a les yeux dans le vague… Mais soudain, elle se réanime et sa voix n'a jamais été aussi forte.

-Je veux la vérité alors s'il faut un ou toutes les hordes de l'enfer pour cela, alors…

-Alors ainsi, soit-il comme il dit !

La même voix mais une octave plus bas, la même voix mais avec assurance et moquerie. Tu te demandes encore comment tu ne t'étais pas rendue compte que ce n'était pas la même personne. Miss Wardwell se retourne et voit son portrait craché, mais dans tes habits bien plus avantageux.

-Qui… Qui êtes-vous ?

-N'écoutez-vous pas ? Je suis Lilith.

-Mais vous êtes moi…

-Simple illusion… pour vous prouver à quel point c'est facile… Lilith prend mon apparence, puis celle de Harvey avant de prendre sa forme originelle, la première femme. Sa robe est royale mais sa couronne n'est pas là. Elle est belle. J'ai une forme plus… infernale, mais nous ne voulons pas vous faire vous évanouir, n'est-ce pas ?

Miss Warwell écarquille les yeux et s'exclame :

-Vous êtes la jeune femme du bord de la route ?

-Exactement. Vous avez eu la gentillesse de m'aider… La charité chrétienne… enfin surtout votre gentillesse personnelle… Une demoiselle si pure… Lilith a des yeux presque gourmands.

Tu ne voulais pas être témoin de ça… merci bien… Lilith qui flirte avec ta prof. Eurk !

Tu tentes de t'enfuir mais Lilith te coupe l'herbe sous le pied.

-Sabrina… Raconte le début.

Son ordre est tendre, quasi maternel. Mais en vérité, ça te terrifie de raconter.

Mais tu t'exécutes. Quand ta voix vacille, quand tu parles de ta mère, quand tu parles de Satan… Lilith touche doucement ton épaule.

Mary semble ne pas en croire ses oreilles. Elle a les larmes aux yeux parfois, sa main monte vers sa bouche d'horreur. Des larmes coulent sur ses joues.

Finalement quand tu arrives à sa résurrection, la clairière est affreusement silencieuse. Les yeux de Mary Wardwell étaient mouillés de larmes. Elle semblait horrifiée par ce que tu avais vécu, ce qu'il s'était passé.

-Oh, Sabrina… oh, mon Dieu… Tu vas bien, tu vas bien ?

-Je… je vais mieux. Tu ne veux pas lui mentir.

Un autre silence puis Lilith attrape la main de Miss Wardwell :

-Cela ne répond pas à vos questions sur Adam, car ce qu'a vécu Sabrina, n'est qu'une partie d'une histoire qui a commencé avant le début du temps… Lilith semble s'amuser de sa formule.

-Adam est…

-Mort. J'en ai peur. Lucifer l'a tué, pour me punir. Cet être, votre Adam était si pur, si bon. Si innocent. Je suis navrée qu'il est subi un sort injuste. Si cela peut vous aider… Adam est bien loin des Enfers, il méritait sa place dans les cieux.

-Vraiment ?

-Oui.

-Le paradis existe ? J'y reverrai Adam ?

-Et bien, j'existe non ? Pourquoi pas le paradis ? Lilith s'amuse de la naïveté de Mary. J'ai à vous dire que… Que vous avez été ressuscitée par mes soins… cela ne vous fait pas gagner des points pour aller, elle fait un geste vague, là-haut… Alors… Votre entrée au Paradis et pour l'instant un peu… Difficile…

-Oh…

-Désolé.

-Non, je comprends que vous n'aviez pas le choix… Tout cela, toute cette violence, que je vois dans mes rêves, toute cette colère, toute cette douleur, cette peine si profonde…

Les yeux de Lilith s'ancrent presque douloureusement dans ceux de Miss Wardwell. Tu frissonnes.

-Je peux vous faire oublier ?

-Non. La voix de Miss Wardwell est ferme. Non, maintenant que je comprends, je vais mieux les gérer.

