Bonjour mes petites pétrels des neiges ! Je suis toujours en vacances, mais j'assure la publication et j'ai fait vos RaR normalement aujourd'hui au programme du chapitre : on pensait plus le voir arriver et bien si, il est là ! :)
Réponse aux anonymes :
Avril : tu as du MyStrade tous les quatre semaines (2 chapitres de 2 parties) j'espère que ça suffira ! On les voit en toile de fond aussi dans les autres ;p merci pour l'enthousiasme et la review, j'espère que la suite te plaira :)
Bonne lecture !
Mariage
Partie 1
« John, je m'ennuie -SH »
John sourit bêtement en attrapant son téléphone. Il était ridiculement amoureux de son compagnon.
« Pourquoi tu ne dors pas ? »
« Dormir est une activité ennuyeuse -SH »
John pouffa.
« Faut être en forme pour demain. Dors. Je suis épuisé, moi. »
Il pouvait imaginer sans aucun problème le long soupir épuisé de son amant.
« Cette tradition stupide est vraiment aberrante -SH »
John haussa les épaules. Violet y avait beaucoup tenu, bizarrement. Considérant qu'il lui avait délégué l'intégralité de l'organisation du mariage, il avait logiquement considéré qu'il n'avait pas son mot à dire sur certains points. En l'occurrence, l'insistance de sa belle-mère pour qu'ils ne dorment pas ensemble la veille du mariage, et qu'ils ne se voient pas avant le lendemain, à l'autel. Ça n'avait pas beaucoup de sens. Il n'y avait pas de robe de mariée renversante à découvrir, ni de virginité à préserver. John avait supervisé l'organisation et donné son aval aux décisions de Violet, et Sherlock avait probablement tout déduit, il n'y avait aucune surprise pour personne.
Mais elle les avait de force installés dans deux chambres différentes, et John l'avait tranquillement accepté. Dormir ne lui ferait pas de mal, il était réellement épuisé. Et parfois, avoir Sherlock à proximité, lui et sa capacité insolente à s'endormir dès qu'il le décidait, ne plus bouger, et se réveiller frais comme un gardon six heures plus tard, quand le médecin tournait et retournait dans les draps en tentant de trouver le sommeil, ça pouvait lui déclencher des envies de meurtre. Et il ne faisait pas bon genre d'assassiner son futur époux la veille du mariage, assurément.
« Va dormir. Je vais envoyer des SMS à Mycroft. -SH »
« Ça va l'énerver. Mycroft n'aime pas les SMS. -SH »
« Mais il se sentira obligé de répondre. Au cas où. Et pour ne pas froisser Maman. -SH »
« Ça peut être drôle. Même si ça ne durera peut-être pas longtemps. -SH »
« Il me faudra une autre occupation, après. -SH »
« John ? – SH »
« John ? – SH »
« John, tu dors. Ce n'est pas drôle. Mycroft a répondu beaucoup trop rapidement. Je m'ennuie de nouveau. -SH »
« John, quand je parlais d'une autre occupation, je voulais dire venir te rejoindre. Tant que je rejoins ma chambre avant demain matin, Maman n'en saura rien, et c'était parfait. Mais ça n'a aucun intérêt si tu dors. -SH »
« John, je m'ennuie vraiment. Je crois que je vais venir quand même. Même si tu dors. -SH »
« Je sais que c'est moi qui t'aies dit d'aller dormir, mais ce n'est quand même pas gentil de ta part de me laisser seul à m'ennuyer la veille de notre mariage. Ça en dit long sur ta capacité à devenir un bon époux. Je ne suis plus certain de vouloir t'épouser, du coup. -SH »
« Si même à ça, tu ne réagis pas, c'est vraiment que tu dors. -SH »
« C'est injuste. Je m'ennuie. -SH »
« Bon, j'arrive. Tant pis si tu dors. -SH »
Quand John se réveilla, le lendemain matin, il ne fut pas spécialement surpris de sentir un poids accroché à lui. Ça arrivait à Sherlock de dormir lové contre lui comme un animal, roulé en boule contre son flanc, et un bras possessif contre sa taille. Généralement, c'était le signe qu'il n'allait pas forcément bien, et qu'il avait besoin d'une attention qu'il ne savait pas verbaliser.
