Bonjour mes petits pandas roux ! Je vous avoue, ce chapitre (enfin, cet interlude) n'est vraiment pas mon préféré. Je l'aime (principalement parce que la vie de famille de Greg et Mycroft est un bonheur à écrire), mais je suis pas entièrement satisfaite pour autant !
RaR des anonymes :
Avril (chap 14) : Oui, j'avoue que parfois, Sherlock devrait prendre le temps de créer un hymne à la perfection et la grandeur de John Watson... ^^ Merci pour la review :)
Bonne lecture !
Interlude 3 – Sephy fait une fugue
— Mikey ? appela Greg.
— Chut ! Je me concentre !
D'un froncement de sourcil rageur et d'un signe de la main vaguement insultant, Mycroft envoya paître son amant. Fait exceptionnel, on était vendredi soir et il était chez lui à l'heure du dîner. Encore plus incroyable, le lundi suivant était férié et personne ne bossait donc, pas même lui, pour les trois prochains jours. Pour fêter ça, et leur week-end en famille qui s'annonçait, Mycroft et Greg avaient décidé de cuisiner, au lieu de faire confiance au traiteur et à la nourriture à emporter comme d'habitude. Même si le traiteur leur préparait désormais chaque jour des menus équilibrés, sains, et connaissant par cœur leurs goûts, il ne poivrait plus que la portion de Greg, qui était le seul à vraiment aimer, et qu'ils le payaient trois fois plus cher qu'un traiteur normal juste pour ça, les deux hommes avaient parfois des élans de normalité et essayaient de cuisiner.
Et comme Mycroft avait perdu au pierre-papier-ciseau, c'était à lui de s'y coller ce soir. Accoudé au bar de leur cuisine américaine, le nez rivé sur la tablette posé dessus, il essayait de découvrir les secrets d'une recette classée une seule toque de difficulté sur Marmiton. Ce qui n'était déjà pas évident sans interruption, alors il était absolument hors de question qu'il souffre du moindre dérangement.
— Désolé mon amour, mais c'est important, répliqua Greg.
— Plus important que mon risotto aux champignons ? Je suis sur le point de réaliser un chef d'œuvre.
Greg leva les yeux au ciel. Pour l'instant Mycroft avait relu la recette douze fois, regardé la vidéo attachée trois fois, et sorti tous les ingrédients, rangé de gauche à droite dans leur ordre d'utilisation. Il n'avait absolument rien commencé à faire, alors pour le chef d'œuvre, on repasserait. Mais le DI se gardait bien de faire la moindre réflexion. Premièrement parce que Mycroft était extrêmement susceptible et Greg tenait à ses câlins. Et deuxièmement parce qu'il était à peu près aussi doué que son amant.
— Je pense, oui. Sephy n'est pas dans sa chambre.
— Comment ça, Sephy n'est pas dans sa chambre ? Où est-elle ?
— Eh bien, considérant que sa fenêtre est ouverte et qu'elle a trouvé Dieu sait où une corde d'alpinisme qui est accrochée au pied de son lit, et le nœud est solide – soit dit en passant, on a bien fait de ne pas l'inscrire chez les scouts, elle n'en avait pas besoin – et que les rosiers sous sa fenêtre sont tout froissés, je pense qu'on appelle ça faire le mur.
— Quoi ? Mais elle a treize ans ! Elle n'a pas... pas l'âge de faire le mur ! s'ahurit Mycroft, toute velléité de réaliser la moindre recette envolée.
— Considérant que tu l'as disputé tout à l'heure, poursuivit Greg sereinement, je pense cependant qu'elle n'est pas partie rejoindre Dieu sait quelle fête clandestine pour boire des bières, mais plutôt qu'elle a mis à exécution sa menace de fugue dont elle nous rebat les oreilles à chaque dispute depuis trois semaines.
— Elle a treize ans. Pourquoi se comporte-t-elle avec les crises d'ados comme si elle en avait dix-huit et la maturité puérile d'une enfant de cinq ? renifla Mycroft avec agacement.
— Probablement parce que tu l'as élevée ? proposa Greg ironiquement.
Mycroft ne s'abaissa même pas à répondre et laissa définitivement tomber sa recette. Charles, leur traiteur (qui s'appelait en réalité Carlos, mais Charles, ça sonnait mieux) serait ravi.
— Quelle sale gosse ! marmonna Mycroft en faisant le tour du comptoir, s'approchant du bureau au fond du salon. Elle ne sait pas qu'on a des caméras de surveillance partout dans le jardin ou quoi ?
