Bonjour mes petites pétrels des neiges ! Aujourd'hui, la suite du mariage, c'est qu'ils n'ont pas fini d'être mignons ! (enfin moi je les trouve choupis !)
Bonne lecture :)
RaR des anonymes :
Avril : Violet est une rockstar, c'est évident ;p Elle et Mrs Hudson ensemble, rien ne peut les arrêter ! Merci pour ta review :)
Mariage
Partie 2
Ils ne furent plus vraiment tranquilles ensuite, du moins pour John. Sherlock se replia dans ses pensées relativement vite. Autant la cérémonie laïque, dont il était partie prenante, avait trouvé intérêt à ses yeux, autant le babillage inutile de tous les convives les félicitant lui paraissait hautement barbant. John se laissa plonger dans son Palais Mental, et se chargea d'être la part sociable du couple, comme toujours. Ça n'empêchait pas Sherlock, en mode pilote automatique, de faire ce qui devait être fait : manger, remercier, sourire, présenter son meilleur profil au photographe (c'était d'autant plus aisé que les deux profils de Sherlock étaient le meilleur), et s'occuper de Rosie. John, en contrepartie, pouvait bien faire la conversation. La plupart des gens était venu pour lui, de toute manière. Sherlock n'avait que peu de proches.
Il remonta à la surface à la fin du dîner, quand un éclat de musique retentit.
— Allons-y, indiqua-t-il.
John était assis à table, à côté de lui, et discutait avec Molly, qui avait Rosie sur les genoux. La fillette avait lutté très longtemps contre le sommeil, mais elle avait été vaincue depuis peu, et dormait dans les bras de sa marraine. Ils avaient tous fini le dessert depuis peu, et pour autant que John en savait, il n'était pas tout à fait prévu que la soirée prenne fin et qu'ils rentrent chez eux. Or, présentement, ça lui semblait le seul endroit où Sherlock pouvait vouloir aller.
— Où ça ? demanda-t-il bêtement.
Sherlock fronça les sourcils, comme si la réponse était évidente. Elle l'était d'ailleurs sans doute. Pour lui et son cerveau super-actif.
— Ouvrir le bal, John, répondit-il avec une pointe d'impatience. Ce n'est pas la tradition ?
John haussa les épaules. Danser était hors de propos pour lui, avec sa jambe blessée en Afghanistan. Le PTSD avait peut-être disparu au contact de Sherlock (et d'accord, il voulait même bien admettre que c'était un PTSD), il n'en restait pas moins qu'il avait été réellement blessé, et que sa jambe était parfois encore douloureuse au niveau de l'articulation.
— Oui, enfin la tradition voudrait que l'un de nous soit en blanc, et porte quelque chose de neuf, quelque chose d'emprunté, quelque chose de bleu, et quelque chose de vieux. Ah, et accessoirement, que ce l'un de nous soit une femme. Alors les traditions, hein... Je ne t'ai pas sorti de ta transe tout à l'heure pour couper le gâteau, tu ne vas pas me traîner sur une piste de danse.
— Quel gâteau ? demanda Sherlock, perplexe.
— Celui que tu as mangé.
Le détective baissa les yeux vers son assiette, où se trouvait effectivement un reliquat de génoise et de biscuit. Il n'en avait aucun souvenir particulier, mais ça devait être bon. John avait en effet coupé le gâteau tout seul, amusant ses invités, tandis que Sherlock restait figé sur sa chaise. Le photographe avait tout immortalisé, et John gageait que ce serait drôle, au développement de la pellicule.
— Quel rapport avec la danse ? ajouta Sherlock.
Ce faisait, il s'était levé de sa chaise, et tendait la main en direction de John.
— Aucun rapport, s'ahurit John face à ce geste. Mais je ne veux pas danser.
— Je ne te laisse pas le choix. Molly, il serait bon d'aller coucher Rosie dans son lit, sinon elle va avoir mal à la nuque à dormir ainsi. Elle a une chambre à l'étage, deuxième étage, escalier B, couloir de gauche, quatrième porte à droite, j'ai vérifié la portée du visiophone, qu'il faut penser à brancher, puisque le son ne pourra pas porter aussi loin en cas de problème. Viens, John.