Sans décrocher le bras de son compagnon endormi, au bras de quelques efforts et contorsions, il parvint à attraper son portable sur la table de nuit, et découvrit les multiples messages de son amant durant la nuit. Il s'était endormi juste après le premier qui mentionnait Mycroft, et le dernier datait de plus d'une heure et demie après. Sherlock avait essayé de tenir longtemps.
Il reposa le téléphone sur la table de nuit, et posa une main douce sur les cheveux de son compagnon endormi. Il l'aimait aussi pour ça. Pour sa vulnérabilité qu'il ne laissait que rarement apparaître. Il savait très bien que pour toute la journée à venir, Sherlock serait du grand Sherlock. Arrogant, impétueux, génial, cynique. Alors pour un instant, il voulait profiter de l'autre facette de son amant, le câlin et tendre qui s'accrochait à lui comme une moule à son rocher. Délicatement, il glissa plus profondément dans le lit, pour mieux s'installer contre Sherlock. De face, ses beaux yeux clos et ses longs cils qui dessinaient des ombres sur son visage le faisaient paraître plus jeune encore. Encore un truc injuste entre eux. Quand il semblait prendre de l'âge, Sherlock paraissait rajeunir. Il était la seule personne que John connaissait qui n'avait pas pris un coup de vieux en ayant un enfant.
— Réveille-toi Amour... souffla-t-il doucement.
Un grognement lui répondit. Définitivement pas dans son état normal. Sherlock se réveillait normalement d'un coup, en pleine forme, il s'étirait et il était parti pour la journée. Grommeler dans son sommeil ne faisait pas partie de ses habitudes.
— Allez Amour... si ta mère te trouve ici, elle va te tuer. Ça ne fera pas bon genre pour ton mariage. Tu crois que Mycroft lui évitera la prison ? Il en est bien capable. Il est capable de tout. Et même moi, je ne voudrais pas que ta mère finisse en prison. Même si ça m'embêterait un peu qu'elle te tue, quand même. Je préférerais vraiment t'épouser à la place. Et ne pas élever Rosie en père célibataire. Ce ne serait pas bon pour son équilibre. Je veux dire, déjà qu'elle n'a pas la famille la plus équilibrée au monde, si en plus on lui supprime un de ses pères... Et puis ta mère s'en voudrait, si elle te tuait. Elle t'aime plus que tout, tu sais ? À la réflexion, je pense qu'elle tenterait simplement de te supprimer, mais Mycroft l'en empêcherait. Mais elle pourrait bouder. Et si elle est aussi têtue que toi quand tu boudes, nos photos de mariage seront gâchées. Ce serait triste non ? Enfin, de toute manière, il y aura Mycroft sur ces photos, donc de ton point de vue, elles seront forcément un peu gâch...
— John, l'interrompit Sherlock brutalement. Tais-toi.
Ledit John adressa un large sourire à son amant, dont les yeux désormais grands ouverts le fixaient, à quelques centimètres.
— Oh tu es réveillé, ça alors ! Quelle bonne nouvelle !
— Parfois, tu dis vraiment des bêtises, tu sais ? Ma mère ne m'assassinera pas. Elle m'aime trop pour ça. Elle tentera peut-être de t'assassiner toi, en revanche. Mais tu as raison, Mycroft ne la laissera pas faire.
John éclata de rire, en caressant doucement le visage de son amant. Il avait beau savoir que le mariage ne changerait pas grand-chose à leur relation, à leurs matins ensemble, à l'appartement qu'ils partageaient, à la petite fille qu'ils élevaient, à leur vie, il sentait le poids de cette journée peser sur lui.