Greg, sans un mot, regarda son compagnon allumer l'ordinateur, se brancher sur leur circuit de surveillance, et remonter les bandes. On y voyait distinctement la jeune fille descendre le long du mur, un sac sur le dos et un sur l'épaule, atterrir sur les rosiers et... disparaître du champ de la première caméra. Et ne réapparaître sur aucune des petites mosaïques en noir et blanc qui divisaient l'écran.
Mycroft avait l'air ahuri.
— Elle a l'air parfaitement au courant qu'on a des caméras de surveillance. Elle a même l'air de savoir où elles sont placées, et comment elles balayent le jardin. Elle a l'air de le savoir manifestement aussi bien que Sherlock connaît l'emplacement de toutes les caméras de Londres pour t'échapper.
— Comment a-t-elle pu faire ? s'insurgea Mycroft. Le... le chemin pour échapper à toutes doit serpenter dans tout le jardin et être aussi peu large qu'une corniche !
Greg ricana. Son amant était peut-être furieux, mais aussi étonnamment admiratif. Leur fille était douée et intelligente. Ils n'auraient pas dû être surpris plus que cela : depuis toute petite, elle avait une excellente mémoire et surtout une capacité impressionnante de modélisation et de représentation dans l'espace. Elle avait, des années durant, modélisé ses observations des planètes et des étoiles à l'échelle avec une précision à faire frémir bien des astrophysiciens. Ses professeurs de danse la complimentaient souvent en ce sens également. Elle n'était pas la plus douée du cours préparatoire à l'entrée au Conservatoire de danse, mais elle était assurément celle qui réalisait le mieux les figures de déplacement, ayant une perception accrue de son environnement.
— Je peux savoir pourquoi tu n'es pas inquiet ? demanda Mycroft, ramenant Greg sur Terre, perdu dans les souvenirs émus de la petite enfance de sa fille.
Greg haussa les épaules.
— Je te signale que notre fille de treize ans est seule dans la rue, en pleine nuit, un vendredi soir.
Mycroft s'était redressé et retourné pour mieux faire face à son compagnon, vaguement soupçonneux. Parfois Greg et Sephy complotaient contre lui. Pour lui faire des farces fort peu appréciées du Gouvernement Britannique, mais que père et fille trouvaient désopilantes. Et vu l'absence de réaction paniquée du DI, Mycroft se demandait s'il n'était pas en train de se faire complètement avoir.
— Hey, non ! se défendit Greg en levant les mains en signe d'apaisement. Juré, je n'y suis pour rien ! Si on avait voulu monter une combine pour manger décemment ce soir, Sephy et moi, on aurait simplement commandé des pizzas lorsqu'on aurait commencé à sentir le brûlé ! Vingt minutes après, quand tu aurais enfin abandonné l'idée de sauver quoi que ce soit, elles seraient arrivées et ça aurait été parfait !
Mycroft grimaça mais sans pouvoir rien répliquer : Greg avait raison.
— C'est d'ailleurs ce que j'allais lui proposer quand je me suis rendu compte qu'elle n'était plus là ! Juré, j'y suis pour rien !
— D'accord, acquiesça son amant. Et donc pourquoi tu n'es pas inquiet ?
— Bah, premièrement, parce que tu as retrouvé Sherlock au moins un million de fois non ? Tu as le pouvoir de toutes les caméras de surveillance de cette fichue ville. Ça ne devrait pas te prendre longtemps avant de lui remettre la main dessus, si ? Et puis même sans ça, parce que Sephy n'est pas capable de volontairement rester loin de son chat plus de deux heures. Ça ne m'étonnerait pas qu'elle rentre toute seule à la maison d'ici peu !
Il avait l'air si calme, force tranquille et apaisée que Mycroft admira un instant sa silhouette droite et fière qui ne tremblait pas. Il allait être celui qui allait briser cette confiance en soi et cela le détruisait. Il grimaça, inspira, et se rapprocha inconsciemment de son amant, pour mieux le soutenir.
— Sauf que parfois, je pouvais mettre plusieurs jours ou semaines pour retrouver Sherlock. La pire fois, je l'ai perdu pendant quatre ans... et c'est toi qui l'as retrouvé. Je n'ose pas imaginer si Sephy devait passer plusieurs jours seule dehors... Concernant les caméras de surveillance, c'est vrai... seulement s'il s'agit d'une urgence ou que je suis déjà sur place. Ce n'est pas difficile de donner des ordres à des gens pour obtenir quelque chose, quand je suis là-bas. Or là c'est le week-end. C'est férié lundi. Personne ou presque ne travaille. Obtenir la possibilité de prendre le contrôle des caméras et vérifier les bandes est beaucoup plus compliqué, presque impossible...
Greg avait blêmi. Et Mycroft n'avait pas fini.
— Quant à son chat... Tu n'as regardé son épaule ?