-Comme vous le souhaitez, petite mortelle. Lilith regarde un instant cette femme dont elle avait pris l'apparence, sans la comprendre tout à fait sans doute. Je suppose qu'être capable de pardonner à son assassin, être capable de pardonner à celle responsable de la mort de son fiancé, montre à quel point vous êtes juste, Mary Wardwell. Si vous n'êtes pas accepté au paradis, j'aurai le plaisir de vous accueillir dans mes Champs-Élysées.

-Oh, c'est… gentil… Je suppose. Miss Wardwell vient de remercier Lilith… C'est n'importe quoi…

-De plus, si vous vous ennuyez de votre faux-Dieu, vous pouvez toujours…

-C'est gentil, mais ça ne sera pas la peine…

Tu ouvres la bouche. Incroyable, Miss Wardwell vient de couper la parole à Lilith. Non mais sérieusement !

-Ça valait le coup d'essayer, de proposer ?

-Oui, qui ne tente rien, ne rate rien…

Sont-elles en train de plaisanter ? Tu rêves ou quoi ?

-Mon impure ? La voix de Lilith tout à la fois douce et impérieuse te réveille de ta stupeur. Ramène Mary dans son bureau.

-Oui, ma Reine. Elle touche ta joue et te sourit, avant de disparaître.

Tu souffles pour calmer ta respiration et tu te tournes vers Mary Wardwell.

-Miss Wardwell…

-Tu peux m'appeler Mary, je pense qu'on peut estimer qu'on se connaît plutôt bien maintenant.

-Oh… Oui… Miss… Mary nous pouvons rentrer, si vous voulez.

Tu lui tends la main. Elle la prend sans hésiter.

Tu vous fais apparaître dans son bureau et elle s'assoit, malgré tout un peu perturbée de tout cela.

Tu la regardes et tu affirmes.

-Si vous voulez en parler… si vous voulez… vous pouvez venir à la maison pour parler à mes tantes, elles ont plus d'expérience que moi dans tout ça… Et euh… Je dois vous demander de ne pas ébruiter… et bien… tout ça…

Laissant ta phrase en suspens, elle sourit.

-Je ne suis pas du genre chasse aux sorcières, Sabrina. Si cela peut te rassurer. Elle continue à plaisanter.

Tu lui souris en retour et tu prends ton sac

Alors que tu mets ta main sur la poignée de la porte, tu entends :

-Sabrina, tu te retournes, merci. Elle semble apaisée.

Tu étais étonnée qu'elle ne pète pas un câble, parce que… bah sérieux. Lilith, Satan, des sorcières… Mais elle avait bien réagi. Vraiment bien.

Évidemment, elle avait été absente pendant presque 3 semaines après ça.

Tu n'avais pas osé aller la voir chez elle.

Mais finalement, elle avait frappé à la porte du Mortuaire et tu l'avais amené à l'Académie. Des hurlements de la part de Zelda plus tard et une tasse de thé offerte par Hilda, Mary était restée dîner avec nous. Et elle semblait émerveillée devant les enfants qui lévitent et devant des êtres de 500 ans avec qui elle pouvait parler littérature et magie.

Au lycée, elle était revenue dans une espèce de version étrange, plus constante, plus stable. Miss Wardwell était de retour, ton professeur était de retour. Elle souriait et semblait vraiment en paix. Elle te souriait et parfois, elle te faisait venir dans son bureau pour discuter. De Greedale, de ton avenir. Elle avait fait le deuil d'Adam et elle semblait vraiment calme et apaisée. Elle revenait souvent à l'Académie, elle offrait des conseils pédagogiques aux nouveaux professeurs, et surtout, elle avait fait acheté une photocopieuse. Merci Lilith pour Mary Wardwell et les photocopieuses.

Les enfants étaient très contents d'avoir des photocopies… Même si certains textes magiques n'aimaient pas trop se faire photocopier… Ce qui était étrange…

Dorcas et Agatha s'amusait à prendre 10 livres et voir si les photocopies étaient lisibles… Actuellement, selon les statistiques, les livres près 1200 n'aimaient pas la photocopieuse… Sérieusement… Foutus livres !