Et Sherlock ne serait pas là, dans ce lit avec lui, s'il ne le sentait pas aussi.
— Tu te sentais si mal seul que tu es venu ? demanda-t-il doucement, sans jamais cesser de laisser courir ses doigts sur son visage.
Sherlock haussa les épaules, ferma les paupières. Pas seulement pour mieux apprécier la caresse, mais aussi pour essayer d'éviter la question. Sauf que John le connaissait par cœur, et il insista.
— Je ne sais pas. Il m'arrive de dormir seul, mais seulement quand j'y suis obligé, quand tu es de garde de nuit, quand je suis sur une enquête et pas à la maison... Mais dormir volontairement loin de toi alors que tu étais juste à côté, ça me paraissait absurde.
— Absurde ?
— Non-naturel.
John sourit doucement. Sherlock avait toujours les yeux fermés, et ne pouvait pas le voir, mais il ne pouvait pas s'empêcher de ressentir cette violente bouffée d'amour pour cet homme qui murmurait ces mots.
Lentement, il embrassait les paupières closes, le remerciant muettement. L'enlaçant, mêlant son odeur à la sienne, le serrant contre lui à l'en étouffer.
— Je t'aime aussi, Sherlock. Et j'adorerais te faire l'amour tranquillement dans ce lit, mais ça attendra ce soir et la nuit de noces. Nous avons un mariage à célébrer. Il faut que tu rejoignes ta chambre.
— Mycroft sait déjà que j'ai passé la nuit ici. Maman le saura bien assez tôt aussi.
— Ce n'est pas une raison pour ne pas lui faire plaisir. Elle a tout organisé pour nous. On peut bien lui obéir aujourd'hui, non ?
Sherlock soupira. Il y avait pas mal d'arguments contre ça, en premier lieu qu'en tant qu'époux, seul leur bonheur et leur plaisir comptaient aujourd'hui et pas celui de sa mère, mais il savait aussi que John avait raison. Ils ne s'étaient préoccupés de rien, et Violet s'était amusé, avec Sephy, à tout organiser. Elle méritait, pour l'effort, que la journée se déroule comme elle l'avait prévue. Se détachant enfin de l'étreinte de son amant, et repoussant les draps chauds qui les abritaient, il se redressa.
— D'accord... je retourne dans ma chambre.
— On se voit à la cérémonie, s'amusa John.
Sherlock soupira derechef.
— Évidemment. Le plan de ma mère ne prévoit pas que tu t'enfuies en douce.
— Je serai le mec en costume qui t'attend à l'autel, continua de plaisanter John, indifférent à la mimique exaspérée de son compagnon.
— Je vais demander à Maman s'il n'y a pas une voiture avec les clés sur le contact pour que JE m'enfuie avant la cérémonie, si tu continues, lança-t-il en quittant la pièce.
John éclata de rire.
— C'est magnifique, Violet, souffla John.
Laisser l'organisation de son mariage à sa belle-mère aurait pu être la pire idée de la vie de n'importe qui. Ça avait été la meilleure de la sienne. La vieille dame avait du goût. Et de l'argent, aussi. John le savait, vaguement, comme un concept plus nébuleux qu'autre chose. Mycroft était riche, ce n'était pas une nouveauté, Greg s'en plaignait même parfois, parce qu'il avait conscience que son salaire de fonctionnaire n'égalerait jamais le train de vie de son compagnon. Sherlock aurait pu en avoir, mais il était totalement désintéressé de la question, sauf quand on lui mettait entre les mains une carte bancaire des fonds secrets du gouvernement pour une mission secrète, mais tout ce qui l'intéressait était d'embêter son frère.