Il avait prononcé toute sa réplique sur le même ton, plaçant Rosie qui devait dormir confortablement et John qui devait aller danser sur le même plan. Il semblait ne même pas avoir respiré durant tout ce temps, et n'attendait manifestement aucune réponse à ses propos. Il avait attrapé le bras de John, et relevé, pour l'entraîner derrière lui.
John trébuchait en essayant de suivre son amant qui fendait la pièce avec agilité. On ne pouvait lui enlever ça, cette capacité à se déplacer comme si le monde lui appartenait, son aisance.
Ils s'arrêtèrent brusquement, Sherlock dans une forme olympique, John vaguement essoufflé, moins par l'effort que par la surprise. Ils étaient au milieu de la « piste de danse », si ça pouvait mériter ce titre. C'était davantage un espace vide, qui permettrait d'accueillir des danseurs. Les gens aimaient danser aux mariages, alors Violet avait souhaité prévoir cet espace, et John y avait agréé. Il n'avait absolument pas eu l'envie de l'utiliser par lui-même.
Ils étaient entièrement seuls au milieu de tout cet espace vide, et les invités, intrigués, se pressaient tout autour, dans une sorte de demi-cercle autour d'eux.
— Sherlock, tu es sérieux ? s'ébahit John. Je ne sais pas danser.
— Moi, si.
John leva les yeux au ciel. Il n'en doutait pas une seule seconde. Déjà, Sherlock savait absolument tout faire, quand il décidait de s'y mettre sérieusement. Ensuite, il avait nourri des ambitions de danse classique durant quelques temps, durant l'enfance. Violet s'était fait un plaisir de partager quelques vieilles photos avec John, où un petit garçon aux cheveux bouclés, l'air très concentré, et en justaucorps, essayait de faire des pointes. Quand il avait appris que c'était réservé aux filles, il avait été très déçu. Et s'était détourné de la danse classique pour se jeter à corps perdu dans une nouvelle passion. Ses centres d'intérêts changeaient rapidement, à l'époque.
Il n'en restait pas moins que Sherlock était taillé pour la danse, et il en avait la grâce et la fluidité des mouvements. Il avait aussi une très bonne mémoire, une visualisation dans l'espace extrêmement développée, et il avait vu suffisamment de ballets et de valses pour en reproduire les mouvements à la perfection. Il n'égalait évidemment pas un danseur classique — il n'avait pas leur capacité physique et leurs milliers d'heures d'entraînement accumulées au fil des années — mais il savait danser.
— Ça ne suffira pas, Sherlock, lui apprit John sur un ton d'évidence.
— Bien sûr que si. Il te suffit de suivre mes pas. Tu n'es pas aussi médiocre danseur que tu sembles le penser. Tu es simplement mauvais.
John retint difficilement un éclat de rire, pouffant. Vu de leur auditoire, dont il perdait de plus en plus conscience, trop focalisé sur son tout nouvel époux, il devait avoir l'air ridicule.
— Positionne tes mains, indiqua Sherlock en levant les siennes, lui prenant une main, et posant l'autre sur l'épaule.
John referma ses doigts sur la main de Sherlock qui le tenait par réflexe.
— Où ça ? demanda-t-il bêtement, ne sachant pas quoi faire de son autre main. Épaule ou taille ?
Il n'en revenait pas qu'il était sérieusement en train d'obéir à cet énergumène. Ils allaient vraiment le faire. Le ridicule ne les tuerait pas (ils n'étaient plus à ça près), mais ça avait quand même un côté hautement risible.
— Épaule, John, voyons, c'est une valse.
Positionnant son bras comme indiqué, le médecin haussa les épaules. Sherlock aurait pu les entraîner dans un tango qu'il n'aurait pas vu la différence.
— Je suis l'homme ou la femme ? demanda-t-il.
Il avait conscience que ces danses de salon n'avaient pas pour but d'être dansées par deux hommes. Il y avait des rôles préétablis, dans ce type de danse.
Ce fut au tour de Sherlock de hausser les épaules.
— Je mène, donc techniquement, ça fait de moi l'homme. Mais j'ajuste certains éléments. Je ne te tiens pas comme je le devrais, pour une femme, présentement. Alors quelle importance ?