Tu regardes Prudence dans les bras de ses sœurs. Tu avais le cœur déchiré. Déchiré en deux peut-être entre soulagement et jalousie. Déchiré en trois… Sans. Aucun. Doute.

Tu étais tellement soulagée.

Comme tu étais soulagée de voir Ambrose embrassée par Hilda et Zelda. Comme tu étais soulagée de voir Prudence avec ses sœurs. Comme tu étais soulagée de voir Faustus dans l'état pitoyable dans lequel il était, à terre, attaché, sans pouvoir.

Ambrose, dont Hilda ne lâchait pas la main, racontait tout à Zelda et Prudence, dont les sœurs avaient capturé les bras, ajoutait quelques détails par ci, par là.

Ambrose t'avait enlacé chaudement et embrassé sur la joue avec amour et affection. Mais pas Prudence.

Tu aurais aimé que Prudence vienne vers toi.

Tu ne voulais pas penser au pourquoi de cette envie. Comme tu ne voulais pas penser au reste.

Tu savais que tu étais égoïste, jalouse… Mais ça te faisait tellement mal, tu avais eu les deux filles pour toi, mais maintenant c'était fini. Elles retournaient avec Prudence. Tu aurais aimé mieux profiter du matin même où Dorcas avait été tout contre toi et Agatha accrochée à ton cou. Tu aurais pu en pleurer, mais tu te tournes vers le présent, ni le passé, ni l'avenir. Tu penses à Faustus. Tu pries Lilith, tu lui demandes conseil et guidance. Que faire de lui ?

Tu entends un murmure impérieux mais caressant : «Amènes-le moi, près de l'autel, avec la Congrégation ». Tu sursautes et Zelda aussi. Les autres semblent avoir été sourds à l'ordre, à la demande. Tu regardes les yeux de Zelda, c'est à elle de décider. Elle hoche la tête. Et annonce la réunion des adultes de la Congrégation, devant l'autel.

Lilith était là, attendant. Pas de décorum, pas d'entrée fracassante, pas d'apparition fantasque. Non, juste, là. Couronne infernale, cheveux tressés, une robe presque antique, noire et or évidemment, elle était belle. Elle était sublime, divine.

Quelques-uns et quelques-unes étaient tombés à genoux, mais le soupir de Lilith les avait fait se relever, un peu honteux de ce réflexe. Zelda avait souri à Lilith, comme à une vieille amie. Faustus avait été avancé de force vers Lilith, il était terrorisé, croyait-il qu'elle allait le dévorer ? Ridicule.

Des racines l'avaient emprisonnées et Lilith avait parlé.

Elle avait parlé de ses propres actions, sur l'ordre de Satan. Elle avait parlé des promesses que Satan avait fait à Faustus, à elle et à bien d'autres… de la tentation, de la dévotion, de la tromperie…

Elle avait montré qu'il avait été un pion, mais un pion qui avait dans sa folie tuer plus de 40 sorciers et sorcières.

Puis elle avait laissé le silence prendre place dans la clairière. Visiblement en attente d'un verdict.

Les yeux se sont tournés vers Zelda. Elle s'était placée à côté de Lilith et avait proposé la mort tout simplement. Mettre une fin à l'ancien temps par un dernier sang versé. Évidemment.

C'était le plus logique.

Mais pas le plus fondateur, ni le plus juste. La bible dit Œil pour Œil, Dent pour Dent… Mais n'étiez-vous pas meilleurs ? Ne vouliez-vous pas être meilleurs ?

Tu regardes Lilith. Tu sais que Zelda est le chef de votre Congrégation, mais Lilith est censée vous guider vers quelque chose de mieux. Mais la foule entre en liesse, évidement, à la proposition de Zelda plaît.

Mais Lilith s'avance et propose oui, elle propose un échange. Une résurrection contre un condamné.

Oh… Nick… Le choix est difficile… la proposition est dangereuse, et si Satan s'échappait… Mais Lilith apaise, rassure, sourit enfin quand elle réussit à convaincre des sorcières et des sorciers furieux de la justesse de sa proposition.