Violet et Sieger vivaient dans leur petite maison de campagne, et ne respiraient pas le luxe en apparence. Sauf que Musgrave, même détruit, laissait sous-entendre la puissance de leur famille. Ils étaient respectivement les héritiers de puissantes familles étrangères, et même si leur fortune leur était totalement indifférente, ils n'avaient pas hésité à débourser énormément d'argent pour le mariage. John avait été gêné, au début. Sherlock avait haussé les épaules. Sa mère avait perdu tout espoir de marier ses enfants un jour, quand elle avait vu grandir les deux phénomènes. Désormais, elle avait deux gendres qu'elle adorait, et deux petites-filles en passe de devenir les enfants les plus gâtées de la planète.
— Oh, voyons, John, ce n'est rien.
Ça ne l'était pas, mais elle était sincère. Elle aimait John comme son fils. L'absence des parents de ce dernier ne faisait que renforcer ce sentiment.
— John, mon garçon, vous êtes splendide ! le complimenta Mrs Hudson.
Elle portait du violet, bien sûr, dans une nouvelle robe particulièrement jolie. Et un chapeau vaguement démesuré, que John jugeait ridicule, mais qui était très anglais. Et comme tout anglais qui se respectait, il n'allait pas lui dire.
— Merci, mais c'est vous qui êtes ravissante, Mrs Hudson ! Et son costume va beaucoup mieux à Sherlock qu'à moi !
D'accord, il n'était pas censé voir son compagnon habillé avant la cérémonie, mais Sherlock était têtu comme une mule, et il avait passé la matinée de préparation à échapper à sa mère furieuse pour venir rejoindre John à la moindre occasion.
— Sottises ! répliqua la vieille dame. De toute manière, il n'y a rien qui ne va pas à cette grande tige, il pourrait porter n'importe quoi qu'il rendrait ça séduisant ! Ça va de pair avec son arrogance...
Violet et John pouffèrent de rire. Elle avait entièrement raison.
— Mais aujourd'hui, vous le concurrencez efficacement, je vous assure !
Elle rayonnait de joie et de sincérité, et John lui sourit, soudain ému. Il n'avait plus vraiment de famille, mais ces deux bouts de femme, des véritables forces de la nature, se chargeaient efficacement de lui servir de mère. Sieger était paternaliste. Greg, devenu plus ou moins son beau-frère par alliance, était comme un frère.
Et puis, bien sûr, il avait Sherlock et Rosie. Les membres les plus importants de sa famille.
— Où est Rosie ? s'alarma-t-il soudainement.
Il avait vu sa fille, dans sa petite robe blanche immaculée, plus jolie que jamais, avec ses cheveux blonds et ses grands yeux bleus, et avait complètement fondu d'amour devant son sourire. Sa robe blanche ne le resterait pas longtemps, mais elle en était très fière. Elle savait qu'elle était importante.
— Avec Sephy, répondit Violet. Elle essaye de lui apprendre à jeter des pétales pour ouvrir le chemin à Sherlock.
John retint un éclat de rire. Un échec retentissant se profilait. Non seulement Rosie n'avait pas la patience pour faire ça, ni la motricité, mais en plus Sherlock trouverait cela exaspérant qu'on le traite comme une mariée. Qu'il n'était pas le moins du monde.
— La cérémonie ne va pas tarder, annonça Violet. Allez-vous installer, je vais chercher Sherlock. S'il ne s'est pas enfui ou caché dans son coin...
— J'ai son téléphone, indiqua John. Et Mycroft l'a normalement tenu éloigné de tous éléments susceptibles de lui donner envie de se lancer dans une enquête. S'il ne vient pas, c'est qu'il ne veut plus m'épouser ! plaisanta John.
Il était nerveux. Un peu. Pas inquiet sur les sentiments que lui portaient Sherlock, mais sur l'incroyable capacité qu'il avait parfois à faire les choses de travers.
— Je l'empêcherai de faire quelque chose d'aussi stupide que fuir ! décréta Violet. Allez hop, tout le monde en place ! La cérémonie va commencer !