John reconnut que ça n'en avait pas spécialement.
— Et maintenant ? interrogea-t-il.
— On attend que Molly revienne après avoir couchée Rosie... Sinon elle nous en voudra de ne pas avoir assisté à ça.
C'était prévenant de la part de Sherlock, bien plus que ce dont il était d'ordinaire coutumier.
— Assister à notre ridiculisation en public, tu veux dire ?
— Je ne te laisserai pas me rendre ridicule, répliqua posément Sherlock. Oublie ce que tu penses savoir sur la valse, si tu réfléchis, tu vas te tromper. Contente-toi de me regarder, garde absolument tes yeux fixés sur moi tout le long. Et suis les mouvements de mon corps. Quand j'avance une jambe, tu recules celle en miroir. Et vice-versa.
John déglutit. Au fond, il avait envie d'y croire. Être focalisé sur Sherlock, c'était faisable. Il avait déjà perdu toute notion du monde bourdonnant autour de lui.
— J'imagine que l'autre solution, qui consisterait à ce que je mette mes pieds sur les tiens et que tu me fasses danser en bougeant tout seul, est exclue ?
Sherlock, qui balayait la salle du regard, en revint à lui. Ils commençaient à être là sans bouger depuis un peu trop longtemps. Tout le monde les observait, et n'allait pas tarder à s'impatienter.
— Ne sois pas stupide, tu serais bien trop lourd si tu... montais sur mes pieds.
Le ton craché de la fin de sa phrase trahissait clairement ce que Sherlock pensait d'une telle proposition. John soupira. De toute évidence, détendre l'atmosphère électrifiée avec une blague avait été un échec complet. Quand Rosie serait plus grande, John montrerait à son amant ce dont il parlait (et qui n'était évidemment pas applicable pour un adulte). Il avait des souvenirs de son père faisant danser Harriet comme ça, quand ils étaient tout petits (et que sa famille était encore saine et apaisée), et elle riait aux éclats, adorant « danser comme une grande avec son papa ».
— Merci pour cette remarque, grommela-t-il, tout le monde ne peut pas être aussi mince que toi, abruti.
Sherlock ne sembla même pas l'entendre.
— Tu es prêt ? Molly ne devrait pas tarder, annonça-t-il, totalement indifférent à ce que John racontait.
John leva les yeux au ciel. Mais Sherlock était totalement et mortellement sérieux.
— Okay, murmura-t-il en déglutissant difficilement.
Cet homme l'entraînerait vraiment dans tout et n'importe quoi. Pour une fois, ce n'était pas létal ni même dangereux, sinon pour sa fierté, mais ça lui semblait la chose la plus dingue qu'il avait faite avec son génie sociopathe.
Sherlock n'attendait pas vraiment son assentiment, de toute manière. Il avait pris une décision, et s'y tenait.
— Ah Molly est revenue, parfait, commenta-t-il à voix basse.
Il lâcha John d'une main, un instant, pour faire un signe à quelqu'un que John ne voyait pas. Une musique se déclencha aussitôt. Lente, douce, basse.
Sherlock le fixa, riva ses prunelles dans les siennes. John le regarda et ne le lâcha pas, comme demandé. Sherlock, mû par une logique qui n'appartenait qu'à lui, entama alors les mouvements. Si les premiers furent laborieux, John bougeant à retardement, et maladroitement, après un instant, ils se mirent à évoluer, sinon de manière gracieuse, tout à fait correctement. Un professeur de danse leur aurait sans doute reproché mille et un détails, mais dans l'ensemble, ils dansaient. John se focalisait sur Sherlock, et uniquement Sherlock. Il ne voyait plus le monde autour. Seul le visage de Sherlock lui apparaissait clairement, son corps étant devenu un élément flou, auquel il obéissait par réflexe. Son compagnon était assurément bon à ça. Discrètement, par de légers mouvements de bras, de hanches et d'épaules, il indiquait les directions futures à John, qui avait alors la possibilité de réagir convenablement quand, une seconde après, ils amorçaient un véritable mouvement.
— Laisse-toi porter, murmura Sherlock.