Elle semble heureuse, tu espères de tout ton cœur qu'elle l'est. Elle sauve un innocent et s'empare d'un coupable, quoi de mieux.

Tu te sentais encore plus déchirée, de culpabilité surtout. Nick était là vivant. Il cherchait à te parler, tu voulais le fuir. Tu avais l'excuse de devoir aider Zelda pour la Congrégation, Hilda pour les enfants et les visiteurs, tu devais aussi toujours aller à l'école des mortels… Tu avais Harvey, Roz et Théo et Mary pour t'aider à t'enfuir de toute ta culpabilité. Nick t'avait sauvé car il t'aimait, tu le fuyais pour ne pas lui dire la vérité. Tu fuyais l'Académie le plus possible… entre lui et les sœurs… Tu priais Lilith pour trouver la force de lui dire… pas tout, mais juste assez… Tu avais peur de sa colère, de sa violence peut-être… Tu avais tellement du mal à garder la tête hors de l'eau.

Il y a deux ans, tu avais encore Harvey, puis tu avais eu Nick et pendant quelques mois, tu avais eu Agatha et Dorcas.

Maintenant, tu n'avais plus rien. Juste tes terreurs nocturnes et tes sanglots. Parfois, souvent, tu voulais croire que la chaleur que tu sentais dans ta poitrine quand tu parlais doucement à Lilith le soir en regardant la Lune à ta fenêtre, venait de la main douce de Lilith qui chassait les larmes de tes joues.

Tu ne voulais pas penser à Nick.

Tu ne voulais pas penser aux morts.

Tu ne voulais pas penser à Satan.

Tu ne voulais pas penser à ton cœur qui se déchirait.

Tu étais tellement embrouillée, confuse, à bout de tout, à bout de toi... Ta fatigue ne t'aidait pas à mettre en ordre tes idées… Tu dormais toujours aussi peu, aussi mal…

Seule depuis le retour de Prudence… Mais finalement tu avais pris ta décision. Tu espérais que ça fasse quelque chose parce que tu n'en pouvais plus.

Tu étais exténuée par tout. Tu ne voulais plus… Tu ne pouvais plus… pas pour l'instant, peut-être jamais.

Nick vous avait sauvés et tu l'avais aimé.

Vraiment.

Comme Harvey.

Mais… Tu ne pensais plus les aimer. Tu ne pouvais plus. Ni l'un ni l'autre. Tu ne pensais pas pouvoir aimer encore, mortel ou pas sorcier ou pas… Tu ne pensais plus pouvoir faire confiance à un homme… Intellectuellement, tu savais que tous les hommes n'étaient pas comme lui, tu le savais… mais les cauchemars ne s'arrêtaient pas. Ils ne s'arrêteraient sans doute jamais. Tu voulais trouver un moyen de ne plus te sentir comme ça.

Ça.

Effrayer. Chaque seconde de ton éveil semblait n'être qu'une immense terreur. Tu sursautais pour un rien, pour un bruit, pour une main posée sans prévenance sur ton épaule. Tu n'arrivais pas même à l'Académie à te sentir vraiment en sécurité. Pourtant, tu étais saine et sauve.

Souiller. Chaque parcelle de ton corps semblait ne jamais se débarrasser de lui. Tu te sentais toujours salie, sale… Avili et infâme. Ton corps tu le lavais encore et encore. Mais cette impression de salissure ne disparaissait pas. Tu n'arrivais pas à… accepter, à passer autre…

Tremblante. Chaque nuit depuis, tu faisais cauchemars sur cauchemars. D'affreux rêves : parfois c'était ta famille et tes amis qui souffraient et périssaient, parfois c'était juste une autre version de ton souvenir… Parfois tout en même temps. Dans tes oreilles, le rire et la voix de Satan te brûlaient. Ses mains te brûlaient, sa peau, son membre…

Tu faisais semblant d'aller mieux, d'aller bien. Mais ce n'était qu'une façade…

Satan… Il t'avait tellement blessée… qu'il soit la Bête ou l'ange déchu MorningStar, ce n'était qu'un être empli de haine, de destruction et de mort. Il avait été monstrueux, voulant tout contrôlé, tout dirigé, tout régné. Tout soumettre. Il t'avait fait tant souffrir. Comme Lilith. Pas autant, pas aussi longtemps.