La cérémonie fut superbe. Sherlock ne s'était pas enfui, et même s'il faisait de son mieux pour ne pas le montrer, John pouvait dire à quel point, en remontant l'allée qui le menait à John au bras de sa mère, il était heureux. Bien sûr, ce bonheur et cette vulnérabilité n'étant pas quelque chose qu'il avait l'habitude d'afficher, alors il fut totalement cynique et odieux, et ce plus d'une fois au cours de la journée, mais jamais John ne cessa de le regarder d'un air niais et extatique.
Bien sûr, techniquement, ce mariage n'avait aucune validité juridique. Ce n'était pas un mariage religieux, Sherlock s'y étant opposé fermement, et John n'étant pas assez croyant pour le vouloir à tout prix. Sa vie en Afghanistan sur un champ de bataille avait sérieusement entamé sa confiance en l'existence d'une entité divine. Paradoxalement, la seule chose qui le faisait encore croire en un Dieu quelconque, c'était Sherlock lui-même. Parce que son existence était un putain de miracle, et le fait qu'il veuille de lui l'était encore plus.
Le mariage civil, formalisme juridique qui n'était que de la paperasse, était en cours. Pour des raisons obscures, cela prenait du temps, et même s'ils avaient fourni tous les documents depuis longtemps, le mariage n'avait pas été officiellement prononcé. Le fait qu'ils gardent chacun leur propre nom, tout en donnant à Rosamund celui de Holmes sans pour autant que sa parentalité avec John ne puisse être remise en cause n'arrangeait rien.
Aujourd'hui n'était rien de plus qu'une cérémonie personnelle, pour fêter l'évènement avec leur famille et amis. Un maître de cérémonie avait mené la danse, appelant leurs amis à témoigner, faire des discours, puis finalement les invitant à prononcer leurs vœux, échanger des anneaux (qu'ils avaient ôté juste avant pour les remettre devant témoins, plus pour la symbolique qu'autre chose), et s'embrasser, pour les déclarer mari et mari.
Ça avait été la seule chose surprenante pour John. Même s'il s'était émerveillé devant le lieu (un véritable château) et son parc magnifique et sa salle de réception, John avait validé tous ses éléments. Les fleurs, le menu, la couleur des nappes, des décorations, avaient été soumises à sa validation distraite. Il n'en avait pas été surpris plus que ça.
Même le costume queue de pie de Sherlock, très ressemblant au sien, mais qui lui allait beaucoup mieux, comme prévu, n'était pas surprenant. Il lui avait coupé le souffle, bien sûr, parce que c'était Sherlock, c'était un putain d'enfoiré magnifique en toutes circonstances, et cette fois encore plus, et il en avait la gorge sèche, les yeux humides, le souffle court et le corps brûlant de désir en le voyant apparaître. Mais ça n'avait pas été une surprise.
Leurs vœux de mariage, en revanche, l'avaient été.
John ne pensait sincèrement pas que Sherlock allait dire quoi que ce soit d'exceptionnel. Il était un orateur de haut vol, quand il le voulait bien. Il pouvait captiver une assistance en quelques mots, tournures de phrases, mouvements grandiloquents de son corps pour assoir son pouvoir sur des interlocuteurs médusés.
Pour autant, déclamer ses sentiments ne faisaient pas partie de ses habitudes. Du moins pas devant témoins. Et des témoins, il y en avait. Tous les amis de la fac de médecine de John étaient là, une partie de Scotland Yard (pour ceux qui ne détestaient pas Sherlock), les collègues actuels de John, la famille de Sherlock, c'est-à-dire Violet et Sieger, Mycroft, Greg et Sephy, et Rosie, mais également quelques vieilles tantes ou cousines, que de toute évidence, il avait fallu inviter par politesse.
Il fallait rajouter à cette assemblée leurs amis proches, au premier rang, mais également Harry qui était exceptionnellement sobre depuis plus de trois mois et accompagnée de sa compagne Clara, des amis militaires de John, et des relations plus ou moins obscures de Sherlock, dont certains semblaient clairement faire partie de son réseau de sans-abris ou d'indics sur les enquêtes.