Son ton était exceptionnellement doux, et son regard avait cette lueur particulière, que John ne voyait que trop peu souvent. Sherlock avait une palette d'expressions impressionnante, pour la plupart totalement maîtrisées dans le but d'obtenir quelque chose. Il y avait quelques exceptions, comme le sourire-juste-pour-John, ou ses expressions faciales lorsque John le clouait à un lit pour lui donner le plus de plaisir possible. Mais plus que tout, il avait parfois cette lumière au fond des yeux. C'était inexplicable, et toujours bouleversant. Il ne souriait pas particulièrement, mais il était comme illuminé de l'intérieur, comme si tout le bonheur qu'il ressentait en cet instant précis était si fort qu'il pailletait ses yeux d'un éclair irréel.
John en avait toujours le souffle coupé. Il voyait ce regard très peu souvent, mais à chaque fois, c'était comme si Sherlock lui hurlait et lui murmurait qu'il l'aimait en même temps.
Tous ses sens, bizarrement, s'aiguisaient en réponse à ce regard, comme s'il devenait douloureusement conscient de lui-même et de l'homme merveilleux qu'il tenait dans ses bras et qui lui offraient son cœur dans un écrin.
Ce fut ainsi que John, soudain, réalisa qu'il connaissait la musique qui était jouée. Il n'avait pas de musiciens en direct, c'était un enregistrement, qui résonnait fort dans la salle, et deux fois plus fort dans la pièce. Trop concentré sur leurs mouvements, ne cherchant pas spécialement à suivre la musique (Sherlock s'en chargeait) car il avait conscience qu'il était mauvais pour ça, il n'avait pas tout de suite réalisé que l'enregistrement ne contenait qu'un seul instrument. Un violon.
Et que les notes de ce qu'il venait, plus ou moins, de reconnaître, était un de ces airs qu'il entendait souvent à la maison. John n'était pas très mélomane, au grand dam du détective. Il ne reconnaissait aucun des auteurs classiques que Sherlock sublimait ou massacrait de son archet au gré de ses humeurs.
Pour autant, il y avait quelques morceaux qu'il identifiait très bien. La berceuse préférée de Rosie, que Sherlock pouvait jouer inlassablement des heures durant pour le plaisir de leur fille qui s'endormait ; et la sienne. La berceuse de John. Sherlock la jouait déjà quand ils n'étaient que colocataires. Cette musique qui venait toujours, en provenance du salon, quand il s'éveillait d'un cauchemar terrifiant, traumatisme de la guerre. Cette musique qui lui permettait de se rendormir. Sherlock, bougon, avait un jour consenti à lui donner les partitions de cette musique qu'il avait créée, mais John n'avait rien compris aux points noirs sur la portée. Ça n'expliquait en rien la magie du morceau.
— C'est toi qui l'as composé ? demanda-t-il, abasourdi. C'est toi qui joues ?
Il aurait voulu fermer les yeux, totalement s'imprégner de la valse aux relents de berceuses — quelques accords de celles de Rosie semblaient être là aussi — mais ça n'aurait pas été une bonne idée pour la cohérence de leurs lents mouvements.
Lentement, Sherlock hocha la tête, une rougeur délicate teintant ses joues.
— Je voulais... te faire un cadeau, murmura-t-il.
Les mains fermement ancrées sur le corps de Sherlock, John ne pouvait rien faire pour essuyer ses larmes qui pointaient au coin de ses yeux, et il avait la gorge trop nouée pour répondre quoi que ce soit. Il comprenait l'importance de cette valse aux yeux du détective, pourquoi il avait tant insisté pour le faire danser.
John s'oublia encore davantage dans les yeux luisants de joie qui lui faisaient face. Ils n'existaient plus que eux deux au monde, et ils dansaient.
Ils s'immobilisèrent au bout d'un moment. Sherlock ne poussa pas le vice à le basculer en arrière pour l'embrasser à la fin de la musique, comme pour une femme, et John lui en fut reconnaissant. Il craignait que son équilibre n'y survive pas.
Il reprit pied dans la réalité en entendant les applaudissements qui jaillirent de la foule autour d'eux. Il rougit délicatement, tandis que Sherlock saluait avec exagération, ce que personne ne semblât comprendre qu'il s'agissait de mépris et non de remerciements sincères.