Mais tu avais tellement mal.

Tu ne voulais plus y penser, tu voulais oublier.

Il avait voulu forcer ton respect, il avait forcé ton corps, ton esprit, ta magie… Il avait tout volé, tout violé… Ce souvenir… Tu l'avais enfouie dans ton esprit…

TU. NE. VOULAIS. PAS. Y. PENSER.

Mais chaque nuit, mais aussi à chaque moment de faiblesse, ton esprit voguait vers ses eaux noires et souillées.

Personne n'avait posé de question… De peur de tes réponses… Peut-être aussi que cela semblait évident. Comme s'il n'en avait pas pu être autrement… Comme si Satan n'aurait pas pu faire autrement… Combien avant toi avait été violé par la Bête ? Par ton père ? Tu en avais vomi à cette simple pensée, tu en avais encore la nausée parfois, toujours.

Tu ne savais pas trop… Tu ne savais pas ce qu'ils savaient… qui savait quoi…

Lilith savait évidemment… tu savais aussi que Zelda supposait, mais vous n'en aviez pas parlé.

Comme elle ne parlait pas de Blackwood… La capacité des Spellman a faire l'autruche n'avait sans doute pas de limite.

C'était toujours la même chose… La honte, le sentiment de faiblesse, d'impuissance…

Tu ne voulais plus ressentir ça. Tu ne pouvais plus vivre comme ça. Tu pensais qu'avec le temps… mais ça ne changeait rien. Tu n'en pouvais plus, tu n'arrivais pas à t'en sortir, à sortir des méandres de ton esprit et de ton corps violés… Tu avais besoin d'aide.

Alors, tu étais aux portes des Enfers.

Deux jours après avoir officiellement rompu avec Nick, tu avais demandé une audience, tu avais attendu… longtemps… la main sur la porte, n'osant pas entrer sans permission.

Lilith, Lilith, Lilith…

Ce n'était pas vraiment une prière, peut-être que ça en avait été une…

Lilith, Lilith, Lilith…

Lilith, Lilith, Lilith…

Lil…

La porte s'était ouverte d'elle-même, une invitation. Tu en aurais pleuré de soulagement.

Un chemin menait vers une sorte de palais, tu l'empruntas. Curieuse malgré tout, tu observas tes alentours, la terre que tu parcourais était presque aussi rouge que du sang séché alors que le ciel était d'un rouge vif, comme le sang que l'on vient de faire couler. Tu longes un fleuve, l'eau est presque noir et plus loin tu vois une sorte de ville.

Tu ne rencontres personne, qu'aurais-tu dit à un démon ? Ta Mère m'a invité.

Ça aurait pu être drôle, mortellement drôle sans doute.

Mais personne n'était venu à ta rencontre et la porte de Manoir s'était elle aussi ouverte d'elle-même. Lilith était là pour t'accueillir.

Pas la Reine des Enfers, coiffé de sa couronne, ni même la Mère des Démons… mais Lilith.

Lilith, la Première Femme. Sans apparat. Juste elle, dans toute sa beauté. Elle était habillé d'une toge très simple, très blanche.

Tu l'avais regardé bouche bée. Si belle.

Tu en avais presque oubliée ce que tu voulais, tu en étais presque tombée à genoux. Sublime.

Elle te souriait timidement, contente de son effet mais avec une satisfaction sauvage et profonde dans les yeux.

Tu t'étais demandée depuis combien de temps elle ne s'était pas montrée comme ça. Simplement elle, la première femme. Son vraie être sans illusion, sans crainte.