John se serait contenté des mots banals, habituels. Le « À compter de ce jour, je te prends pour époux, et je promets de te garder, pour le meilleur et pour le pire, richesse et pauvreté, santé et maladie », et tout le blabla rituel. Les promesses de sincérité, de fidélité, d'amour et compagnie. John s'y attendait. Il l'aurait accepté. Même, il aurait compris que Sherlock balance simplement un « oui, je t'aime, je veux t'épouser, on peut passer à la suite, John, je m'ennuie » qui aurait été tellement sa marque de fabrique et qui l'aurait fait rire.
Il ne s'attendait pas au raclement de gorge, au regard intense posé sur lui. Un frisson le secoua tout entier, et Sherlock commença à parler.
— John, tu sais que je ne suis pas spécialement expansif sur mes sentiments, et encore moins en public. Pendant longtemps, je n'ai pas compris ce dont il s'agissait, les sentiments que j'éprouvais pour toi. J'ignorais que ça avait un nom, que cela pouvait être verbalisé. Pour moi... c'était là. C'était toujours là. Ça m'était devenu aussi normal que respirer et déduire. Je n'aurais sans doute rien fait, si tu n'avais pas décidé d'agir. Je sais que je te récompense mal de tout ça, que tu l'acceptes sans broncher, et je te prie de bien vouloir m'en excuser. Je sais que je suis un père parfaitement nul pour Rosie, parfois, en refusant de changer ses couches ou en refusant de lui apprendre à aller sur le pot. Je sais que je suis un compagnon parfaitement nul parfois pour toi, quand je m'absorbe dans une enquête, et que je te néglige. Je sais que je suis un être humain parfaitement nul parfois, pour le reste du monde, et que je mérite toutes les insultes et les coups de poing que j'ai pu recevoir dans ma vie. Mais tout ce qu'i sauver chez moi, c'est grâce à toi, à l'amour que je te porte, et que tu me rends. Rosie existe parce que je t'aime. Je ne cesserai jamais de t'aimer et de te remercier de ta compréhension. Je ne cesserai jamais d'apprendre à mieux me comporter en société, même si je n'y vois absolument aucun intérêt, au fond. Cet engagement, aujourd'hui, n'a aucun intérêt pour moi. C'est une construction sociétale et éculée, ridicule et absurde. Le mariage n'évite pas l'ennui, les disputes, la routine, les tromperies. J'ai beau le savoir, je suis quand même absurdement heureux d'être là, et je crois sincèrement tous les mots que je t'adresse. Je peux sincèrement te promettre qu'on ne s'ennuiera jamais, qu'on se disputera toujours pour de bonnes raisons pour mieux se retrouver et progresser, que la routine n'existera pas entre nous, et que jamais, de toute ma vie, je ne serai capable de me lasser de toi et te tromper.
John n'arrivait déjà plus à respirer, les yeux humides. Sherlock avait l'air tellement concentré, mortellement sérieux sur sa déclaration. Peu conventionnelle, mais quand on lisait à travers les mots, c'était la première fois que Sherlock lui témoignait à ce point tout son amour, et la violence de celui-ci.
John le connaissait également suffisamment pour savoir que même s'il le récitait de manière claire et posée, le détective était très ému. Il avait oublié tout le monde autour, et serrait les mains de John dans les siennes.
— Je n'ai jamais aimé avant toi, j'ignorais le sens de ce mot. Je n'aimerai plus jamais après toi. Je t'ai attendu toute ma vie durant, et désormais tu es là. Et nous serons toujours ensemble, dans toutes les épreuves de la vie.
