Disclaimer : Les personnages des films ne m'appartiennent pas, seuls les OC sont miens.

Univers : Le prologue se déroule avant Skyfall, la suite prend place après Spectre.

Note : Participation au Challenge de Mars du Collectif NoName. Est-ce la fanfiction qui vous a amené à l'écriture ou est-ce l'écriture qui vous a amené à la fanfiction ? En toute sincérité, je crois me rappeler que c'est l'écriture qui a fini par me mener à la fanfiction.

Note Bis : Ce devait être un simple OS (encore) mais je n'ai pas pu m'empêcher de faire une fic à chapitres (encore).

Note Ter : Dans Skyfall, il est dit que Mallory a été prisonnier pendant trois mois dans les mains de l'IRA. Dans cette fanfiction, il y a passé trois ans. Cette différence sera expliquée dans la suite des chapitres.


Prologue


Les rires lointains des soldats ennemis percent le silence angoissant de la nuit, réveillant Gareth. Il s'assoit difficilement, peinant à bouger ses membres endoloris par la torture et par les positions incommodantes sur le sol dur. Sa vue s'habitude doucement à l'obscurité, il se lève puis atteint les barreaux de la cellule dans laquelle il est enfermé. Le métal est gelé, comme le reste de l'endroit, et une certaine humidité l'imprègne. Le froid de l'hiver a rendu la captivité plus insupportable, sentiment approfondi par le déclin inéluctable de la luminosité en cette saison. À cela s'ajoutent les privations auxquelles les prisonniers sont soumis, creusant les estomacs et les chairs. Le britannique connait ce refrain, il est là depuis presque deux ans, faiblissant physiquement mais gardant toutefois une force mentale qui l'aide à tenir face à ses bourreaux.

En entendant les voix de ses tortionnaires, Mallory comprend avec un certain étonnement que Noël est là. Quelques chants traditionnels résonnent au loin, contrastant avec les horreurs qui se déroulent dans la base militaire en pleine journée. C'est un jour de fête mais le captif a l'impression de chuter encore plus bas, comme si quelqu'un venait subitement de défaire ses poumons de tout leur oxygène. Le cœur lourd, il retourne dans un coin de sa cellule, enfouissant son visage dans ses mains en retenant des larmes qui ne seraient en rien salvatrices dans une situation comme la sienne. Après la mort de ses parents, Gareth s'est promis de toujours être présents pour ses deux petits frères, année après année, même quand le travail ne lui laissait pas beaucoup de temps pour eux. Il n'a jamais failli, réussissant toujours à passer le réveillon auprès de ses proches, heureux de pouvoir donner un coup de main à sa famille. Mais ce soir du vingt-quatre décembre, il n'est pas au chaud auprès de la cheminée à échanger des plaisanteries avec ses frères, et cela pour la deuxième année.

Il aimerait pouvoir contacter ses proches, d'une manière ou d'une autre, pour les rassurer sur son sort et leur faire comprendre qu'il est toujours en vie. Les communications avec l'extérieur sont impossibles, ils n'ont aucun appareil à subtiliser à leurs ravisseurs, aucun signal à transmettre pour retrouver un lien avec le monde auquel ils ont été ravis. Gareth essaye régulièrement de ne pas y penser, pour ne pas imaginer la panique dans laquelle ses frères se trouvent, pour ne pas supposer qu'ils entament un deuil sans savoir ce qu'il est devenu. Il aurait dû faire preuve de plus de franchise avec eux afin de ne pas les plonger dans un tel enfer mais il est un peu tard pour regretter ses mensonges.

Un rire plus fort lui parvient et il redresse la tête. Les bruits de bottes dans les escaliers lui tirent un frisson d'appréhension et il se recompose un visage plus neutre. Il est hors de question pour lui de montrer à ses opposants qu'il a eu un moment de faiblesses, pas alors qu'ils n'attendent qu'un signe de sa part ou de celle des autres prisonniers pour mieux les briser. Un rai de lumière filtre sous la porte à l'entrée du long couloir des cellules puis s'agrandit jusqu'à éclairer chaque barreau. Une silhouette imposante se découpe à contrejour puis s'avance lourdement, suivie par une autre plus frêle. Gareth identifie sans mal le ton de deux de ses bourreaux et il se demande un bref instant s'il passera un jour de plus dans cet endroit de malheur.

« Debout, on a des nouvelles pour vous. »

L'ordre n'est ni violent, ni froid, mais le ton employé ne permet aucun doute sur l'obligation d'obéissance immédiate de la part des prisonniers. Mallory se relève en titubant avec de secouer fermement le deuxième occupant de sa cellule, Jim Jones, son plus vieil ami. Ce dernier grogne avant d'ouvrir les yeux puis, se rappelant où il est et devinant qu'il vaut mieux se remettre debout rapidement, il se dresse sur ses jambes et attend la suite.

« Nous venons d'avoir des discussions avec vos politiques. Certains d'entre vous auront bientôt la chance de rentrer. »

Gareth entend des soupirs soulagés et quelques murmures encourageants provenant d'autres cellules. Lui ne parle pas, il n'est pas berné par ce faux espoir qui saisit les autres. Certains. Et non tous. Leurs ennemis n'ont pas déclaré que chacun d'entre eux sortirait vivant de cet enfer et il craint d'apprendre que son nom n'est pas dans la liste de ceux qui retourneront chez eux. Les prisonniers n'obtiennent aucune parole supplémentaire, aucune information de la part des Irlandais qui s'éloignent en riant avec amusement. Il n'est pas difficile de comprendre qu'ils sont fiers de leur coup, fiers de les avoir réveillés sans leur apporter assez de détails pour les rassurer complètement sur leur sort.