Elle était magnifique. Sa peau était bronzée, d'une teinte impossible et parfaite, mise en valeur par la blancheur de son habit, ses yeux étaient d'un brun incroyablement, lumineux dans leur obscurité, mais avec des lueurs rouges. Et sa chevelure était d'un noir de néant. Tu n'avais même pas pensé à comment elle allait se présenter à toi. Tu en tremblais de désir. Tu réprimas un soupir d'envie. La lumière des Enfers lui rendait hommage, la pièce n'était qu'un décor appuyant sa beauté.

Mais tout cela n'était qu'un sursis, une distraction.

Vous le saviez toutes deux. Elle savait pourquoi tu étais là. Elle le savait car tu en avais tant parlé, tant murmuré dans tes prières. Depuis des jours, des semaines, des mois peut-être…

Tu n'avais pas parlé, tu n'en avais plus besoin. Elle savait tout, elle avait tout entendu, tout lu dans ton cœur, tout lu dans tes yeux, dans ton esprit. Tu montras tout, de nouveau, encore et jours… Mais tu ne lui montrais plus ce que tu avais à donner… Tu lui montrais ce qui était en toi. Ta souffrance, ta peur, ta haine, ta colère… Et cette colère ne se calmait pas et ta peur faisait fuir le sommeil et le repos. Tu expliques que tu ne voulais pas être comme ça. Plus jamais comme ça. Tu ne voulais pas te soumettre, jamais à personne.

Plus jamais. Lilith, s'il-te-plaît, plus jamais.

Ce n'était peut-être pas la solution, mais c'était une solution pour l'instant.

Un vieux rituel… que Lilith avait accepté de présider… Elle n'avait rien dit, rien exigé en échange. Elle comprenait. Tu trouvais ça horrible qu'un être si beau, qu'une femme si ancienne te regarde avec tant de souffrance, tant de compréhension. Tu aurais pleuré, tu aurais tout donné pour qu'elle ne connaisse pas ce que tu ressentais, qu'elle n'ait pas connu cela, que cela, depuis les Premiers Âges. Tu aurais tant donnée pour elle… Mais tu ne pouvais rien faire…

Lilith marmonnait une douce mélodie, elle faisait ce que tu demandais doucement, tranquillement, sans douleur, sans pression, sans intrusion… Tu pleurais maintenant, tes pleurs couvraient la voix qui devenait une caresse. Pour tenter de calmer tes pleurs, elle toucha ta tempe et elle entraîna ton esprit vers l'avenir, vers ce que tu voulais… ce qu'elle aurait voulu avec Satan... une relation égalitaire, équitable. Tu voulais du partage, tu voulais de la légèreté, mais un respect profond pour tout ce que tu étais. Tu voulais appartenir à une communauté juste et solide.

Après, quand tu avais arrêté de pleurer, Lilith avait cessé de te caresser doucement les cheveux, elle t'avait raccompagnée à la porte des Enfers.

Elle t'avait montré au loin, la ville Purgatoire et ses alentours, où les âmes humaines, dont Dieu ne voulait pas, étaient purifiées, et, une fois lavées de leur péché, elles étaient renvoyées sur Terre pour se réincarner.

Au Purgatoire, vivaient des centaines de diablotins dont le travail était de purifier les âmes. Lilith t'avait raconté avoir engendrer 100 diablotins au début, puis ses derniers s'étaient reproduits. C'était le premier peuple de Lilith. Les diablotins étaient très nombreux et se géraient tous seuls. C'était une civilisation incroyable et Lilith n'en était que le chef spirituel. Le changement de règne n'avait rien changé pour les diablotins. Les diablotins étaient une engeance prolifique de Lilith, ils n'avaient jamais aimé Satan et ne s'intéressait pas vraiment à la Terre. Ils ne pouvaient pas en fouler le sol terrestre et ils ne le voulaient pas non plus. Ils ne s'intéressaient qu'à leur mission et ils l'accomplissaient avec brio et acharnement.

Plus loin, elle te montra les Champs-Élysées, là, ceux et celles qui avaient signé le livre, ou ceux qui simplement refusait Dieu, ces âmes-là vivaient le temps qu'ils voulaient, jusqu'au moment, où, eux-aussi se réincarnaient sur Terre.