John avala une grande bouffée d'air pour étouffer un sanglot. Sherlock avait les yeux brillants, ce qui les rendait plus bleus que jamais, et plus désirable que jamais, également. Ses vœux étaient à son image, possessifs et arbitraires. En toute logique, il aurait dû promettre de l'aimer et le chérir, dans la santé comme la maladie, la richesse et la pauvreté, et toutes ces choses-là. Mais c'était un engagement personnel. Sherlock, lui, déclamait son amour et engageait autant John que lui dans ses propos, comme le défiant de dire l'inverse. Comme s'il savait mieux que John ce que ce dernier ressentait, et qu'il prenait des décisions à sa place.
C'était sans doute mal de le laisser dans cette omnipotence, mais ils avaient toujours fonctionné plus ou moins comme ça, et John l'aimait trop pour l'en empêcher.
Sherlock attendait, et John réalisa que c'était son tour de parler. Il n'avait pas vraiment préparé de vœux, certainement pas aussi détaillés et émouvant. Il avait supposé que son compagnon balancerait quelques phrases lapidaires sur un ton d'ennui, et il ne voulait pas dénoter et le mettre mal à l'aise avec des serments longs et fastidieux, les sempiternelles promesses.
Bien sûr, John aurait pu réciter les vœux classiques, mais cela lui aurait paru fade et inintéressant. Et ça représentait si peu l'intensité de ce qu'il ressentait pour cet homme improbable. Alors il improvisa.
— Un jour, tu m'as dit que tu ne savais pas pourquoi je t'aimais. Pourquoi je t'avais choisi, toi, entre tous, alors que tu es si insupportable. J'ai un million de raisons pour ça, Sherlock, mais je ne t'en donnerai aucune. Parce que ce jour-là, tu as dit que c'était le plus grand mystère de ta vie, que je t'aime, et je compte bien le garder ainsi.
Sherlock sourit, de ce sourire éclatant Juste-pour-John, si brillant que ça faisait chavirer son cœur.
— Tu as dit « danger », Sherlock. Et je suis venu, conclut-il.
Ça n'avait sans doute aucun sens pour leurs invités. Ils s'en moquaient. Ça en avait pour eux.
— Vous pouvez vous embrasser, annonça le maître de cérémonie.
Obéissant à l'injonction du maître de cérémonie, ils s'embrassèrent. Lentement, doucement, précautionneusement. Les longs doigts pâles de Sherlock encadraient les joues de son compagnon, l'empêchant de fuir. Comme s'il en aurait pu en avoir envie ! John se perdit tout entier dans ce baiser, l'odeur de Sherlock, la fermeté de son corps pressé contre le sien, ayant encore à l'esprit les mots qu'il venait de lui adresser. Ils en oublièrent le lieu et l'instant, la famille et les amis qui applaudissaient poliment, certains de plus en plus gênés de voir le baiser s'éterniser.
Pour la plupart des gens qui les connaissaient vraiment bien, cela n'avait pourtant rien d'étonnant, et après un instant, Violet Holmes se leva, prit le bras de son mari qui le lui proposait galamment, et quitta le lieu de cérémonie, invitant activement tout le monde à en faire de même, et de rejoindre la salle de réception pour le dîner, le bal, et la suite des festivités. De nombreuses personnes la suivirent, bavardant aimablement, y compris le célébrant, pas le moins du monde perturbé. D'autres, comme des collègues de John qui ne le connaissaient pas suffisamment bien quand il était avec son compagnon, restèrent les bras ballants, gênés. Rosie, totalement habituée à ses parents, gambadait joyeusement dans sa petite robe blanche, essayant d'avoir l'attention de sa cousine Sephy, sa grand-mère, et sa marraine Molly tout à la fois. Elle riait aux éclats, plus heureuse que jamais. À l'image de ses parents.
Au bout de l'allée, sous l'arche en fleurs que Violet avait fait installer dans les jardins, Sherlock Holmes et John Watson s'embrassaient toujours.
Quand ils se relâchèrent enfin, les joues rouges et les yeux brillants, les bancs qui avaient accueillis leurs invités étaient déserts, et le soleil rougeoyait à l'horizon en amorçant sa descente.