— Son épaule ?
Lentement, Mycroft en revint à l'ordinateur et remonta une nouvelle fois les bandes jusqu'à faire apparaître celle ou Sephy passait par la fenêtre. Un sac sur le dos, un sac à l'épaule. Le sac de transport de son chat.
— Elle l'a emporté ? murmura Greg, parfaitement incrédule. C'est impossible ! On ne fugue pas avec un chat ! Elle est folle cette gosse ! Antigone ! Antigone, viens ici !
L'inquiétude le submergeait désormais et son discours devenait incohérent, se mettant à bouger dans de grands gestes inutiles, appelant l'animal fétiche de leur petite fille.
— Antigone !
En désespoir de cause, il en vint même à retourner dans la cuisine, attrapant une boîte de pâtée en sauce dont l'animal raffolait et auquel elle avait rarement le droit. Tellement rarement qu'elle déboulait de l'autre bout de la maison dès qu'on agitait le sachet avec ce bruit caractéristique de viscosité secouée, qu'elle entendait de très très loin.
Mais seul le silence répondit à ses appels désespérés, et Greg dut se rendre à l'évidence : leur fille était partie et bien partie.
— Mais qu'est-ce qu'on va faire ? souffla-t-il, abattu.
Maintenant que sa sérénité avait volé en éclats et qu'il réalisait la gravité de la situation que Mycroft avait pris en compte bien plus tôt, il s'en remettait entièrement et totalement à son amant. C'était le job de Mycroft. Il devait réussir.
— J'ai prévenu Anthea, attaqua-t-il immédiatement en achevant un SMS. Elle a une photo et la description de Sephy au moment de son départ. Elle va surveiller les hôpitaux et postes de police. Au cas où.
La perspective de l'hôpital n'était pas réjouissante le moins du monde mais celle du poste de police un peu plus : une âme charitable la ramènerait peut-être au poste.
— J'ai prévenu Stephan. C'est le chef de la sécurité. C'est lui qui pourrait nous donner l'accès aux caméras de la ville. Il est en soirée avec sa femme à l'autre bout de la ville. J'espère qu'il verra mon message assez tôt. Et pourra réagir en conséquence.
— Et s'il ne le fait pas ? demanda Greg.
Mycroft ne répondit pas et son compagnon préféra ne pas insister. Il connaissait la réponse, à bien des égards.
— On peut demander à ton frère ? Je veux dire, Sherlock est détective. Consultant, d'accord, pas détective privé, mais bon, retrouver des gens ça fait partie de son job non ? Il pourrait nous aider ? Avoir une idée ?
Mycroft grimaça.
— Je ne crois pas que Sherlock soit une bonne option. Je ne veux pas qu'il se mêle de notre famille. Il n'est pas forcément toujours le plus... délicat. Et il ne sera pas plus rapide que nous. Il faudrait lui raconter toute notre vie pour qu'il soit efficace.
L'idée de dévoiler son intimité et celle de sa famille à son frère semblait dégoûter Mycroft au plus haut point. Quand on savait à quel point il s'immisçait dans celle de son cadet, la situation était risible et Greg refréna à grand peine son envie de lever les yeux au ciel. Mycroft ne voulait pas faire appel à Sherlock, soit. Il l'acceptait pour l'instant, parce que lui aussi avait une famille à Manchester, une sœur et deux frères et il ne savait que trop bien combien une fratrie pouvait être compliquée à gérer. Si la situation s'éternisait cependant, il n'aurait aucun scrupule à tout expliquer à Sherlock en demandant à John de le contenir au besoin.
— Très bien. Pas de Sherlock. Donc on fait quoi ? On commence par quoi ? On va fouiller sa chambre ? La rue ? La ville entière ?
— Sa chambre en premier, trancha Mycroft.
Devant la porte à moitié close, tout en sentant le courant d'air froid de la fenêtre que Greg n'avait pas refermée tout à l'heure, ils hésitèrent cependant. Sephy avait déjà treize ans. Elle s'insurgeait fréquemment contre l'ingérence de ses pères dans sa vie. Elle râlait quand ils ne toquaient pas à la porte. Elle ne supportait pas qu'ils viennent déposer son linge propre sur son lit si elle n'était pas là.
Dans un mot, ils échangèrent finalement un regard, poussèrent la porte, fermèrent la fenêtre et attaquèrent les recherches.
Ce ne fut pas long. Greg était flic. Mycroft habitué à fouiller, fouiner, réfléchir aux meilleures cachettes, aux inspections de la chambre de son cadet lorsqu'ils étaient plus jeunes.
— Je crois que je sais pourquoi elle est partie, conclut Greg lorsqu'il trouva l'objet.