La musique changea pour quelque chose de plus moderne et dansant, moins daté, et la piste se remplit de gens s'agitant et se trémoussant, ce que Sherlock considéra comme absurde et dégradant, très loin de sa notion de la danse — il n'aimait vraiment que celle des siècles derniers, qui nécessitait un espace entre les danseurs, et entre les cavaliers.
Ils reprirent leur place à table, laissant leurs invités s'amuser sur la musique.
— Tu t'ennuies, n'est-ce pas ? demanda John doucement.
Avec difficulté, Sherlock remonta à la surface de sa conscience.
La soirée était bien entamée. Il ne restait pas grand monde dans la salle, moins de 50% des invités initiaux.
— Oui, reconnut-il à l'intention de son amant.
Il n'avait pas grand-chose à cacher à John, et n'importe quel autre que lui se serait offusqué que le marié s'ennuie à son propre mariage. En même temps, si ça n'avait pas été John, jamais Sherlock n'aurait accepté le mariage.
— C'est bientôt fini, le rassura John. On peut partir maintenant, même, si tu veux ?
— Je croyais qu'on devait rester jusqu'à la fin ? Si on part, ça n'a plus aucun sens, non ?
John rit doucement.
— Nous sommes les mariés, on fait ce qu'on veut, non ? Et puis de toute manière, c'est juste une fête, maintenant. Ils peuvent s'amuser sans nous. La seule chose qui m'inquiète, c'est ta mère.
Sherlock coula un regard en direction de cette dernière, en grande conversation avec Mrs Hudson. Il y avait neuf chances sur dix pour que les deux femmes se plaignent du comportement de Sherlock, bénissent celui de John, et louent le caractère adorable de Rosie. C'était leur sujet préféré, entre elles.
— Pourquoi ?
— C'est elle qui a tout organisé. C'est à elle que tous les invités s'adressent quand ils ont un problème ou une question. Mais il est tard, à son âge, elle ne devrait pas tant veiller, la pauvre. Si on part, elle sera vraiment seule maître à bord, pour empêcher les gens bourrés de reprendre la route, ou vérifier que chacun est bien dans sa chambre ou... je ne sais pas, mais des trucs comme ça.
Sherlock lui jeta un regard désabusé.
— Si ma mère était fatiguée, elle serait partie, compte sur elle pour ça et faire ce dont elle a envie. Graham est toujours là, et je peux te parier que mû par un sentiment chevaleresque stupide induit par son badge de Scotland Yard, il a récupéré toutes les clés de voiture de tous les invités susceptibles de repartir, précisément pour les en empêcher s'ils sont trop alcoolisés pour ça. Quant à la gestion globale dont tu pourrais t'inquiéter, Mycroft et Anthea sont au courant de tout.
Dans un coin de la pièce, le frère de Sherlock et son assistante, imperturbables, pianotaient sur des ordinateurs derniers cris. Il ne faisait aucun doute qu'ils travaillaient activement, depuis plusieurs heures. Épisodiquement Greg, qui discutait tranquillement avec d'autres gens, de nature sociable, lui envoyait des grimaces courroucées dont son compagnon ne faisait pas grand cas. Mycroft avait attendu que Sephy soit couchée pour tomber le masque et remettre son costume de Gouvernement britannique. De toute évidence, le mariage de son frère était moins important que l'avenir du monde occidental. Ledit frère ne s'en offusquant pas le moins du monde, cela ne gênait personne.
— Je n'avais pas remarqué que Anthea était là, nota John, abasourdi.
Il était pourtant sûr de ne pas l'avoir vu à la cérémonie. Ni sur les plans de table et les invitations. Si ? Ou alors, pas sous ce nom-là ?
— C'est le propre d'Anthea, ricana Sherlock. Ou de Toby. Ou de tous les chiens de garde de Mycroft.
John sursauta en constant qu'en effet, Toby, le chauffeur et garde du corps principal de Mycroft était là également, dans un coin. Il ne dénotait pas vraiment, dans son costume noir, mais il était si statique qu'il en devenait presque invisible.
— Impressionnant, nota John.
En tant que médecin militaire, il n'avait pas été formé plus que ça aux techniques de dissimulation en tout genre, mais il en connaissait suffisamment pour deviner à quel point ces deux-là étaient doués. C'était dans ce genre de moment que John prenait réellement la pleine mesure du boulot qu'effectuait Mycroft, et qu'il en frémissait parfois.