— Oups, laissa échapper John avec un petit rire en voyant le désert total.
— Qu'est-ce qu'il ne faut pas faire pour avoir un moment seul avec toi ! grincha Sherlock. Certains ont mis des heures à partir !
John gloussa bêtement, un son qu'il ne produisait habituellement pas, mais il était trop euphorique pour s'en formaliser. En toute objectivité, ça faisait sans doute moins de trente minutes qu'ils avaient commencé à s'embrasser, ce qui était déjà bien assez long. Violet avait sans doute fait servir l'apéritif, et s'occupait de tout, comme à son habitude.
— Faut pas se marier, si tu voulais être seul avec moi, rit-il. Un mariage, c'est l'antithèse de la tranquillité.
— C'est complètement absurde, trancha Sherlock. Je croyais que le but était de répondre aux désidératas des mariés ? Et s'ils veulent être tranquilles, hein ?
John gloussa derechef. Sherlock était parfaitement sérieux. Et John avait conscience de se comporter comme une midinette stupide, mais son amant en costume, sous le dais de fleurs blanches, dans la lumière flamboyante de la fin de l'après-midi, grommelant sur les traditions stupides, était le plus beau spectacle au monde. Le mariage n'avait été qu'une cérémonie laïque, officié par un célébrant diplômé, mais n'avait aucune valeur juridique ou légale. Elle n'avait que la valeur qu'ils lui avaient conférée. Et même si John savait que c'était important pour lui, pour Sherlock, il ne pensait pas lui conférer tant de pouvoirs. Il ne pensait pas avoir à ce point le souffle coupé par l'envie, le désir, l'amour énorme qu'il ressentait pour cet homme improbable, généralement boudeur et imbu de sa personne, souvent insupportable, et toujours parfait et exceptionnel.
— Ils ne se marient pas, s'ils veulent être tranquilles, répondit-il doucement. Ça fait partie du contrat tacite qu'acceptent les gens, ils sont au centre de la journée, mais en contrepartie ils ne peuvent pas se défaire de toute l'attention qui est la leur...
Sherlock posa sur lui un regard indescriptible, les yeux à la fois moqueur et pourtant tendre.
— Sauf nous, au final, poursuivit John. Sauf toi.
Les prunelles de Sherlock irradiaient de suffisance, mais d'un amour trop puissant pour être contenu, et qui coupa de nouveau le souffle à John. Au point où ils en étaient, leurs invités pouvaient bien attendre encore un peu. Sherlock avait raison quant à l'absence de tranquillité des époux à un mariage. Et John n'était pas contre un peu de tranquillité avec son compagnon. Son époux, désormais.
— Viens là, murmura-t-il en attrapant la cravate de soie grise.
Elle serait froissée, ça gâcherait les photos futures. John s'en moquait. Pour lui, ça lui rappellerait juste le moment le plus parfait de la journée, celui où il avait de nouveau embrassé passionnément son amant dans le soleil couchant, dans le silence et le calme.
Si ça n'avait tenu qu'à Sherlock, il n'aurait probablement jamais rejoint la suite de la cérémonie. John le connaissait suffisamment bien pour deviner que son esprit bondissait d'une solution (absurde) à une autre (encore plus improbable) pour récupérer Rosie et s'éclipser discrètement pour rentrer chez eux.
Bien sûr, John réfuta une par une ses propositions délirantes (la dernière impliquait un hélicoptère, dont ils ne disposaient évidemment pas, et en plus, aucun d'eux ne savait le piloter) de son amant, et finit par le traîner dans l'immense salle de réception du château loué par Violet pour la journée.
En parfaite hôtesse, la mère de Sherlock avait fait servir l'apéritif, et leur arrivée passa presque inaperçue... jusqu'à ce que Rosie, avec un cri strident, les aperçoive et coure vers eux.
Prochain chapitre le Me 11/08
Reviews, si le coeur vous en dit ? :)