Mycroft regarda, comprit lui aussi, et son cœur se serra.
— Je sais que vous vous êtes disputés ce soir, reprit le DI. C'était pourquoi ? Elle a dit quelque chose ?
— Comme d'habitude, ses devoirs pas assez faits, sa chambre pas assez rangée, le cours de danse qu'elle avait raté. Et...
— Et ?
— Elle a répliqué les critiques habituelles. Que je n'étais pas son père. Et encore moins sa mère. Et que c'était déjà assez dur d'avoir deux papas et le blabla habituel.
Sephy n'était pas assez bête pour être homophobe, considérant l'amour débordant et immodéré qu'elle éprouvait autant pour ses pères que ses oncles, mais comme toutes les jeunes adolescentes, elle subissait davantage le regard des autres, et avait tendance à se montrer blessante lorsqu'elle était énervée. Et à se fâcher contre Mycroft, qui non content de ne pas être de son sang, était également plus strict à son égard. Et à lui rappeler qu'il n'était pas sa mère.
— Je ne pense pas qu'il soit difficile de deviner où elle est maintenant n'est-ce pas ? Après elle cherchera probablement à se réfugier chez Molly, faire du stop pour aller jusqu'à chez tes parents ou chez son amie Chloé au pire. Mais elle n'est pas partie depuis assez longtemps.
— Je suis d'accord, agréa Mycroft.
Ils garèrent la voiture et éteignirent les feux. Toby était en congé, alors Greg avait conduit, parce que Mycroft ne conduisait pas. Parfois Greg se demandait même s'il savait faire. Bien sûr, l'accès était fermé par une grille et un cadenas mais cela ne les arrêta pas.
Bien sûr, il n'y avait pas de lumière pour avancer mais ils savaient où ils allaient.
Bien sûr, ils distinguèrent de loin la silhouette de leur fille, ses sacs posés autour d'elle, recroquevillé au sol.
— Tu devrais y aller, décida Greg.
Mycroft hésita, cela se vit sur son visage, mais il n'hésita pas et laissa derrière lui son amant pour s'avancer. Sephy les avait forcément entendus arriver, mais elle ne bougea pas.
— Princesse, murmura Mycroft en s'agenouillant à côté d'elle, et tant pis pour son costume qui finirait plein de terre et de boue.
— Père, répondit-elle aussitôt, se jetant dans ses bras.
Un instant plus tard, elle sanglotait dans l'étreinte rassurante de son père, dans la poussière et la terre qui entourait la tombe de sa mère.
— Je suis désolé de ne pas avoir compris plus tôt, ma petite reine, souffla-t-il tandis que Greg se rapprochait.
Mycroft caressait les cheveux de sa petite fille en un geste doux.
— Papa et moi, on est deux garçons tu sais, et on n'est pas toujours très doués. On n'a pas compris que tu étais devenue une femme. Je sais que c'est difficile de ne pas avoir de maman parfois, n'est-ce pas ? Tu n'avais pas de femme à qui en parler. Et moi je t'ai disputé ce soir alors que tu n'avais pas besoin de ça. Tu étais perdue et tu as raté des cours à l'école à cause de ça, n'est-ce pas ?
— Je ne savais pas comment aller à la danse, pleurnicha l'enfant dans le giron de Mycroft. J'avais mal. J'avais peur que ça se voie. Je ne savais pas quoi faire. Je suis désolée d'être partie. Je ne savais pas quoi faire.
Elle sanglotait, épuisée, tandis que Greg se joignait à eux pour la consoler. Pauvre petite fille qui avait ses règles pour la première fois et n'avait pas su comment réagir. Il y avait trop peu de femmes dans son entourage. Sa grand-mère était probablement la femme dont elle était la plus proche, mais elle habitait physiquement bien trop loin. Molly ou la mère célibataire de son amie Chloé auraient probablement constitué ses meilleures options pour se réfugier chez quelqu'un capable de la comprendre.
Il faudrait qu'ils préviennent John et Sherlock que ça risquait de leur arriver, à eux aussi. Ce serait même pire puisque Rosie n'était biologiquement relié à aucun d'entre eux, et n'avait aucune idée de qui étaient ses parents biologiques. Élever une fille en étant deux hommes était un chemin semé d'embûches mais c'était la plus belle aventure de leur vie. John était médecin, cependant. Peut-être parviendrait-il à mieux gérer ce grand événement de la vie d'une femme.
— Pizza, soda, bonbons, gâteaux et film ? proposa Greg.
— Tous les trois, précisa Mycroft.
Et Sephy, larmoyante, resserrant son étreinte, acquiesça.
Prochain chapitre le Me 15/09
Reviews, si le cœur vous en dit ? :)