— On peut aller se coucher, alors ? réclama Sherlock. Puisque la situation est sous contrôle ?
John se retourna vers lui et lui adressa un immense sourire canaille.
— Qui a parlé de dormir, Amour ?
John dormait profondément, blotti contre Sherlock, le nez contre sa nuque, un bras autour de son torse, quand il fut brutalement réveillé par le mouvement brusque de son amant.
— Rosie ! Où est Rosie !
John ouvrit difficilement les yeux, les clignant furieusement pour chasser le sommeil.
— Sherlock... appela-t-il d'une voix pâteuse.
Le détective était assis dans le lit, les yeux exorbités et les muscles bandés. Dans son mouvement violent, il avait fait glisser la couverture, et il avait l'air assez ridicule, totalement nu comme ça.
— John ! Rosie !
— Elle dort, Amour. Ou bien elle est réveillée, avec Molly, Mrs Hudson, sa grand-mère, Mycroft, Sephy, ou même Greg... Elle ne manque pas de gens qui s'occupent d'elle.
Sherlock avait les yeux qui roulaient dans leurs orbites, particulièrement effrayé. John regarda le phénomène de plus près, perplexe. Cela faisait des années qu'il partageait sa vie et son lit avec Sherlock, et c'était la première fois qu'il faisait un cauchemar. Même rêver, ça ne semblait ne jamais lui arriver. Mais là, clairement, il se réveillait d'un rêve ou d'un cauchemar, transposait dans la réalité l'angoisse de la nuit, et n'arrivait pas à retrouver parfaitement conscience d'où ils étaient.
— Viens là... murmura doucement John en lui prenant le bras.
Lentement, il obligea Sherlock à se rallonger à côté de lui, dans l'immense et magnifique lit de leur nuit de noces. Comme la veille, ils avaient tous dormi au château qui avait accueilli la cérémonie. Ils avaient été simplement autorisés à dormir ensemble, cette fois.
— Où est Rosie ? demanda encore Sherlock.
Mais ses pupilles s'éclaircissaient, et sa respiration s'approfondissait. Il se calmait.
— En sécurité, répondit John. Elle n'est pas venue nous réveiller parce que nous nous sommes mariés hier, tu te souviens ? On a le droit de profiter, et d'autres personnes de confiance s'occupent d'elle.
Sherlock battit des cils, promenant son regard sur la pièce, reprenant pied avec la réalité. John attendit en le regardant faire. Il avait conscience d'être un peu stupide, mais Sherlock avait des yeux incroyables, des cils démesurés qui n'avaient rien à envier à une femme pleine de mascara, et les regarder était un spectacle fascinant. Dans la lumière du petit matin qui filtrait par les rideaux, les cils dessinaient des ombres sur le visage pâle de Sherlock, et John retombait amoureux de cet idiot en même temps.
— Oh, murmura Sherlock, parfaitement réveillé désormais. Pardon.
— Ce n'est rien Amour. Ce n'est pas vraiment le réveil que j'avais envisagé, mais disons que je trouve rassurant de constater que tu es bien un humain, et que je n'ai pas épousé un robot, ricana-t-il.
Sherlock lui renvoya une œillade courroucée, mais il n'était pas vraiment vexé. Il savait ce qu'on pensait de lui.
— Tu te souviens de pourquoi tu as paniqué comme ça ? lui demanda gentiment John.
Son amant secoua la tête de dénégation. Les bribes du rêve s'effilochaient déjà dans son esprit. Il savait qu'il rêvait. Tous les humains rêvaient. Mais son esprit résolument cartésien et efficace effaçait systématiquement ce qu'il aurait pu en retenir. Les fantasmagories n'étaient pas importantes. Il n'en gardait, pour cette fois, qu'une impression de perte et de chagrin, à propos de leur fille.
— Pas grave. Tout va bien, désormais, décréta John en l'attirant de nouveau dans ses bras.
Il aimait le corps chaud, nu, le cœur battant une chamade désordonnée, qu'il enlaçait.
— C'est ta faute, grommela Sherlock. Tu m'as empêché de dormir, ça m'a déréglé.