Tu n'avais pas eu le temps de lui demander, elle t'avait dit que ton père-sorcier n'était pas là, parti depuis longtemps. Ta mère n'était pas allée aux Enfers, malgré le fait d'avoir enfanter une sorcière, t'avoir baptisé devait lui avoir fait gagner des points. L'ironie mordante de Lilith t'avait fait rire.

Aux Champs-Élysées vivaient certains démons infernaux désormais en paix avec les humains, pour la plupart. Les Démons infernaux ne foulaient le sol de la Terre qu'en étant invoqué. Les Champs-Élysées était aussi le lieu où les démons terrestres finissaient leur existence. Les démons terrestres étaient ceux nés sur Terre et vivant sur Terre. Ils étaient parfaitement mortels et leur âme démoniaque venait en enfer après leur mort, comme toutes âmes magiques, qui refusaient Dieu ou que Dieu refusait. Les démons terrestres étaient souvent tués par des chasseurs humains, des Tueurs.

Elle t'avait montré un cimetière, dont les tombes semblait fraîches. Qui donc meurt en Enfer ? Elle explique que le changement de règne avait fait beaucoup de dégâts. Elle avait engendré ses enfants souvent par haine et maintenant que ce sentiment s'estompait, ses enfants bien souvent n'avaient plus l'envie de vivre.

Lilith raconte lentement la mort de ses enfants. Elle, qui ne les avaient aimés que de loin, avait pleuré chaque mort, chaque disparition. Le cimetière s'étendait à perte de vue. Tu avais lentement pris la Reine dans tes bras. Elle avait, ses derniers mois, enterré ses enfants et cela te brisait le cœur.

Elle t'avait dit que très peu de démons infernaux, de première génération, comme elle le disait étaient encore vivants. La plupart s'était laissé mourir, certains s'étaient rapprochée des diablotins du Purgatoire, s'attachant avec eux à Purifier les âmes humaines. D'autres restaient des démons infernaux à proprement parlé, mais comme leur mère, s'éloignaient de la colère et cherchaient une nouvelle place dans le monde infernal et le monde terrestre.

Lilith tremble sans bruit contre toi. Elle t'avoue avoir fait le compte : de ses 633 enfants, il n'en restait seulement 134… 134 pour l'instant.

Certains habitaient désormais au Purgatoire, aidant les Diablotins à purifier les âmes des mortels, les autres continuaient leur petite affaire sur Terre, la vengeance, les pactes, juste faire peur et s'amuser... Les commerces infernaux continuaient sans difficulté... Les humains restaient égaux à eux même...

Mais certains attendaient d'avoir une mission. Attendaient que Lilith leur offre un but.

Ceux-là erraient au Palais de Lilith, attendant. Certains que leur Mère les guiderait.

Ils voulaient exister avec Lilith, dans le chemin qu'elle traçait désormais.

Devant la porte des Enfers, tu avais proposé que ces êtres deviennent vos protecteurs, vos gardiens. Des démons-gardiens en quelque sorte, l'idée avait fait sourire Lilith doucement. Non plus des êtres invoqués par colère et haine mais des êtres sages, capable de protection et de conseil.

Elle avait lentement hoché la tête, songeuse.

Devant la porte, elle t'embrasse tendrement le front.

Un dernier regard, une caresse des yeux et la porte s'était refermée.

Les cauchemars n'avaient pas disparu. Tu dormais un peu mieux, un peu plus.

Les pensées noires qui parfois t'empoisonnaient étaient toujours là. Mais moins prenantes, moins étouffantes.
Tout n'était pas résolu. Rien n'était résolu. Mais tu trouvais un étrange réconfort et tu avais lentement mais sûrement retrouvé un semblant de contrôle.

Tu ne pensais plus trop à Nick.

Tu ne pensais que rarement aux morts.

Tu ne pensais qu'à peine à Satan.

Tu pensais inlassablement à tes trois belles sorcières.

()()()

Pour les fans de Swan/Queen, je suis en train de finir le chapitre 19... encore un peu de patience.