« Promets-moi de ne pas m'abandonner, Gareth. »

Le concerné lance un regard surpris à son ami. La pâleur maladive et la sueur qui couvre le visage de Jim n'ont rien de réjouissant. Ils ont mis des années à bâtir une amitié solide, de celles qui traversent les épreuves, en se soutenant à chaque mauvaise nouvelle. Lorsque Jones s'est marié, Mallory était son témoin puis il a accepté de devenir le parrain de son fils. Il ne prévoit pas de partir sans lui, il compte bien le ramener auprès de sa femme et son enfant, même s'il doit affronter les pires atrocités. Il ignore alors que son serment ne sera rien de plus que des mots dans le vent.

« Je te le promets, Jim.

— Tu me ramèneras à la maison, hein ?

— Je rendrais service à ta femme si je te laissais ici, rétorque Gareth avec l'ombre d'un sourire. »

Jones rit à son tour mais se met à tousser, produisant un son qui inquiète aussitôt son ami. Il prie pour que les prochains moins leur apportent cette libération dont ils ont besoin car il n'est pas dupe son coéquipier ne survivra pas si leur captivité s'éternise.

« Si je meurs dans ce trou, dis-leur que je les aime.

— Tu le feras toi-même. Tu peux encore tenir, nous l'avons fait jusque-là et il n'y a pas de raison que ça change. »

Ce ne sont pourtant que des paroles vaines qui se perdent dans le froid de Noël. Les nuits s'allongent, s'endurcissent, et les températures s'abaissent tout au long de la saison. La toux de Jim s'aggrave et Gareth assiste avec angoisse au délire qui s'empare de son ami. Il tente de le maintenir éveillé, lui racontant des anecdotes sur ses frères, évoquant des souvenirs communs, lui rappelant qu'il a une famille qui l'attend et qu'il n'a pas le droit de les abandonner.

Les semaines qui suivent Noël n'ont rien d'une sinécure. Jones ne guérit pas et Mallory ne peut qu'observer avec impuissance le déclin de son ami. Les quelques soins prodigués par les médecins militaires ennemis apportent un peu de répit mais la toux demeure sournoisement. Jim survit péniblement à l'hiver, sans qu'ils sachent exactement de quelle façon. Son état alterne pendant plusieurs mois entre une santé stable et des périodes de malaise de plus en plus durable, tant et si bien que les Irlandais en viennent à se demander s'ils ne feraient pas mieux de l'abandonner à son sort. La détermination de Gareth est suffisante pour offrir un peu de soins au malade mais la situation ne s'améliore plus.

C'est le commencement de l'hiver suivant qui éteint le souffle de Jones, à la veille d'un nouveau Noël irlandais. Son corps est emmené, laissant son ami seul dans sa cellule, plus désespéré que jamais. Il passe une nuit blanche en se reprochant de ne pas avoir su tenir sa promesse, sentant peser au creux de son estomac une culpabilité qui ne le quittera jamais. Le lendemain, jour de Noël, il est enfin libéré, autorisé à retourner dans sa patrie, là où d'autres captifs britanniques ont pu repartir depuis un an. Il ne prend pas le temps de s'occuper de lui-même, il ne s'accorde qu'une nuit de chaleur avant de porter sur ses épaules la lourde tâche de rendre visite à celle qui est devenue la veuve de son ancien camarade.

La femme de Jim – Betty – l'accueille avec un espoir qui disparaît rapidement à la vue de ses traits marqués par le chagrin. Lorsqu'il lui apprend la sinistre vérité, elle hurle, vocifère, pleure et l'accuse. Il accepte sans broncher chacune de ses plaintes, se considérant comme responsable de la mort de son meilleur ami. Le visage curieux de l'enfant, dans l'encadrement de la porte, est un rappel du bonheur qui a été détruit parce qu'il n'a pas pu être à la hauteur et sauver une vie. Les funérailles de son ami se déroulent quelques jours plus tard, sans corps à enterrer puisqu'il n'a pas été rapatrié. C'est un cercueil vide qui descend dans la tombe, une boîte de bois qui ne contient rien d'autre que des pensées fantômes.

« Jim t'a choisi pour être le parrain de notre fils, déclare Betty le jour de l'enterrement. Mais je reviens sur sa décision. »

Elle ne s'attarde pas et il ne la retient pas. Il a conscience que ses paroles sont prononcées sous le coup de la colère et de la tristesse mais il n'a pas le courage de lui tenir un long discours pour lui expliquer qu'il n'aurait rien pu faire. Lui-même est honteux d'être revenu vivant sans son ami et de pouvoir continuer son existence.

Pour Mallory, une autre voie s'ouvre devant lui, une voie où les promesses s'échappent malgré sa volonté. Chacun de ses serments se ternit et se brise, comme une malédiction qui lui collerait à la peau pour lui rappeler que sa parole n'a pas de poids. Son retour de captivité le rend amer, presque misanthrope, et il s'éloigne de sa famille pour se forger une carapace, sans parler de ce qu'il a subi. Il enchaine les boulots en gravissant les échelons et en se construisant une réputation d'homme inébranlable. Lorsqu'il est projeté à la tête des services du MI-6, à la suite d'un incident ayant coûté la vie à une femme qui luttait pour son pays, il comprend qu'il n'aura jamais de stabilité.

Il n'imagine pas, à cet instant, que son existence sera chamboulée par des yeux bleu pour lesquels il serait prêt à promettre l'impossible et à sacrifier bien plus que sa parole. S'il y a bien une chose que James Bond va lui apprendre, c'est que le passé ne détermine pas toujours l'avenir et qu'il est possible de se tracer un chemin en cédant aux sentiments.