— Ça n'a pas paru te gêner, hier soir, ricana John.
Il pressa ses lèvres contre la clavicule qu'il pouvait atteindre, blotti dans les bras de Sherlock.
— Si je m'en souviens bien, même, tu en redemandais... s'esclaffa-t-il.
Cela n'avait pas été la partie de jambes en l'air la plus épique de leur vie, mais ils avaient fait plus de folie que d'habitude assurément. Ils se connaissaient pourtant par cœur, ainsi que le corps de l'autre, mais pourtant leurs étreintes avaient eu un goût particulier de se dire qu'ils le faisaient en tant que couple marié.
— Tu uses de mes faiblesses, répliqua un Sherlock grandiloquent à un John rieur.
John qui, doucement mais sûrement, faisait glisser ses lèvres sur la peau nue offerte à lui, et ses mains le long des hanches.
— John... souffla Sherlock lorsque sa respiration eut un raté. On devrait... Rosie... se lever... ranger, rentrer... non ?
Il avait du mal à faire une phrase cohérente, et John sourit en se redressant pour revenir au niveau de son visage.
— Non, s'exclama-t-il joyeusement.
Sherlock fronça les sourcils, tout désir envolé, cherchant à comprendre les raisons du large sourire de son compagnon.
— On ne rentre pas à la maison. Rosie est au courant, tout le monde aussi. Toi et moi, on a un avion à prendre !
— Pardon ? demanda Sherlock, abasourdi.
Lui cacher quelque chose relevait d'un combat permanent. Il avait trop l'habitude de déduire John d'un seul coup d'œil, sans même le vouloir. Pourtant, son amant devenait meilleur d'année en année pour le surprendre.
— Le concept de voyage de noces, ça te parle ? poursuivit John, toujours aussi gai. Je voulais te faire une surprise. Tout est arrangé. On part de Heathrow dans quelques heures ! Violet et Sieger s'occupent de Rosie, on ira la chercher chez eux en rentrant, elle ne sera pas malheureuse, gâtée par ses grands-parents. Nos bagages sont faits, j'ai préparé les tiens.
Il avait l'air monstrueusement fier de lui devant l'air surpris de son époux.
— Mais on va où ? balbutia-t-il.
Par nature, Sherlock n'aimait pas les surprises. Parce qu'il détestait tout ce qu'il ne maîtrisait pas, tout ce qu'il ne pouvait pas prévoir, gérer. Cela faisait partie de sa personnalité, conséquence directe de son syndrome d'Asperger. John était médecin, et le connaissait très bien. Il savait qu'en premier lieu, Sherlock allait angoisser à propos de ce voyage.
— En France, lui répondit-il doucement en caressant son visage pour l'apaiser. Dans le sud-ouest. Des endroits que tu connais bien, je n'essayerai pas de les prononcer, j'ai encore en mémoire le visage d'horreur de Mycroft et la grimace de ta mère quand je m'y suis essayé, lors de la réservation. Je sais que tu as vécu en France, et je veux que tu me fasses visiter.
Sherlock se détendit imperceptiblement.
— Tout le programme, vol, hôtel et villes à visiter est noté, c'est dans mon sac, tu pourras le consulter et l'apprendre par cœur dès que tu pourras. Et ensuite, comme je ne parle pas un mot de français, je m'en remettrai à toi.
Cette fois, Sherlock sourit. S'il y avait un programme, qu'il pouvait tout apprendre par cœur, et ensuite tout gérer comme il l'entendait, ça le rassurait. Il garderait la maîtrise. John le connaissait par cœur. Il savait comment lui faire des surprises tout en lui faisant plaisir. C'était la seule personne au monde qui parvenait à réussir cet exploit.
— Merci, répondit-il de sa voix basse, chantante, en français. Mais il faudrait quand même que tu comprennes un peu de français.
John n'avait de toute évidence compris que le premier mot prononcé en langue étrangère.
— Je t'aime, lui opposa-t-il en guise de réponse.
Et même sur les trois mots les plus connus de la langue française, il parvenait à avoir un accent désastreux. Sherlock explosa de rire, et l'embrassa profondément.
Prochain chapitre le Me 25/08
Reviews, si le coeur vous en dit ? :)
